UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 45, Enfin je l’ai fait

Marie Louise Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1851.

Lentement je me rhabillais, ou pour être plus exact je me rajustais. Je l’avais fait, enfin fait.

Je n’étais pas spécialement comblée, cela n’avait guère été agréable, douloureux même je dirais.

Mais comme toutes je l’avais fait, je n’étais plus la petite fille à sa Maman, j’étais une femme.

Pourquoi est- ce que je m’étais laissée faire, pourquoi l’avais-je laissé me remonter ma jupe?

Par dépit, par provocation ou bien simplement par envie, certainement le tout à la fois mais je l’avoue la vue de cet homme provoquait en moi des choses bizarres. Des choses que je ne maîtrisais pas , j’aurais fait n’importe quoi , j’étais prête.

Alors quand je me suis laissée guider dans cette grange, je savais comment cela se terminerait. Me suis je donnée, comment interpréter la fusion de deux êtres, comment expliquer ces corps mélangés, comment comprendre ce mélange des odeurs. Quelle est cette alchimie bizarre, qui nous fait nous lier à un inconnu.

Je n’ai pas de réponse mais je le regarde pendant qu’il remonte son pantalon et je sais que je l’aime.

Cela n’a pas été simple, je l’ai aimé puis haï puis de nouveau aimé. Non cela n’a pas été simple je l’ai désiré, je l’ai repoussé puis de nouveau désiré.

C’était Médéric Groizier mon amoureux de toujours, ma mère ne savait toujours pas que je l’avais revu. Elle allait être furieuse, mais je m’en foutais, je jubilais de la provoquer , de voir sa réaction qui serait sans nul doute négative.

J’avais 25 ans maintenant je faisais ce que je voulais, je donnais mon corps à qui je voulais et je me marierai avec qui je voudrai et c’était bien le fils Groizier que je voulais. Maintenant qu’il m’avait prise , qu’il m’avait déflorée je lui appartenais, nous allions régulariser et je devais de ce pas l’annoncer à Maman.

Ce fut une belle bataille, une rude joute, elle ne voulut rien savoir, pas Groizier me disait-elle. C’était une fin de non recevoir, mais je ne cédais pas et en hurlant je remontais mes jupons comme pour lui affirmer que j’étais à lui. Ses bras lui en tombèrent, nous avions osé commettre ce crime de lèse parental.

Elle ne m’adressa plus la parole mais je sus que j’avais gagné. Le lendemain Médéric accompagné de son père firent leur apparition et ils demandèrent ma main officiellement. Isidore et Maman discutèrent un long moment ensemble. Ils s’étaient mis d’accord , nous allions pouvoir nous unir.

La date du mariage fut fixée finalement au 8 décembre 1851.

Clémentine Amélie Patoux, femme Perrin

Gault département de la Marne

1852.

J’étais pleine et j’étais pleine d’espérance pour l’année qui allait venir, je ne savais pas pourquoi. C’était une impression bizarre mais bon il fallait déjà que je mette au monde le fruit que j’avais dans le ventre. Je m’activais assez pour qu’il tombe avant noël, j’eus de la chance car ma petite Joséphine vint au monde le 21 décembre 1852. Cela n’a pas été tout seul, le travail a duré toute la nuit et la petite n’est venue qu’à sept heures du matin. J’ai souffert comme pas possible et j’ai eu une hémorragie qu’on a eu beaucoup de mal à juguler.

C’est Joseph qui est allé déclarer l’enfant en compagnie de cet idiot de Louis Déhu le berger qui travaillait avec lui et de Alexis Malinot notre voisin du hameau de Perthuis.

C’est le maire monsieur Thuillot qui a pris la déclaration. On a invité la famille proche pour la baptême , je n’irais pas à la cérémonie car nous les femmes qui venons d’accoucher nous ne sommes pas les bienvenues à l’église. Mon mari a raison de dire qu’il y a des choses bizarres dans les us et les coutumes de l’église catholique.

Noël est arrivé et évidemment je n’ai pas eu l’autorisation d’aller à la messe de minuit.

La veillée a eu lieu chez mes parents, vu mon état de faiblesse cela m’arrangeait d’être à coté de chez moi.

Les hommes mirent une grosse bûche de bois fruitier dans la cheminée, il fallait qu’elle se consume lentement ,on en prélèverait les cendres pour qu’elles nous portent bonheur toute l’année.

On mangea quelques noix en discutant, François Richard le berger et sa femme Marie Louise vinrent nous rejoindre. Quand ce fut l’heure tous partirent à la messe. J’eus un pincement au cœur de les voir s’éloigner vers le village, des colonnes se formaient avec en tête les hommes qui portaient les torches, on eut dit un long serpent. Je retournais à la maison où j’avais laissé ma petite endormie. Je n’étais pas seule mon garçon Joseph âgé d’à peine deux ans et qui ne savait pas marcher braillait dans son petit lit. Ma Clémentine notre aînée était allée courageusement à la messe portée dans les bras par les adultes.

Je fis une prière à notre Seigneur mais je finis par m’assoupir en attendant le retour de mon homme.

Quand ils revinrent tous,on fit un petit repas, Joseph qui était adroit de ses mains avait sculpté une petite catin dans un bout de bois et il l’offrit à Clémentine. Elle fut émerveillée par ce premier cadeau et se coucha avec. Elle ne lâcha plus sa poupée pendant un bon moment.

Mon mari aurait bien voulu fêter Noël plus intimement mais avec les souffrances des jours précédant il n’en était pas question de si tôt.

Joseph n’était plus berger mais manouvrier, je ne doutais pas qu’il revienne à ses premiers amours d’ici peu.

Mon père à force d’économie avait acheté une petite maison avec quelques arpents de terre, rien de bien grand mais en se louant ailleurs il pouvait se dire qu’il avait obtenu une petite aisance.

Aisance de pauvre bien évidemment, mais qui enorgueillissait notre famille, il n’y avait pas beaucoup de Patoux propriétaires de quoi que ce soit.

 

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 44, une femme c’est bien, mais !!

Marie Louise Cré, veuve Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1850

Imaginez vous quelle vieille bique je faisais, treize petits-enfants, cela faisait une belle trallée. Je ne les voyais pas tous mais quelques uns me couraient souvent dans les jambes. C’était à peine si je pouvais en avoir raison, pour leur mettre une calotte il fallait encore pouvoir les attraper.

Les petits d’Henriette m’en faisaient voir de toutes les couleurs, ils me mangeaient mes fruits, déplaçaient mes affaires, attachaient des pierres à la queue de mon chat.

Ce qui m’énervait le plus c’était leur attitude irrespectueuse à l’église, cela rigolait, bavardait, le curé leurs tirait les oreilles au catéchisme mais rien n’y faisait, vraiment des suppôts de Satan ou pire de futurs républicains.

Il ne me restait plus qu’à marier ma dernière, j’étais heureuse car elle ne voyait plus Médéric, je ne savais pas pourquoi mais j’étais heureuse.

Pour l’instant elle n’avait pas de prétendant, il ne fallait pas quand même qu’elle tourne vieille fille.

