DESTIN DE FEMME, Épisode 10, crèvera la bête

On a beau dire même si l’on aime ses parents la vie n’est guère facile avec eux, immédiatement de l’animosité vint se mêler entre les deux hommes de la maison, mon père en ancien voulait en imposer à Léon qui lui en conquérant se considérait comme chez lui car il me possédait.

Un jour les deux hommes faillirent se cogner dessus au sujet du vêlage de l’une de nos  bêtes, c’en était de trop et l’on se trouva un autre gîte. Mes parents étaient mortifiés devant une telle impudence mais pour le bien de tous je crois en conscience que c’était mieux.

On resta à Liéchen, pas bien loin ainsi ma mère gardait la petite et mon turbulent fils.

Léon maintenant seul joua de l’important, devint mal commode et exigent. Un soir il trouva que la soupe était claire et renversa son bol, je lui fis une belle scène et pour la première fois il me gifla.

Mon fils hurla en petit homme et mon bébé pleura à chaudes larmes. Au moment du coucher ayant quelque chose en tête il tenta une gentillesse.

Ce soir là devant ma détermination il n’eut pas la satisfaction de mon corps.

Le lendemain il fut mielleux et repenti, alors le soir je m’ouvrais à lui et comme d’habitude il prit son plaisir sans m’en procurer. Mais savait il ce bougre de crétin qu’une femme pouvait aussi éprouver quelque chose aux choses de l’amour.

Je fus bientôt grosse des œuvres de mon maladroit de mari, car voyez vous,même le plus idiot est capable de faire des enfants.

Le vingt sept mars 1823, je donnais le jour à une belle petite, dodue comme son père et déjà gueularde comme lui, Louise Aglaé furent ses prénoms. Louise était le prénom usuel mais moi je décidais de l’appeler Aglaé.

Elle fut baptisée et résista bien aux premiers jours de vie, certes elle n’était pas tirée d’affaire, rougeole, rubéole, angine , grippe, bronchite, choléra, diphtérie, pouvaient la faire passer de vie à trépas fort rapidement.

Moi j’en ressortais meurtrie, la petite en passant m’avait fait une belle déchirure, le Léon toujours à guetter au trou attendait avec une fébrile impatience que je sois de nouveau à lui.

Puis la vie reprit son cours je faisais des journées, ou plutôt plusieurs journées en une, trois enfants ce n’était pas rien, mais ce qui n’emmerdait le plus c’était les soins que je devais apporter au Léon. Oui il ramenait sa paie, mais au delà de ça, il ne faisait rien, un vrai pacha, la soupe devait être prête à l’heure, le ménage fait, la traite faite, les animaux nourris, le jardin labouré, le beurre baratté et bien sur je devais être fraîche et disponible pour la bagatelle.

Autant vous dire qu’il y avait de la tension dans l’air et que je n’avais pas l’intention de devenir esclave.

Un dimanche monsieur décida de se laver en grand, c’était une bonne chose qui n’arrivait pas souvent, il disait que la crasse le protégeait des microbes. Médicalement je n’en étais pas sure, mais il me répugnait, les ongles des pieds et des mains en deuil, les pieds noirs comme un charbonnier, les cheveux gras, la cérumen qui lui dégoulinait des oreilles, une odeur de bouc . Donc monsieur exigea que je lui prépare de l’eau chaude, ce n’était pas rien, il fallait la puiser au puits commun puis la ramener et la faire chauffer.

A poil à tremper dans sa pestilence il voulut que je le frotte, j’acceptais le dos puis il demanda que je descende un peu. Il n’en était pas question, le ton monta et il me menaça de me dérouiller devant tout Liéchen réuni, je ne lui laissais pas le temps de finir sa phrase et lui balançais un pot d’eau bien brulante.

De ce jour la guerre fut déclarée, de nombreuses batailles, de nombreuses trêves, je n’en ressortais pas victorieuse très souvent.

Puis le lascars se mit à boire, pas souvent au départ puis régulièrement, un canon avec l’un, un verre avec un autre. Il se transforma en gueulard assoiffé, il s’en prenait souvent à mon premier et lui foutait des roustes mémorables. Chaque soir la ceinture volait, pour des peccadilles , des riens. Je prenais la défense de mon fils et nous partagions la volée. A force de trempes on s’endurcit et je rendais les coups, il fallait voir les danses que nous nous mettions, un vrai charivari, tout le hameau comptait les jetons. J’en ressortais avec des bleus et des coquards, lui en ressortait griffé et mordu.

J’avais le dessus quand il était ivre mort sinon c’était la correction, la petite se sauvait chez mes parents, le bébé hurlait de terreur et mon grand se jetait en travers nous pour me protéger.

Comme il buvait ses journées, notre condition de vie se dégrada, j’arrivais à faire manger tout le monde mais pour les autres achats je faisais des ardoises, le tailleur pour Louis qui grandissait à vue d’œil, une paire de sabots, une médication pour la vache. Je faisais mon possible mais mes vêtements se perçaient, s’usaient, je ressemblais à ces mendiantes de passage. Ma mère en cachette m’aidait un peu, mais mon père disait que je méritais les roustes qu’il me mettait et que si cela ne tenait qu’à lui il ne me laisserait pas un seul bout de peau sur le cul.

La gentillesse paternelle me touchait au plus profond de moi et je ne manquais pas de me réjouir quand je sus que le vieux était malade. Hélas la bête ne creva pas et il put m’abreuver de nouveau de méchancetés. La plupart du temps le paternel travaillait avec Léon c’est vous dire si ils étaient cul et chemise. Ma mère rigolait de moins en moins car mon poivrot de mari entraînait le sien à godailler dans les cabarets.

Début 1825, je fus pleine, cela devait arriver, le Léon il était régulier comme une horloge, que je sois fatiguée ou que je sois malade rien n’était tabou, rien ne le rebutait. Si je ne voulais pas il me forçait, alors j’avais trouvé la combine, j’ouvrais grand les cuisses,et je comptais dans ma tête, un deux trois, je n’allais guère bien loin car mon Léon était comme le coucou de la pendule il rentrait bien vite.

