LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 88, les violences conjugales

 

1896, Puy Gaudin commune du Girouard

 Clémentine, femme de Charles Auguste Guerin.

Nous venions de déménager sur Puy Gaudin, c’était un petit hameau, presque un village je dirais, nous étions légèrement plus près du Girouard.

Auguste mon homme trouvait à s’employer partout, il était bon travailleur et on avait encore besoin de bras, bien que dans certaines fermes des exploitants entreprenants introduisaient des sortes de machines qui fauchaient les blés ou les foins. Cela allait plus rapidement mais enlevait du travail aux journaliers

Moi j’étais enceinte, j’en étais heureuse, bien que très fatiguée, les grosses chaleurs m’accablaient, j’avais calculé que le bébé arriverait fin août. J’étais à peu près sure de moi . J’avais donc fait les moissons avec un ventre déjà énorme et croyez moi le soir je m’endormais comme une masse, heureusement Marie ma grande âgée de neuf ans jouait les femmes d’intérieur et servait Auguste à table.

Heureusement la délivrance vint et ma troisième fille arriva, on la nomma Élisabeth Armantine, c’était la mode des prénoms bizarres, mais pour sur on ne l’appellera Élisabeth.

Je n’avais plus ma mère pour garder ma petite, alors on fit cela à l’ancienne on la laissa seule à la maison, que voulez vous qui arrive, le chien restait dehors et nos deux matous également. Puis arriverait ce qui arriverait, de toutes les façons il fallait bien que je ramène un peu d’argent. Je travaillais au tour de Puy Gaudin alors je venais surveiller de temps en temps.

Un bébé qui ne marchait pas se gardait facilement mais moi j’avais Eugène né l’année d’avant, lui il ne demandait qu’à bouger, alors je l’emmenais un partout, ou alors ses sœurs le gardaient. Nous avions toutes ce problème, grossesses, enfants, garde des enfants et de nouveau grossesse.

Moi au moment de la conception d’Eugène je n’étais pas prête et je l’aurais bien fait passer ce drôle, j’ai tout essayer, les plantes, les coups sur le ventre, un travail acharné, une ceinture qui me serrait et même une position amoureuse assez animale qui me déplaisait fortement, rien n’y fit et je ne voulais pas prendre le risque d’avoir affaire à une faiseuse d’ange. C’était puni par la loi et beaucoup de femmes en mouraient.

Bon je me résous à parler de mon père, il buvait de plus en plus et travaillait de moins en moins, sa consommation de vin était phénoménale. Les fermiers rechignaient maintenant à l’embaucher d’autant qu’il vieillissait, hors chez nous pas de travail pas d’argent, ils étaient à la limite de l’indigence.

De plus mon père était, disons le assez fertile et Etiennette marquait presque à chaque coup. Cela semblait se stabiliser un peu mon dernier petit frère avait trois ans.

Certes chez François  c’était une noria permanente, un enfant naissait, un autre était placé comme domestique. Mon père dans son délire ne savait même plus en détail où se trouvait ses enfants. Sur les dix sept qu’il avait eu, trois étaient morts en bas age, six étaient mariés et avaient charge de famille, cinq étaient domestiques dans les fermes environnantes et seuls les trois petits couraient dans les jupes d’Étiennette.

Moi je secourais un peu tout le monde, quand je croisais au hasard de mes travaux l’un de mes petits frères ou l’une de mes petites sœurs, je leurs donnais un œuf, un bout de fromage, un bout de pain ou un fruit

Je tentais de les gâter comme j’aurais pu le faire avec mes enfants.

Etiennette était une brave fille et chaque soir la même comédie recommençait, mon père ivre avait toujours un sujet de récrimination, soupe trop froide, soupe trop chaude, pas assez de sel, les enfants bruyants, alors le ton montait, ma belle mère faisait profil bas mais rien n’y faisait il cherchait le conflit, cherchait à dominer une vie où par ailleurs il ne dominerait rien. Aux violences verbales succédaient inexorablement les violences physiques, des gifles, puis souvent des coups de poings.

Etiennette faisait gros dos ne disait rien résignée détournant les coups qu’auraient pu recevoir les enfants. Les marques des exactions de mon père étaient visibles par tous, la pauvre avait toujours une lèvre fendue, un œil poché,ou la marque des doigts de mon père sur les joues. Cette violence conjugale était révoltante, mais hélas partagée par bon nombre de femmes. Toutes en leur intérieur faisaient le gros dos, personne ne se souciait de ces problèmes.

Un jour je vis arriver ma belle mère qui trainait derrière elle les trois petits , Florimond, Sidonie et Pascal, elle n’était pas belle à voir. Sa tête avait doublé de volume et son nez n’arrêtait pas de saigner. Après avoir nourri et couché mes trois frères, je me suis occupée de ma belle mère, meurtrie et incapable de faire un mouvement je l’ai doucement déshabillé, son ventre et ses seins étaient couverts d’hématomes.

Auguste nous avait laissées et attendait dehors, Etiennette d’un coup se lâcha et me raconta ses avanies. Il n’y avait pas que les violences visibles, d’autres plus intimes marquaient les femmes encore plus insidieusement. Mon père ce salopard exigeait chaque soir son dû, ivre mort il lui fallait qu’elle lui ouvre les portes de son intimité, mais même si elle se laissait faire il employait quand même la violence. Il lui fallait la faire souffrir ou bien l’humilier. Elle essayait par tous les moyens de le satisfaire afin qu’il la laisse tranquille, mais jamais il n’était content. Si elle se couchait sur le dos soumise il exigeait qu’elle se retourne, si elle semblait ne pas réagir à ses assauts il la giflait, si elle était gênée par ses menstrues, il empruntait une autre voie que la décence m’empêche de nommer. Il exigeait de son corps ce que les beaux messieurs des villes exigent des putains tarifées.