Elle était joliette ma fille, des seins faits pour l’allaitement et des hanches à enfants, faites pour être besognées par un homme courageux et travailleur.

Ce qui n’était d’ailleurs pas le cas du fils Groizier qu’était un vrai bon à rien.

Moi mes soixante dix ans me pesaient beaucoup, j’avais de plus en plus de mal à remonter mon seau du fond du puits, le bois me paraissait plus lourd qu’avant. Au lavoir je n’arrivais plus à me relever, j’étais une vieille peau qui bientôt ne trouverait plus d’ouvrages à faire. Je devrais alors habiter chez l’un de mes enfants, cela je ne le voulais, pas plutôt crever.

Moi qui m’occupais en permanence, soit à filer, soit à tisser je souffrais de ne plus rien y voir, il m’aurait fallu des lorgnons. Un jour un colporteur qui passait m’en a fait essayer effectivement son verre grossissant m’y faisait mieux voir, mais j’eus beau compter et recompter mes pièces je n’arrivais pas au bon chiffre. Alors je suis retournée à mon obscurité et lui à son porte à porte.

Le curé en chaire nous avisait de nous méfier de l’arrivée d’un Buonaparte, je n’y comprenais rien. Qui c’était celui là, heureusement mon fils Joseph m’expliqua lors d’une de ses visites que ce prince était un neveu du grand Napoléon et que c’était le fils de son frère Louis. Il me compliqua l’affaire en me disant que c’était aussi le petit fils de Joséphine la femme de Napoléon, par l’intermédiaire d’Hortense sa fille. Devant mon air dépité, le fils m’expliqua que Napoléon avait marié sa belle fille à son jeune frère.

Mais à la sortie de l’église le curé nous dit que ce Bonaparte était un bâtard car sa mère avait la cuisse légère. Qui devais je croire, mon fils ou le curé?

Joseph Alexandre Napoléon Perrin

Commune de Gault département de la Marne

Année 1851

Comme beaucoup j’y avais cru mais maintenant j’étais plus que déçu, en février 1848 quand les ouvriers avaient fait la révolution à Paris et jeter bas les Orléans je croyais à l’émergence d’une vie meilleure.

Il y avait eu la constitution de 1848 et l’élection au suffrage universel d’un président de la République. Nous avions donc une chambre qui s’occupait des lois et un président qui s’occupait de l’exécutif.

J’étais heureux, car Louis Napoléon Bonaparte était notre premier président, cela alliait mon amour pour l’empire et ma soif de démocratie.

Quand je dis universel c’est sans les femmes, manquerait plus que ces mauvaises diseuses s’occupent de politique. Je crois aussi que le curé ne le pouvait pas non plus, la calotte au prêche et non pas au bureau de vote

Mais peu à peu le Napoléon et ses affidés durcirent leur position et firent la chasse aux républicains.

J’en discutais avec mon patron, pour lui ils allaient nous remettre l’empire et nous allions devoir nous battre contre l’Europe entière. Nous verrions bien.

A la maison j’avais eu la joie d’avoir déjà une fille et un garçon, deux en deux ans Clémentine se traînait mais pas de ma faute si elle était pleine rien qu’à voir mes affutiaux.

Nous étions jeunes mariés et déjà nous nous disputions, heureusement je gardais mes moutons et je n’étais pas là tous les soirs, sinon ses jérémiades m’auraient lassé et je lui aurais bien mis une paire de beignes.

La Clémentine voulait son égalité pour tout. On leur lâchait un morceau, que cette foutue engeance qui refaisait le monde au lavoir, en voulait plus. Le curé leurs mettait la tête à l’envers et les manipulait. Il leur expliquait que le monde d’après la mort serait beau et merveilleux mais qu’en attendant nous devions remplir nos devoirs, c’est à dire, travailler, prier, enfanter et ne rien demander d’autre.

Comment être sérieux quand on souscrivait à des idioties pareilles. Moi je n’avais guère le choix que de la laisser aller à la messe mais quand elle me disait ne me touche pas car c’est le carême, alors là je me fâchais et je l’obligeais à satisfaire à ses devoirs conjugaux.

Où allait-on si les femmes devaient décider quand, où et comment, j’avais envie, je prenais, sinon à quoi bon s’encombrer d’une bonne femme.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 43, Mariés et amants

 

Clémentine Amélie Patoux, fille de Louis Alexandre et de Catherine Berthé

Gault département de la Marne

1848.

Qu’il était beau ce berger sauvage, les cheveux blonds, sous son beau chapiau ,s’épandaient en longues mèches sur ses épaules larges et musclées. Sanglé dans son costume neuf, scrutant de ses yeux d’acier la famille et les amis qui se rassemblaient en cortège pour nous porter vers la maison commune et l’église paroissiale. Il leurs souriait à tous et leurs délivrait tout l’amour qu’il avait en lui.

Sa mère de noir vêtue petite femme déjà dans un autre monde, hiératique aux choses qui l’entourent, ouvrait le long serpent de la famille de mon futur, Nicolas l’aîné, traits durs, déjà marqué par le travail des champs donnait le bras à sa femme Virginie . Ils étaient là en voisins, Bergère sous Montmirail ce n’est pas si loin. Auguste Perrin le deuxième frère qu’on nommait affectueusement Rose car c’était son premier prénom discutait de culture avec mon frère Thomas, leurs femmes qui visiblement avaient fait connaissance, bavardaient de tout et de rien.

Puis Denise et son gros mari, remarquez elle ne le dépareillait pas non plus, on eut dit deux futailles roulant sur un chemin pentu.

Marie Louise, la petite insolente, mouvait son derrière redondant et magnifique au nez et à la barbe des hommes .

Henriette et Julie mes sœurs n’étaient pas au bras de leurs époux mais tentaient de donner au cortège une dignité bien difficile à obtenir.

Papa et maman fiers de tout ce tapage autour de leur progéniture dernière, se croyaient à la parade comme s’ils eussent défilés dans les jardins des tuileries acclamés par une foule envieuse et aimante.

Les violes bientôt m’enivrèrent et les deux cérémonies, civique et religieuse me laissèrent un souvenir teinté de bonheur.

Mon mari, beau, prince charmant, roi en majesté, seigneur de la fête me fit virevolter toute la journée. Aussi bon amant que bon danseur il prit mon offrande maritale avec douceur.

Tout ne fut que merveille, j’espérais que mon mari pour le pire comme pour le meilleur n’était pas le diable déguisé en ange vertueux.

La noce dura deux jours, agapes paysannes, exutoire à la dureté des temps, le vin coula et coula encore, mon père gris nous chanta tout son répertoire de chansons grivoises, ma mère fit grise mine mais chanta un couplet avec lui provocant l’hilarité générale et la réprobation de quelques veuves en bout de table. La mère de Joseph pinça du bec comme elle devait pincer du cul dans la vie, mais peu nous importait, temps joyeux et insouciant.

Après la noce on s’installa à Chatilllon sur Morin, je régnais en princesse sur ma petite maison, pour la première fois de ma vie je vivais en mon chez moi, seule, sans frère et sœur et surtout sans parent.

