RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 3, le début de la guerre

 

Paris se vide peu à peu, de nombreux habitants quittent la capitale, on ne trouve plus un taxi de disponible.

Françoise est réquisitionnée par les éclaireurs de France pour accompagner des trains de réfugiés qui transitant par Paris sont envoyés vers des centres d’accueil près de Gien. Les conditions sont déplorables via la ville de Bourges le trajet dure 16 heures. Le train suite aux encombrements ne roule parfois qu’à dix à l’heure.

Françoise et les éclaireuses distribuent des vivres et des biberons. Toujours la chaleur, la promiscuité, les hurlements des enfants énervés. Puis l’odeur des corps entassés, des langes merdeuses, des toilettes qui se bouchent. C’est la consternation sur tous les visages, mais l’espoir est encore là , la guerre finira bien , nous les arrêterons comme en 18 et enfin cela sera la der des der ;

Françoise rentre exténuée, se reposer, dormir, se laver et ne penser qu’à Raymond qui lui aussi chemine en train.

6 septembre 1939

Mais maintenant l’heure n’est plus au repos, la nuit des parisiens est troublée par de stridentes sirènes, avisant d’une alerte aérienne.

Françoise en cette nuit passera de 1 h 45 à 4 h 30 dans un abri de la rue Gervex. C’est long, pas question de dormir, alors les conversations se nouent entre des gens qui ne sont que de parfaits étrangers.

Normalement le signal d’alerte est donné quand les avions ennemis passent la frontière, cela laisse un peu de temps pour se réfugier dans les nombreux abris de la capitale.

Mais ici personne ne croit que les avions allemands arriveront jusqu’ici, c’est aussi la première fois que Françoise entend tonner le canon, du moins le pense t-elle et des souvenirs qu’elle croyait enfouis et datant de sa prime enfance ressurgissent avec force.

Elle n’a pas peur mais s’inquiète du peu d’information que les journaux et la TSF fournissent. Évidemment elle ne demande pas qu’on dévoile des secrets militaires, mais tout de même.

On nous dit que la Pologne se défend admirablement bien, mais que la lutte est sans espoir tant les disproportions de force entre les belligérants sont énormes.

Comme Françoise n’a pas de travail elle compte à l’invitation de sa tante De M ,se rendre à Hendaye, là bas dans la belle villa Etché Verdia elle fera le point et réfléchira à son avenir.

Maintenant sur Paris on a la psychose des gaz, le port du maque est rendu obligatoire et Françoise va cherche le sien, la distribution est gratuite.

Françoise s’amuse et se moque de voir certaines personnes porter cette longue boite kaki en bandoulière. Lorsqu’elle croise un employé des pompes funèbres en bicorne ou bien une bonne sœur avec sa boite qui lui bat les flancs elle ne peut s’empêcher de rigoler.

Mais elle s’inquiète aussi de son utilisation

 » J’ai lu la notice et j’ai essayé l’engin une minute, aussitôt après j’avais l’impression de respirer à travers un édredon et je veux espérer que nous n’aurons jamais besoin de nous servir de ce machin là  »

12 septembre 1939

Raymond a réussi à joindre Françoise par téléphone, il est toujours à Saint Péray au centre mobilisateur. Visiblement les polonais ne vont pas avoir de l’aide immédiatement. Après cela il va monter au front. La France va-t-elle attaquer l’Allemagne ?

En attendant Raymond invite Françoise à venir le rejoindre.

Il n’y a bien sûr rien de réglementaire dans tout cela

L’on voit que pendant que nos alliés luttent pour leur survie et que Varsovie est presque totalement encerclée, les officiers de l’armée française qui viennent d’être mobilisés, reçoivent leur compagne.

Françoise fait sa valise, quelques vêtements, un livre et la voila dans le train en direction de l’Ardèche. Aucun contrôle des populations, libre circulation, il est à se demander si la guerre est vraiment commencée.

15 septembre 1939

Françoise ne voit Raymond que quelques minutes le soir lorsqu’il termine son service. C’est dur , c’est frustrant. Elle ne peut que se blottir entre ses bras, son corps réclame plus mais il ne peut partager sa couche.

Il lui annonce enfin que le 17 il part, Françoise lui fait la comédie du courage , mais les larmes coulent, Raymond va se rapprocher du danger, peut-être de la mort.

Françoise qui n’a rien à faire à Paris car Flammarion a fermé ses bureaux, décide de partir directement chez sa tante à Hendaye.

Cette dernière est la sœur de sa mère , elle lui ressemble et Françoise lui reporte toute l’affection filiale qu’elle ne peut plus donner à sa mère défunte.

18 septembre 1939

Françoise est à Hendaye et avec sa cousine Suzanne D elle va remonter sur la propriété du Rayat à Muret que son oncle et sa tante De M possèdent.

Là bas chacun attendra des nouvelles des mobilisés.

Suzanne et Françoise sont cousines germaines, la première est plus âgée que la seconde mais leur complicité remonte à l’enfance. Suzanne faisait faire des bêtises à sa petite cousine mais la protégeait et lui apprenait des choses féminines que sa tante et sa mère ne lui auraient jamais transmises.

Au Rayat tout le monde s’installe, Françoise est invitée pour la durée de la guerre , elle est chez elle . Outre sa tante et son oncle il y a 3 jeunes mamans et 9 petits enfants. La maison bruissent d’une joyeuse activité et les 7 domestiques ont fort à faire.

L’oncle est un ancien inspecteur des finances, héritier d’une ancienne et noble famille, il gère des biens et ses affaires sont prospères.

Françoise est bien au Rayat bien qu’elle souffre de l’humeur sombre de l’oncle et que le bruit des enfants la dérange un peu.

Puis le Rayat vénérable bâtisse accolée à la métairie abrite une colonie d’indésirables qui dansent une sarabande nocturne

On lui propose de devenir la perceptrice de trois des enfants qui suivent les cours par correspondance de l’institut catholique , elle hésite car elle préférerait son indépendance.

Elle écrit tous les jours à Raymond sans savoir si les lettres lui parviennent elle se languit de lui,

 »tout me paraît imaginaire, sans importance, vide de valeur, à coté du fait que nous sommes séparés l’un de l’autre et qu’il faut tirer parti quand même des journées que l’on vit »

Elle guette le facteur avec obsession mais rien de vient, si encore elle avait des nouvelles de lui.

Les occupants du Rayat sont couverts de puces, et la pompe qui amène l’eau du puits est en panne.

Françoise peine à imaginer ce que doivent subir les assiégés de Varsovie. Mais loin de l’ être aimé tout prend un aspect sinistre, le vent que pourtant elle aime n’est qu’inconvénient et déplaisir.

Les moustiques et les poux qui attaquent prennent une importance démesurée.

Le polonais se meure, le français se gratte.

Mais il faut faire semblant et paraître , rester digne malgré le tourment, ne pas montrer aux enfants l’inquiétude qui tenaille le ventre des femmes et des mères. Puis se pomponner aide à passer le temps

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 2

 

Enfin il est l’heure, dans sa chambrette, elle fait toilette au lavabo. Quelle chance, beaucoup d’appartements en cette année 1939 n’ont que de l’eau sur le palier et des waters closet en commun. C’est un luxe, mine de rien ce mince filet d’eau, d’une main puissante , elle humidifie son savon et avec la force d’une blanchisseuse se frotte tout le corps. Elle retrouve un peu de fraîcheur, se pare d’une robe légère et se précipite en bas de l’immeuble. La chaleur la frappe au visage, l’étreint, lui vole son oxygène, mais rien ne peut l’arrêter, direction l’hôpital avenue de la porte d’Aubervilliers.

Elle aime l’attendre, mais son médecin a des horaires flexibles tirant vers une prolongation des journées, alors elle s’est munie d’un livre de Jean Giono pour le cas ou son attente se prolongerait.

Mais chance, à peine est-elle arrivée que le voila qui paraît, costumé, cravaté en homme de responsabilité,en notable qu’il va devenir.

Il se jette dans ses bras, l’embrasse,la soulève de terre et la fait virevolter, la chaleur est rude il ne convient pas de s’enfermer dans l’appartement de Françoise, du moins pas encore. Ils vont allés dîner, mais avant, se rafraîchir, puis parler et parler encore.

Un café et une petite table ronde en fonte , Raymond prend une bière, Françoise une menthe à l’eau.

Immanquablement la situation internationale se dresse devant eux, leurs propres problèmes passent pour des peccadilles.