Etiennette me raconta tout, le lendemain tout le canton des Achard fut au courant des méfaits de François , cette fois il était allé trop loin. Auguste voulait aller lui foutre une trempe et mon frère Auguste âgé de seize ans et le plus vieux des fils d’Etiennette l’aurait bien tué. Nous étions au bord du drame. Le maire et le curé intervinrent avant que la maréchaussée n’intervienne, tout le monde rejeta mon père et plus personne ne l’embaucha.

Il fit repentance mais enfin il avait le vieux code Napoléon pour lui et il fallut qu’en chef de famille il récupère son bien, sa poupée sanglante, sa servante, sa femme , sa catin, la mère de ses enfants.

A t’ il eu peur ou prit il conscience du mal qu’il faisait à la femme qu’il aimait malgré tout, il changea un peu ou plus malin berna son monde en restreignant ses violences et en les faisant rentrer dans des limites plus raisonnables ou du moins, moins visibles.

Moi je plaignais cette pauvre femme et en venait à penser qu’une mort prompte pourrait seule la débarrasser de cette ignoble individu qu’était mon père.

 

 

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 87, le désespoir d’une mère.

 

1896, la Cossonnière, commune de la Chapelle Achard

Victoire Cloutour, femme Proux

La vie de femme n’était pas un long fleuve tranquille, pendant que les hommes couraient après un vain trésor moi je pansais mes peines de mère. Il y avait quelques mois de cela mon fils Léon succombait d’une fièvre maligne, personne ne put le guérir, l’homme de science fut impuissant et la dernière sorcière des environs également. Tous les jours agenouillée sur un pris dieu bancal de l’église du village je priais, qu’avais je fais pour que dieu me punisse ainsi. Chaque jour je rendais visite à mon petit ange disparu, ma mère trouvait cela idiot, on ne pleure pas pour un enfant on en fait un autre. Je trouvais cela particulièrement dur qu’elle me dise cela, la nature reprend ce qu’elle donne rajoutait elle.

Mon mari Barthélémy ne fut guère attristé par le départ de cet enfant, du moins en apparence, il lui restait des fils et là était l’essentiel. Pour lui ne comptait que ses terres, son rendement, ses vaches et les litres de lait qu’elles produisaient. A le voir on aurait pu penser que son cœur était sec et son âme dure. J’appris un peu plus tard à nuancer mes impressions, car un jour où j’avais modifié mes horaires de passage sur la tombe j’aperçus le Barthélémy qui se recueillait sur la dépouille de Léon. Je me fis toute petite mais de ce jour mon amour pour lui redoubla, il n’était pas l’insensible au cœur de pierre, il savait aussi pleurer.

Ce soir là, à sa grande surprise je jouais à l’amoureuse, lorsque tout fut silencieux dans la maison, que mon père au loin eut commencé son duo de ronflement avec ma mère, que les enfants eurent cessé de se retourner je pris l’initiative.

Moi d’habitude passive je pris donc les choses en main et fit comprendre à mon homme qu’une amante pouvait se cacher derrière la mère de famille soumise au bon vouloir de son seigneur et maître. Je n’avais guère d’expérience mais mon instinct de femme me guida, Barthélémy sortit perdant de notre joute amoureuse, je l’avais vaincu, il rendit grâce de tant de jouissance. Moi qui n’éprouvais guère de plaisir ce soir là fut comme un nouveau départ, j’avais dompté la lionne qui sommeillait en moi et je me promettais de ne plus souffrir qu’il en fut autrement.

Je prenais possession de mon corps, il était temps j’avais trente cinq ans.

La vie suivait donc son cours, Jean Marie qui allait à l’école arrivait en age de travailler à la ferme, nous ne savions que faire de lui. L’instituteur Monsieur Paul Dorey nous fit comprendre que notre fils avait des possibilités et que si il continuait dans cette voix, il pourrait devenir, employé des chemins de fer, employé de banque, commis de commerce ou bien même carrément instituteur. Le curé le père Poiraud nous disait la même chose, votre fils il faut le retirer de l’école publique et le mettre avec monsieur Brillouet l’instituteur congrégationaliste, on pourra en faire un curé.

Le Barthélémy cela le rendait fou, il avait fait des enfants pour perpétuer la race des travailleurs de la terre et plus particulièrement pour avoir de la main d’œuvre gratuite qui lui permettrai de se développer. Car voyez vous chez nous le seul moment ou un paysan pouvait prétendre à passer de grenouille à bœuf était le court lapes de temps ou ses propres enfants adolescents lui procuraient une main d’œuvre gratuite. Alors laisser partir son fils aîné chez les mains blanches ou même pire chez les curetons il y avait un fossé qu’il n’était pas près de franchir.

Par tous les moyens je tentais d’assouplir la position de mon mari, cela aurait  été un honneur que d’avoir un curé dans la famille. Je me serais bien vu également être invitée plus tard chez lui dans son intérieur, où de lourds meubles en bois encaustiqués auraient trôné dans la pièce principale comme chez les messieurs chez qui on faisait le ménage et la lessive. Elle aurait bien vu ses petit enfants jouant au cerceau dans des petits costumes proprets. Mais non par la grâce divine du chef de famille Jean Marie serait un gueux en sabot et la seule cire des meubles serait la fiente des poules qui s’ébattraient dans la traditionnelle maison à pièce unique Vendéenne. Ses petits enfants seraient comme elle même l’avait été, élevée sur le fumier et au cul des vaches.

Avec un tel raisonnement le modernisme n’était pas près d’arriver à la Cossonnière.

Ce que je ne pouvais pas obtenir pour Jean Marie j’espérais pouvoir arracher un consentement pour Alexandre. Je pensais aussi que mes filles Lucienne et Florestine pourraient prétendre à mieux qu’à notre vie de labeur, il y avait aussi des institutrices que je sache.