Joseph rentrait souvent tard le soir, je l’attendais à la lueur de l’âtre, la soupe était chaude.

Il était plutôt taiseux mais son sourire me suffisait, nous étions libres de faire l’amour comme bon nous semblait, il me faisait hurler. Nous n’étions pas que mari et femme nous étions amants.

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1848

Au village une sorte de fièvre s’était emparée de la population depuis que les nouvelles du soulèvement du peuple parisien étaient arrivées. Tout le monde courait partout et commentait les événements récents.

Bien sûr les avis étaient partagés et le ton montait, le Joseph Morigneau notre maire qui craignait sans doute pour sa place engueulait le vieux Garnier, le garde champêtre qui se demandait si il devait crier les événements récents.

C’était un peu la panique, personne en vérité savait exactement ce qui se passait à Paris, une révolution oui mais qui avait pris le pouvoir.

François laboureur le curé se mettait à espérer d’un retour sur le trône des légitimistes en la personne de Henri V, l’instituteur Pierre Lemaire n’était pas d’accord avec lui et désirait la république. Le ton montait et au milieu de la place il était cocasse de voir ces deux autorités morales se disputer comme sur un champs de foire. La Hyacinthe, domestique du curé dont tous disaient qu’elle était madame la curé en rajoutait et se querellait avec Virginie Boulet l’épicière qui elle avait trouvé la monarchie bourgeoise de Louis Philippe à son goût.

Le village était au bord de l’émeute et l’on en serait bien venu aux mains si Théodore Martin le géomètre et adjoint au maire par son tempérament n’eut calmé l’assemblée.

Le jeune Hurand trou du cul de vingt ans qui se croyait arrivé en tenant sa minable auberge se prenait de gorge avec Deletain le charron et Rémy Louis le maréchal ferrant. Cela faisait un beau raffut d’autant qu’Andréa la femme de l’aubergiste se pelait aussi de politique.

Depuis quand les femelles s’occupaient de cela, feraient mieux de s’occuper de leurs hommes qui avaient tendance à aller voir ailleurs.

Edouard Gramagnac le propriétaire du château de la Roche arriva à cheval pour avoir des nouvelles et s’entretint avec le maire.

Nous à Pilfroid avec Jean François Hardy on en discuta un peu puis on retourna à notre labeur, révolution ou pas, les moutons n’attendaient pas.

Finalement notre roi se sauva chez nos ennemis les anglais et la deuxième république fut proclamée par un dénommé Lamartine et un gouvernement provisoire fut instauré.

Tout redevint tranquille, les barricades furent enlevées, les gardes nationaux remisèrent leurs pétoires au râtelier.

Allions nous entrer dans une nouvelle ère, rien n’était moins sûr.

La saison de fabrication des tuiles approchait à grand pas et j’allais pour quelques mois échapper aux travaux de la terre que je n’aimais guère. Mais il fallait bien faire bouillir la marmite.

Les enfants étaient à la maison et me laissaient leur salaire, ma femme gérait correctement et je ne me mêlais pas de cela.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 42, me payer une femme

 

Joseph Alexandre Napoléon Perrin

Commune de Gault département de la Marne

Année 1848.

Quand je regardais les femmes s’activer pour la préparation des noces, mes noces, j’avais le sentiment que j’avais déjà parcouru un long parcours depuis mon départ de Verdelot.

J’avais suivi mon instinct et tel un nomade j’avais trimbalé mon misérable sac de ferme en ferme. Que d’expériences, que de rencontres, j’avais même côtoyé l’amour. Pas celui que l’on a d’une femme, non celui plus sauvage de l’union sexuelle. Une bonniche de Chatillon m’avait ouvert largement la porte de son monde intime, moi j’avais fait comme si j’étais déjà un redoutable jouteur. De puceau je me transformais en chasseur . Je m’apercevais quand ce monde codifié par des siècles de coutumes paysannes, ils existaient des brèches par où l’on pouvait s’échapper. Ces ouvertures étaient les envies irrépressibles qu’avaient les hommes auprès des femmes et celles non moins cachées des femmes pour les hommes.

Est-ce ma condition de berger toujours sur les chemins. Le fait de ne pas avoir d’attache ou bien mon regard aux yeux bleus, qui faisait qu’à chacun de mes pas était liée une conquête.

Ce fut une de mes patronnes de Chatillon qui lors des absences de son mari m’ouvrit sa couche, ce fut une marchande d’Epernay qui désolée et insatisfaite de son colporteur de bonhomme m’accueillit en son intimité. Une autre fois ce fut une drôlesse a qui je promis le mariage et qui me donna un acompte. Je la laissais désespérée mais néanmoins satisfaite de nos jeux d’amour.

J’étais bien payé et mes gages augmentaient au fur et à mesure de l’importance des troupeaux que l’on me confiait. J’avais donc un joli bas de laine et je pouvais avec cela obtenir sans trop de mal le consentement de parents qui accepteraient de prendre le risque de laisser leur fille à un berger.

En bref, je pouvais me payer une femme . Légalement, je n’avais pas de terre, pas de maison, mais j’avais mon petit capital.

Celle qui s’affairait et se faisait belle pour moi je l’avais obtenue sans trop de mal, ses parents étaient des simples, des gagnes petits, mi paysans, mi forestiers. Elle se donnait comme domestique, trimait dans une ferme.

Le hasard fit que je devins berger là dans cette méchante ferme. Oh moi j’y faisais bien ce que je voulais mais d’autres plus faibles comme ma Clémentine ils y souffraient le martyr confrontés à la méchanceté à la cupidité et à la lubricité des fils du patron.

Un jour dans l’étable, dans mon étable j’y surpris le plus jeune, le plus sale, le plus veule à vouloir forcer la petite domestique.  La petite, robe remontée jusqu’à l’indécence avait déjà abandonné la partie.

Je lui cassais mon bâton sur les reins. Son élan brisé net il faisait pitié à voir. Ses jambes nues frêles, son sexe pendouillant de façon grotesque et son cul strié d’une large empreinte nous déclenchèrent à la bonne et moi un fou rire que rien ne put calmer.

Je fus viré et ma petite sainte renvoyée. Le père Patoux prit la chose de haut et voulut se plaindre des mauvais traitements qui furent donnés à sa fille. On lui fit comprendre que le simple fait de nuire à la réputation de cette méchante famille suffirait bien.

De ce jour avec Clémentine on ne se lâcha plus, je m’accordais avec elle, je m’accordais avec les parents et je me serais bien accordé avec le diable tant elle était belle.

J’étais fier d’avoir pris cette haute tour ,ce donjon plein de grâce.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 41, la petite Clémentine

Clémentine Amélie Patoux, fille de Louis Alexandre et de Catherine Berthé

Chatillon sur Morin 1841.

Ce fut les larmes aux yeux que je quittais Papa et Maman, ils avaient décidé de me placer comme domestique dans leur village d’origine.

Mes sœurs Henriette et Julie Alexandrine étaient déjà mariées et habitaient comme nous à Chatillon.