Raymond est inquiet, la situation se tend entre les états, Hitler qui avec ses affidés a mis sous sa botte l’Allemagne s’apprête à vouloir avaler le corridor qui divise ses états. On a beau deviser et ne pas vouloir prendre parti, mais quelle idée saugrenue ont et les vainqueurs de la grande guerre en donnant Dantzig à la Pologne et en divisant l’Allemagne séparant la Prusse berceau de leur pays du reste de l’Allemagne.

Il a beau jeu de réclamer ce qu’il pense lui être dû, c’est sûr il va manger la Pologne comme il s’est repu de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie.

Mais cette fois nos gouvernants n’accepteront pas de compromis, la Pologne sera défendue quoi qu’il en coûte.

Daladier notre président du conseil, qui à conclu avec l’homme au parapluie l’anglais Chamberlain le plus honteux des accords à Munich, acceptant pour sauvegarder la paix le démantèlement du territoire de nos alliés les tchèques, est cette fois bien ferme dans son attitude.

Comment ce fou d’Hitler peut-il croire que cette fois ci encore personne ne bougera.

Raymond n’est pas un va-t-en guerre comme la plus part des hommes de notre pays il ne veux pas mourir pour Dantzig.

Il s’enflamme, s’énerve, fume, les conversations sont les mêmes de table en table.

Il mange en vitupérant, Françoise n’ose l’interrompre et s’inquiète plutôt de son divorce. Qu’importe les polonais , elle est toute à son bonheur et ne compte pas qu’on lui enlève l’homme qu’elle vient de conquérir de haute lutte. L’homme qu’elle vient de ravir à cette Jacqueline honnie. Elle qui a bravé ses convictions chrétiennes,qui considère qu’une union bénie par Dieu ne peut-être dissoute. Comment pourrait-elle déjà le perdre.

Non, elle a peur et les larmes lui viennent, les deux amants rentrent et malgré la chaleur qui persiste se lieNT l’un à l’autre en une joute amoureuse que seule peuvent connaître des jeunes amoureux.

Le 23 octobre 1939, Hitler et Staline s’entendent en une danse des monstres, la Pologne sera conquise, démantelée et chacun mangera sa part du gâteau.

Les Allemands sont sûr d’avoir les coudées franches. Partout c’est la consternation, Raymond se doute qu’il va partir, il le pressent, comment pourrait-il en être autrement.

Puis le 1er septembre l’ogre se jette sur sa proie, , les forces en présence ne penchent pas du bon coté, l’agressé est faible, mal équipé, il n’a que son courage, mais dans une guerre aux formes nouvelles ce n’est plus suffisant.

L’Angleterre le 3 septembre réagit, Chamberlain qui enfin ouvre les yeux, déclare la guerre à l’Allemagne. La France en la personne de son ambassadeur fait de même.

La grande confrontation commence.

Des millions de Français répondent à la mobilisation générale, l’organisation est parfaite, chacun sait ce qu’il doit faire, munis de leur carte de mobilisation les mobilisés rejoignent leur lieu de rassemblement. Les trains sont mis à la disposition des mobilisés

Raymond doit rejoindre Valence dans la Drome ensuite il est dirigé vers Saint Péray en Ardèche, lieu où son régiment se concentre. Pour lui ce sera le 184ème régiment d’artillerie lourde tractée, commandé par le colonel Gislard. De part son métier Raymond n’est pas simple artilleur, il devient médecin du 1er groupe sous le commandement direct du chef d’escadron Delmas.

Les conséquences sont immédiates, les hommes partent par millions et les premières mesures pour évacuer et accueillir les réfugiés des départements du nord, de l’est, de l’Alsace et de la Lorraine sont prises.

Françoise se retrouve sans emploi car les éditions Flammarion ont décidé de fermer et de licencier tout le personnel.

Elle est inquiète devant un avenir absolument inconnu et se doit aussitôt de chercher du travail.

Elle projette de demander une lettre de recommandation au général Weygand, mais madame la générale lui fait répondre qu’il ne peut rien faire. En cette semaine de désordre on ne peut plus compter sur ses relations.

 

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 1

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 1

 

Dans son petit appartement de la rue Gervex Françoise est assise sur son lit, la chaleur de ce mois d’août 1939 l’incommode et c’est en chemise qu’elle a décidé de braver la chaleur.

Le soleil par la grande fenêtre pénètre dans la chambre et vient chauffer ses jambes nues, la brûlure de l’astre lui procure un sentiment de bien être, comme une caresse, comme une main d’amoureux qui doucement grignoterait des parcelles de chair pour remonter vers le lieu saint , vers l’origine du monde.

Aujourd’hui elle ne travaille pas et le temps lui paraît long jusqu’au soir où elle le retrouvera.

Elle a bien pensé un moment à se rendre dans le parc le plus proche pour y jouir d’un brin de fraîcheur, mais une sorte de langueur l’a clouée entre ces quatre murs. Une goutte de sueur lentement cherche son chemin entre sa poitrine, une autre, plus folle tombe en cascade sur une feuille du cahier qu’elle rédige. Un A se transforme en une tache d’encre, Françoise peste et d’un revers de main elle tente d’essuyer ce flot salé.

Cette page maculée n’est pas une lettre à son être aimé mais la continuation de son journal, de son autre moi la continuation de sa pensée.

Depuis qu’elle est étudiante , elle se confie d’une écriture serrée à ses pages . Elle s’y fait câline, mutine, poétesse, juge et critique des choses. Elle déclame son amour à celui que le destin a mis sous son chemin voici quelques mois.

Il s’appelle Raymond mais pour elle, il est Brud, un petit nom qu’elle est seule à lui donner, rien que pour eux. Ce diminutif raisonne comme un titre d’ode à l’amour.

Le journal de Françoise depuis leur rencontre s’est couvert de lignes à la gloire de leur félicité.

Ce soir elle va le voir, enfin il est libre, enfin il est à elle.

Malgré la chaleur, elle en frissonne et des pensées polissonnes traversent son cerveau, est-elle folle de se nourrir de telles insanités.

Non pas, ce n’en est point, ce n’est juste que du désir, envers celui qu’elle s’est choisi.

Mais elle est prude et chasse bientôt toutes les impuretés de son imagination, elle n’est que pour lui, ne vit que pour lui.

Lui est médecin, elle en est fière d’ autant qu’il n’est pas qu’un simple praticien d’arrondissement, non il se destine à devenir neurochirurgien, une sommité en devenir. Il est déjà bien installé dans la société, interne des hôpitaux de Paris dans le service de monsieur Lemière professeur en bactériologie à l’hôpital Claude Bernard, il a trente ans.

Françoise est plus jeune, elle n’est encore rien, se cherche, et espère devenir écrivaine . Elle est persuadée de réussir, mais malgré tout n’est point encore sûre de sa plume.

Pour l’instant elle travaille chez Flammarion l’éditeur de la rue.Racine Elle n’est encore qu’au service juridique mais elle s’entend bien avec Henri Flammarion, alors elle a toutes les raisons d’espérer.

Tout pourrait tirer sur le merveilleux, communauté d’idée, symbiose des corps si Raymond n’était point relié à une entité d’une vie antérieure.

Cela empoisonne, mine, creuse, elle est là comme un fantôme du passé. Françoise se réveille la nuit comme en transe , elle la voit, la sent, c’est un ennemi, une maladie incurable.

Lorsque Brud se tient serré le long de son corps elle s’imagine que tel un ectoplasme elle immisce en leur chair.

Raymond est marié à Jacqueline, ce n’est qu’une erreur de jeunesse, une folie car Françoise est la seule à l’aimer maintenant. Elle n’est qu’une intruse, une incongruité dans la vie de Raymond.

Certes il y a Charlette sa fille, mais elle n’est sans doute que le fruit d’une liaison charnelle et non pas une liaison amoureuse.

Françoise tente de se persuader de la véracité de ce qu’elle ressent sur le sujet. Raymond ne dit rien, peut-être l’a t’ il aimée après tout.

Non décidément il ne peut en être ainsi, elle seule le possède, elle seule sait l’aimer, elle seule sait l’amener à une ultime jouissance.

Elle se lève, boit un verre d’eau, la chaleur l’étouffe, bientôt ses bras, son odeur, sa mâle virilité.

Il n’est encore pas le temps de le rejoindre mais elle n’y tient plus et veut se préparer.

Encore un peu d’écriture, sa chemise humide de sueur est ôtée en un mouvement d’humeur. Elle est en sous vêtements, ce n’est pas dans ses habitudes. Si elle osait, si elle se décidait à braver un interdit qu’elle s’impose, elle serait bientôt nue, libérée des carcans sociétaires.