Je m’illusionnais sûrement car Barthélémy comme les autres hommes pensaient que nous n’étions faites que pour engendrer et nous occuper d’un foyer.

A force d’entêtement je fis quand même prolonger un peu la scolarité de Jean Marie, j’espérais qu’il passe son certificat d’étude primaire. Le maître qui avait malgré la loi beaucoup de mal à faire aller les enfants jusqu’à treize ans nous convoqua une énième fois , cette fois là le maire Louis Rabillé était présent.

A force de persuasion et de pression il fut convenu que le Jean Marie passerait son diplôme, j’avais gagné nous aurions un savant à la ferme.

En sortant Barthélémy tirait une gueule de six pieds de long,

j’espère qu’il mettra les bouchées doubles à la ferme me dit il, sinon je le retirerai. Au fond de moi je savais que le Barthélémy était fier de son fils et fier que des messieurs en costume le supplient de quelque chose. Moi pour ma part sans rien dire je soustrayais une grande partie de l’activité de Jean Marie afin qu’il apprenne ses leçons.

Avec Jean Marie ,entrait un peu à la Cossonnière ce parler français dont on nous rabattait les oreilles. Barthélémy qui avait fait son service le comprenait un peu et arrivait à le baragouiner, mais pour les vieux ce langage ravivait des anciens souvenirs racontés dans les veillées et ils ne voulaient pas en entendre parler.

Mais pas à dire, le siècle finissait doucement et comme le prédisait le maire dans quelques années tous nos enfants parlerons français, moi je pense qu’il s’illusionne et qu’il faudrait un sacré chambardement pour que les mentalités changent enfin .

 

 

 

 

 

 

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 86, la découverte du trésor

 

1896, Alentour du moulin du Beignon,

Pierre Cloutour, Barthélémy Proux, Charles Guerin, Pierre Guerin, André Guerin et François Ferré.

 

Tous réunis dans le silence à une distance respectable du bois où ils avaient trouvé la pierre en forme de cœur, Ils délibèrent sur la façon de s’y prendre.

La lune n’était pas encore définitivement couchée, les arbres semblaient avec le jour qui montait plus grands qu’en réalité. Les chemins creux semblaient encore être les trous béants de l’enfer. Les oiseaux qui commençaient leur mélopée ajoutaient encore à l’atmosphère angoissante du lieux.

Les hommes pourtant forts gaillards ne brillaient pas d’une audace débordante.

Ils se décidèrent enfin et munis d’outil se rendirent sur l’endroit présumé. C’était rageant car cette pierre tous la connaissaient, les femmes en mal de fertilité ou d’amant venaient s’y frotter et paraît il les résultats étaient souvent spectaculaires. Aucun des hommes présents ne se seraient avisés de remettre cette légende en question, ce qui les ennuyaient le plus été qu’ils allaient bouger une pierre sacrée et que le malheur pourrait très bien s’abattre sur eux. Mais bon il fallait bien prendre le risque, leurs ancêtres l’avaient bien soulever pour y mettre le coffre et rien ne c’était passé.

Ils peinèrent un peu à trouver l’endroit car visiblement cela faisait un moment qu’aucun joli ventre de femme n’avait mendié une faveur à la dite divinité calcaire. Pourquoi cette foutue femelle ne nous avait elle pas confier qu’elle connaissait cette histoire, nous aurions tous profité plus tôt de cette manne.

Une fois trouvé ils se mirent à l’ouvrage dégageant les abords, le soleil maintenant les rassurait, l’endroit si maléfique la nuit devenait un second paradis.

Le pierre était grosse et il fallut s’armer de force et de patience, mais soudain elle bougea, roula sur elle même semblant hésiter puis s’abattit sur le coté.

Les hommes grattèrent fébrilement et sentirent soudain une résistance. Ils se firent fourmis et peu à peu dégagèrent un coffre de bois.

Pas très gros, en bois cerclé de fer rouillé, il avait résisté aux injures du temps et hormis la rouille qui le vieillissait il semblait avoir été enterré la veille. Il était fermé par une grosse serrure ouvragée.

La troupe fut saisie de stupeur mais aussi de joie et tous se mirent à danser autour, folle farandole, l’argent facile rendant fou ils étaient tous gagnés par la fièvre d’une future richesse bien méritée.

Il fallait faire vite maintenant, le matin gagnant ils risquaient d’être vus et dénoncés. Ils tentèrent d’ouvrir le coffre mais bien sur il résista, ils employèrent les grands moyens et avec leurs pioches, pelles et piques brisèrent l’ultime rempart à leur aisance.

Arrivant enfin à soustraire le magot de sa gangue protectrice, ils arrêtèrent stupéfaits, plusieurs liasses de billets dans le coffre les narguaient, point de pièces d’or ni de lingots, des billets seulement des billets. Une vive inquiétude les gagna, jamais ils n’avaient vu de tels billets, aucun d’eux ne savaient lire. Ils décidèrent de prendre le tous, d’enterrer les débris du coffre et de rentrer à la Cossonnière pour se partager le pactole.

Le chemin du retour fut long, les hommes étaient joyeux mais anxieux, plus très surs de la valeur de ce qu’ils avaient enfin trouvé.

A l’abri de la grange, il examinèrent le tout, comment faire pour se servir de tant d’argent, ils étaient pauvres et un tel afflux pourrait paraître louche.

On fit venir Jean Marie, au moins lui savait lire et pourrait au moins déchiffrer ce qui était écrit sur les billets.

Timidement il ânonna, A S S I G N A T.

Les hommes restèrent sans voix, ignorants, analphabètes, mais point idiots ils avaient tous entendu leurs aïeux parler de ce papier monnaie que la république entendait substituer à leur monnaie ancestrale.

  • Mais quoi qu’on va faire de ça
  • çà vaut rien
  • Même nos vieux n’en voulaient pas
  • On peut à peine se torcher le cul avec
  • Oui on est bien des beaux couillons
  • Moi je vais quand même tenter d’aller boire un coup avec.