DESTIN DE FEMME, Épisode 9, la noce briarde

Pâtés de lapin, terrines, volailles, ragoût, fromages de Brie, gâteaux aux pommes, une quantité faramineuse de pains blanc. Tout disparaissait dans la gueule béante de ces rudes travailleurs on eut dit qu’ils n’avaient point manger depuis longtemps pour mieux se repaître. Ma mère commençait à pleurnicher de voir des mois de réserve disparaître. Nous les mariés étions contents, la fête était belle, chacun s’amusait de bon cœur. Moi ce qui me faisait le plus plaisir c’était de pincer rudement la grande Louise à chaque fois que je la croisais, elle n’osait répliquer. La haine entre nous montait et il ne se passerait pas longtemps avant la peignée finale.

Chacun digéra comme il le put, la danse, un peu de marche pour les vieux, en un accord tacite, les hommes allaient pisser sur la haie des prieurs tandis que nous les femmes nous allions arroser les taillis bordant le chemin qui menait au village.

Les hommes parlaient haut, pétaient à faire trembler les bancs en riant de leur rire gras. Bientôt quelques chansons grivoises s’élevèrent, j’étais sur que certains ne finiraient pas la soirée.

C’est le ventre encore gros que l’on passa au souper, je croyais que j’allais éclater dans ma belle robe

La succulence des plats et leur abondance attirèrent de nouveau les convives à table et tous encore une fois se bâfrèrent. Je ne sais où nous mettions tout cela nous gens pourtant habitués aux maigres bombances.

Mon père commençait à somnoler et la tête penchée en avant il semblait vouloir passer sous la table, mon frère titubait et était fort amoureux de sa femme, il la pinçait, la pelotait et lui susurrait des mots gras à l’oreille. La grosse dinde émoustillée riait à gorge déployée,  on eut dit que ses grosses mamelles allaient sauter en dehors du corsage. Pour sur si André n’allait pas la prendre dans le paillis il y aurait forte lutte dans leur alcôve. L’alcool rendait les êtres amoureux, à condition de savoir se modérer et mon frère qui pouvait à tout moment enlever le morceau aurait sûrement à boire ainsi le petit tout ramollo à l’heure de la coucherie.

L’un de mes cousins témoins fricotait avec Constance une belle de la Ferté Gaucher connaissance à Léon. Aucune décence, ils s’employaient à pleine bouche devant l’assemblée réprobatrice mais attentive et goguenarde.

Tous alternaient entre la boustifaille et la danse, une cuisse de poulet, une contre danse, et que je te ripaille et que je te sautille.

Les enfants couraient partout, gueulards , criards, insolents, mon ainé venait de se prendre une volée car il voulait faire comme les adultes et avait tenté de voir le petit conin de sa cousine Sophie.

Maintenant le morveux ne me quittait plus d’une semelle me rappelant que je n’étais pas une mariée comme une autre.

A une heure bien avancée arriva le  » Guillonneau  », une bande de jeunes du village passablement éméchés et énervés, l’un d’eux portait une grande hotte de vigneron. Il venait réclamer leur dû à savoir le reste de nos agapes. C’était une tradition qu’on respecta, chansons , rigolades puis fuite des quémandeurs, qui se partagèrent le butin. De toutes façons ce n’était que symbole car ensuite ils seraient inviter à finir la noce avec nous.

Puis vint ce que je redoutais le plus, une autre tradition assez ancienne et que trouvais malsaine.

Le plus hâbleur des noceurs fit tinter son couteau sur une assiette et demanda la parole, le violon et la clarinette cessèrent leur plainte.

C’était la vente de la mariée, ma vente en somme.

Les hommes d’un coté les femmes de l’autre, les prix montèrent, l’excitation redoubla, les propos salaces aussi, concernant ma nuit de noces et les cochonneries que l’on pouvait faire à une femme.

Les femmes ne laissaient rien aux hommes, moi au milieu comme une esclave s’apprêtant à être vendue à un prince arabe, je rougissais aux allusions, aux saloperies des bonhommes saouls. Puis ce fut un maquignon qui m’obtint, cet idiot prenant son rôle au sérieux crut que j’étais vraiment à lui, pour un peu ses grosses mains rougeâtres seraient passées sous mon jupon. Il me dévorait des yeux, mon mari dût au prix fixé par lui et après d’âpres négociations me racheter. Je fus un peu vexée de la rançon proposée. L’argent ainsi donné fut reversé pour l’achat des dragées.

Plus la soirée s’allongeait, plus le Léon me collait de près, son regard me disait, il va être temps.

Moi je faisais traîner les choses, mais je sentais que ses yeux brillaient de désir , que sa bouche me dévorait et que ses mains m’effeuillaient.

Je pris mon courage à deux mains et nous nous enfuîmes vers le nid douillet prévu pour cette ultime conclusion conjugale.

Moi j’avais connu la lune je savais à quoi m’en tenir, je laissais à mon mari le soin de l’initiative.

Assise sur le rebord du lit à la lueur vacillante de la chandelle je l’observais. Ce mâle, jouteur de comptoir, cet hâbleur de noces avait perdu de sa superbe. Il fallut que je prenne les choses en mains, ce grand couillon n’avait même pas pris la peine de débourser quelques pièces pour un déniaisage chez les filles. Je n’avais pas trop l’âme à jouer la maîtresse d’école en cette leçon de la vie. Quoi qu’il en soit je lui permis de satisfaire son envie, mon aimable débutant se perdit rapidement, moi j’étais restée de marbre. Mon mari bascula sur le coté et bientôt ronfla comme une forge. Ce garçon gras à souhait, les fesses blanches et poilues , le sexe mou à  l’air satisfait du travail accomplit ne provoquait aucun désir en moi et je pris bien garde de ne pas le réveiller. Le jour arrivait à peine que la noce brillante et avinée vint nous tirer de notre couche. Le Léon parada et se gaussa de ses prétendus exploits. Moi par respect je restais muette et fit la tremblante devant toutes les allusions grivoises de ces ivrognes masculins et de ces pucelles de lavoirs. On but un breuvage ignoble dans un pot de chambre et l’on fut enfin délivrés.

Léon qui semblait avoir repris un peu de vigueur fut un peu moins empoté que quelques heures plus tôt. Toujours ému il ne resta en moi que le temps qu’il fallut pour le dire.

