LES AMOURS AU PÂTI

 

Autrefois en Vendée, les mœurs étaient fort libres du moins à la campagne, des rituels de rencontres et de fréquentations rythmaient la vie amoureuse des Paysans.

J’ai fait revivre à travers un couple de mes ancêtres la fréquentation qui se déroulait dans la chambre commune de la famille de la demoiselle. Les amours y étaient déjà fort poussés, embrassades, caresses, plaisir d’Onan.

Mais un autre lieu pouvait abriter les amours coquins de nos bocagers.

En ce temps lointain d’avant les remembrements, les terres étaient entourées par des haies qui poussaient sur des talus. Façonnées de mains d’hommes ces damiers impénétrables formaient un doux écrin pour des amours pas très sages.

Le dimanche comme il est ordonné par notre curé est un jour de repos pour l’ensemble de la communauté. Les filles et les garçons se rendaient à la messe puis à Vêpres. Dans leurs habits du dimanche tous et toutes étaient à leur avantage. Sans douter de la foi profonde des ouailles, la messe était aussi le lieu où chacun se jaugeait, s’admirait et se faisait voir, un lieu de drague dirait on maintenant.

L’après midi du dimanche était généralement libre mais il fallait toutefois s’occuper des bêtes et à la bonne saison les faire paître. Cette occupation qui prenait sur le temps libre était voyez vous fort recherchée. Les bergères qui rechignaient en semaine au labeur acceptaient volontiers cette tâche.

Et pourquoi donc me direz vous ?

Eh bien par une petite historiette je vais vous en conter la raison.

Armance Tailler demeurait en ce beau 19ème siècle finissant au hameau de la Gendronnière sur la commune du Girouard née en 1881 d’un couple de métayer elle allait sur ses 18 printemps.

En ce mois de juin elle se porta volontaire pour garder les vaches. Elle destina son troupeau à un pâti à proximité de la ferme. Les vaches n’ayant que le souci de se repaître, elle s’installa sur un tapi de genets et attendit . Elle était bonne aise, doux matelas, soleil et ombrage . Elle pouvait donc attendre en toute quiétude l’arrivée d’un galant éventuel. Les dimanches précédents plusieurs garçons l’avaient raccompagnée et lui avaient même volé quelques baisers. Elle n’avait point accepter la visite de garçon dans sa chambre alors que sa sœur avait déjà abusé du procédé.

Alors que plus d’unes avaient remonté leurs cotillons à 18 ans elle avait été presque sage. Au vrai elle attendait avec impatience un garçon nommé Victor Martineau , domestique de ferme à la Florencière chez Joseph Rousselot sur la commune de la Chapelle Achard.

Quand il arriva ce fut un enchantement et Armance fort troublée. Victor de 9 ans plus âgé prit les choses en mains ( si j’ose dire ). Bien à l’abri des regards ils commencèrent à échanger des baisers langoureux, la fièvre des corps leurs vint et de tendres caresses furent échangées.

Armance se porta bien souvent volontaire et les deux amoureux sous couvert de la haie protectrice s’aimèrent bien d’avantage. Il y avait déjà plusieurs dimanche que Victor avait passé la main sous les jupons de la belle mais ce jour de sa main expérimentée, il fit découvrir à Armance la volupté. Ne voulant point être en reste, Victor guida son amoureuse sur le chemin de la réciprocité.

Semence avait coulé hors du sillon, pas de danger.

Victor fit une demande qui après avoir été agréée amena aux épousailles .

Toujours à l’abri du pâtis il purent en faisant attention mettre Rameau avant Pâques, vierge et honnête pour tous elle avait tout de même goûté au plaisir d’un amour débridé.

Armance retrouva tel dans l’amour conjugal les même transes de bonheur, plus de haies, plus de genets, libre jeunesse envolée.

Ils se marièrent et n’eurent que peu d’enfants mais cet amour paysan a fait jaillir un certain nombre de descendants dont ma tendre moitié est issue.

Chaque bergère était reine en son pâti, recevait qui elle voulait. Les galants pouvaient être parfois en grand nombre et cette sorte de cour pouvait durer plusieurs années. Les mères qui avaient gardé les vaches en leur temps prodiguaient des conseils et n’ignoraient rien des amours des champs. Les pères qui avaient arpenté toutes les haies des villages environnant ne redoutaient que les grossesses intempestives et le déshonneur

Ces amours champêtres finissaient presque toujours par un mariage, la jeunesse était terminée il fallait maintenant enfanter.

Libre de s’aimer hors le coït, ces coutumes jamais vaincues par le clergé moururent de leur belle mort avec les changements de mentalité et la fin du 19ème siècle en  »1914  ».

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