Tous regardèrent le François avec ébahissement, si cette andouille allait à l’auberge avec des billets qui n’avaient plus cours tous passeraient pour des imbéciles et ramèneraient la maréchaussée.

Tous se voyaient déjà enchaînés au banc d’infamie des bagnards.

  • Vas tu fermer ta gueule le François, personne ne prendra quoi que ce soit, notre trésor était une chimère n’en parlons plus on s’en va foutre le feux là dedans et on va reprendre le travail comme avant.
  • Oui notre trésor à nous c’est notre terre et nos mains.

Barthélémy fut donc chargé de brûler les billets, au moment de les faire partir en fumée il s’en garda quelques uns en souvenir, après tout cela lui rappellerait ses ancêtres.

Les femmes se moquèrent copieusement de leurs hommes, Victoire qui n’en menait pas large de n’avoir pas parlé de la forme de la pierre bien plus tôt se sentit revivre et fit remarquer à Pierre son mari que les pierres fabuleuses elle n’y croyait guère. Le vieux Cloutour lui fit remarquer qu’à part son foutu dieu elle ne croyait à rien.

L’autre Victoire de la maison, la plus jeune consola Barthélémy en lui offrant le soir le seul trésor qu’elle possédait.

Les trois frères Guerin rentrèrent la queue entre les jambes, Louise tança méchamment son mari en lui disant que décidément il était bien bon à rien. Clémentine fit remarquer à Charles que de toutes façons l’histoire aurait mal fini et que ces billets auraient apporté le malheur.

Tous repartirent au labeur, la petite Mathilde Guerin se vit gratifier d’un de ces billets usagés inutiles aux adultes. Elle considéra ce don comme un bien fait et le serra contre elle jalousement, c’était son trésor ce serait son talisman. Ce simple bout de papier là rendit heureuse et elle se promit qu’à chaque fois qu’elle aurait de la peine, elle le regardait et le toucherait.

A la Cossonière ce fut Jean Marie qui réussit à soustraire au feu un billet, lui aussi considéra que cet argent dédaigné par son père était un vrai trésor. Il s’imagina dès lors chevauchant avec les Charette, D’Elblée, Bomchamps pourfendant le républicain pour son roi et pour sa terre. Il faisait fi de la véritable histoire que ses parents racontaient à la veillée celle ou une famille avait été massacrée et ou des jeunes soldats égarés dans une guerre civile impitoyable avaient commis l’irréparable et avaient ensuite été punis par les fourche divine.

Cette histoire fut le trésor de ses deux enfants, ils ne savaient pas encore quel chemin la vie leur ferait prendre

 

 

 

 

 

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 85, un trésor à portée de main

 

1892, Alentour du moulin du Beignon, commune de Sainte Flaive des Loups

Pierre Cloutour époux de Victoire Epaud

J »avançais en age et je dirigeais maintenant une belle métairie même si en fait c’était Barthélémy qui avait toutes les commandes en main, mais je n’avais pourtant pas abandonné l’espoir de trouver le fameux trésor qui hantait déjà mon père.

Régulièrement je remettais cela sur le tapis et Barthémy plus pragmatique que moi, me disait père laissez cela vous ne le trouverez jamais ci tenté qu’il ait existé un jour.

Et pourquoi n’existerait il pas ?

Ce soir là à la veillée j’en parlais de nouveau et Barthélémy se disait prêt pour me satisfaire à faire une ultime recherche. Auguste mon fils fut également conquis par l’idée.

Nous discutions sur le sujet quand ma femme qui jusqu’à maintenant ne s’était jamais intéressée au sujet, nous dit,  » mon père m’a parlé un jour d’un trésor enfoui sous un rocher  »

Elle ne m’avait jamais parlé de cela.

– Un rocher mais où non de dieu

– Je ne sais pas, mais il m’a décrit la forme spéciale du rocher

– Quoi

– Il m’a expliqué que le caillou qui cachait un trésor caché par je ne sais plus qui ce trouvait sous un rocher qui avait la forme d’un cœur.

Barthélémy laissa tomber son bol de soupe et nous dit  » je connais cet endroit, les sorcières autrefois venaient y faire leurs incantations.

Je faillis ce soir là étriper la Victoire, elle connaissait un bout de l’histoire mais sottement n’avait jamais fait la relation avec l’histoire que je racontais et les fouilles que j’avais pratiquées, il faut dire que pour ces affaires d’hommes nous les vendéens on écartait les fumelles.

On décida avec Barthélémy et Auguste de nous rendre sur les lieux dès le dimanche.

Jean Marie Proust, fils de Barthélémy et petit fils de Pierre Cloutour

Écouter et observer les adultes étaient souvent fort intéressant, je ne comprenais pas toujours le sens de ce que j’entendais mais je n’en perdais pas une miette pour autant. Quand j’appris l’existence d’un trésor qui nous appartenait j’en fus bien sur tout excité

Dès le lendemain j’en parlais ingénument à l’école, personne ne me crut et je me fis moquer.

Mathilde Guerin, fille de Charles Auguste Guerin et de Clémentine Ferré

Sur le chemin de l’école nous discutions beaucoup, la route était longue et ainsi cela passait plus vite, ce jour là portait sur la découverte d’un trésor par une famille de la Chapelle Achard.

Moi je croyais guère à toutes ces fadaises, mais bien évidement je les propageais à mon tour.

En quelques heures plus personne ne savait qui en avait parlé en premier. Moi le soir je fis mon intéressante et sans qu’on m’autorise à parler je racontais la nouvelle. Je croyais que j’allais me prendre une taloche mais mon père fut curieusement intéressé par ce que je disais.

Il entra en grande discussion avec ma mère et malgré l’heure tardive parti au Chaon pour parler avec ses frères.