La noce reprit avec une ardeur que je jugeais impensable vu la liesse de la veille, les restes furent promptement avalés et plus une goutte n’était à tirer des tonneaux mis en perce. Puis peu à peu les invités partirent, on rangea , on nettoya pour que le lendemain la vie reprenne son cours.

DESTIN DE FEMME, Épisode 8, mon mariage

J’en aurais pleuré de rage moi qui voulais me marier pour échapper à l’atmosphère parentale, le Léon n’avait pas mis la barre très haut, croyez moi quand viendra le jour de la bagatelle il n’en n’aura que le minimum.

D’ailleurs maintenant que nous étions aux yeux de tous presque liés, le Léon un soir bien échauffé par quelques coups de piquette de l’auberge, voulut goûter à mon fruit, je lui répondais qu’il serait mur pour les noces, il insista pour le cueillir et releva mon jupon, non c’est non je me dégageais, mais il fallut quand même que je lui laisse un gage et ma poitrine opulente le contenta pour l’heure.

Le 17 juillet  1842 nous y étions, rassemblement de la noce devant chez nous, Léon avec des copains battaient déjà la campagne pour donner l’aubade et faire les dernières invitations. A chaque fois un coup de vin était offert, le violoneux tanguait déjà comme un vieux marin et le Léon qui ne tenait pas particulièrement la barrique avait un peu de vent dans les voiles.

Au retour la troupe des hommes prit le déjeuner, nous avions fait une cuisine d’abattis, moi j’en raffolais pas des restes de poulets, têtes, cous, crêtes, pattes. Ce ragoût que les vieux mangeaient avec délectation je l’avais en horreur. Mais bon à la campagne on ne gâchait rien.

Normalement on aurait dû me faire l’offrande d’ un bouquet de fleurs d’oranger, mais comme ma fleur du milieu était fanée depuis un moment on s’abstint. Les gars de la noce, comme Léon était du village, lui offrirent un bouquet de fleurs rouges qu’il attacha à son revers.

Il était temps de partir maintenant car le maire le père Gallot nous attendait à la maison commune pour onze heures, mon futur avait comme témoins Louis Marion un vieux cultivateur qui souvent l’employait et Jean Baptiste Lhuillier un de ses amis, moi j’avais pris deux cousins Edmé Nodinot et Jean Fouquet, c’était de la famille éloignée mais ma mère y tenait, alors comme je n’avais guère d’amis.

Nous échangeâmes nos consentements, j’étais la femme du gros Léon, il m’embrassa à me décrocher la mâchoire ce qui fit rire l’assistance et provoqua des commentaires salaces sur ma future nuit de noces.

La mairie ne m’amusait guère mais le cérémonial à l’église encore moins.

A l’entrée de l’église une nuée de soit disant pucelles m’attendait pour me présenter le guidon et me conduire à l’autel.

Après la bénédiction nuptiale on me reprit le voile, c’était symbolique mais maintenant j’appartenais à Léon, aux yeux du seigneur et aux yeux de la loi.

D’ailleurs je lui appartiens vraiment légalement, le divorce est interdit, je n’ai pas le droit d’acter.

Mon homme a le droit de me dérouiller si il respecte les normes et parlons cru il a le droit de disposer de mon corps comme bon lui chante.

Bien sur il faut tempérer, mais beaucoup de femmes souffrent en silence.

La cérémonie n’était pas terminée, à genoux on reçut le  » veni créator  », ce chant me faisait monter les larmes, je crois bien que mon homme ressentait la même chose.

Puis le prêtre nous a bénit sous le drap, c’était bien terminé et la noce sortit de l’église un peu en désordre, le curé visiblement satisfait de nous voir partir et de terminer l’office déplaisant d’une fille au passé qu’il jugeait chargé.

A la sortie de l’église les filles me tendirent un pot où baignait un bouillon fortement épicé, la cuillère était crénelée symbolisant les difficultés futures qui ne manqueraient pas de surgir dans le couple.

Dans l’une des filles je reconnus une de mes agresseuses, lointaine cousine au Léon, je la regardais dans les yeux et lui susurrais à l’oreille que moi aussi je la fouterais bien à poil pour lui coller une danse.

Tour à tour toute la noce but le bouillon de la mariée, puis je lançais un verre sur le dallage du saint lieu pour voir si il se brisait, resté intact le malheur se serait abattu sur nous. Heureusement il se brisa, le curé n’appréciait guère ces coutumes païennes.

Il était temps de rentrer, tout le monde crevait de faim, le banquet avait lieu chez mes parents, en arrivant la porte était close.

Je connaissais le rituel, il fallut que je chante :

Je suis mariée

vous le savez bien

si je suis trompée,

vous n’en saurez rien

Ouvrez moi la porte

je dînerai bien

ouvrez moi la porte,

je vous aimerai bien

Mon mari débita son refrain et à la fin la porte s’ouvrit enfin et l’on put ripailler.

On commença doucement, rafraîchissement, les hommes attaquèrent un fut de vin blanc des environs de Saint Loup de Naud.

Nous autres les femmes on s’affaira au dîner, il fallait que je mette la main à la pâte, mais Léon m’entraîna à une première danse.

L’aire de battage se prêtait bien à la sauterie et l’ambiance monta d’un cran. Quelques danses, puis définitivement affamée la compagnie se jeta sur le repas, promptement avalé, les jeunes repartirent dans leurs virevoltages.

Tout cela n’était que prémices au souper, moi je n’avais guère profité de mon après midi beaucoup de travail pour nourrir tout le monde , même Léon mettait la main en allant chercher du vin , le pauvre  » Calvin  » que nous avions engagé suffisait à peine à la tâche. Mon homme me frottait de près et me volait moult baisers, comme un acompte. Il m’entraîna même à l’écart me raconta des cochonneries et me pelota de bon cœur, je rigolais et m’émoustillais à son contact mais bon bas les pattes ce n’était pas le moment.

DESTIN DE FEMME, Épisode 7, le Léon

Je ne racontais pas à mon sauveteur la cause du problème, visiblement il n’était pas au courant de mon état, autant garder un peu de dignité. Je fis un bout de chemin avec lui, il se nommait Léon Portier.