Mais non, elle n’est pas de celles qui au milieu des masses se dénudent en un naturisme venu de l’Allemagne.

Pourtant se retour à la nature est aussi prôner par les scouts dont elle fait activement partie.

Non rien à voir sans doute, elle demandera son avis à Raymond, c’est un spécialiste de la question.

Elle se dit sans doute que son milieu ne l’autorise pas à ce genre d’inconséquence. Elle, fille de financier, petite fille d’homme de loi, rejetonne de gouverneur des îles ne peut comme une ouvrière se transformer en Ève. Même seule, comme en ce moment elle se sentirait observée.

Pour sûr, sa pudicité n’est pas réservée à Brud, lorsqu’il est là, tel un tableau de maître elle n’hésite pas à se livrer à sa vue. Mais ce n’est qu’exception.

Elle est orpheline maintenant, ses parents non pas euent le bonheur de vieillir. Orpheline mais pas seule, son frère Jacques et elle ont pu bénéficier de l’amour du frère de papa André mais surtout de son épouse Gabrielle.

C’est tante Gaby presque mère, plus que tante, qui malgré son divorce la protège et la choie comme une maman choierait ses petits.

Du coté maternel Il y a aussi les de Monès, une sœur de sa maman mariée avec un fils de famille noble. Eux aussi sont comme des parents, elle les fréquente, leurs demande conseil et en cas de crise se réfugie chez eux.

Françoise est une femme libre, indépendante économiquement, elle travaille alors que d’autres à son age sont sous le joug d’un mari et de grossesses à répétition. Elle n’est point riche mais quelques actions placées par son père lui servent de réserve et de doux matelas. Elle se refuse à les vendre et parfois se serre un peu la ceinture mais c’est une poire pour la soif, son bas de laine , son assurance.

L’HOMME SANS NOM, Épisode 2

Petit, mais grassouillet, visiblement il ne demandait qu’à vivre. Décidément la chance se retirait de sa vie d’autant que sa fille n’avait pas non plus l’intention de passer l’arme à gauche.

Oh il saurait bien lui rendre la vie dure , histoire de ne pas ouvrir les cuisses à tout venant. Puis peut-être qu’il trouverait un idiot pour l’épouser et lui redonner une honorabilité.

C’était donc un garçon, il fut sommairement nettoyé, langé et abandonné dans le vieux berceau de la famille. Il resta comme abandonné mais deux formalités d’importance restaient pour clôturer l’épisode de cet enfant naturel.

La première était la déclaration de l’enfant à la mairie. Pierre se tortura l’esprit toute la journée, normalement l’aîné d’une fratrie portait le prénom du père.

Les heures passèrent, Pierre espérait qu’il passe dans la journée comme cela il aurait économisé la peine de le nommer.

Mais en fin d’après midi sa femme la Marie Pasiot insista,  » va donc le déclarer, c’est obligatoire ».

Le pauvre s’en fut accompagné de François Sauton et François Baherne à la maison commune.

Chapeau bas, il entra comme on entre au purgatoire.

Ses sabots crottés laissaient de larges traces sur les vieilles dalles cirées, cela rajoutait à sa gène.

Derrière la vaste table du conseil l’attendait monsieur le maire. Pierre toujours prit de panique devant une autorité, se rapetissait au fur et à mesure. L’homme qu’il avait devant lui n’était pas seulement le premier magistrat de la commune de Gourville mais aussi le maître du logis de Montaigon et accessoirement l’employeur de Pierre. Ce noble homme était l’un des maîtres de la région et portait le nom d’Auguste Babinet de Rancogne.

  • Alors père Barit
  • euh
  • Il faut que tu lui donnes un prénom, dépêche toi.

Le grand père dansa d’un pied sur l’autre

  • Allons j’écoute
  • Bah Pierre.

Le maire nota, l’affaire était faite l’enfant et la famille étaient en règle. Il ne restait plus qu’à élever et nourrir cet imprévu.

Bizarrement le petit Pierre n’eut pas de nom de famille sur son acte, rien il restait Pierre et seulement Pierre.

La liste des naissances en fin d’année ne reprenait que le prénom de Pierre et la table décennale fera strictement la même chose.

Il ne sera pas Pierre Barit fils de Marie ni Pierre Barit petit fils de Pierre.

Pourtant et contre tout espoir l’enfant se mit à vivre puis à grandir, celui qui lui avait donné son prénom mourut en 1834.

Les deux avaient eu le temps de se connaître et peut être de s’aimer.

Marie Barit ne trouva pas d’homme à marier, sans doute le scandale avait-il été trop fort, elle resta à Gourville et le hameau de Montaigon devint un peu comme sa prison. Elle mourut en 1873 au foyer de son fils et de sa belle fille.

Mais reprenons le cours de la vie de notre mal nommé.

Travailleur, paysan aimant la terre il trouva lui aussi l’âme sœur.

Le 30 juin 1851 à la mairie de Saint Médard notre héros convole avec Henriette Charpentier, le maire monsieur Normand, sans plus s’inquiéter ne mentionne évidement que le vocable Pierre.

Pierre, fils naturel âgé de 30 ans, fils de Marie Barrit et de père inconnu.

C’est donc Pierre qui passa contrat de mariage devant notaire et qui épousa Henriette Charpentier.

Il est vrai que le maire de Gourville qui signa le certificat pour le mariage n’était autre que Babinet de Rancogne celui qui avait établi l’acte de naissance.

Il est aussi remarquable que tous les enfants naturels de Gourville se virent amputer d’un nom de famille sur les recensements de 1841 et 1846 et sur les mandatures respectives de Babinet de Rancogne.

Mais reprenons, le quatre avril 1852 Jeanne ou Henriette Charpentier c’est selon, donne naissance à une fille prénommée Célanie le père n’est autre que Pierre. On nommera donc cette petite fille Célanie Pierre.

En 1857 notre Pierre à un fils, cette fois il sera prénommé Amiaud Félix avec comme nom de famille celui établit de Pierre.

Quoique à y regarder de plus près apparaît le vocable d’Amiaud qui semble être le surnom du chef de famille.

Mais est-on si sûr car sur les recensements notre Pierre se donne Amiaud comme nom de famille et ce du recensement de 1861 à celui de 1886.

Il est donc vraisemblable que les habitants du village aient appelé Pierre par son surnom Amiaud.

Bien évidement nous n’avons aucune idée du pourquoi il se nommait ainsi mais Amiaud se trouve être un nom de famille assez fréquent alors peut-être que finalement son géniteur se nommait ainsi.

Mais en 1888 le héros de notre histoire décède et encore une fois et officiellement n’apparaît que le vocable Pierre. Devant la mort comme devant sa naissance il n’y a aucune complaisante c’est Pierre et uniquement Pierre

 » Le 8 mars 1888 décès de Pierre fils naturel, il est âgé de 67 ans, fils de Marie Barit et de père inconnu.  »

Sur déclaration de son fils qui ne se nomme plus Amiaud mais Félix Pierre.

La boucle est bouclée, le croyez vous?

En 1884 Félix se marie à Mons commune voisine de Gourville avec Alexandrine Delouche, on lui attribue le nom de famille Pierre avec comme prénom Amiaud Félix, enfin on voit quand même une hésitation. Ce sera la dernière car les enfants de Félix se nommeront tous Pierre.

Pierre Clémentine née le 21/08/1892 à Gourville mariage sous le même nom en 1912

Pierre Clémentin le 14 mai 1887 à Gourville mariage sous le même nom en 1915

Mais pour ne pas faire simple et entretenir la confusion le 19 octobre 1900 Félix déclare un enfant de lui et d’Alexandrine, qui prend le nom de Amiaud et le prénom de Pierre, à moins que cela ne soit l’inverse . De toutes façons sur les recensement ce sera Lucien Amiaud

Eh oui, pour finir sur les recensements de Gourville la famille de Félix se nomme Amiaud.

On constate que près d’un siècle après la funeste naissance de cet enfant naturel, la famille en est encore perturbée dans l’attribution de son nom.

Mais qu’on se rassure Lucien Amiaud meurt le 13 octobre 1920 à Mons en se nommant Lucien Pierre.

Mais pour être encore plus précis et augmenter la perplexité de tous il faut savoir que la fille aînée de Pierre et de Henriette donnait comme nom Amiaud sur les recensement de la commune de Vouharte où elle vit avec son mari Pierre Gaulier. Enfin par sur tous cela serait trop simple.

L’HOMME SANS NOM, épisode 1

Seulement éclairé par la lumière blafarde de la lune un homme assis sur son banc de pierre semblait attendre.