Charles Guerin, époux de Clémentine Ferré.

Quand j’ai appris par la gamine que quelqu’un avait trouvé un trésor, je sus que c’était le notre, aucune probabilité ne me ferait croire qu’il y en avait deux. Mes frères furent surpris de me voir et quand je leur racontais le peu que je savais ils firent eut aussi le lien. Par contre la Mathilde ne savait pas de quelle famille il s’agissait.

Dès le lendemain on ne parlait que de cela et je sus que la famille Cloutour et Proux de la Cossonnière était détenteur du secret. J’ai laissé mon ouvrage et avec mes frères nous nous sommes rendus à la Chapelle Achard.

Sur place le vieux Cloutour nous accueilli fort mal, heureusement Proux tempera les ardeurs de son beaux père et nous fit entrer. Il ouvrit une bouteille de vin bouchée, ce qui était bon signe et nous discutâmes. Hormis le vieux nous étions tous d’accord il nous faudrait partager le trésor entre tous les descendants de la bande originelle. On fut aussi d’accord pour faire montre d’une discrétion absolue et qu’il fallait pour le bien de tous différer de quelques semaines la fouille car tous étaient en émoi à cause des racontars du Jean Marie.

Clémentine me demanda si on devait en faire part à son père. La justice voulait que oui mais le nombre élevé des héritiers nous fit craindre un amoindrissement des parts.

On verrait bien une fois déterré ce que cela donnerait.

François Ferré, commune de Grosbreuil

Nom de dieu si ils croient qu’il ne prendra pas sa part du gâteau, cette foutue famille Guerin et sa garce de fille se trompent amèrement. Je vais aller leur dire mes quatre vérités et j’emporterais mon fusil pour bien qu’ils comprennent.

En attendant je m’en vais boire une chopine et la Étiennette aura pour une fois intérêt à se taire.

Barthélémy Proux, commune de la Chapelle

Ce matin là, on était en train d’atteler les bœufs, les bêtes pourtant docile d’habitude était énervées, moi aussi et mon bâton s’abattait sur la croupe des récalcitrantes, quand je vis arriver trois hommes. Sans vraiment les connaître je savais que je me trouvais en face des frères Guerin.

Nous nous serrâmes la main et une discussion prévisible s’en suivit et qui concernait bien sur le trésor. Avec mon beau père qui venait d’arriver nous avions conclu qu’un partage serait équitable entre les descendants du groupe originel.

Les frères Guerin pensèrent de même , mais firent remarquer qu’il était très difficile d’avoir la composition précise de la bande. Bon on verrait bien, il y aurait bien assez pour tout le monde.

Il fut convenu que dès le lendemain on se donnerait rendez vous au Beignon.

Nous n’étions pas encore séparés lorsque nous vimes arriver le François Ferré ou plutôt que nous l’entendîmes tant il faisait un bruit d’enfer. Complètement saoul malgré l’heure matinale, il tenait une vieille pétoire sortie de l’ histoire. Ses vociférations firent sortir les habitants de la Cossonnière déjà curieux de la présence des Guerin. Certaines voisines bravant l’impudicité se montrèrent en chemise, des enfants les cheveux en bataille se cachant derrière ces maigres remparts.

Je fis taire l’idiot de service et on entra dans notre cuisine surprenant les femmes qui n’étaient pas encore coiffées de leur bonnet. Victoire qui n’aimait pas montrer ses cheveux à des inconnus se cacha dans la remise.Nous bûmes un coup de vin en bouteille, il fallait soigner les antagonistes.

Nous n’avions vraiment pas l’intention de spolier François,nous voulions qu’il fut plus discret, car ce trésor ne nous appartenait guère et l’administration aurait tôt fait de s’en emparer.

Donc paroles d’ivrogne il nous assura que dès le lendemain il serait présent lui aussi au rendez vous et que dès maintenant il se tairait sur le sujet.

Charles Guerin son gendre était un peu septique sur son silence, le soiffard quand il était à maturité éthylique avait la langue bien pendue.

 

 

 

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 84, la mort de la veuve

 

1896, la Cossonnière, commune de la Chapelle Achard

Jean Marie Proust fils de Barthélémy Proux et de Victoire Cloutour

Allez savoir par quelle bizarrerie le maire de Saint Flaive des Loup, monsieur Guignard n’orthographia pas mon nom correctement. Peut être une erreur de prononciation ou peut être d’écriture, mais mes parents ,dans la même mairie et l’année précédente avaient été mariés sous le nom de Proux. Toujours est il que maintenant je ne porte pas le même nom que mon père et que mes frères et sœurs. L’erreur faite, plus personne ne songea à la corriger et à l’école je fus donc Jean Marie Proust.

J’avais la chance et ce n’était pas le cas de tout le monde d’avoir mes grands parents, j’aimais particulièrement mémé Barreau, la mère de mon père. Ça faisait drôle de l’appeler comme cela car c’était presque encore une jeune femme. Du moins dans son apparence, elle n’avait que cinquante neuf ans, ayant eu mon père précocement à dix sept ans. Depuis la mort de mon grand père elle vivait au bourg et du fait de notre déménagement dans le village on la voyait plus souvent. Mon oncle Pascal était parti comme domestique dans une ferme et elle serait restée seule si un événement ne l’avait obligée à héberger mon oncle Eugène. Ce dernier n’avait rien trouvé de mieux que d’engrosser une journalière du village, ce n’était apparemment pas une affaire d’état mais il fallait une réparation par le mariage. L’enfant naquit en avril, il fut reconnu en mai par la mère et légitimé par le mariage des parents en octobre, il avait fallu se loger en urgence heureusement la grand mère avait une petite maison et elle hébergea les fautifs.

Papa avait un peu pitié de cette belle dame déchue qui devait après avoir passé sa vie en métayage et devait maintenant trimer pour les autres comme journalière. Alors il l’embauchait pour les gros labeurs et la protégeait un peu. Tout de même être journalière chez son propre fils devait bien piquer son orgueil, elle n’en laissait rien paraître et faisait sa part de travaux payée au même tarif que les autres.