Pour l’heure je n’en n’avais pas fini avec les ennuis, le curé ne me voulait plus à la messe, l’opinion villageoise était que la première fois je n’avais pas été violée mais que j’avais provoqué ces braves soldats. Je n’étais donc qu’une moins que rien, au lavoir la place à coté de la mienne était vide, à l’épicerie on ne voulait plus me servir et le comble était qu’on ne saluait plus ma mère. Cette sainte femme qui récitait le notre père après chaque étreinte avec mon père.

Ma deuxième grossesse se passa beaucoup moins bien que la première fois et je ne pus me rendre au travail.  Maman disait que j’étais une feignante, mon père que j’allais tout leurs bouffer.

Il fallut pourtant que je participe un peu à l’œuvre commune, le huit août 1821 je me rendais à la traite, il faisait encore nuit, entre chien et loup, je me traînais avec mon seau et me penchais sur une grosse normande lorsque je sentis un liquide me couler entre les jambes, je savais à quoi m’attendre. Mais mon corps ne réagissait point et je m’écroulais dans la paille. Une génisse dans le même état que moi semblait m’observer en se disant moi j’y arrive bien seule. Je savais qu’ hurler ne servait à rien, mes parents étaient trop loin. Ce fut mon petit qui ne me voyant pas rentrer pour le lever alla me chercher, le brave petit homme appela au secours et on vint enfin me chercher. Je me retrouvais sur ma couche, le père partit chercher la sage femme et ma mère une voisine. Lorsqu’ils arrivèrent une violente contraction m’avait fait expulser mon enfant, il gisait là . Tout le monde allait bien, la sage femme madame Jérome prit soin de ma petite fille.

Cette docte femme était brevetée, moins ignare que les anciennes matrones, mais ma mère qui datait d’un autre âge disait tout le contraire.

Comme pour mon fils c’est mon père qui la déclara au maire Monsieur Gallot, en présence de Jean et Paul Dauptain tous les deux respectivement charron et sabotier et qui servaient de témoins à tout le village.

Pour le prénom ce fut le surpassement, Rosalie Désirée, comment pouvait on donner le prénom de Désirée à une petite bâtarde, c’est vraiment de la provocation. Je me pris d’affection et d’amour pour cette petite bestiole empoisonneuse de vie. Je considérais que ma vie de femme était terminée, quel homme voudrait de moi avec un boulet à chaque pied, en plus d’être une moins que rien j’avais une dot bien maigre.

Pour sûr je n’étais pas la seule à mettre fait rattraper par une grossesse, mon amie Rosalie Prieur la fille de nos patrons avait aussi fauté et avait accouché à la grande confusion de ses parents quelques mois avant moi. Ils avaient eu sans doute plus de chance que nous car ce sale fruit était mort dès le lendemain.

Nous avions maintenant interdiction de nous voir et de nous causer, personne ne tenait à voir les deux traînées ensemble. D’ailleurs aux yeux de Charles Prieur c’était moi qui avait mis en tête à sa fille des envies de cochonneries.

Foutue bonhomme je n’étais pas là quand sa fille a écarté les cuisses, il est vraiment facile de me mettre les turpitudes d’autrui sur le dos.

Bon comme toute interdiction se doit d’être transgressée je voyais Rosalie presque tous les jours et nous nous racontions tout, nos misères de femme  On partageait aussi nos envies, nos espoirs. Nous avions d’ailleurs les mêmes , trouver un mari. Je pense qu’elle aurait moins de mal que moi car fille de propriétaire, sa dot était plus confortable que ma miséreuse pile de draps, mes torchons, mes mouchards, mes nappes et mes jupons fussent ils brodés.

Mon frère avait maintenant deux enfants dont un fils qui portait exactement ses prénoms, il le chérissait comme une madone, d’ailleurs il n’y en avait que pour lui, mes deux bâtards avaient beaucoup moins de succès, l’amour que portait ma mère au premier s’étant subitement envolé.

Ma petite pépette était pourtant magnifique, chaque passant, chaque voisin cherchaient ils en vain à qui elle pouvait ressembler, les supputations allaient bon train, elle ressemble au Charles, elle ressemble au Louis, connerie que tout cela moi même je ne savais rien du père, je m’étais plutôt concentrée ce jour là sur la partie charnelle du père de la petite. De toutes façons je m’en foutais et je commençais à assumer mon état.

Le plus dur était passé, j’avais un toit, de la soupe dans la marmite, des nippes point trop usagées.

Seule la liberté me manquait, mais quelle femme pouvait se targuer réellement d’en avoir.

Puis un jour le 2 février 1822 alors que l’on revenait de la messe de la chandeleur et que l’on s’en retournait à Liechen pour faire des crêpes et les manger en compagnie du voisinage je me cognais à mon sauveteur, le gras bonhomme fut confus et balbutia un bonjour, je rigolais de le voir rouge comme une pivoine.

Pour le tirer d’embarras je lui proposais de faire quelques pas. Je ne sais si cette demie lieu où j’ai cheminé avec lui ou le fait qu’il m’ait sauvée des injures, toujours est il que dans mon esprit j’eus l’impression qu’il pouvait faire un bon mari.

Je ne pouvais décemment l’inviter à fêter la fin de l’hiver avec nous, mon père m’aurait tuée.

Mais à la chandeleur trouve ton âme sœur: que du bonheur. Le fait de voir réapparaître Léon était pour moi un signe et j’avais foi dans les signes. Pendant que nous faisions cuire les crêpes, ma mère pas dupe des regards que nous avions échangés me dit  » celui là il a l’air un peu couillon mais au moins il n’en voudra pas qu’à ton cul  ». Maman n’était point poétesse mais avait l’œil vraiment exercé.

Les mois qui suivirent je dus lui faire la cour car timide et grand benêt il n’aurait jamais osé faire un pas. Pour tout dire, bouleversant les usages et ne voulant pas me marier à la saint glinglin je lui susurrais que je serais à lui si il faisait une demande en règles aux parents. Il me regarda benoîtement et je dus lui violer la bouche pour lui donner une sorte de gage. Passé la surprise, il retrouva une sorte d’instinct animal et me tenant par la taille je sentis fort bien qu’il n’était pas fait de bois.

Le village était au courant de nos rencontres, la catin des Ruffier allait elle pouvoir mettre le grappin sur un couillon qui prendrait chez lui les deux bardeaux.

