VIE ET MORT DU FRUIT NON DÉSIRÉ

 

 

Dans un paillis deux amoureux s’enlacent, les baisers succèdent aux baisers, les bouches se rejoignent. Il fait chaud les corps en sueur exhalent une odeur enivrante et excitante . Le jeune homme torse nu, puissant de jeunesse couvre de caresses une belle paysanne. Bientôt dans la fièvre des corps des barrières tombent, François téméraire fait jaillir à sa vue deux jolies mamelons.

Fermes, voluptueux et dressés notre berger y boit à volonté. La belle  se cabre et s’offre aux tendres étreintes. La suite ne se fait guère attendre, robe et jupon sont troussés. Dame nature en ce début d’été permet aux deux amants quelques libertés. François nu dans le pailler emporte la virginité de sa belle fée.

Nos Adam et Eve de Verdelot ayant pris goût à la volupté se revoient sans compter. Prudents ils ne se font pas remarquer par leur entourage un peu coincé. Mais la semence par trop donnée fait germer dans le sein de l’amour ensauvagé un œuf non désiré.

Marie Louise Guyot 24 ans annonce avec quelques craintes la nouvelle à son amant, François Luc Cré 21 ans ne trésaille pas de joie et pressant des difficultés.

Marie à la vue de la figure dépitée de François se met à pleurer, qu’elle sera sa destinée

Une grossesse sans être mariée dans cette dure société villageoise n’est guère appréciée le poids de la culpabilité retombe le plus souvent sur le dos de la femelle excitatrice des sens. Jetée dehors un bébé à la mamelle se transforme souvent soit en mendicité soit en prostitution .

François est honnête et ne fait pas preuve de lâcheté, il promet de réparer et de donner au fruit de ce doux péché son joli nom de Cré.

François et Marie Louise sont mineurs et de parents ne vont pas pouvoir se passer . Comment faire et comment présenter la chose.

Aux yeux de la communauté, Marie Louise est une étrangère, née à Chailly en Brie distant de 13 kilomètres elle ne peut être considérée que comme une voleuse d’homme à marier. De plus et pour compliquer, orpheline de père, sa mère remariée n’habite point non plus dans la localité.

François pur produit de Verdelot habite avec  père et mère au hameau de Pilfroid. Humble famille de manouvriers et de bergers, apparentée à beaucoup de famille de la vallée. La nouvelle est dure à avaler et c’est de haute lutte que François obtient l’autorisation parentale de convoler.

François, Marie Louise et le père Cré se rendent maintenant à la Ferté-Gaucher où gîte Marie Madeleine Lhuillier mère de l’imprudente engrossée.

Évidement l’affaire fut conclue au grand bonheur des deux mineurs. La mère de Marie Louise n’a par ailleurs aucun autre choix, quoi faire d’une traînée que personne ne voudrait. Sans le sou, ayant mit Pâques avant  les rameaux cette moins que rien ne peut que bénir le ciel d’être tomber dans cette famille.

Au sein de la communauté cette union maléfique est très mal vue et de joyeux quolibets accompagnent notre paysanne qui s’arrondit à vue d’œil, heureusement la parentelle fort nombreuse des Cré la protège d’outrages plus importants.

Le mariage arriva enfin et le mardi 21 mars 1775 devant une assistance nombreuse en l’église Saint Crépin et Saint Crépinien le curé marie les deux amoureux.

Les parents de François sont évidement présents ainsi que la mère de Marie Louise qui a fait le déplacement de la Ferté-Gaucher. Preuve à tous que l’union précipitée des deux amants s’est imposée à la communauté Briarde la présence du notaire Nicolas Beguin, d’Antoine Courtois bourgeois, de Louis Beschard marchand et futur maire de Verdelot ainsi que de Nicolas Neuchatel également marchand. Ces notables villageois firent taire les grincheux.

La noce fut traditionnelle malgré la difficulté de Marie Louise à effectuer le moindre pas de danse. Il était d’ailleurs plus que temps car le 29 mars cette dernière entra dans les douleurs de l’enfantement . L’accouchement fut long et douloureux, Marie Jeanne Dulphy sage femme et belle mère l’assiste de son mieux. Un être difforme sort de cette longue lutte et Marie Jeanne avant que toute vie ne s’extraie de cet amas de chair asexué l’ondoie selon les formules consacrées.

Le fruit interdit de l’amour de deux jeunes êtres, diable mérité issu du péché véniel est immédiatement cousu dans un drap. Vilain chaton ne méritant pas cortège, le petit mort né est emmené au cimetière où il est enseveli sous quelques pelletées de terre.

Un mariage et un enterrement ponctuent les débuts de cette famille qui fort heureusement ne dévia plus de la norme villageoise.

Une réflexion au sujet de « VIE ET MORT DU FRUIT NON DÉSIRÉ »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s