LA RUE SAINT SAUVEUR, PARTIE 30, LA BOULANGERIE CHANGE DE PATRON

Dehors une brume tenace ensevelit la vieille rue, elle s’accroche et l’on devine à peine le soleil qui lutte pour enfin réchauffer les vieilles pierres qui tremblent de froid.

Modeste, par la fenêtre qui donne sur la rue, n’aperçoit même pas la lampe du vieux cordonnier qui tous les matins comme un phare éclaire le début des activités de la rue Saint Sauveur. Elle est épuisée, son corsage teinté d’une sueur humide lui colle salement à la peau, elle songe à un linceul de pénibilité. Si elle continue à ce rythme le menuisier Lacoste Testard lui confectionnera une jolie boite. Elle sait au fond d’elle même, quoique elle s’en défende, que la solution existe, il n’y a qu’un pas à faire, qu’un fossé à franchir. Elle se retourne, il est là au fond du fournil, il l’observe comme d’habitude, il la boit du regard. Modeste ferme d’un mouvement plein de détermination, le volet de bois de la devanture, les clients attendront encore un peu. La boulangerie est plongée dans une obscurité blafarde, éclairée seulement de la lueur des braises du four qui meurent. Modeste avance vers Jean, il a compris qu’elle va s’offrir. Ce véritable hâbleur en vérité n’a aucune expérience des femmes, il est vierge comme un enfant et il demeure debout les bras ballants ne sachant que faire. Heureusement pour l’entente des corps madame veuve Clatz sait de quoi il retourne. Lentement , elle a dévoilé sa poitrine, son corsage gît en offrande aux piedx de son ouvrier. Jean n’en revenant pas de sa chance voit soudain sa maîtresse lui donner le reste, en une vision paradisiaque. Elle est là telle une déesse, ses seins  provoquent chez Jean Michaud un formidable séisme. Modeste s’allonge sur les sacs de farine et se donne.

Jean en prenant le corps de sa patronne devient de fait le patron, leur union a été rapide, brusque. Elle n’en a ressenti aucun plaisir mais soulagée elle s’est rhabillée satisfaite. Finalement ce n’était rien, une formalité comme une autre, ni plus ni moins. Maintenant que l’unité des corps s’est faite qu’elle a initié celui qui va sauver l’entreprise de la catastrophe ils vont devoir parler de leurs accordailles. Cela va être compliqué et le notaire maître Dubois va devoir plancher pour ne léser aucun parti. L’héritage des enfants Clatz doit être préservé, les intérêts de la famille aussi, ils vont être impitoyables, durs. Pour eux la boulangerie crée par leur frère ne doit pas être galvaudée en n’importe quelles mains.

Modeste veuve est libre au regard de la loi, elle peut convoler comme elle le désire mais doit préserver la part d’héritage de son fils Clément et de sa fille Émilie. Elle ne veut évidement pas les spolier et s’efforce en bonne mère de ne rien faire en leur défaveur.

Jean lui doit passer sous les fourches caudines de l’autorité paternelle, son père est aubergiste à Marans ce n’est pas la porte à coté mais il doit faire cet effort pour avoir l’assentiment paternel. Au vrai il ne voit guère un motif de refus, devenir patron à vingt sept ans même si tout cela à une odeur de jupon féminin est plutôt une réussite et une élévation sociale.

Tous problèmes soulevés, tous problèmes surlignés, les noces ont lieu le vingt deux janvier 1852.

Charles Begusseau négociant est le premier témoin, les mariés sont fiers d’avoir ce certificat de notoriété à leur mariage, Jean Blanc un boulanger amoureux transit de Modeste signe en deuxième et le beau Joachim Clergeau bottier de son état et grand frère de Modeste en troisième. Le père de Jean est présent mais c’est son beau frère Blanchard qui appose en dernier sa signature.

Bien sûr la rue Saint Sauveur est au spectacle et pour ce jour ils iront se pourvoir en pain dans une autre échoppe.

Les destins seront divers, Modeste aura deux enfants avec Jean, Louis Marcel né en 1854 et Marie Eugénie née en 1853. Malheureusement elle meurt prématurément à l’age de 31 ans en 1856 , rue des Mercier à la Rochelle au domicile de son père.

Le fils de Modeste issu du premier lit, Clément Clatz deviendra prêtre et professeur, Émilie Modeste Clatz fille également du premier lit se mariera avec un marchand Mercier mais décède à l’age de 26 ans.

Jean Micheau se remariera en 1858 avec une Rochelaise et en aura une fille née rue Saint Sauveur, il décèdera en 1875 à La Rochelle rue chef de Ville, il est mentionné sur l’acte comme propriétaire et ancien boulanger.

Notons qu’ aucun des descendants de Modeste ou de Jean ne seront boulangerS.