Un soir il fit sa demande, le père offrit canon sur canon et c’est pompette que les deux passèrent accord. La noce se ferait mi juillet lorsque les moissons seraient passées.

Je raccompagnais mon futur, nous pouvions désormais nous voir au grand jour. Mon père l’avait complètement saoulé et c’est bien énervé qu’il tenta une première approche sexuelle. Moi j’étais catégorique, le Léon il m’aurait à la nuit de noces et pas avant. Mais en femme que j’étais je lui distillais un peu de mes charmes à chaque rencontre.

De fait le lascar je l’émoustillais de belle manière, un peu plus chaque fois, il en devenait comme fou, j’en faisais ce que je voulais du Léon.

Un soir autour d’un verre de fine il fallut bien parler sérieusement, le vieux ergota sur tout, comme ci j’étais une princesse, le Portier était venu avec sa mère, il était manouvrier donc gens de peu de conditions mais possédait en héritage de son père une petite maison avec quelques arpents.

Mon père escomptait que je quitte la maison pour m’installer sur les terres des Portier, ce fut un refus mémorable qui faillit faire quitter mon père de la table des négociations.

Apparemment, fille mère deux fois je ne valais pas une terre, bien bon celui qui me dirait oui.

Mon père céda et je fus donnée au Léon sans compensation aucune.

DESTIN DE FEMME, Épisode 6, la putain de Sancy

Les années passèrent donc, mon frère qui habitait avec sa femme à Auger un village voisin eut à subir ce que malheureusement la majorité des paysans subissaient à savoir la mort d’un enfant.

Ce fut cruel de voir partir son petit garçon, âgé de deux ans il fut pris de fièvre et mourut de la rougeole. Sophie sa mère enceinte jusqu’aux yeux prête à accoucher crut mourir de désespoir. Moi c’était la première fois que je voyais un enfant mourir, petite poupée aux yeux clos, blanche, immobile, puis statue hiératique à la peau de marbre, rictus sardonique aux lèvres, puis enfin viande nauséeuse dont il fallait rapidement se défaire.

Pendant quelques temps je restais chez eux pour assister ma belle sœur, sa grossesse la clouait au lit aussi sûrement que son désespoir. Je restais des heures à la caresser, à la bercer à lui tenir compagnie. Elle aussi tomba malade, allait on la perdre également?

Dame nature fut plus forte et début novembre 1817 elle rentra en travail, c’était de fait mon premier accouchement vu de l’extérieur. Je fis pour elle ce qu’on avait fait pour moi.

Je ne fus pas la marraine de cette petite fille, l’honorable curé n’étant point chaud pour confier cette petite âme chrétienne à la putain de Sancy.

Je ravalais ma haine et maudissait encore et encore mes agresseurs.

Mon amoureux au loin, je me devais de trouver maintenant un mari, non pas que j’avais hâte mais il paraît que cela se faisait, moi je veux bien mais pourquoi une femme ne pouvait elle pas rester seule.

Une veuve oui, mais une jeune fille non, vous parlez d’un idéal de vie, tous les jours subire le joug d’un homme après avoir subit celui de son père. Gentil au départ mais après, avec le temps, beaucoup buvaient plus que de raison et devenaient violents, le viol conjugal pouvait être journalier. Nos bonhommes n’étaient pas très propres, faisaient rarement toilette, se couchaient au retour des champs sans même se passer à l’eau, quelle  » dégoutance  », mon père lui pétait à faire dans son froc, il trouvait cela hilarant. Ma mère était visiblement habituée.

Moi je me voyais donc indépendante vivant de mon travail et me satisfaisant des bonheurs de la chair avec qui je voulais.

J’étais loin du compte, mon salaire était pris par ma mère, quand à mon père alors que j’avais vingt ans passés me mit une belle paire de gifles devant un garçon qui me raccompagnait.

J’étais bien décidée à me venger de cet affront et un soir que je rentrais d’une traite à la ferme d’à coté l’homme qui m’avait vu giflée m’aborda. C’était un garçon de Champcenest, gentil mais point beau, qu’importe il ferait l’affaire. Il n’en demandait pas tant.

Écarter les cuisses à un presque inconnu pour se venger de l’autorité parentale était forcement une mauvaise idée. Je fus troussée comme une lavandière par un enfant de troupe, lestement, rapidement , violemment, je n’eus aucun plaisir et le bougre comme pris en faute se sauva bien vite sans même un au revoir.

Cette petite affaire du fait changea ma vie. C’est presque bizarre mais je n’avais pas la peur au ventre comme avec mon aventure d’avant, non je baignais dans les limbes de l’inconscience.

Par contre moi qui était régulière au bout de deux mois je commençais à prendre peur et de fait mon ventre plat se transforma en petit bedon et ma poitrine déjà abondante prit une ampleur qui dépassait largement l’étendue de mon corsage.

Il fallait que je fasse vite, m’en débarrasser de ce méchant fruit. Par ragots de femme nous savions qu’une pratique officiait à Provins dans une petite venelle de la ville haute. Mais comment et sous quel prétexte me rendre la bas. Il me fallait une complice et je n’en voyais qu’une ma belle sœur.

Elle me devait bien un service après tout. Je me rendais chez mon frère et révélais mon secret.

Compréhensive Sophie en femme m’écouta et promit de réfléchir.

La belle, la traîtresse elle m’a abandonnée, racontant tout à son mari mon frère. Celui ci pitoyable voulant sauver l’honneur de la famille Ruffier déblatéra les faits à mes parents.

L’orage éclata à notre retour de l’office du matin, nous étions réunis pour l’habituel repas du dimanche et ma mère avait tué et dépecé un gros lapin pour la circonstance.

J’ai cru qu’ils allaient me tuer, les insultes fusèrent, salope, fille à soldat, catin, marie couche toi là, putain,garce, grue, cocotte. Ensuite je reçus une grêle de coups, mon père, mon frère, ma mère et même la Sophie. Jamais je n’avais été battue comme cela, ils voulurent me faire avouer le nom du père. En aucune façon je ne voulais associer un père à cette malencontreuse chose qui évoluait maintenant dans mon ventre. Je me voyais jeter dehors, obligée de mendier avec mes deux enfants ou bien me prostituer comme beaucoup de malheureuse. La période n’avait rien de bien marrante pour les filles mères, les ultras catholiques tenaient maintenant le haut du pavé et les bien pensants des villages leur emboîtaient le pas en une sorte de réaction contre les turbulences de la révolution et de l’empire.