Un froid piquant en cette nuit de février s’abattait sur le hameau de Montaigon, le vent qui n’avait pas été présent de la journée; maintenant se levait comme si il voulait marquer de sa présence l’arrivée de quelque chose.

Notre bonhomme nullement troublé par la bise glaciale restait d’une immobilité de marbre. Si de temps à autre sa pipe n’eut pas rougie on aurait pu penser qu’il fut trépassé.

Son teint cireux de vieillard, accentué par une barbe blanche non faite faisait penser au visage d’un agonisant avant la toilette des morts. Ses traits inspiraient la souffrance et le désespoir et à bien y regarder le vieille homme laissait parfois couler une larme.

Au loin les ombres des tours du logis noble du hameau, dansaient une ronde lugubre, le cri des grenouilles des douves venait troubler la sérénité du silence de la froide campagne.

Les arbres aux branches dénudées, bras menaçants, troncs aux allures fantasmagoriques appelaient à la danse.

Au loin parfois une chouette en hululant, fendait l’air glacial et voltigeant en des courants froids attendait une proie.

Mais rien ne troublait l’immobilisme statuaire du vieux paysan. Le gel qui de l’année n’avait encore fait qu’une timide apparition, voulait lui aussi en cette nuit sans étoile inscrire sa troublante apparition.

La buée formée par la lente respiration de l’homme se changea en une mince pellicule qui mélangée à la blancheur de la peau donnait l’impression d’un masque mortuaire.

Pourtant derrière lui par la petite fenêtre de la façade de pierres entre un pied centenaire de glycine et un rosier sauvage apporté là par un vent mauvais, l’on pouvait apercevoir une lumière tremblante et hésitante.

Il y avait en ces lieux deux entités indépendantes, l’une immobile au froid et un havre où régnait comme une activité portuaire.

Autour d’un lit s’activaient plusieurs femmes, chacune semblait avoir quelque chose de précis à faire.

Il faisait chaud et le foyer où normalement à cette heure ne se mouraient que de faibles braises, grondait d’un feu du diable. Une énorme bûche presque un tronc, sylve qu’on réservait pour noël apportait une chaleur outrancière qu’en tous temps le vieux eut réprouvé.

Sur un haut lit, reste branlant d’une aisance perdue, une jeune femme presque assise et presque couchée attendait une délivrance.

Ses cheveux détachés que la sueur collait, lui donnait un air de virago, son jeune visage fatigué était emprunt de désespoir et des cernes bleues autour des yeux qu’elle tenait mi clos, la faisait ressembler à une madone en souffrance d’un tableau de la renaissance.

Ses jambes nues écartée étaient relevées, au milieu comme plongé dans un gouffre une femme s’y affairait.

Cela faisait des heures que tous jouaient un rôle, le vieux dehors attendait et les femmes dedans en faisaient autant. Lui en son immobilité et elles en leur fébrilité s’exaspéraient.

Seule au milieu de cette attente, la jeune femme sexe ouvert, offert au regard, exténuée, presque morte semblait redouter la venue de ce que tous attendaient de tout leurs vœux.

Marie retenait son petit inconsciemment, d’autres eussent souhaités la prompte apparition d’un enfant aimé, elle en une sorte de réticence voulait qu’il ne sorte jamais.

A l’âge qu’elle atteignait elle aurait pu être mariée, 24 ans dans nos campagnes c’est l’âge où les femmes sont courtisées, convoitées et demandées en justes noces par un rude gars avide et frustré par une longue attente.

Marie en souffrance savait que jamais plus un homme ne viendrait frapper à l’huis de sa maison pour en une demande officielle à son père obtenir sa main.

Non plus jamais car maintenant marquée du sceau de l’infamie elle ira rejoindre la cohorte des damnées.

Le père Pierre Barit toujours immobile ruminait son désespoir, depuis six mois il buvait sa honte à grands traits.

Le temps pour lui s’était arrêté depuis que sa fille avait attiré l’opprobre sur leur famille, de mémoire aucune femme portant son nom n’avait osé fauter de telle manière, non jamais, interrogés les vieux du village confirmèrent ses dires en hochant la tête.

Pourtant la Marie était sérieuse, travailleuse, appliquée en son labeur, toujours première à l’office, que c’était-il passé pour qu’elle succombe.

Il n’en savait strictement rien car la bougresse se tenant dans un mutisme absolu ne lâcha rien de l’affaire.

La volée qu’il lui avait administrée avec sa ceinture devant la famille réunie ne l’avait pas fait parler.

Les heures qu’elle avait passées semi nue dans la campagne lorsqu’il l’avait jetée dehors l’avait rendue comme muette.

Un jour il l’avait en un geste d’impuissance enfermée dans la soue à cochon, elle en était sortie crasseuse, affamée mais toujours aussi peu diserte.

Sa mère au moyen de subterfuge l’avait questionnée sans relâche. Toutes les solutions avaient été soulevées. D’abord la Marie avait-elle été forcée, cela aurait demandé réparation de la marchandise dépréciée ou bien avait-elle été séduite par une quelconque connaissance familiale. Cela arrivait parfois dans les familles, ces foutues femelles faisaient bien tourner la tête à n’importe quel homme.

Mais peut-être aussi que se transformant en créature du diable la gentille Marie se transformait en catin à soldats, en libératrice des pulsions des jeunes mâles. Non rien, on ne savait rien. En toute l’égalité on avait bien essayé de lui faire passer. Une kyrielle de plantes abortives ne tuèrent pas le vilain fruit. Sa mère tenta désespérément en lui assénant des coups de poing dans le ventre, de lui faire rendre l’enfant du diable. Rien, la honte était accrochée dans le vilain ventre de la Marie Barit.

Chacun s’était détourné d’eux, Pierre en souffrait, sa femme en pleurait et le reste de la fratrie prit d’une haine sans précédent aurait étripé la fautive au bord d’un chemin.

Elle vivait donc son calvaire en dedans des murs sales et lépreux de la maison commune.

Après un temps qu’elle avait jugé infini, était enfin venu de faire tomber son vilain fruit.

Comme une expiation, la parturiente mit longtemps. Son père commençait à se dire que le bâtard pourrait crever au sein du ventre de la pécheresse ou bien qu’il naisse sans vie. Il n’aurait plus lui le grand père; qu’à jeter quelques pelletées de terre sur ce corps sans âme pour qu’enfin l’honneur rejaillisse de nouveau sur le front de la famille Barit.

Pierre entendit enfin un vagissement, l’enfant du diable était né, il se précipita en espérant qu’on moins cela ne fut pas une femelle.

LA MORT DU COLLABO DU GUÉ D’ALLERÉ, JUSTICE OU CRIME? Suite

Pourquoi, un homme suspecté de collaboration économique, un homme que l’on croit affilié à la Milice, un membre actif du parti populaire Française de Doriot que l’on dit même proche de François Sidos quitte-t-il la ville de La Rochelle encore occupée par les Allemands pour venir se réfugier dans un village aux mains des maquis?

A ce jour c’est pour moi une interrogation, un esprit éclairé pourra peut-être m’apporter une réponse.

La maison il est vrai entachée de mystère, était celle d’un juif réfugié expulsé de la zone

Entrons maintenant dans le vif du sujet, que l’on va voir fort controversé.

Je tiens à préciser que les informations et les faits que je vais narrer se trouvent dans les journaux de l’époque, enfin presque.

23 octobre 1944 dans le village du Gué d’Alleré évacué par ses habitants une Citroën traction s’arrête devant la maison où loge Breton.

Cinq hommes y pénètrent et procèdent à l’interpellation de notre collaborateur, une fouille de la maison permet de récupérer des preuves.

On traîne Breton dans la voiture pour l’emmener à la Rochelle pour qu’il y soit entendu par un tribunal militaire . Notons déjà l’incohérence du journaliste rédacteur, car La Rochelle ne sera libérée que le 7 mai 1945, aucun tribunal jugeant les collaborateurs ne s’y trouvait évidemment réunis avant sa libération.

Nous étions en une période fort troublée et les cinq maquisards n’auraient pas été mus par un sentiment de justice mais plutôt par un esprit de vengeance, voir ayant une pensée de lucre.

Une chose est sûre, Breton n’arriva jamais à une quelconque destination. Car on retrouva son corps le12 novembre à Marsais une petite commune du département qui soyez sûrs ne même nullement à La Rochelle.

L’affaire ressemble fort à une exécution et lorsque la situation devient un peu plus calme et que la vraie justice peut-être rendue, l’on recherche les responsables.