Un jour que je n’étais pas à l’école je la vis apparaître, cela faisait quelques semaines que je ne l’avais pas vue. Elle était métamorphosée, ces cheveux sombres avaient viré au gris, son teint était blafard, sa respiration faisait penser au bruit émis par un soufflet de forge. Elle me bisa, fit comme d’habitude.

Pépé Cloutour lui assigna son labeur du jour, mais lui pourtant pas très fin s’aperçût que quelque chose clochait.

  • ça va pas Marie Louise
  • si Pierre aucun problème juste un peu fatiguée
  • Comme tu veux, mais moi je te paye pas à rien foutre
  • Comme si c’était mon habitude

L’échange s’arrêta là, mon grand père savait visiblement parler aux employés, moi j’allais prévenir mon père que sa mère n’allait pas du tout.

Il rentra rapidement et raccompagna sa mère chez elle en ayant soin d’envoyer une bordée bien sentie à son beau père.

Mémé une fois couchée ne se releva plus, fièvre , toux, douleur thoracique, vomissement, pendant son agonie chacun prenait son tour de garde. Moi en rentrant de l’école je venais lui tenir la main une petite heure. Quelle impression que cette main décharnée, froide qui lors des fortes quintes de toux serrait violemment ma petite main d’enfant. Je l’épongeais, la faisais boire et tentais de l’alimenter avec une bouillie comme pour les bébés. Mes tantes venaient la laver car elle faisait sous elle. Puis un jour Marie la sœur de mon père vint nous chercher en catastrophe, c’était les derniers moments. On arriva tous en hâte et l’on se groupa autour du lit, formant comme une chaîne de vie. Elle avait perdu connaissance et nous ne saurons jamais si elle percevait notre présence.

Je tentais de rester digne mais j’avoue que des larmes me vinrent, ce fut contagieux, mes frères , mes sœurs, mes cousins et mes cousines prirent le relais pour un concert de reniflage.

Louise et Marie ses filles la tinrent pour ses derniers instants, un petit cri, les yeux qui une dernière fois s’ouvrirent au monde et sa tête s’écroula. Grand mère n’était plus et moi je voyais ma première morte.

Mariée à seize ans, deux fois veuve, huit fois mères, patronne redoutée, amante passionnée elle gisait là squelettique dans sa simple chemise de coton blanc, déjà gisante figée dans le marbre de la vie éternelle.

Mon père et mon oncle Auguste s’occupèrent de la déclaration en mairie, puis de la cérémonie religieuse. Il fallait faire vite nous étions en août et la chaleur était épouvantable, si nous voulions que la dignité de la morte ne fut point atteinte par une exhalaison charognarde et que notre fierté de métayer de la Cossonnière ne fut pas éclaboussée par une négligente attente il convenait de faire au plus vite.

Le lendemain vingt six août, une caisse faite par le menuisier du village  arriva on y posa la frêle dépouille, une dernière fois nous nous recueillîmes et d’un son mât les clous s’enfoncèrent fermant à tout jamais la maison de bois.

Marie Louise eut droit à une jolie charrette qu’on appelait corbillard, c’était nouveau et changeait du tombereau, nous la suivîmes, le curé une dernière fois la magnifia et l’introduisit dans le domaine des cieux. Au cimetière un dernier paravent de terre fut jeter sur elle, reléguant dans un futur oubli les restes charnels de feue Marie Louise Barreau ci devant ma grand mère.

Mon père en fut certainement affecté mais n’en laissa rien paraître, ce dur paysan avait d’autres choses à faire en cette fin août que de se lamenter. Sa préoccupation majeure était la petitesse des raisins de sa vigne et la maladie qui semblait gagner du terrain sur les vieux ceps. La petite vigne qui servait pour faire le vin de la maisonnée n’avait jusqu’à maintenant pas été touchée par la sale bestiole venue des états unis.

Pour sur les vieux s’inquiétaient pour leur piquette locale, il parait que certains avaient déjà replanté des ceps greffés qui venaient aussi des états unis où les pieds de vigne étaient naturellement résistants.

Le grand père ne voulait pas en entendre parler évidemment.

Pour moi cela allait être la rentrée scolaire et le relâchement de la pression des travaux agricoles. Je n’aimais pas aller en classe mais au moins je pouvais mis reposer.

 

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 83, la famille Cloutour de la Cossonnière

 

1893 – 1896, la Cossonnière, commune de La Chapelle Achard

Victoire Cloutour, femme Proux

Il faut quand même le dire, ce qui fut l’événement majeur de ces années est bien entendu notre déménagement à la Cossonnière sur la commune de La Chapelle Achard.

Mon père toute sa vie avait rêvé d’un tel lieu et d’une telle exploitation, à l’aube de ses soixante ans, il y arrivait enfin. C’était bien entendu le chef d’exploitation mais dès le départ il fut convenu que Barthélémy mon mari serait également partie prenante du contrat qui fut conclu avec le propriétaire. N’allez pas croire que c’était une terre gigantesque et que nous allions devenir de riches paysans, non il faut relativiser, l’exploitation serait simplement plus grande que ce que nous avions connu jusqu’à là et surtout nous ne serions plus des journaliers mais des fermiers ayant une assise terrienne. Pour sur les terres ne nous appartenaient pas mais nous nous étions laissés dire que certains paysans parvenaient maintenant à acquérir la terre qu’ils travaillaient depuis la nuit des temps. Nous n’en étions pas là mais peut être qu’un jour nos enfants deviendraient propriétaires à leur tour.

Mon père en accord avec mon mari décida qu’ils iraient de l’avant et que toutes les technologies disponibles et rentables entreraient sur la ferme. Mais de cela nous en reparlerons car comme toujours les oppositions entre les jeunes et les vieux animaient les repas et les veillées.