Mon frère aimant le hasard se lançait le défi de tenir un cabaret à Fontaine le Montguillon, il ne restait donc que la petite Zoé à la maison avec nous.

Il s’était passé quelque chose en moi et ce quelque chose je le reliais à mon départ. Un matin en me levant je sentis un liquide me couler le long des jambes, instinctivement je portais la main à un endroit qui ne recevait guère de visite de ma part.

J’étais horrifiée , maman n’était pas là et c’est ma sœur pourtant plus jeune qui me rassura en m’expliquant que maman il lui arrivait aussi la même chose. Je pris une serviette de lin et je me nettoyais, apparemment j’étais devenue une femme. Le soir venu ma sœur bavarde comme une pie annonça à mes parents cet écoulement impromptu. Mon père rigola comme un perdu, ma mère pinça du bec et moi je fus couverte de honte.

A partir de là tout changea, j’étais une femme et je devenais un objet de tentation et de honte. Mère me surveilla comme un garde-chiourme.

Puis vint l’exil, un apprentissage comme disait mon père. Même si la vie était dure avec mes parents car ils n’étaient pas très tendres, c’était quand même un âtre réconfortant. Là où je me retrouvais, ce fut bien autres choses. J’allais comprendre qu’une domestique de ferme était en fait considérée comme une sorte d’esclave, j’étais la première à me lever et gare si je n’avais pas ravivé la flamme de la cheminée et que la soupe ne fut  chaude quand madame daignait se lever. J’étais bien évidemment chassée comme un gibier par les mâles de la maison et une fois pour que le fils de la famille me laisse tranquille, je dus acquitter une sorte de taxe de passage en relevant ma robe.

Je me sentais épiée et jamais tranquille, je dormais à l’étage non loin de la chambre des maîtres mais je n’en étais pas rassurée pour autant, car le patron me serrait de près. Madame qui voyait le manège de son mari m’en attribuait la faute en disant que nous les domestiques nous étions des traînées.

J’effectuais mes lourdes tâches avec la peur au ventre, le dimanche je retournais chez moi et je m’avisais de prévenir ma mère des conditions de mon travail, je reçus une paire de gifles et le père voulut me donner la ceinture. Ma parole comme celle des humbles, en général n’était guère reconnue, une gamine ne pouvait que mentir quand elle racontait des inepties pareilles sur des adultes qui vous hébergeaient avec bonté. Ma mère qui avait pourtant gouté de la domesticité prenait le mauvais parti.

Enfin je résistais malgré tout, la patronne me gueulait dessus et me giflait, le patron me touchait les fesses et me pinçait les seins, quand aux fils de la maison, l’un vicieux voulait se dépuceler avec moi et l’autre passait son temps à me reluquer et à exiger des cochonneries en me menaçant de tout dire au village en entier.

J’étais donc bien malheureuse, heureusement Henriette vint à mon secours

Marie Louise Cré, veuve Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1847

Elle était là , solidement plantée dans la plénitude de ses vingt ans, sa poitrine arrogante gonflée en une attitude de défis. Son visage fier et altier me dévisageait comme un bourgeois regarde sa bonne ou comme un noble regarde son régisseur. Ses yeux bleus, presque translucides lançaient des éclairs et brûlaient ma chair.

Marie Louise ma fille, ma petite dernière, prunelle de mes yeux, trésor incomparable que l’on croit pouvoir se réserver s’opposait encore et encore à ma décision.

Au fond de moi je savais qu’elle gagnerait son combat, qu’elle viendrait à bout de mes réticences.

Elle n’avait d’ailleurs aucune idée de la raison profonde qui me faisait m’opposer à sa récente fréquentation. Pourrais-je un jour lui dire, oserais-je lui révéler ce lourd secret ?

Ce poids, ce fardeau, cette humiliation que je portais en moi et qui n’était pour moi jusqu’à présent qu’une intuition m’avait été confirmé par les révélations de mon frère François.

Ce dernier, l’hiver précédent, avait été bien malade, nous avions failli le perdre. Avec patience j’avais prié et encore prié, notre bon père, notre bonne dame, tous les saints avaient été sollicités.

Mes genoux en portaient encore les stigmates mais j’avais sauvé mon frère. Au cours d’une veille se croyant partir il m’avoua qu’un jour il avait surpris sa femme Augustine en chaude conversation avec Nicolas mon mari. Les deux avaient été fort troublés, Augustine était devenue rouge comme une pomme et le Nicolas pourtant fort beau parleur n’avait pu que balbutier des paroles incompréhensibles. De ce jour il m’avoua avoir toujours eu un doute sur la relation d’Augustine et de Nicolas. Certes il ne les avait jamais surpris en mauvaise posture, mais un doute avait germé et la naissance de sa fille Rosalie et sa ressemblance avec ma fille Denise n’avait fait que le conforter dans l’idée qu’il se faisait des relations entre les deux.

Je lui avouais que j’avais les mêmes doutes et le fait que les deux cousines fussent presque jumelles, m’avait mis la puce à l’oreille.

François s’était rétabli et nous n’avions plus jamais évoqué le sujet, après tout, Nicolas et Augustine n’étaient plus que poussière.

Mais je m’égare, revenons à l’essentiel, la Marie Louise fréquentait Félix Médéric Groizier le petit fils de François Cré mon frère, ils étaient donc cousins. Ce qui déjà était à peine convenable. Mais dans l’hypothèse ou l’Augustine aurait fauté avec mon mari et aurait eu de lui la défunte Rosalie et bien ma fille épouserait son neveu.

Vous parlez d’un imbroglio mais comme disait François, on est sûr de rien. Cela ne nous donnait guère de solution, devant l’opiniâtreté des deux jeunes, nous ne pouvions lutter, certes ils avaient besoin de notre autorisation, mais ils pouvaient tout aussi bien s’en passer.

De plus nous avions peur qu’ils consomment avant les noces et qu’ils nous fassent un petit batard bien mal né.

Je décidais donc de faire traîner les choses au maximum, pour pu’éventuellement les deux amoureux aillent voir ailleurs.

LE COMBAT DU 15 DÉCEMBRE 1944 AU GUÉ D’ ALLERÉ

 

I

 

Après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie les troupes allemandes refluent vers leurs frontières. Mal menées par les groupes de résistants elles commettent les pires atrocités. En retraitant, elles laissent toutefois des poches de résistance pour protéger leurs bases sous marine, Brest, Lorient, La Rochelle, Royan, Pointe de Grave, Saint Nazaire.

Les 18000 allemands de la poche de La Rochelle se retrouvent encerclés par les FFI  (Forces françaises de l’intérieur) et les FTP ( francs-tireurs et partisans) , provenant du sud ouest.

En ce qui concerne notre secteur, il est occupé par le groupe FTPF Demorny fort de 1500 hommes et par le régiment Foch.

Le régiment Demorny devant Forges, Aigrefeuille, Le Thou, Ciré et Chambon. Le régiment Rico devant Bouhet et Virson et le régiment Soleil devant le Gué d’Alleré.