En l’affaire, les responsables sont le sous lieutenant Louis Carsique dit loulou et André Leblay, ainsi que le lieutenant Louis Malle. Les deux derniers occupants de la voiture ne seront pas identifiés.

Débute alors l’affaire Carsique et Leblay, le lieutenant Malle étant décédé d’un accident de voiture à Saint Georges du bois (17 ).

Le 21 février 1947 le capitaine Renault juge d’instruction au tribunal militaire de Bordeaux rend une ordonnance de non lieu pour les deux hommes.

La teneur de l’ordonnance selon la presse dit à peu près que  » attendu qu’il s’agit en l’espèce de la disparition du nommé Gaston Breton. Entendu que ce dernier signalé au service de la sécurité militaire comme collaborateur et très suspect en raison du fait que des signaux auxquels répondaient les Allemands, venaient de la propriété sise au Gué D’alleré. Que cette maison fit l’objet d’une perquisition ordonnée par le commandant Coustellier dit Soleil du 108 régiment d’infanterie.

Que cette opération aurait permis la découverte de lettres compromettantes confirmant les soupçons que l’on portait.

Carsique et Leblay sont libres, couverts par leur hiérarchie.

Mais poursuivons l’histoire avec leur version qui bien évidemment est la seule car Breton est mort.

Le Lieutenant Hugues (Malle ) chef de la sécurité militaire est donc chargé de l’arrestation de Breton. Après un interrogatoire dans la maison du Gué notre homme aurait reconnu appartenir à la milice, jusqu’à là tout est cohérent, notre homme n’est pas tout rose.

Ensuite on doit mener l’homme au pc du groupe qui se trouve à Épannes sur la route de Niort.

Il ressort que sur le chemin la voiture doit faire halte pour une panne ou bien pour un besoin pressant de Breton. Sur ce sujet les versions divergent chez les journalistes.

Profitant de cet arrêt Breton s’échappe, précisons tout de même que l’escorte est de cinq personnes, que Breton est âgé de soixante ans et qu’il est apparemment sous l’emprise de l’alcool.

Quoi qu’il en soit il s’échappe, on le poursuit sans succès et l’on tire de nombreux coup de feux sans apparemment toucher le fuyard.

L’affaire est donc très claire, d’autant qu’on avait pas de corps, et que Breton aurait été vu avec Sidos le chef de la Milice sur La Rochelle bien après son arrestation.

Bref il y a non lieu en 1947, nos maquisards sont blanchis et Breton ne serait même pas mort.

Bon l’affaire aurait pu être entendue si nous faisions fi du corps retrouvé à Marsay le 12 novembre 1944. Pour la défense des maquisards le corps n’aurait pu être identifié . Mais enfin il est fort probable que cela soit lui .

Pourquoi nos maquisards sont-ils passés par Marsay pour se rendre à Epannes, je vous le dis, connaissant la région ce n’est pas la route la plus courte et la plus directe.

Il n’est pas dit non plus comment Breton s’y serait prit pour faire tout ce chemin pour rentrer sur La Rochelle, vous voyez les interrogations sont multiples.

Quoi qu’il en soit la famille inhume Gaston Breton dans la concession familiale dans un des cimetières de La Rochelle.

En 1951 l’affaire est de nouveau ouverte mais cette fois loin des passions du moins le croit-on, par un juge d’instruction civil, le juge Durand.

Celui-ci considère que le corps retrouvé à Marsay est bien celui de Breton et qu’il a été abattu par son escorte.

Le Blay est interpellé à Aix en Provence le 5 juillet 1951 , quand à Louis Carsique il est déjà en prison à Bordeaux pour un délit de droit commun..

Le corps est exhumé mais aucun élément nouveau n’apparait. André Le Blay est incarcéré à la prison de Fontenay le comte.

Maintenant il est temps de conclure, le 12 octobre 1953 la chambre des mises en accusations de Poitiers dut rendre son verdict quand à la culpabilité de Carsique et Le Blay.

Loin des passions de l’époque nous pouvons constater que le dit Breton a été abattu sans jugement et que sa collaboration avec l’ennemi n’a donc pas pu être prouvée. Comme des milliers d’autres il a été sauvagement exécuté, mais certains opposeront ces actes de vengeance avec les atrocités commises par l’occupant et ses affidés Français.

Chacun jugera en sa conscience, doit on répondre au meurtre par le meurtre.

Quand à Carsique et Leblay ils sont bien sûr décédés emportant leur secret avec eux.

Disons que Gaston Breton fut reconnu victime civile et que l’on trouve sa fiche sur mémoire des hommes.

J’invite tous mes lecteurs qui auraient des renseignements sur cette affaire à me contacter, je pourrais ainsi compléter ou corriger mon texte.

Je n’ai à ce jour pas trouvé le résultat du verdict de la cour de Poitiers.

LA MORT DU COLLABO DU GUÉ D’ALLERÉ, JUSTICE OU CRIME?

Maison où fut arrêté Gaston Breton

LE MYSTÈRE DE LA MORT D’UN COLLABO

Construite avant la grande déflagration mondiale par un affairiste véreux, par un couple d’escrocs aimant la belle vie et les bijoux, » la maison bleue », ou le château comme le nommaient les anciens du village portait aussi un autre nom.

Ce vocable, connaissant le passé historique du village m’intriguait fort, mais comme tous les événements liés à la période trouble de la libération du territoire en 1944 je ne trouvais aucun ancien qui veuille délier; ne serait-ce qu’un moment sa parole.

Une véritable chape de plomb entoure cette sombre histoire et j’en ai bien peur, bien peu la connaisse aujourd’hui.

Les rares témoins sont maintenant morts, les protagonistes aussi. L’action s’éloignant la mémoire de ceux qui connurent l’affaire pour ouïe dire se délite. On mélange les choses, on s’empêtre dans les dates, à la force de ne vouloir rien dire les mots se perdent dans les méandres des faits et du non fait.

Mais que ne l’ai-je encore mentionné, je m’égare dans ma digression. La belle maison haute avec l’insolence de son architecture art déco, portait le vocable peu envié de » maison du collabo ».

Bien sûr à l’heure actuelle il a peu de gens qui la nomment encore ainsi.

Je vais tenter de retracer cette ténébreuse affaire mais je pense que beaucoup de zones d’ombre vont assombrir la narration.

Voyons donc mon texte, comme une une invitation à la recherche des éléments manquants. J’en appelle dès maintenant à votre sagacité et à votre curiosité.

Avant de commencer mettons les choses au point, je vais raconter une histoire, où visiblement plusieurs versions s’affrontaient. Je ne prendrais pas position ni pour l’une ni pour l’autre je ne suis pas là pour juger. Juste pour narrer des faits qui se sont produits dans notre petit village et qui malheureusement se sont répétés dans une multitude d’endroits.

Commençons maintenant, comme on commence souvent les histoires.

Il était une fois, en octobre 1944 dans un petit village se nommant Le Gué d’Alleré….

Ce n’est qu’une petite bourgade sans prétention et sans attrait. L’occupation Allemande n’y fut pas pire qu’ailleurs.

Mais les réquisitions et l’absence de quelques jeunes hommes du village emprisonnés en Allemagne, ajoutaient une touche de malheurs à la fierté nationale mise à mal par une défaite inattendue et bien trop soudaine.

Les allemands qui n’avaient pas encore assimilé leur défaite c’étaient réfugiés dans La Rochelle et dans sa banlieue proche. Cernés par les troupes de maquisards qui accouraient pour en finir avec cette inique occupation, ils avaient constitué une poche de résistance.

Un no mans land s’était constitué et notre village occupé par le maquis, se trouvait à sa lisière.

Le décor est planté, un village de France délivré de ses occupants, des allemands encerclés dans une poche de La Rochelle et des maquisards qui occupent diverses maisons dans le bourg.

Mais il manque encore quelqu’un. C’est un invité de dernière heure sans doute mais c’est notre héros

Il aurait pu être comme le François Pignon de notre moderne  » dîner de con  » si l’époque s’y était prêtée car enfin que faisait-il ici notre sujet ?.

Il est enfin temps d’évoquer, de nommer , de donner le nom, celui qui se murmure avec dégoût et mépris sur les lèvres sèches des vieux qui se souviennent.

Gaston Breton, ouf le clavier ne me brûle pas les doigts à l’évoquer, je reste neutre vous dis-je.

Ce monstre d’iniquité est à l’époque un homme d’age mûr car il est né à La Rochelle (Laleu) le 18 mars1886, son père François est cultivateur, profession qu’il va également épouser.