Bien sur avec le raffut que fit ma famille la population de Liéchen eut un beau spectacle, tous me voyaient battue, dénudée, humiliée, jetée au fumier. Mais, mes parents tout haineux qu’ils étaient ,n’entendirent pas que la communauté prompte à juger, leurs dicte une conduite.

Je restais donc chez mes parents, meurtrie, humiliée par les mots et les coups mais au fond de moi je leurs savais grès du fond d’humanité qu’ils leurs restaient.

DESTIN DE FEMME, Épisode 5, une vie de fille mère

D’autres au contraire se donnèrent à ces beaux soldats à la langue bizarre et certains ventres s’arrondirent honteusement des enfants de l’occupant.

Ne croyez pas que je ne sois plus en centre de l’intérêt, des mégères me provoquaient encore en me disant » il y a des cosaques tu vas pouvoir ouvrir les cuisses, il y a des uhlans tu vas pouvoir te coucher ». La méchanceté n’a pas de limite, moi si je supportais les insinuations, ce que je ne supportais pas c’est qu’on prononce le mot bâtard en présence de mon fils. Une journalière du village c’est un jour pris une gifle sur la place et une autre bah ma foi je l’ai poussée dans le lavoir.

Donc j’étais fille mère à dix huit ans, je vivais avec mes parents et un petit être babillant me serrait de près. Tout de suite il y a eu conflit avec ma mère sur la façon d’élever le petit,tout d’abord elle à l’ancienne emmaillotait le petit en lui bloquant les bras moi je voulait qu’il puisse les bouger. Ensuite elle voulait que j’arrête de le nourrir au sein et que je lui donne du lait de vache, il n’en était pas question je ne voulais pas le tuer.

Pour sortir de cette situation je décidais qu’il me fallait un mari, seulement voilà personne ne s’intéressait à moi, je n’étais pas invitée aux danses, personne ne m’approchait réellement. Ce n’était pas tout à fait vrai on m’aurait bien approchée mais mais pas pour le mariage plutôt pour la bagatelle. Mais comme je ne réagissais pas les jeunes du village cessèrent de me tourner autour.

Ma première maternité m’avait embellie, je n’étais plus la boulotte d’autrefois mais une longue femme à la cambrure ferme et musclée, et à la poitrine altière. Je suscitais bien plus l’envie que la pitié.

On me laissa finalement tranquille avec les quolibets et mon petit pût s’ébattre bientôt au milieu des autres morveux.

C’était plutôt ma mère qui l’élevait ce qui faisait gueuler le père surtout quand il retrouvait le marmot entre lui et sa femme dans leur grand lit.

Mais ce qu’il n’aurait jamais cédé aux autres surtout sa place et bien il le laissait à Louis.

A l’automne 1816, les charrons et les maréchaux ferrant, donnèrent un repas pour fêter leur rentrée d’argent, car voyez vous nous autres les paysans on ne payait pas au fur et à mesure. En général tout le monde payait, bien que parfois plusieurs relances fussent nécessaires.

Mon père fut donc inviter et la soirée se prolongeant ma mère inquiète de le voir rentrer saoul me demanda d’aller le chercher. Cela ne m’amusait guère de me frotter à l’ébriété de la gente masculine.

A l’auberge où j’entrais subrepticement je me fis crûment recevoir, mon père en colère me vira sèchement et les autres convives entonnèrent une romance égrillarde qui me fit venir le rouge au visage.

Je repartis sur Liéchène, plus rapidement que j’étais venue, mais un jeune charron que je ne connaissais pas me rattrapa et me proposa de me ramener, vous comprenez les dangers des chemins, les maraudeurs russes. Le galant était prolixe en parole et me noya de verbiage, en une demi lieue, il m’avait volé un baisser, prise par la taille et donné un rendez vous. Je rentrais à la maison chamboulée, comme envoûtée. Après avoir endormi Louis je me couchais, mais je ne trouvais pas le sommeil, des pensées non chrétiennes me vinrent, mais je me refusais à toutes recherches de plaisir. Je me voyais mal cacher un tel péché au curé et je me voyais mal lui confier. Mon sommeil fut peuplé de rêves, je me voyais lentement dévêtue par mon charron, caressée, allant avec lui vers les chemins de l’extase, cela ne durait pas l’instant, d’après je me voyais prise de force par un régiment entier, nue exposée sur la place publique la tête bloquée par un carcan le cul offert au tout venant, du soldat en sabot au colonel en bottes cirées. Je me réveillais en hurlant, couverte de sueur.

N’ayant pu exorciser mon traumatisme je me disais que peut être soigner le mal par le mal .

Le lendemain avec ma mère nous devions aller avec d’autres biner une pièce de betteraves, on en faisait du sucre de cette grosse plante, depuis que Bonaparte c’était fâché avec les anglais. Nous on en achetait rarement car beaucoup trop cher. Par contre ce travail était harassant et nous revenions le dos brisé. Ma mère quand elle avait fini sa journée n’arrivait que très difficilement à se relever.

Le soir il me fut difficile de trouver un prétexte à ressortir mais mes parents s’endormirent après la tablée, mon fils babillant sagement sur sa paillasse.

Nourrir les bêtes était un bon alibi et Jean m’attendait au coin de l’étable. Ce que nous nous apprêtions à faire s’appelait la vie mais restait tout de même une sacrée source de problèmes. Bien que quelque peu dépréciée sur la marché des femmes et mon capital obéré par mon viol et la naissance de mon bâtard j’étais encore une fille sous tutelle parentale et mon père aurait certainement enfourché celui qu’il aurait surpris avec moi.

Tout concourait à ce que je me donne à lui, la douce moiteur animale, l’odeur acre des bêtes. Même le ciel étoilé que l’on voyait à travers la vilaine lucarne semblait nous convier à un banquet d’amour.