Le régiment Foch progresse sur l’axe Niort La Rochelle et son premier bataillon s’installe à Bouhet, La Roullière, le Gué d’Alleré, la Laigne et Benon, son second bataillon reste en réserve sur Frontenay Rohan Rohan.

Le PC de ce régiment se trouve à la Laigne.

Il convient de préciser que le régiment Foch devient le 01 décembre 1944 le 123ème régiment d’infanterie, transformant ainsi les maquisards en soldats d’une armée régulière. Les hommes seront ainsi protégés par les conventions de la guerre et non plus considérés comme des terroristes.

Le régiment Demorny se transforme en 108ème RI .

Le 78 régiment d’infanterie prend position en arrière du régiment Foch au sud ouest de Bouhet à partir du 13 décembre.

Le régiment Soleil tient quand à lui le secteur des Haies de Virson.

Il convient de préciser que suite à une convention négociée entre le contre amiral Schirlitz et le commandant Meyer, puis ratifiée par le général Adeline qui commande les forces françaises du sud ouest, La Rochelle ne sera pas attaquée les installations portuaires et urbaines ne seront pas détruites.

Une zone de no man’s land est créée entre les lignes allemandes et les lignes françaises. Dans cette zone les deux contractants conservent leur liberté d’action.

Les communes du Gué d’Alleré, de Saint Sauveur et de Ferrière se trouvent dans cette zone.

Celles de Benon et Bouhet se trouvent en limite de la zone française.

La ligne de front se situe au niveau de Rioux et de Mille écus pour ce qui concerne le Gué d’Alleré, et de la ferme du Silop, de Supplancay et de Blameré pour la commune de Bouhet.

Les attaques allemandes seront avant tout des raids d’alimentation. Celle du 15 décembre sur notre commune n’en fait pas exception

Dès le 13 décembre 1944 des mouvements de troupes sont signalés près de Virson, Saint Christophe, Saint Médard, Vérines et les craintes d’une attaque dans le sous secteur 3 et le sous secteur 4 se précisent. On constate la mise en place de pièces d’artilleries.

Les régiments Foch et Demorny sont en état d’alerte et un bataillon du 78 RI est envoyé à Maison Neuve.

Les alertes étaient fondées et le 15 décembre 1944 les Allemands attaquent en force et c’est près de 2500 hommes qui fondent sur les positions françaises.

A 8 h 15 l’artillerie tonne et les premiers obus s’abattent sur le bois de l’Encens, les haies de Virson et Bouhet.

L’aile droite allemande engage son avance depuis Virson sur les Haies de Virson. Le 4ème régiment Soleil qui tient la position devant la supériorité numérique des allemands se retire sur Blameré, le repli se fait en infligeant de grosses pertes à l’ennemi.

A 9 heure, l’attaque allemande se reporte au nord c’est à dire sur Bouhet , la ferme Silop, Supplancay et Blameré.

Ce secteur est tenu par la compagnie Wacherot du 1er bataillon du régiment Foch, le lieutenant Perrot Minot en exerce pour l’heure le commandement.

Une première colonne allemande est bloquée aux Haies et une autre se dirige vers les Petites Rivières. Les tirs de mortier s’abattent sur les positions et malgré une défense farouche, le repli par échelon est commandé sur la gare de Bouhet, puis en lisière de la forêt de Benon.

A 9 h 45 Bouhet est occupé, les derniers habitants qui n’avaient pas répondu aux ordres d’évacuation tentent de fuir ou se terrent dans les maisons mises immédiatement au pillage par les troupes allemandes.

Ce premier bourg en leur possession les allemands dirigent leurs effort sur le Gué d’Alleré qui est tenu par la compagnie Fournier du régiment Foch.

Il est 10 h 45 quand l’attaque commence, Rioux est bombardé ainsi que Saint Sauveur.

L’ennemi laisse une couverture sur Bouhet et attaque en force sur Mille écus et Rioux.

La compagnie Pascal qui couvre le Gué d’Alleré se défend vaillamment. La section Marot et la section Paillé ( de la compagnie Fournier ) résistent désespérément sur les positions de Mille écus.

Mais les abris sommaires et les armes légères ainsi que la modicité du nombre de soldats ne peuvent rien contre la supériorité en nombre des Allemands et sur leur supériorité en armement.

La colonne ennemie est précédée de deux camion blindés.

Poste d’observation du 78 RI  en avant d’ Anais après les combats du  15.

Malgré l’héroïsme désespéré des hommes, les allemands progressent et le Gué d’Alleré est évacué par la compagnie Fournier. A 13 heures le village est envahi et les allemands commencent leur pillage, là aussi la population qui n’est pas entièrement partie se cache ou s’enfuit.

Les survivants décrivent bien la panique et la peur qui s’empara d’eux, la préoccupation principale étant la préservation des troupeaux, nombre d’entre eux s’enfuirent à travers champs en direction de Benon.

Normalement la population aurait du être entièrement évacuée conformément aux ordres préfectoraux mais certains avaient fait choix de rester.

D’autres que la maladie avaient cloué au lit ne purent partir, et deux décès survinrent ce jour.

Les allemand furent sévèrement accrochés et de nombreux morts et blessés jonchaient les rues du village.

La majorité des morts que les français eurent à déplorer, fut lors de la défense du point de Mille écus et l’adjudant Marot qui commandait fut fait prisonnier et soigné dans un hôpital de La Rochelle.

Mais les français réagirent assez vite et le régiment Demorny prépara une contre offensive.

Un bataillon du 4ème zouave arriva également en renfort avec 4 pièces d’artillerie de 105 mm. A 14 heures, ils commencèrent à tirer sur les allemands qui se trouvaient à Bouhet .

A 15 heures 35, une patrouille pénètra dans Bouhet et constata que les allemand avaient évacué.

Le bombardement aérien prévu par six avions du groupement aérien de Cognac a été décommandé et redirigé sur le Gué d’Alleré. La mission n’a pas été  une réussite et 4 avions seront endommagés par la Flak allemande.

A 17 heures les allemands évacuèrent toutes les positions qu’ils avaient conquises.

Monsieur Auguste Drappeau de Benon relevant les morts avec un groupe de soldat

Le bilan est terrible :

14 soldats français sont morts sur le terrain.

42 ont été faits prisonniers dont une vingtaine blessés.

11 d’entre eux décéderont dans les hôpitaux de la Rochelle portant le bilan total à 25 tués

Les Allemand eurent approximativement 57 morts et 120 blessés.

Leurs deux véhicules blindés furent détruits.

Mais ils emportèrent un important butin, 50 tonnes de céréale , 100 têtes de bétail et 11 mitrailleuses.

Dans les jours qui suivirent le village finit d’être évacué et la population se dirigea pour une grande part vers les Deux Sèvres. Seules quelques personnes ayant des sauf-conduits purent à nouveau pénétrer dans la zone.

Le régiment Foch durement éprouvé fut relevé et le 78 RI prit sa place.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 40, le retour de l’empereur

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1840.