Papa était toujours plein de vigueur et de force, certes le soir il piquait un peu du nez mais chaque matin près à l’ouvrage, le verbe haut il montrait l’exemple et souvent houspillait son fils qui selon lui feignantait un peu trop sur sa paillasse.

Il se disait aussi que le père avait encore une bonne femme sur Sainte Flaive des Loup moi je n’ai pas été vérifier mais Barthélémy disait que de temps à autre le vieux il trouvait à faire ailleurs et qu’il disparaissait de longues heures. Moi je voyais pas bien comment un homme comme lui pouvait susciter une passion amoureuse, pas très grand, presque chauve, toujours mal rasé, ridé, édenté et un acre fumet s’échappant de son corps rarement lavé. Maman se pliait encore à ses exigences, nous le savions car si les courtils masquaient, ils ne bloquaient pas les sons et régulièrement nous entendions

Nos vieux s’adonner à la chose. Maman était un peu obligée par devoir conjugal mais qu’une femme puisse subir volontairement les assauts de cet homme vieillissant moi cela me passait par dessus.

Maman n’avait que cinquante quatre ans, je la trouvais jolie et ses cheveux que je peignais presque chaque jour étaient encore d’un beauté saisissante bien que quelques fils d’argent apparaissent ça et là.

Lors des grandes toilettes je l’apercevais nue, nous aurions dit une jeune femme, les seins fermes et le ventre plat. Musclée par les travaux agricoles, elle était je pense encore très désirable et je l’enviais car moi avec mes quatre maternités j’avais les mamelles lourdes et tombantes et mon ventre strié de disgracieuse ridules. Ce qui me stupéfiait dans ma mère c’est qu’elle était propre contrairement à la plus part des femmes de son age et qu’elle faisait preuve de coquetterie en s’aspergeant d’une eau parfumée dite de Cologne qu’elle avait achetée à l’insu de mon père à un colporteur. Je savais que maman ne pouvait plus avoir d’enfants et que cela avait simplifié sa vie. Ce qu’elle redoutait le plus n’était pas les assauts de son homme mais plutôt les conséquences.

Au lavoir elle me confia que le sexe la dégouttait maintenant et qu’en quelques sortes cela la soulageait que Papa aille voir ailleurs. La morale n’était pas respectée et cela cancanait énormément sur notre dos. Nous en avions l’habitude.

Mon bonhomme avait maintenant trente six ans, la force de l’age , la maturité, l’expérience appelons cela comme on veut. C’était un travailleur forcené et il rentait souvent le dernier. Certes c’était un fort gueulard surtout quand il était pris de vin, les taloches volaient bas et les drôles se faisaient petits dans leur coin, moi j’aimais pas ces moment car voyez vous avec moi il n’était pas méchant mais amoureux. Une main par ci, une main par là, un baiser dans le cou et des étreintes forts gênantes lorsque j’étais penchée sur le potager. Cela faisait rire le père qui dans ses moustaches n’arrêtait pas de dire  » la Victoire ce soir , elle va prendre  ». Mon frère en rajoutait en disant que j’aimais bien ça ce qui faisait se pavaner cet imbécile de Barthélémy. En ces moments j’aurais bien voulu vivre seule ma vie de couple.

 

Donc en plus de mes parents, nous avions à la maison l’Auguste, âgé de vingt quatre ans, il revenait du service. Il ne pensait qu’à une chose depuis, trousser des filles et éventuellement s’en trouver une légitime pour ne plus avoir à chercher une proie pour assouvir sa passion de l’amour. Il était fort intrusif en nos intimités et je savais que si il pouvait il se rincerait bien l’œil avec nos nudités à moi et à ma sœur. Mais bon je l’aimais , je l’avais vu grandir et l’avais souvent martyrisé quand je le gardais étant petite. Nous en avions gardé un amour fraternel indéfectible.

Ensuite il y avait la petite reine Marie vingt six ans, petite brunette potelée, espiègle, enjouée, rieuse. Ma sœur savait faire tourner les cœurs, depuis qu’elle était petite elle retournait ma brute de père par un sourire, jamais une gifle, jamais un coup de ceinture, jamais un cul fessé, non pas qu’elle ne faisait pas d’ânerie, elle savait simplement , habillement détourner les fautes sur moi et mon frère. Nos volées les plus mémorables nous les lui devions. Mais bon elle nous désarmait par un sourire et un câlin.

Mais celui qu’elle désorientait le plus était notre domestique Auguste Ferré. La peste en faisait se qu’elle voulait, comme un pécheur qui avait ferré le poison avec son hameçon elle ne le lâchait pas et le gardait sous son emprise. Ce grand benêt, était au vrai plus qu’un domestique, il était le demi frère de Barthélémy, il n’avait guère été élevé ensemble mais il s’aimait vraiment bien.

Pour tout dire, une idylle s’était nouée et les deux allaient se marier, il le fallait d’ailleurs avant qu’il n’arrive une complication

Le mariage fut donc fixé le 5 juillet 1892 juste avant les moissons.

Il fut convenu que le nouveau couple s’installerait avec nous à la Cossonnière, ce n’était qu’aménagement mais nous fumes avec un nouveau lit double, de nouveau un peu à l’étroit.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 82, la mort du vieux Charles

 

1892, la Gourdière, commune de Sainte flaive des Loups

Charles Guerin époux de Clémentine Ferré.

 

Après Gustave mon Garçon, ma femme me fit une fille, on lui donna trois prénoms Marie, Clémentine, Henriette. Pour tous elle serait Marie, certes ce n’était pas vraiment original, des Marie en Vendée il y en avait des tas, mais bon Clémentine y tenait.

Je crois que ma femme était faite pour avoir des enfants, l’accouchement se passa à merveille et la petite vigoureuse laissait présager une forte constitution.

