LA BAILLETTE DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 1

 

En ce dimanche 1er janvier 1804, Jean Gaquignol ne tenait plus sur son banc, la messe qui pourtant avait toujours la même durée semblait s’éterniser.

Il avait comme chaque dimanche, revêtu ses plus beaux habits. Mais en ce jour il avait encore plus prêté de soin à son apparence. Du haut de ses vingt ans, fier de sa jeunesse, de sa force il semblait défier l’assemblée de paroissiens de son petit village . Né en 1784 dans le petit bourg vigneron du Gué d’Alleré, il était fils de Jean et de Marie Favreau. Son père petit cultivateur, vigneron possédait quelques terres, décédé depuis sept ans les quelques arpents de la famille étaient passés dans ses mains. Il s’efforçait d’entretenir ce capital mais il avait aussi l’ambition de l’agrandir.

C’était donc en temps que chef de famille qu’il allait à l’issue de la messe postuler pour l’attribution du banc sur lequel il se tenait serré au près de sa mère.

Tenant son chapeau à pleines mains il se forçait à suivre le long sermon du père .

Sa mère la Marie Favreau comme l’appelaient les habitants du village, penchait la tête pleine d’humilité, petite, menue comme un oiseau, toute de noire vêtue, un strict bonnet posé sur ses cheveux gris tirés en arrière. Jamais elle n’aurait imaginé, qu’elle vivante un Gaquignolle serait assez téméraire et assez aisé pour s’attribuer un banc d’église. Elle en était effrayée, mais elle savait que son fils malgré ou grâce à son jeune âge osait tout entreprendre.

Assis non loin de lui se tenait Jean Petit aussi cultivateur et ami d’enfance de Jean, aussi petit et trapu que Jean était grand et svelte. Il allait partager les frais avec les Gaquignolle et bénéficierait aussi de ce banc.

Jean Petit était aussi fils du Gué d’Alleré. Les deux familles devraient donc partager la longueur de ce banc de prière.

Les deux familles s’appréciaient depuis toujours et étaient peut-être liées par quelques cousinades.

Enfin ce foutu curé Benoit terminait, certains habitants quittèrent le saint lieux mais un grand nombre resta.

Sur le premier banc se tenaient les membres du conseil de la Fabrique et le maire du village. Il était d’usage de le nommer le banc d’œuvre.

Les bancs étaient attribués à vie et ils s’en libéraient donc très peu

Au moyen âge les fidèles dans les églises restaient debout, puis des bancs de pierre apparurent.

Les seigneurs jouissaient d’un droit de prééminence ou de jouissance pour y poser leur noble postérieur.

Ces lourds bancs de pierre souvent accolés sur les cotés furent remplacés par des bancs de bois, puis par des chaises qui chacun apportait.

Devant le désordre occasionné il fut décidé que ces bancs seraient loués par la Fabrique.

La coutume se codifia au 18ème siècle et perdura même, après que l’usage des bancs et des sièges devint gratuit. Les notables continuant d’être propriétaires des leurs et s’attribuant évidemment les meilleures places. Le nom des familles était souvent inscrit sur des plaques de cuivre, on en trouve encore dans certaines églises.

Cet état de fait ne fut supprimé qu’en 1962 pendant le concile Vatican II.

 

La suite à lire dans La Baillette du gué d’Alleré épisode  2

 

 

3 réflexions au sujet de « LA BAILLETTE DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 1 »

  1. Ici le curé en retraite , a laissé sa place à des frères missionnaires des campagnes et la première chose effectuée déposer ces belles plaques de cuivre sur les bancs et bruler la chaire , poser une table devant l’autel pour y faire la messe ! bilan , d’une église pleine chaque dimanche matin , maintenant 3/4 personnes et messe une fois toutes les 5 semaines ! le progrès sans doute ?

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