Je n’avais eu qu’à me louer de mon remariage avec Marie, nous n’avions pas eu d’enfant ensemble et je pense que pour elle ce fut difficile. Elle tenta l’impossible pour en avoir, décoctions, implorations des Saints  et prières à la vierge Marie. Rien n’y fit et j’avais beau lui dire qu’implorer une vierge pour avoir des enfants était plus qu’idiot. Alors nous faisions l’amour souvent. Mais la nature lui fit comprendre qu’elle n’en aurait jamais, car bientôt elle n’eut plus ses menstrues. Certaines, chargées d’enfants, dansaient de joie lorsque cela leur arrivaient, Marie elle pleura et tomba en une sorte de léthargie que nous eûmes mes enfants et moi bien du mal à combattre.

Pourtant ces derniers lui vouaient un amour quasi filiale, seul Isidore avait réellement connu sa mère pour les autres le souvenir s’estompait irrémédiablement.

Moi même parfois je venais à douter que ma première femme eut vécue.

Lorsque j’avais perdu mon fils Alexandre un an après sa mère, elle avait veillé ce poupon malingre âgé d’un an comme si il fut sorti de son propre ventre. C’est de cette période que je m’étais mis à l’aimer. Avant elle n’avait été qu’une clause de contrat.

Jean Baptiste était maintenant un bon journalier et il se louait en général dans les mêmes fermes que moi.

Même si nous aurions préféré être propriétaire de nos terres, nous n’étions pas malheureux pour autant. Comme nous n’avions presque rien, nous ne souffrions guère lorsque la conjoncture était mauvaise pour les grains ou que la météo était catastrophique. On se serrait un peu plus la ceinture et voilà tout.

Marie Céline qui n’avait jamais été très jolie s’était encore enlaidie. Elle avait fort grossi et ressemblait à une petite barrique. Elle ne se soignait guère non plus et elle n’était pas une adepte de la toilette. Elle se lavait les mains le soir, parfois les pieds lorsqu’elle avait marché pieds nus ou qu’elle s’était souillée dans ses sabots.Le matin elle se rafraîchissait le visage et se peignait en une espèce de chignon qu’elle cachait sous son bonnet . Jamais au grand jamais elle ne soulevait son jupon pour laver son intimité, elle me disait je ne suis pas une fille de joie. Je m’étais accommodé de son acre parfum qui soyons francs s’accordait fort au mien.

Seul Médéric allait encore à l’école les autres étaient trop vieux et devaient travailler.

Joseph Alexandre Napoléon Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1840.

Ciel glacé! soleil pur! Oh! brille dans l’histoire!
Du funèbre triomphe, impérial flambeau!
Que le peuple à jamais te garde en sa mémoire
Jour beau comme la gloire,
Froid comme le tombeau

Lorsque j’arrivais ce jour là au village je fus accueilli par des rires moqueurs et des propos gouailleurs

  • Alors tu es content il est revenu

  • Ton Napoléon en ce moment il descend la Seine.

  • Remarque malgré que ça gel il doit pas avoir froid aux dents.

Si bien sûr il y avait de la moquerie, il y avait aussi de la déférence, le grand Napoléon revenait reposer parmi les siens, cela faisait presque vingt ans que les vieux soldats et les nostalgiques d’une grandeur révolue attendaient ce somptueux retour.

C’est mon père qui en aurait pleuré de joie, moi je portais simplement comme tant d’autres le bon prénom de Napoléon. Encore que cela ne fut que mon troisième et ils n’étaient pas nombreux à m’appeler sous ce vocable.

Alors oui j’étais bien content et je me rendis au cimetière pour l’annoncer à mon père.

Je ne savais pas si ce retour était dû à une idée de génie du roi, ou plus vraisemblablement de son entourage ou bien de la mansuétude de nos éternels ennemis les anglais, mais je regrettais déjà de n’être pas sur les rives de la Seine pour voir arriver majestueuses les cendres de notre grand conquérant.

On apprit par les journaux le déroulement des fastueuses cérémonies, certes le nom du bateau qui amena le catafalque se nommait la  »Dorade » ce qui n’était guère glorieux, mais les centaines de milliers de personnes qui pleurèrent de joie en voyant passer celui qui avait fait tuer leurs enfants et laissé un handicap à leur père étaient fascinés par le spectacle.

Les grands noms de l’empire étaient maintenant un peu défraîchis mais à tout bien considérer tout le monde gagnait à voir revenir le grand homme.

Moi à Verdelot en compagnie des anciens qui avaient combattu pour lui nous avions vidé bon nombre de bouteilles.

Ce fut passablement échauffé que je rentrais à Pilfroid où ma mère me fit la soupe à la grimace pour mon ébriété .

D’ailleurs, il était bien temps que je quitte le giron familial, généralement la famille restait groupée autour du père mais quand celui ci n’était, plus l’unité familiale se désagrégeait souvent et ce n’était pas la mère qui retenait les enfants dans le foyer.

Comme mes frères je partis donc voir si l’herbe était plus verte ailleurs, Maman restait seule avec ma petite sœur.

Moi je pris la direction du département voisin où il y avait beaucoup de moutons à garder et c’est vers le village de Chatillon sur Morin que je posais ma besace. Je n’avais pas l’intention de me fixer mais plutôt de gagner de l’argent. J’étais donc décidé à papillonner d’une ferme à l’autre et d’un village à un autre, Chatillon sur Morin, Bricot la ville, Le Gault furent mes terrains d’errance.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 39, Crève la belle mère

Catherine Berthé, femme Patoux

Commne de Chatillon sur le Morin, département de la Marne

Année 1840-1841

Ma deuxième fille Justine Alexandrine allait se marier, rien à y faire elle était éprise d’un berger du village qu’elle avait rencontré je ne savais comment. Toujours est-il que la Justine elle s’était jetée dans le lit encore chaud d’une morte. Je n’étais pas loin de penser que cela nous porterait malheur

En effet le berger était veuf et chargé de famille, un garçon lui était né 15 jours après qu’il se fut marié, je vous dis une drôle de famille pas respectable pour deux sous.

On avait été au mariage bien évidemment et le père Patoux avait donné son accord à contre cœur. Mais quitte à ce qu’elle se retrouve pleine autant le faire avec quelques règles et avec de la décence.

La Justine à tout juste vingt ans se retrouvait à couver le fils d’une autre, qu’on peut être sotte par amour.

Bientôt ce fut Henriette qui devint grosse de son bûcheron, mais des mauvaises langues colportèrent que le fruit n’était pas du bon arbre.

Il ne fallait pas compter sur Henriette pour nous avouer quoique ce soit, mais la population se moquait de son comportement et disait qu’elle avait la cuisse bien légère .

Ce n’était sûrement que pure médisance mais je n’osais plus mettre le nez dehors. Mes filles quand à elles supportaient avec stoïcisme les insinuations des garçons du village et les sales commérages de femmes sans doute jalouses.

Thomas lui était de moins en moins à la maison, ses noces se précisaient, avec sa petite ils avaient plein de projet dont celui de s’installer comme cabaretier .

J’étais offusquée que ma future belle fille se commette à servir du vin à des hommes ivres, excités et en chaleur. Mais si c’était leur choix je m’inclinais.