Mais il ne se complaira pas dans le travail de la terre et deviendra entrepreneur en roulage sur le port de La Pallice en plein développement.

Affaire prospère si l’on en croit le rachat en 1921 par notre entrepreneur d’une autre entreprise de roulage et de déchargement la société de Maurice Breton.

Personnalité de premier plan notre Gaston se présentera même aux élections municipales en 1925 sur le quartier de Laleu. Il sera également président de l’Union sportive Rochelaise.

Le stade de Rugby de La Pallice portera son nom.

Bref c’est une personnalité connue et reconnue. Au niveau personnel, il se marie avec Marie Gibaud avec laquelle, il aura une fille. Quelques années plus tard en 1933, notre entrepreneur convolera de nouveau à la mairie de La Rochelle avec Marie Bernard et il en aura un fils et une fille.

La guerre et son occupation arrive et cet homme établi, gros entrepreneur se trouve amené à faire des choix qu’évidemment nous ne jugerons pas car tel n’est pas le sujet.

 

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 1- l’attente et la peur

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 2- la tonte

LA FEMME DU MILICIEN, Épisode 3- la promenade ignominieuse

UN MARIAGE AU CHÂTEAU DE MILLESCUS, Épisode 2

 

Au soleil blafard qui tentait de se faire jour parmi les brumes montantes du ruisseau  quelques êtres blêmes et faméliques essayaient de se réchauffer désespérément.

Mal nourris, pieds nus et vêtus de méchantes hardes, ils formaient toute la population de Milescus. Presque tous laboureurs à bras, ils attendaient déférents mais transis l’arrivée des invités de la noce.

Le meunier Jean Aurard s’était mis un peu en retrait, personnage important et moins famélique, il n’en attendait pas moins ses maîtres avec autant d’impatience que les presque serfs qui l’environnaient.

André Poitou parlait à Jean Cholet, les deux hommes faisaient les cents pas pour se réchauffer en agitant leurs bras.

Suzanne Rozeau, la femme au Laurent Merle se lamentait de la dureté des temps auprès de Françoise Guenon la femme au Chabourny.

Barthélémy Guilbeau force de la nature morigénait ses drôles en leurs promettant forces torgnoles si ils n’arrêtaient pas de gauger dans les flaques d’eau encore prises par la gelée du matin.

Barthélémy n’avait jamais frappé l’un de ses enfants et ils en profitaient jusqu’au moment où Anne Nolet leur mère leurs administrait une calottes afin qu’ils se tiennent enfin tranquilles.

Mais un bruit de cheval hennissant leurs fit tourner la tête. Enfin le spectacle allait pouvoir commencer. Le cavalier pénétra dans la cour du château et Anthoine Berthomet l’un des serviteurs du lieu se précipita pour récupérer le cheval.

L’homme que tous attendaient, était le marié. Le noble homme se nommait Jacques Mignoneau écuyer, seigneur des vignaux capitaine au régiment de Périgord. En descendant de sa monture il n’eut aucun regard pour ces gueux qui pourtant l’attendaient tête basse.

Lui, rejeton d’une vieille famille protestante qui avait comporté un maire de La Rochelle. Héritier d’un proche du grand Jean Guiton, lui même officier de sa majesté n’avait évidemment que faire de cette plèbe.

Il monta les marches du château bouscula presque le curé et s’engouffra dans la vieille demeure.

Il rejoignit la maîtresse de maison qui dans quelques minutes serait sa femme. Le curé d’Aubons ne connaissait pas les méandres familiaux qui avait mené Françoise Émilie Gobert fille de feu Jacques Gobert à venir s’installer au château de Milescus mais il soupçonnait quelques intrigues qui du reste de le regardait pas.

Pour ce qu’il en savait Françoise Gobert n’était pas officiellement la dame du Gué d’Alleré.

Elle n’était que le dernier enfant du défunt Jacques Gobert écuyer et seigneur de Chouppe.

Lui non plus n’avait pas été en possession de la seigneurie de Milesecus, car cette dernière appartenait à son frère Jean décédé en 1670 et par transmission à ses héritiers.

Mais cette l’affaire d’héritage qui en soit se présentait simplement, fut grandement compliquée par un édit royal tout droit sorti d’un cerveau vieillissant et de l’influence de la bigote Françoise de Maintenon

L’héritière de Jean Gobert était sa femme Anne Rozemond, où plus précisément cette dernière représentait les intérêts de leur fille mineure Elisabeth .

Comme toute sa famille, Anne était protestante et vivait sous la protection de L’édit de Nantes.

La tolérance religieuse était donc de mise jusqu’au moment où le roi soleil en eut décidé autrement.

Par le funeste édit de Fontainebleau en 1685 il révoqua le sage texte de son grand père Henri .

C’en était fini des protestants, sous la pression ils abjurèrent en masse ou fuirent le pays.

Anne l’héritière de la seigneurie partit avec les siens à l’étranger, les terres presque en déshérences furent récupérées pour un temps par la branche des Gobert de Chouppe qui eux étaient devenus de bons catholiques.

 Le curé n’avait qu’entre aperçu cette noble dame De Rozemond qui malgré les pressions persistait à rester dans l’erreur de cette religion prétendument réformée. Il n’approuvait pas cet aveuglement et cet égarement, mais admirait quand même cette belle opiniâtreté.

Certains paroissiens très âgés se souvenaient par contre de Jean Gobert seigneur de Nieul, de Chouppes et de milescus , ce banquier rochelais avait eu son heure de gloire pendant le grand siège de La Rochelle en servant de messager auprès du roi d’Angleterre. Certes, depuis, ce farouche huguenot avait prêté allégeance au roi et en avait été récompensé par un titre de noblesse en 1651.

Ces seigneurs l’étaient donc depuis peu, l’argent, l’intrigue et les événements avaient donné au sang qui coulait dans leurs veines la couleur bleu.

A vrai dire tout ces fraîchement convertis agaçaient le bon curé, leur condescendance, leur morgue n’auguraient pas d’une franche adhésion à la véritable religion.

D’aubons ne connaissait donc que l’insolence de Françoise Émilie, cette dernière née à Laleu en 1678 était une bien belle jeune fille, vive, effronté et qui menait son monde à la baguette.

Les parents de Françoise étaient décédés tous les deux et seuls des aïeux, vivait Marie Margat la mère du marié .

Ce fut la veuve Mignoneau qui introduisit le curé dans la chapelle, il était maintenant attendu et enfin on prêtait une quelconque attention à sa présence.

Du coté des Gobert la présence se faisait féminine, Henriette la sœur aînée mariée à un commissaire d’artillerie nommé Charles de la Croix seigneur de la Mignoterie et Marie Madeleine mariée au seigneur de Champagny , Jacques de Sauzait.

Pour le marié il y avait bien sûr la mère en sa robe de veuve, stricte comme une protestante , Marie Mignoneau la petite sœur et aussi le frère, Jean seigneur de la Louche et de Puyvineux.

Mais comme trônant au premier rang Félix Auguste Gobert le frère et héritier de son père seigneur de Chouppes en compagnie de sa femme Jeanne Levacher. Celui ci, chef de famille montrait toute son importance en se parant des attributs de commandeur infatué de sa mission.

Dans un coin sa belle fille Jeanne née de La grange minaudait en s’éventant sans doute incommodée par les odeurs fétides des latrines qui se déversaient dans les douves.

Les seigneurs des lieux n’avaient pas autorisé les humbles du voisinage à assister à la noce, nous étions entre gens de biens.

Le curé d’Aubons aurait dû être intimidé devant tant de puissance supposée, mais ces culottes de soie, ces robes de satin ne l’impressionnaient guère. Ces gens, au regard des pauvres diables de Milescus étaient sans conteste très riches, mais ils n’étaient que des gens de peu face à l’opulence du Roi Soleil. Le bâtis de milescus pourtant loin d’être une chaumière n’était qu’une mansarde face à la splendeur Versaillaise.

La richesse est une notion toute relative et le bon père lui se sentait comme Crésus lorsqu’il buvait un vin de sa vigne ou qu’il croquait à pleine bouche des légumes de sa langue de terre du jardin du roy.

Normalement l’usage voulait que le mariage soit annoncé par trois bans aux portes des églises concernées. Les mariés vivaient en la paroisse Saint Barthélémy à la Rochelle, le mariage aurait dû être fait là bas. Mais caprice de Françoise Gobert qui voulait que la noblesse de sa famille qui sentait encore bon la finance se matérialise sur les terres nobles qu’elle possédait, ils obtinrent l’autorisation de venir effectuer la noce en ces lieux. Le curé de Saint Barthélémy leur accorda aussi la dispense des deux premiers bans sans que le curé sache réellement pourquoi.

