LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 16, La mort du patriarche

1837, la Vignolière, commune Nieul le Dolent

François FERRE

Le premier avril 1837, nous venions de fermer les yeux du grand père, le patriarche Pierre Boisliveau, il s’était éteint tranquillement entouré des siens en une veille de plusieurs jours.

Le problème était qu’il avait  traîné un peu et que le travail au mois d’avril il abondait, alors au début les adultes ils étaient  bien restés mais après on nous avait demandés à nous les plus jeunes de rester au chevet du mourant. Rose ma sœur de 16 ans, Désirée sa cadette de 10 ans et moi 7 ans avec notre cousine Victoire nous étions chargés de le surveiller et de partir prévenir au cas ou.

Au début nous nous sommes tenus gentiment, la solennité de l’instant, la présence immédiate de la mort. Ensuite cela fut plus mouvementé, nous avions décidé d’ embêter ma sœur aînée. La grande godiche ne sut pas comprendre et rentra dans notre jeu. Nous avons été bruyants et au vrai on ne s’est pas occupé du vieux. Tant est si bien que nous ne l’avons pas vu mourir. Oh moins, pas de pleureuse ni de gémissement, ma grande sœur rigolait beaucoup moins car enfin elle dut prévenir ma mère. Pour une fois nous avons été solidaires et rien ne filtra de nos petites têtes.

Ensuite ce fut un défilé j’avais l’impression que tout Nieul le Dolent passait par notre maison, une procession, un spectacle pour tous. Le problème fut le soir, car voyez vous je dormais dans la même chambre que mon aïeul. Pour moi hors de question de dormir avec un mort à coté de moi, je pleurais quand mon frère Auguste me fit croire que les moribonds venaient pincer les pieds des enfants. Les adultes eurent pitié et je me lovais entre ma grande sœur et ma petite sœur. J’étais aux anges et je dormis comme un loir. Le lendemain j’assistais à tout, le papy raide comme une bûche posée dans une caisse. Départ pour le cimetière, longue traîne humaine formée par la famille, les amis et les connaissances qui sous un soleil radieux portaient le patriarche en terre. Les cloches sonnèrent, que c’est beau ce long tintement sinistre qui vole de ferme en métairie et de métairie en village.

Bon ce n’était pas tout, la vie continuait, le métayage passa au nom de mon oncle François, mais mon père allait il s’entendre avec lui depuis que Pierre n’était plus ?

Cela marcha comme de juste, mais les conflits étaient fréquents et les repas orageux, oncle François avait de son coté Henri son jeune frère, mon père avait son beau frère Louis souvent de son coté.

Le problème qui se posait également était le veuvage de mon oncle François, il avait besoin d’une femme et lorgnait souvent sur sa jeune belle sœur qui était la sœur de sa défunte femme et qui lui rappelait des joyeux souvenirs. Non pas qu’il fut inconvenant, mais bon ses regards le trahissaient et la situation était un peu tendue.

Cela se compliqua également entre François mon cousin dix huit ans et mon père qui n’aimait pas que l’on reluque le cul de sa fille âgée de quinze ans. La promiscuité presque obligatoire entre tous ces couples, ces adolescents et ces mâles célibataires était source de conflit dans toutes les exploitations, membres d’une même famille, mais hommes et femmes tout de même.

Moi je grandissais à l’écart des conflits j’étais libre comme l’air, enfin presque. Je gardais quelques moutons et je flânais au vent à l’abri de pâtis, j’aimais ce travail, pas d’adulte sur le dos et un travail moins dur que celui attribué à mes sœurs. Je savais que cela n’allait pas durer alors j’en profitais. Par contre il y avait encore quelques loups et quand je partais et qu’il ne faisait point jour je n’en menais pas large.

Ma seule occupation disons en communauté était ce foutu catéchisme, nous y avions tous droit, heureusement on ne m’envoyait pas à d’école du village tenu par monsieur Louis Benoit, chez moi tous étaient d’accord, pas besoin de savoir lire et écrire pour tenir une métairie.

Ce n’était pas faute que monsieur le maire Jean Baptiste Hymon ne vint relancer mon père et les frères Boisliveau pour que l’on fréquente ce lieu qui semblait maudit pour mes parents.

Pas utile et trop besoin de lui étaient les réponses que l’on donnait généralement. Certains parents cédaient leurs enfants pendant l’hiver mais dès les beaux jours les petits esclavons que nous étions étaient réquisitionnés pour tout et pour rien.

Ma balade favorite était celle que je faisais chez les parents de ma tante Chaillot au moulin des Gobinière, le meunier le père Chaillot me donnait toujours un petit quelque chose et en retour je lui donnais des nouvelles de sa fille. Pour y aller je traversais le ruisseau que nous appelions Villedor et souvent il arrivait que je me mouille en y tombant, gaminerie, malgré le travail dur de la ferme nous conservions une insouciance propre à la jeunesse.

J’avais aussi de la famille à Sainte Flaives des Loups du coté de mon père, nous allions leurs rendre visite, c’était une expédition il y avait tout de même onze kilomètres. Nous partions de bonne heure , la Gaudinière, l’Audrouinière, la Burguenerie, le Bignon, la Jaunière, la Gobinière, jamais je ne me lassais de ces noms chantants, énigmatiques et colorés.

Le nom de Sainte Flaive me plaisait assez bien malgré que personne ne connaissait cette Sainte qui apparemment ne nous servait pas à grand chose. Iconoclastie enfantine me direz vous mais c’est maman que le disait, cette sainte elle soigne pas, elle ne fait pas faire d’enfant et ne donne pas du lait. Bizarre une sainte qui redonne du lait aux femmes à la mamelle tarie.

Si Flaive m’amusait, le reste du nom me filait un peu la trouille, des loups moi j’en avais peur, bien que mon frère me traitait d’idiot en me disant que les adultes avaient inventé la présence des loups pour que je rentre plus vite avec les moutons. Mais je faisais un peu plus confiance à mon père qu’à mon frère aîné. Donc je tenais pour acquis qu’il y avait encore des loups dans la forêt près de Sainte Flaive. Et je me tenais pendant tout le trajet sagement à coté des parents.

Par contre à chaque fois que nous passions près du moulin des Beignon, mon père était assez nerveux, il s’arrêtait et contemplait les ailes qui tournaient au loin. Si tu savais François, si tu savais me répétait il à chaque fois.

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