Henriette mis au monde son chiard, mon dieu comme il était vilain ,oui vraiment une punition divine pour sa conduite éhontée.

J’avais eu un peu de mal ces dernières années à m’habituer à mon nouveau village, la mentalité entre les deux bourgs était différente. De plus nous étions victimes de la méfiance qu’ont les gens de la terre pour les gens des bois. Nous étions pour eux des dépenaillés à la gueule sale, moitié sauvages moitié humains. Il fallut beaucoup de temps pour que je sois simplement acceptée. Les veillées nous les avons souvent passé seuls. C’est grâce aux enfants que nous avons enfin pu lier quelques amitiés.

Il est vrai aussi qu’Alexandre brisa la glace plus vite que moi, aidé en cela par les chopines du cabaret.

La vieille tomba définitivement malade, ce fut un véritable enfer . Pourquoi mettait-elle autant de temps à mourir. C’est toujours aux femmes que ce genre de corvée incombe, il fallut que je lui donne la becquée, à la cuillère que je l’ai nourrie alors que finalement elle n’était pas même ma mère. Pourquoi ne vivait-elle pas chez son autre fils ou chez sa fille. Mais mon mari arguant d’une dette d’honneur ne voulait en rien changer quoi que ce fut. Donc en bonne femme soumise j’essuyais le cul de sa mère mourante. Croyez vous qu’il se sentait redevable de quelques choses envers moi.

Le pire c’était mes devoirs conjugaux, jusqu’à présent même avec répugnance de la savoir à proximité je m’y résignais, mais maintenant que je la savais mourante cela me bloquait complètement . Alexandre se plaignait que j’étais sèche comme une poignée de sciure de bois.

Non vivement qu’elle parte, c’est vraiment une vilaine pensée que je me permis de soumettre en confession. Le curé s’en s’offusqua guère et me soumit à quelques récitations de prières sans conséquence. Par contre lorsque je lui expliquais que j’étais bloqué avec mon mari, il entra dans une telle rage que j’avais l’impression que le confessionnal allait s’effondrer.

Lorsque je sortis de l’église je me demandais si toutes les femmes du village ne me regardaient pas en  rigolant et si tous les hommes ne se disaient pas, si c’était moi je saurais bien la faire hurler.

Alexandre allait rarement à l’église, alors il m’étonnerait que notre bon père lui ai parlé de mes préoccupations.

Le 8 septembre 1841 Marie Jeanne rendit son âme à Dieu. vous imaginez ,elle était née sous le règne de Louis XV. Elle en avait connu des mouvements mais les avait-elle seulement compris. La façon de vivre du milieu du 18ème siècle était bien la même que celle que nous vivions actuellement.

Monsieur le curé en lettré qu’il était, nous disait simplement qu’il y avait moins de disette depuis qu’on mangeait des pommes de terre et que la petite vérole faisait moins de morts depuis qu’on vaccinait.

J’opinais du chef chez nous, personne n’avait été vacciné et personne n’était mort. On porta en terre la grand-mère et le frère de mon mari versa même une larme. Si seulement il s’était occupé de sa mère pendant son vivant j’aurais compris mais là pleurer sur le corps d’une personne de quatre vingt six ans c’en était d’une indécence.

La morte libéra un lit, on changea la paillasse et Clémentine la plus jeune s’y glissa avec délectation car c’était la première fois qu’elle avait un lit pour elle seule.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 38, Henriette, Denise et les autres

Louis Alexandre Patoux

commune de Chatillon sur Morin département de la Marne

Année 1837

J’avais effectué un tournant dans ma vie assez considérable, j’avais abandonné mes arbres, mes lattes et l’univers assez fermé des travailleurs des bois. Jusqu’à maintenant nous en vivions bien de ce labeur, mais visiblement les temps changeaient et je me persuadais qu’il fallait que je retourne à la terre et au métier de feu mon père.

A Gault tout tournait autour de la forêt, alors avec ma petite famille on s’exila à Chatillon sur Morin. Ce n’était pas très loin mais il ne se dégageait pas la même atmosphère. Il y avait bien entendu une forêt toute proche, qui s’appelait forêt de l’Armée. J’y avais aussi travaillé à mes débuts de fendeur de bois.

Avec mon fils Thomas on devint manouvriers, il y avait à s’employer et d’ailleurs ma femme put se louer aussi.

Parlons un peu de la Henriette qui m’avait fait tant hurler de rage et qui plus d’une fois avait menacé l’honneur de la famille. Elle s’était trouvée un galant et ce dernier avait demandé sa main.

Vous pensez bien que j’ai accepté, d’autant que les tourtereaux roucoulaient au delà des convenances. Le futur était bûcheron, un homme des bois comme moi, alors j’étais finalement heureux. Les probabilités de rencontrer un homme qui ne travaillait pas dans la forêt étaient somme toutes réduites.

Henriette que tout le monde connaissait dans les clairières et sur les coupes ne laissait jamais un homme indifférent, c’était un peu la fée des bois. Elle était joliette et l’on eut dit sa mère au même âge. Le lascars s’appelle Ferdinand Prieur et la noce se fit en notre nouveau chez nous à Châtillon sur le Morin.

On fit donc la fête après être passé à la mairie et dans la petite église Saint Léger. J’étais ému au delà du possible, cette petite sotte allait disparaître de mon univers et ce n’est plus à moi qu’elle amènerait les repas. Légalement elle était à son mari, comme on dit pour le meilleur et pour le pire.

Mais il me restait encore des oies blanches à surveiller. Alexandrine avait maintenant dix sept ans et ne baissait plus la tête quand elle voyait un garçon. Puis il y avait Adélaide treize ans, gibier de potence comme Henriette. Ces deux donzelles qui partageaient le même lit, croyaient-elles que nous ne les entendions pas rignocher en refaisant le monde et en en parlant des garçons.

Après le mariage on tomba rapidement sur la Saint Jean, encore un souci de surveillance des filles, je chargeais mon fils Thomas de surveiller ses sœurs.

L’excitation des danses autour du feu, pouvait amener à de malencontreuses actions. Mais lui même en cours de fréquentation avec une fille de la Fontaine sous Montaiguillon ferait-il réellement attention à elles .

A la maison ma mère était toujours là, elle avait passé ses quatre vingt ans. Catherine toujours gentille disait qu’elle n’en finissait plus de mourir et que si cela continuait elle crèverait avant elle.

De fait ma mère se lamentait tout le temps mais n’avait aucunement envie de mourir, il y avait bien longtemps qu’on ne lui demandait plus rien .

Elle passait son temps sur le vieux fauteuil ou quand il faisait beau elle poussait jusqu’à l’église pour s’asseoir sur un vieux banc de pierre à l’ombre des arbres. Avec d’autres cacochymes elle refaisait son monde.Parfois elle se souillait et alors là ma femme tempêtait. Mais que faire nous ne pouvions quand même pas la jeter dehors.

