LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 13, recherche et troublante rencontre

1835, L’auroire, commune d’Aubigny

Charles GUERIN

L’auroire se peuplait peu à peu des enfants de Jean le frère de mon père, Sophie ma tante avait toujours le ventre gros

Seulement voilà moi je devenais un homme et la belle devenait pudique, se détournait, ou même pire me disait de sortir. Foutue engeance que de devenir un homme, encore un désavantage, toutes les petites privautés que vous livraient les femmes sans se soucier de vos émotions internes disparaissaient. Il allait falloir que je me débrouille seul et que je tente ma chance.

Moi maintenant je travaillais comme mon père, pour sur je n’avais pas encore sa force ni son savoir mais je crois que déjà il me faisait confiance. Un jour en septembre de cette année 1835, il me donna même une petite pièce pour me récompenser. Ce n’était pas grand chose mais en ce temps le numéraire était rare et les enfants non rémunérés. Je cachais ce trésor sans m’être décidé de son futur usage.

A la ferme je mangeais maintenant avec les hommes, mon père en bout de table avec les oncles à coté. Ma mère et ma tante nous servaient et mangeaient assises près de la cheminée. Je trouvais cette habitude stupide, moi quand je prendrai femme, elle sera à table avec moi. Lorsque l’on partageait son lit je pensais que l’on devait aussi partager sa table.

Un matin mon père me prit avec lui pour atteler les bœufs, c »était tout un art que de se colleter avec ces bêtes, elles avaient cinq ans et savaient déjà travailler de plus elles étaient relativement calmes. Je les liais sous le joug, mon père vérifiait l’opération, nous devions atteler la charrue pour commencer les labours d’hiver.

Nous primes le chemin du champs et mon père me raconta une histoire à dormir debout. Tu vois me dit il la pièce que je t’ai donnée, il se peut qu’un jour tu en aies des pleines brassées. Autant vous le dire je le regardais bizarrement, il n’avait pourtant pas bu.

Il continua, il y a longtemps avec quelques uns j’ai enterré un coffre avec de l’argent, nous l’avons récupéré sur des soldats bleus.

Je lui posais donc immédiatement la question, mais où il est votre magot et pourquoi vous l’avez pas retrouvé?

Bah mon gars avec le Tessier, on sait plus trop ou il est, mais père, Henri il a pas fait la guerre, non mais son père le Jean il était avec moi et il lui a confié le secret.Bon d’accord, je ne voyais pas bien ce qu’on pouvait faire si un des intéressés ne se souvenait pas de l’endroit.

C’est proche du moulin du Beignon et à coté d’une métairie qui a été détruite par les colonnes.Je réfléchissais longuement, je connaissais cet endroit et j’irais y traîner dès le dimanche.Je vous garantis qu’à ce moment je considérais mon père comme un piètre idiot de n’avoir pas bien repéré le lieu de l’enfouissement.Il s’était bien aussi gardé de me dire qu’il avait rencontré un fantôme, il y a bien longtemps et que la peur ne lui avait pas permis d’y retourner.

1835, Près du moulin du Beignon, commune de Sainte Flaive

Ce jour là avec la complicité de mon père je manquais la messe et je m’en fus dès l’aube me promener vers le fameux moulin. J’étais excité mais je n’avais pas la même charge émotionnelle que mon père et je pourrais peut être chercher avec plus d’efficacité.

A la sortie du bois j’aperçus les ailes du moulin, non voilées, elles étaient à l’arrêt, squelette décharné, ces bois non habillés me laissaient toujours un brin de tristesse. Je les préférais quand revêtus de leurs beaux habits , ils tournaient à plein pour fournir cet or blanc qui ferait notre pain.

L’endroit semblait désert, je m’approchais doucement et j’examinais attentivement tous les moindres recoins. Un chien se mit à japper, je me tapis un moment, personne ne vint. Le meunier et sa famille devaient sûrement se trouver à l’office dominical.

Je me rapprochais des communs du moulin, la maison semblait grande , propre et cossue, des fleurs égaillaient l’entrée et un chat roux ronflait insolemment sans se soucier de l’intrusion d’un étranger dans son territoire. Il avait sans doute l’habitude du mouvement perpétuel des paysans menant leur grain à moudre.

Je fis le tour de la maison puis de la grange, dans un pré paissaient deux mules, à l’horizon j’apercevais l’église de Saint Flaive des Loups et ses premières maisons frileusement groupées à ses pieds.

Il fallait que je me dépêche ce n’était qu’une première approche, comme une esquisse.

J’allais enjamber une barrière pour me faufiler dans un bosquet quand une voix de femme m’arrêta net. Ses fermes paroles me firent suspendre mon mouvement. Je m’attendais à voir une femme d’age mur et je ne vis qu’une fille qui sûrement était proche de mon age. Elle ne m’avait rien dit, je ne la connaissais pas, que j’en étais déjà amoureux. Je fus stupide et balbutiais, le manque d’habitude de dialoguer avec une fille autre que celles se trouvant dans mon entourage.

Aussi grande que moi, l’apercevant brune sous sa coiffe blanche, des yeux couleurs noisette, un petit nez légèrement retroussé et une bouche aux lignes parfaites faisant penser à une fleur rose.

Je n’eus pas le courage d’examiner le reste du corps, j’étais rouge comme un coquelicot et instinctivement j’avais ôté mon chapeau comme on l’enlevait devant une personne importante.

Elle ne fut pas très amène et me demanda sèchement ce que je faisais là. Je me promène fut ma réponse parfaitement bête. Un paysan vendéen ne se promène pas un dimanche matin seul.

  • Tu n’es pas de la paroisse.

  • Non je suis de Grosbreuil, je préférais mentir sur ma commune.

  • Pourquoi tu es chez moi

  • Tu es la fille du meunier

  • Oui

  • Cela fait longtemps que vous habitez ici

  • Mon père a toujours eut ce moulin et avant lui son père et le père de son père.

    Elle me regarda de ses yeux vifs et son visage se vida de son sang, elle devint exsangue se retourna et partit en courant.

    • va t’en.

    • Ne revient pas

    Je n’y comprenais rien, pourquoi une vieille métairie mettait elle cette meunière en un tel état.

    Mon père ne m’aurait il pas tout dit ?

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