Nous échangeâmes aucune parole, mes lèvres rejoignirent les siennes, son odeur faite de sueur, de tabac, de bois et de boue m’envoûta, je ne fus plus qu’un pantin dans ses bras. Il me couvrit de baisers, pas un morceaux de mon corps n’y échappa, tranquillement il me dévêtit, comme on effeuille une marguerite. Je me retrouvais nue sous la lumière lunaire, rien n’échappait à son doux regard, ma poitrine, mon ventre, ma toison, mes lèvres tout était à lui.

J’aperçus à la lumière blafarde de la lune son corps musclé, son sexe érigé me fit un peu peur, mais mon envies balaya ma terreur et lorsqu’il se coula en moi j’atteignis rapidement une extase que jamais je n’avais atteinte. Nos sens bientôt repus, nous dûmes céder à la réalité, mon fils m’attendait et il n’aurait pas été raisonnable de recommencer cette douce joute.

Nous nous quittâmes, je me couchais pleine de rêves gardant en moi comme un cadeau la semence de mon charron. Pleine de certitude je me promettais de prendre en main mon destin de femme, et de jouir de mon corps. Le lendemain seule à la maison car mes parents étaient partis au marché de la Ferté Gaucher je fus prise de terreur, qu’allais je devenir si de nouveau mon ventre grossissait ?

Irraisonnablement je me dis que je devais me débarrasser du don de mon amoureux, je fis une toilette frénétique comme si l’eau allait me purifier. Tête folle, bête comme une oie, j’avais la peur au ventre.

Longtemps je guettais ces foutues menstrues, m’inspectant, me touchant, souffrant en silence d’un indicible angoisse. Un dimanche ce fut la délivrance, elles vinrent, furent abondantes et même douloureuses je les bénissais.

J’avais revu mon galant mais il ne m’avait pas touchée, d’ailleurs cet idiot avait décidé que le monde était meilleur dans la grande ville et était parti à Paris

DESTIN DE FEMME, Épisode 4, une bien mauvaise grossesse

C’était foutue hypocrisie, bon nombre de celles qui nous jugeaient avaient offert leur cul à un amant de passage ou à un premier amour. Quand aux hommes qui n’étaient pas soumis aux mêmes règles et contraintes ils avaient comme seul but de ne pas arriver puceau au mariage et bien sur pour cela il fallait bien que quelques unes d’entre nous lèvent leurs cotillons.

Je vous dis tous et toutes une bande d’hypocrites. En attendant je me retrouvais presque le cul à l’air, sans pain et ronde comme un petit pois.

Mon seul recours fut mon frère je ne savais comment il allait réagir car je savais qu’il était comme les autres.

En cela je me trompais, il m’écouta me recueillit et fit en sorte que ses patrons m’offrent du travail jusqu’à ma délivrance.

En ce qui concernait l’hébergement je fus reçue chez la future belle mère de mon frère à Cerneux, ce n’était que du provisoire mais l’essentiel pour l’instant était d’avoir un bol de soupe, un toit et quelques guenilles.

Puis il y eut comme un miracle, il s’avéra que de nombreuses femmes avaient été forcées pendant le flux et le reflux des troupes françaises et pendant l’occupation étrangère.

Mon récit devenait crédible et mes parents travaillés par mon frère, par le curé de la paroisse et par quelques connaissances, commencèrent à changer d’opinion quand à ma soi disant légèreté.

Un jour je vis avec surprise mon père toquer à l’huis de la porte, il ne s’excusa pas mais me reprit à la maison.

J’en ai pleuré, toute cette angoisse, cette culpabilité que je portais soudain disparurent, je n’étais qu’une victime, une pauvre fille.

Je fus reconnaissante à mes parents d’autant que je pus assister au mariage de mon frère qui eut lieu en décembre 1814 à Cerneux. C’était comme une reconnaissance de mon état, je trônais avec mon gros ventre, je fis même quelques pas de danse mais devant l’air réprobateur de ma mère je n’insistais pas. Je n’étais pas passée dans le statut de femme, mais je n’étais déjà plus jeune fille, une sorte d’état intermédiaire assez inconfortable. Je me laissais aller à boire un peu et me retrouvais presque ivre.

Les derniers mois avant la délivrance furent difficiles, jambes lourdes, fatigue, je me traînais en mon labeur et j’eus droit à la sempiternelle romance de ma mère de mon temps on allait au champs jusqu’au bout.

Début mars 1815, un événement autrement plus important que mon gros ventre intervint en France, l’ogre s’était échappé de son île. Les uns voulaient le mettre en cage, d’autres le remettre sur le trône. C’était l’effervescence généralisée, des courriers passaient au galop, des troupes se mettaient en mouvement et des demis soldes vêtus de leurs uniformes se mettaient en mouvement pour le rejoindre.

L’aigle volait et il ne perdit pas son temps en combats fratricides, tous se ralliaient. Le gros roi Louis n’eut que le temps d’enfiler une culotte qu’il avait , paraît il de fort large ,de mener son porte tampon et tous ses servants pour se sauver enfin en Belgique.

Mon père était fou de joie, mon frère plus circonspect se doutait que la guerre allait reprendre.

Moi je souffrais et attendais la délivrance de la mauvaise graine qui avait germé en mon sein.

Il me vint même à penser qu’il serait bon que l’enfant du diable ne survive pas, après tout la mortalité était élevée en les premières heures de la vie. Mes pensées n’étaient pas très chrétiennes, mais en mon ventre je ne sentais pas mon enfant bouger, mais je ressentais les coups de reins de mon violeur. Chaque nuit la scène se répétait, j’étais battue, déshabillée, humiliée , forcée, chaque nuit je sentais leurs odeurs d’ivrognes mêlée de sueur, de merde et de stupre. Alors pensez que je me foutais de la vie de cet être non désiré.

Le 25 mars j’entrais en travail, affaire de femmes, je n’avais donc pas d’homme qui battait la semelle devant la maison, mon père étant parti travailler. La sage femme du village, ma mère et une voisine, ce fut long. La pièce avait été calfeutrée afin qu’aucun esprit y pénètre, la cheminée donnait à fond et il faisait très chaud. Je suffoquais sous les draps pudiquement habillée. La matrone me fouaillait avec constance pour mesurer l’avancement du travail.

La bougie de la chandeleur brûlait, il ne manquait plus qu’elle ne se consume avant la délivrance.