Nous n’avions pas de protection pour ne pas avoir d’enfant, je savais que cela existait car à l’armée on en parlait, mais de là à en avoir et de persuader quelqu’un pour les utiliser il se passerait encore un moment.

Donc généralement il ne se passait guère deux ans avant que nos jeunes femmes ne redeviennent grosses. On disait qu’elles tombaient enceintes dès qu’elles arrêtaient de donner le sein.

Tout cela pour dire que Mathilde Ernestine naquit en 1890, là aussi sans aucun problème, toujours avec ma mère aux commandes avec mes belles sœurs dans les parages.

Au niveau progéniture j’étais comblé, un garçon et deux pissouzes.

En début d’année 1892, nous sommes allés au Chaon pour faire un cochon, j’ai mis Gustave cinq ans et Marie trois ans dans la charrette en leur recommandant de ne pas bouger, la petite de deux ans dans les bras de sa mère, moi je marchais à coté en conduisant mon cheval.

Nous nous faisions une joie, de nous retrouver pour ce moment festif mais néanmoins difficile, tous plus ou moins nous élevions des cochons pour notre usage personnel, comme une famille ne pouvait suffire à manger une bête entière et que les moyens de conservation n’étaient pas toujours très efficaces, nous faisions un roulement avec plusieurs familles en se partageant la viande.

En arrivant au Chaon, le boucher était déjà là, c’était en fait un paysan comme nous mais qui s’était un peu spécialisé, de toute manière personne n’aimait tuer les bêtes qu’on avait élevées.

Mon père et André la veille avaient nettoyé le  » té  » et avaient copieusement paillé la litière de la future victime pour qu’il soit bien sec le lendemain.

Dehors un pieu avait été planté, il servirait à attacher l’animal.

Le vieux était sensible aux destinés animales, alors il s’écarta pour nous laisser opérer. Auguste le boucher entra sous le toit et attacha une corde à la patte arrière de  » Boulanger  » eh oui mon père l’avait nommé ainsi en l’honneur du couillon de général qui aurait pu rétablir la monarchie.

La bête devant cette tête nouvelle fit un peu de manière mais enfin il fut pris et tiré dehors. Non de dieu il devait le sentir et il fut long à se calmer, on en profita pour boire un coup. Tient le père pour ça il était revenu.

Le  » Boulanger  » qui espérait peut être un instant de survie  ne vit pas arriver le coup sur la tête. Auguste pour assommer le cochon avait une sorte de masse en bois, une boule ronde au bout d’un manche. Il n’était qu’assommé, il fallait se grouiller, on l’allongea et Pierre se mit avec une bassine au niveau de son cou, d’un grand geste avec son couteau le cochon fut saigné. André et moi on tenait les pattes car forcement dans ses derniers soubresauts, il aurait pu renverser le précieux liquide que s’efforçaient de récupérer les femmes de la maison avec différents contenants.

Ceci fait les femmes brassaient le sang pour ne pas qu’il caille, nous on buvait un coup et on recouvrait le cochon de paille pour le griller.

C’était technique et d’habitude le père ne voulait pas qu’on le fasse, Mais curieusement nous ne savions où il s’était caché pour ne pas voir passer son cochon.

Une fois griller sur toutes les faces on le plaçait sur une civière en bois et on le raclait on l’arrosait pour le nettoyer. Un rude travail tout de même.

La blague favorite d’Auguste était d’emprunter le couteau d’un des enfants présents, ce fut Clément un fils à Pierre qui se fit avoir, nous nous savions ce qui allait se passer, car la blague était récurrente et faisait partie du folklore des cochonnailles. En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire le canif disparut dans le cul du cochon. Le Clément se mit à bêler et partit se plaindre à sa mère.

Il va s’en dire que sa réaction fut l’occasion d’une belle rigolade.

Mais où donc était le père ?

Le cochon pendu le boucher le fendit en deux sans toucher aux intestins, bien que le cochon n’est pas mangé depuis vingt quatre heures l’odeur était épouvantable et de la vapeur s’échappait des entrailles du malheureux.

Puis d’un geste sur, les foies, c’est à dire les poumons et le foie se retrouvaient dans une bassine, quelle horreur. Le pire était sûrement quand on versait les boyaux fumant dans une grande baille.

Le travail des femmes commençait par le démêlage des boyaux, les petits pour les boudins et les gros pour manger avec de la vinaigrette ou pour faire  l’andouillette. C’était dégueulasse il faut en convenir.

Le boucher avait coupé la tête en deux et la cervelle, le groin, la langue et les oreilles reposaient dans un bac d’eau fraîche. Il fallait maintenant laisser reposer la bestiole pour que la viande soit meilleure, il était donc temps d’aller casser une croûte avec des grattons et aussi de s’étancher le gosier.

Pendant ce temps les quatre femme s’en allaient à la rivière nettoyer les boyaux, les mains dans l’eau glacée à enlever la merde et le gras pour sur, je préférais le coup de pouce.

On envoya les enfants à la recherche du père, cela devenait inquiétant, alors que nous en étions déjà à quelques verres, nous entendîmes un hurlement qui venait de la grange, on s’y précipita Henri et petit Pierre avait trouvé papa, il gisait au sol et râlait, il s’était pissé dessus et de la bave sortait de sa bouche. On le porta sur son lit et on prévint les femmes qui rappliquèrent aussitôt. On décida qu’il fallait le médecin et je parti au bourg. Un vrai périple, il n’était pas chez lui et je courus après sur sa tournée, il abandonna sa course et vint immédiatement au Chaon. Il examina le père qui était déjà moribond. Mes pauvres gens il y a rien à faire il a fait une attaque et il n’en a plus pour longtemps.

Ce fut un beau merdier, le père qui passait,  le cochon qu’était pendu, les boyaux à moitié nettoyés et les abats qui trempaient.