Ceci dit le curé d’Aubons maria l’escuyer Jacques Mignoneau à la fille de l’escuyer Jacques Gobert.

Le repas vint à la suite , mais aucun relief de celui ci ne parvint aux animaux crottés et transis qui attendaient à cet effet dans la cour du château.

Chacun retourna à son labeur, Jacques Mignoneau et sa dame reprirent le chemin de leur hôtel de la Rochelle.

Françoise fit de nombreux séjours dans leur noble demeure du Gué d’Alleré, il était en effet de bon ton lorsqu’on possédait des biens et qu’on vivait en ville d’aller en sa campagne aux heures les plus chaudes de la saison. Sa fille y naquit quelques années plus tard et c’est le curé d’Aubon qui la baptisera.

Généalogie simplifiée voir arbre tramchat sur généanet.

Jean Gobert , Chevalier, seigneur de Nieul, de Chouppes et de Milescus, banquier à La Rochelle

né en 1603, mort à la Rochelle en 1659 .

Mariage avec Marie Georget le 18/12/1622 peut être à à La Rochelle, dont il a eu

Jacques Gobert, Écuyer, sieur de Chouppe

né à la Rochelle le 22/10/1627, inhumé à Laleu (17) le 29/04/1684

Marié à Magdeleine Aigron le 20/03/1661 à la Rochelle dont il a eu environ 11 enfants.

De cette union est née Françoise Émilie le 12/10/1678 à La Rochelle (laleu).

De son deuxième mariage avec Jacquette Clément , Jean Gobert l’ainé a eu

Jean Gobert, Écuyer, seigneur de Millescus, Lieutenant du sieur Gilles de La Roche-Saint-André, chef d’Escadre des armées navales

né à la Rochelle le 20 /06/1640 et mort dans cette même ville le 01/02/1670

Marié le en janvier 1661 au temple protestant de Charenton avec Anne de Rozemond.

Il est a noter que ce n’est pas le fils aîné qui devient seigneur de Milescus mais son cadet Jean.

Pour le marié Jacques Mignoneau, Escuyer, seigneur des Vignaux, capitaine au régiment de Périgord, nous savons que son arrière grand père Jacques Mignonaux a été maire de La Rochelle en 1606.

Pour l’instant aucune trace de sa naissance ni de son décès.

UN MARIAGE AU CHATEAU DE MILLE ECUS, épisode 1

UN MARIAGE AU CHATEAU DE MILLE ÉCUS

Le curé Jacques d’Aubons piétinait d’impatience depuis un bon moment dans la cour du château. Le faire attendre alors qu’il s’était dépêché de venir à Mille écus le mettait en rage. Pour une fois il en avait même bâclé sa messe dans l’église Saint André du Gué d’Alleré. Ses paroissiens en avaient été un peu étonnés car en temps normal il disait son office avec application.

Mais aujourd’hui était jour extraordinaire, non seulement pour lui mais évidemment et infiniment plus pour la population de la noble demeure.

Sa carrière en tant qu’ ecclésiastique commençait maintenant à s’allonger, il avait été vicaire à Surgères et depuis maintenant quatre ans il officiait comme curé en la paroisse du Gué d’ Alleré et annexes.

L’endroit et les habitants lui avaient bien plu, il faut dire que le Gué d’alleré avait la particularité intéressante d’avoir trois paroisses en une seule. Le village n’était pas bien grand, loin de là mais son histoire dont il ignorait les aboutissements avait fait qu’il s’était formé en trois entités. Il y avait le bourg principal, avec l’église Saint André et son cimetière, puis une église et un cimetière au hameau de Rioux et pour terminer une église, un château et un cimetière au hameau de Mille Ecus.

Il enterrait, baptisait et mariait indistinctement en un lieu ou un autre en fonction de l’endroit où habitaient ses ouailles.

Bien que les familles se mélangeaient indistinctement au gré des mariages, quand vous étiez de Rioux, vous n’étiez pas du Gué et quand vous étiez de Mille écus vous n’étiez pas de Rioux.

Le curé s’amusait de la situation mais s’en agaçait aussi parfois. Les querelles qui découlaient de cette particularité pouvait virer au tragique comme au comique. Si ces territoires ne dépendaient pas de la même seigneurie, les habitants qu’ils fussent sous la tutelle de celle de Mille écus, de celle du Gué d’Alleré ou bien même sous la dépendance de l’abbaye de Benon n’en étaient pas moins miséreux et pressés par les impôts les plus divers.

Le village où se trouvait sa cure s’était développé le long d’un petit ruisseau et plus particulièrement d’un endroit où l’on pouvait le passer à gué, une petite église et son cimetière, une maison noble le long du cours d’eau et quelques maisons blotties frileusement autour. A la sortie du village en allant sur Saint Sauveur de Nuaillé tournaient les ailes du moulin David. Le seigneur du lieu s’appelait Louis Poirel, le curé avait de bons rapports avec lui bien que le maître du village fut parfois un peu distant.

De vastes prairies humides séparaient le bourg principal de son hameau de Rioux, les eaux débordantes du ruisseau de l’abbaye déposant un fertile limon, assuraient une récolte abondante qui faisait appeler l’endroit les jardins du Roi.

Le chemin qui menait à la paroisse de Rioux était souvent impraticable et le curé d’Aubon crottait ses souliers plus que de raison en allant administrer les sacrements à ses paroissiens.

Pour venir à Mille écus le chemin était plus praticable, on montait par le moulin de Mille Ecus.

Celui ci dominait les prairies humides des ruisseaux du Gigan et de l’abbaye. Arrivé au sommet de cette modeste côte il suffisait de se laisser couler le long des vignes qui poussaient sur le coteau pour arriver au modeste ensemble qui formait Mille écus.

Le château de milescus avait depuis longtemps perdu la fonction de défense qu’il avait autrefois.

Il en restait des douves encore pleines d’eau en cette période mais qui seraient presque à sec au plus fort des chaleurs de l’été et des tours pour moitié écroulées.

La demeure seigneuriale encore grande avait elle aussi perdu de sa superbe, le curé se demanda pourquoi la fratrie qui possédait cette terre ne se mariait pas en la paroisse saint Barthélémy à la Rochelle où il possédait un hôtel. Il est vrai que le bon prêtre ignorant de la situation exacte de la famille ne pouvait leur présumer des difficultés financières.

Coincé entre deux cours d’eau l’endroit était fort humide en hiver et souvent inaccessible quand les eaux montaient et envahissaient les prairies . D’Aubons se voyait mal vivre ici, même si parfois son presbytère souffrait également d’une inconvenance du ruisseau qui venait de l’abbaye de la Grâce Dieu .

Prés du château se trouvait la chapelle elle aussi fort délabrée, c’est là qu’il allait unir les deux promis. Autour ce n’était que misérables baraques, à demi-enfoncées dans la terre, repliées sur elles mêmes, aux maigres ouvertures . Des toits de jonc émergeaient des cheminées branlantes d’où s’échappaient les fumées odorantes d’un méchant bois vert.

Autour de la petite chapelle qui servait d’église, comme un vilain champs mal labouré, de ce lieu mal défini, surnageaient quelques croix de bois et de faibles monticules de terre encore mal tassés.

Il émanait de ce jardin sacré comme une tristesse indéfinissable qui finalement se mariait assez bien à cette pauvre seigneurie et à cet endroit lugubre.

LES SEIGNEURS DU GUÉ D’ALLERÉ, les hommes et les femmes

 

Maintenant passons aux traces qu’on pu laisser les seigneurs de l’endroit.

Le premier dont le nom ressort est Nicolas de Joubert, j’ai bien peu de chose à son sujet il est le fils de Pierre de Joubert et est marié à Marie de Marboeuf.

Il était déjà seigneur du Gué d’Alleré en 1629. Nous trouvons quelques mentions de lui par l’intermédiaire de sa femme qui est citée comme marraine en 1640 sur la paroisse de Benon pour le baptême de Jeanne Poirel conjointement avec Hannibal de la Trémoille.

 

En 1676 la seigneurie est saisie au préjudice de la famille Joubert.

Le 19 février 1680 elle est adjugée à un certain Isaac Lainé marchand à Marans pour la somme de 9000 livres.

Ce dernier est protestant et a épousé le 26 avril 1671 au temple de Marans Jeanne Franchard, fille de Philippe sieur de Vendosme.