Marie Louise Cré, veuve Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1837

Non non et encore non, je me refusais à me remarier, pourquoi le ferais-je . J’étais bien tranquille avec mes garçons et mes filles.

J’avais cinquante sept ans maintenant, âge où l’on a fini de se donner, jamais je n’aurais laisser un nouvel homme me découvrir.

Bon j’avoue quand même qu’un veuf du village me tournait autour et que j’en étais un peu flattée. Un jour j’ai même accepté de lui offrir la goutte. Le moment était sympathique , mais l’idiot avait cru que je lui donnerais plus qu’à boire et nous restâmes sur un léger malentendu.

J’avais autorisé ma fille Denise à convoler avec un berger nommé Jean Baptiste Hardy, elle n’avait pas été le chercher bien loin, car il était de Pilfroid comme nous. Ils se connaissaient depuis toujours et d’ailleurs peut être plus qu’ils auraient du.

Enfin quand je dis autoriser c’est un bien grand mot, car la Denise elle était enceinte jusqu’aux yeux. Comme si elle n’avait pas pu attendre avant de lever la jambe. De quoi avions nous l’air, nous les Perrin. Je crois que si le père avait encore été vivant il les aurait tués. Un véritable déshonneur, lorsque j’allais à la messe j’ avais l’impression de me retrouver nue devant toute l’assistance et d’être jugée.

La Denise je lui avais mis une paire de gifles et son frère Louis voulait la mettre dehors.

Jean Baptiste le berger aimait ma fille et il nous assura qu’il allait réparer, il tint parole et une petite arriva un mois après le mariage de ses parents. On la nomma Louise, ce n’était pas mon premier petit enfant car mon aîné avait déjà deux garçons. Je ne les avais guère vus, la Marne n’était pourtant pas très loin.

Mais il n’y avait pas que Denise à être partie, Joséphine s’était placée comme domestique à Bellot.

Elle était sérieuse et je n’avais aucun souci à me faire.

Lorsqu’on est veuve on dépend un peu de ses enfants, le Nicolas en mourant me laissa sans le sou, une fois tout payé il ne me restait que mes yeux pour pleurer. Heureusement Louis et Joseph bergers tous deux me laissaient leurs gages. J’en faisais bon usage et je leur en gardais une part pour une future installation. Ils avaient des besoins d’hommes et je leur redonnais de l’argent pour leur tabac et pour les pichets de vin à l’auberge. Ils me faisaient confiance.

Comme petite compagne j’avais Marie Louise ma dernière, petite bonne femme de dix ans qui ne donnait pas sa part aux chiens. Elle travaillait comme une femme et m’épaulait pour les travaux ménagers. J’étais plus proche d’elle que ne ne l’avais été pour les autres. Plus disponible sans doute, plus sereine devant la vie que j’avais maintenant dernière moi.

 

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 37, l’impossible veuvage

Marie François Isidore Groizier

Commune de Verdelot département de la Seine et Marne

1833

Ma femme venait de mourir et c’était bien dommage, mais moi il me restait à vivre. Si il n’y avait eu que moi j’eusse surmonté ma douleur tranquillement à mon rythme, la vie serait revenue, elle m’aurait de nouveau souri. Mais voilà dans un coin de la pièce près du corps de sa mère, hurlait Louis Alexandre âgé de deux mois, il avait faim et je ne pouvais rien pour lui.

Il n’y avait d’ailleurs pas que lui, Médéric lui n’avait que trois ans, il regardait de ses grands yeux cette animation inhabituelle, sans comprendre encore que sa mère l’ait laissé à son triste début de vie.

Clément mon deuxième, lui du haut de ses cinq ans avait bien compris, des grosses larmes coulaient sur ses joues, on eut dit des perles de rosée.

Mais qui prendrait soin de ma seule fille, ma belle Clarisse, grande brindille de six ans qui s’efforçait de suppléer à sa maman qui gisait dans ses draps blancs.

Isidore l’aîné mon grand de huit ans était seul à ne pas paraître triste, il se jouait un rôle, voulait sans doute paraître, aucune larme ni aucun cri.

Qu’allais-je faire d’eux, qui allait les nourrir, qui allait lessiver leurs chemises sales, qui allait les guider vers le droit chemin et leurs apprendre les gestes essentiels de la vie.

Tout cela était affaire de femmes, je n’en avais plus, il m’en fallait une.

J’avais trouvé des tétons pour le bébé, pour les autres la solidarité paysanne se mit en route, les enfants furent chez eux dans toutes les maisons de Pilfroid, Marie Louise Perrin, Rosalie Hardy, Françoise Cré, Adélaide Hennequin, toutes aidèrent et apportèrent réconfort et chaleur.

Je pus compter également sur mon père et ma belle mère qui vivaient au village, ils me prenaient le plus grand, lorsque ce dernier allait à l’école.

Toute cette solidarité m’allait droit au cœur, mais cela ne pouvait être que provisoire. Il me fallait une mère pour ces petits et accessoirement une femme pour moi.

Idéalement il m’aurait fallut une veuve dans la même position que moi, mais voilà rien sur le marché, ni à Verdelot ni dans les environs. Pas de veuve à l’horizon, il me fallait une jeune femme. Je n’avais rien pour séduire, enfin je veux dire que j’étais pauvre comme Job et qu’un malheureux comme moi, affublé de cinq enfants en bas âge ne pouvait guère passer un beau contrat.

Je finis par avoir vent d’une demoiselle sur le village de Montolivet, connaissance de connaissance, ce n’était pas du premier choix. En cela nous avions donc un point commun.

Marie Céline puis ce que c’est ainsi qu’elle se prénomme, n’est en effet plus de la première jeunesse. Une laissée pour compte, une que personne n’a voulu, une vieille vierge de quarante quatre ans, c’était comme défricher un vieux bois. Je n’avais moi que trente et un ans, vous vous rendez compte un siècle nous séparait, tout le monde allait se moquer, me conspuer me faire charivari. Mais je n’avais pas le choix , je ne pouvais rester veuf avec mes marmots, cela ne se faisait pas et je ne le pouvais pas.

Ce n’était pas qu’elle fut laide mais déjà le temps avait fait son œuvre, la dure vie des champs, le dur cheminement  de la vie. Ses cheveux grisonnaient, ses joues s’affaissaient et ses dents se gâtaient, mais heureusement une poitrine vierge de bouches affamées lui donnait une fière silhouette. Ce qui me surprit ce fut plutôt ses mains, fines et soignées, bizarre pour une travailleuse des champs. Celles de Rosalie étaient dures, craquelées, déformées, avaient des ongles courts et sales.

Elle me surprit aussi par sa pétulance et son intelligence. Je la négociais auprès de ses frères, ce fut dur, âpre et assez sordide. Je l’obtins, comme on obtient une obole. Ils s’en débarrassèrent de la vieille fille comme on jette une vieille chemise à un chiffonnier, comme une peau de lapin que l’on vend aux marchands ambulants.

Le 21 janvier 1833 à dix heures du matin elle devenait ma femme, il me restait à la conquérir  amoureusement , à l’installer dans un rôle de mère et pourquoi pas à la rendre heureuse.