On constate donc qu’une seigneurie pouvait être achetée par un non noble et qui plus est par un membre de l’église prétendument réformée.

Isaac Lainé est mort à Marans (17) le 10 juillet 1681.

Ensuite notre seigneurie passe entre les mains de la famille Poirel, Didier en prend possession vraisemblablement par rachat.

Cette famille est implantée sur Benon, le père de Didier se prénomme Antoine et est notaire et garde des sceaux du comté de Benon, il est décédé à Benon en 1670..

Didier né à Benon en 1633 fait évoluer sa famille en devenant conseiller et procureur du roi au siège royal de Rochefort, il fait aussi partie de la bourgeoisie Rochelaise et devient échevin.

Il se marie à Benon en 1658 avec Marie Billaud, en cette époque il est déjà conseiller du Roi au siège Présidial de La Rochelle. Son épouse est la fille du greffier du comté de Benon.

Si ses premiers enfants naissent à Benon les autres naissent en la paroisse de Notre dame à la Rochelle.

Il ne semble pas qu’il ait demeuré au Gué d’Alleré, aucune signature de lui n’apparaît sur nos registres paroissiaux.

Il meurt en 1698 et son fils Louis devient à son tour seigneur du Gué, lui est Conseiller du Roi au siège Présidial de La Rochelle et écuyer, premier signe de noblesse.

Nous ne connaissons pas la date de naissance de Louis mais nous savons qu’il se marie à la Rochelle paroisse Saint Barthélémy en 1701. Son épouse de nomme Marie Magdeleine François.

Il est vraisemblable que Louis de par ses fonctions importantes ne réside aucunement au Gué d’Alleré, en tous cas aucun de ses enfants ni est baptisé.

La première mention d’un Poirel sur le Gué d’Alleré est la signature de Marie Louise Poirel la fille de Louis née en 1702 à la Rochelle elle est marraine du fils de Pierre Favreau et d’Anne Brisset. Nous sommes en 1715, elle a donc 13 ans, vit-elle au Gué d’Alleré?

En août 1716 Louis Poirel marie sa belle fille Marguerite Marchand au Gué d’Alleré.

Il est à noter que beaucoup de familles bourgeoises et nobles quittaient la chaleur des villes pour se réfugier dans leur terre. Ils pouvaient également présider aux bans des vendanges car le Gué d’Alleré en cette époque était couvert de vignes.

Il semblerait vu la fréquence ou Marie Louise Poirel se retrouve marraine qu’elle réside au château du Gué, on remarque aussi en 1717 la présence de sa demie sœur Marguerite Marchand qui signe de la Tremblaye.

Marie Louise Poirel est la seule des enfants de Louis à apparaître sur Le Gué, du moins jusqu’en 1730 date où Marie Esther la plus jeune sœur devient marraine à son tour.

En l’absence de renseignement il est difficile de se faire une idée de la fréquentation du château, mais du moins Marie Louise est présente sur le village depuis sa naissance.

Marie Louise se marie en la paroisse de Saint Barthélémy à la Rochelle le 26 avril 1729 avec un écuyer nommé Alexandre De Gascq rejeton d’un famille noble de Bordeaux.

A cette date elle est héritière de la seigneurie du Gué d’Alleré car son père est décédé.

Nous ignorons la date exacte de sa mort et l’endroit où il est décédé.

Marie Louise et son mari semblent vivre au gué car c’est au château que naît en 1731 leur premier enfant François Alexandre.

En 1732 c’est Étienne qui naît au Gué d’Alleré, c’est sa tante Marie Esther qui devient marraine.

C’est aussi la même année que décède la premier fils de Marie Louise, c’est le premier descendant Poirel à être enterré dans l’église du Gué d’Alleré.

Il est a noté que Marie Louise depuis qu’elle est dame du Gué n’est plus désignée comme marraine mais que sa fille Marie Magdeleine De Gascq le devient à son tour.

En juin 1734 les châtelains marient Louise leur quatrième enfant.

En 1735 Alexandre de Gascq se fait donner du Messire dans les actes où il apparaît.

En 1736 c’est Louise Guy Poirel la sœur de la châtelaine qui se marie avec Jean François de la Porte, homme de loi de Poitiers, vivait-elle avec sa sœur, probablement, car les deux parents sont décédés à cette date.

Le couple aura des enfants qui naîtront au Gué d’Alleré.

On le voit au moins deux familles vivent au château, Marie Louise et Marie Esther. Il est bien sûr impossible de préciser si elles venaient au Gué d’Alleré uniquement pour faire leurs couches ou bien si elles y résidaient à temps plein.

En 1739 apparaît sur un acte la signature d’un des fils de Louis Poirel c’est assez bizarre car il signe Louis Didier Poirel du Gué, la question est de savoir si lui aussi avait des droits sur la seigneurie.

En 1745 apparaît pour la première fois la signature d’Étienne de Gascq fils des châtelains.

En 1749 apparaît pour la première fois la mention que Jean François de La Porte mari de Louise Guy Poirel est seigneur en partie du Gué d’Alleré.

S’agit-il d’un rachat ou bien du règlement d’un contentieux suite à la succession de Louis Poirel ?

On peut toutefois noter que pour le baptême de ce neuvième enfant le parrain et la marraine sont plus prestigieux que pour les enfants nés avant.

En 1755 vraisemblablement suite à une épidémie, Marie Louise Poirel épouse De Gascq et Louise Guy Poirel épouse De la Porte décèdent au château, ainsi que Jean François de la Porte le mari de Louise Guy.

Il est à noter également la présence aux obsèques de Didier Louis Poirel qui signe Poirel du Gué.

Tout porte à penser que Marie Louise , Louise Guy et Didier Louis soient des cohéritiers de la terre du Gué d’Alleré.

Il est aussi à constater que Marie Louise Poirel et sa sœur Louise Guy participent activement avec leurs conjoints à la vie du village et qu’ils sont fréquemment solliciter pour les baptêmes mais aussi qu’ils sont présents à de nombreux mariages.

Le couple Poirel, Du Gascq a eu sept enfants, six sont nés au château du Gué d’Alleré. Marie Louise Poirel repose avec six de ses enfants dans l’église saint André du Gué d’alleré.

Il en va de même pour le couple de sa sœur Louise Guy et son beau frère Jean François de la Porte. Leurs neuf enfants sont tous né au château et Louise Guy est enterrée aussi dans l’église.

Les deux sœurs sont d’ailleurs les deux dernières personnes à être inhumées dans l’église.

Avec la disparition de cette génération les choses changent considérablement , Etienne Alexandre De Gascq devient seigneur du gué.

Il ne semble pas participer à la vie de sa seigneurie, car sa signature n’apparaît que deux fois, en 1763 pour le mariage d’une demoiselle Vacher de la famille noble qui habite le logis de Rioux et en 1789 pour le mariage d’un paysan du village.

C’est très peu et nous ne savons guère de chose sur le personnage.  En 1761 il est en procès avec le curé Dénécheau.

En 1764 il se marie à Marans avec Jeanne Suzanne de Junquières la fille d’un militaire de petite noblesse.

Il;ne semble pas avoir d’enfant ensemble et d’ailleurs ils divorceront en 1799 à la Rochelle.

En 1789  Etienne Alexandre de Gascq est délégué de la noblesse pour la désignation du député de la noblesse de la sénéchaussée de La Rochelle .

Nous ne savons pas si il émigre pendant la révolution ni quelle sera son action. Avec l’abolition des droits féodaux il n’est plus seigneur du Gué mais ne semble pas pour autant dépossédé des terres qui lui appartiennent. Ses droits seigneuriaux ont disparu mais gageons qu’il lui reste quelques terres.

Il décède au Gué d’Alleré le 30 juin 1814 à l’age de 81 ans. A cette époque on inhumait plus dans les églises depuis longtemps il fut donc enseveli au vieux cimetière qui entourait l’église.

Le souvenir des seigneurs s’est estompé depuis longtemps et leur château a été démantelé , les pierres ayant dit- on servi à l’édification de la maison bourgeoise construite à proximité de l’ancien château .

La métairie du château existe toujours, restaurée avec gout elle bruisse encore d’une activité agricole.

La place qui se trouvait devant a gardé l’appellation de place du Château quelque temps, puis là aussi le souvenir s’est effacé.

Bien peu de personnes connaissent l’existence de ce château et de ses seigneurs, puisse ce texte en appeler d’autres et faire ressurgir la vie du village d’autrefois.

Ceux qui sont intéressés peuvent me contacter afin que nous puissions tenter de combler les nombreux manques de cette histoire .