Toujours à gémir, les hommes étaient rentrés que rien ne venait. La délivreuse commençait à s’inquiéter ferme quand miracle de la nature tout lâcha. J’eus l’impression que mon ventre se vidait entièrement, folle de fatigue et de douleur, je ne prêtais guère attention au sexe de l’enfant, la matrone coupa le cordon à la longueur du sexe c’était donc un garçon, le sexe eut été féminin le cordon aurait été coupé ras.

Ma mère récupéra la  » délivre  » et la mit dans un pot, normalement le père de l’enfant l’enterrait au pied d’un arbre fruitier pour la prospérité. Je crois que dans mon cas ce fut jeté aux cochons.

Le pauvre enfant ne naquit pas coiffé aucun signe traditionnel de chance ne vint frapper à son berceau.

De plus il était vraiment moche, sanguinolent , fripé et déjà puant. Que n’avais je pas été voir une faiseuse d’anges .

Les femmes lavèrent mon fils avec un mélange de beurre fondu, d’eau tiède et d’eau de vie, elleS le frictionnèrent ensuite avec du vin puis le langèrent.

On le plaça à coté de moi, cela ne me fit guère d’effet, mais dame nature me rappela à l’ordre et j’eus une montée de lait. Je l’ aurais bien laissé téter mais pas question de nourrir un enfant avant son baptême.

On décida de nommer ce mauvais fruit Louis Eugène, tous les hommes chez nous portait ce prénom royal. Mes parents et la sage femme le conduisirent devant le curé, évidemment le saint homme regimba un peu devant l’absence de père. Mais bon ce n’était que palinodie notre bon père qui m’avait eu en confession savait pertinemment ce qui c’était passé.

Me voila donc affublée d’un morveux à l’age de dix huit ans, comment travailler, comment gagner son autonomie, j’étais toujours sous la tutelle paternelle et le fait d’être mère n’y changeait rien du tout.

Par contre ce qui fut une surprise c’est le comportement de ma mère, avec moi elle avait toujours été sèche, dure, parfois méchante et voilà qu’avec ce petit, elle devenait douce et aimante, vraiment ce n’était à rien comprendre. Toujours à le biser, le câliner et le bercer comme si un enfant avait autant besoin d’affection.

DESTIN DE FEMME, Épisode 3, une très mauvaise rencontre

Tout le long de la route ce fut baisers langoureux mais malheureusement le chemin n’est point long et nous décidâmes de prendre des chemins détournés et de pousser jusqu’au bois de Toulotte.

Je savais que j’allais me mettre en mauvaise position, les risques étaient grands, on ne devait pas se livrer. Mais voyez vous l’envie me tenaillait le ventre, ce paysan était beau, entreprenant et semblait savoir où mener une jeune vierge.

Le petit bois de la Piquetterie, nous servit d’alcôve, la mousse tiède de l’été commençant nous accueillit sur sa douce couche. Le temps s’arrêta, suspendu aux caresses de mon initiateur, il œuvra lentement et je me languissais qu’en fin sa main découvre mon jardin nacré. Les étoiles maintenant me souriaient, formant un dais de lumière qu’en il me déflora. Surprise, un peu endolorie je lui murmurais un je t’aime. Courte joute, il se rhabilla me laissant un peu sur ma faim j’eusse aimé poursuivre le repas.

A la maison j’étais attendue de pieds fermes, mon frère qui ne m’avait évidemment pas trouvée parlait à voix basse avec ma mère. Mon père ivre de vin dormait heureusement comme une souche. Je n’eus donc qu’à essuyer une seule paire de gifles. Le traître ne m’avait soutenue en aucune façon et se garda de dévoiler qu’il lutinait avec une petite cousine de sa mère.

Pendant quelques semaines ma mère me servit de cerbère, puis son attention passa à autres choses.

Moi j’observais mon ventre et un éventuel grossissement de ma poitrine, je tremblais chaque jour, mon amant qui avait tiré le mauvais numéro était parti mourir à Leipzig. Puis vint la délivrance mensuelle et mauvaise promesse je me dis que j’attendrais le mariage pour de nouveau me donner.

La belle situation de la France due au génie de notre empereur ne dura pas, finalement vaincu par les démons de la grandeur, par la cavalerie de Saint Georges et par l’Europe coalisée. Les résidus de notre grandeur armée firent des miracles non loin de Sancy et parfois nous entendions les grondements des canons. Le passage des soldats montant au front puis le retour des blessés fuyant les hordes ennemies apportaient du mouvement sur nos routes et chemins. Puis tout craqua et nous fumes envahis, empereur de l’Europe le grand régna sur une île minuscule et de la perfide Albion nous revint un gros roi complètement inconnu. L’occupation de notre sol était total les prussiens nous volaient tout, grains, bétails et vertu des femmes.

Je n’en menais pas large et ma mère non plus car on racontait que les hussard ivres ne se souciaient guère de l’age de leurs victimes. Je n’eus pas à subir d’outrage de nos ennemis pourtant je ressortais meurtrie au plus profond de moi de cette période.

Un jour que je rentrais de mon labeur sur le chemin près de la croix de Savigny, j’entrevis deux soldats que je reconnaissais pour être des Français, sûrement licenciés ils devaient rentrer chez eux.

Ne me méfiant pas j’approchais d’eux, ils me bloquèrent le passage et exigèrent un octroi, je pris immédiatement peur des deux soudards. Devant mon refus, un coup de poing me fit chuter, du sang coulait de ma bouche et j’étais sonnée, je tentais d’ hurler mais la route peu fréquentée à cette heure.

L’un des soldats se jeta sur moi pendant que l’autre me maintenait les bras. Ils n’eurent aucun mal à m’arracher mes vêtements. J’étais nue, déjà souillée, humiliée lorsque s’étant déculotté le plus vieux tenta de me prendre, je serais les jambes mais une paires de gifles m’assomma à moitié. Il eut raison de moi et en un long calvaire il profita de mon ventre. S’étant soulager la brute se retira mais son compère excité par la scène voulut également son dû. Ivre de violence il me fit mettre à quatre pattes en me tirant par les cheveux, en œuvre pour me forcer lui aussi. Heureusement un peu saoul il n’était guère virulent. Des coups s’abattirent sur moi mais des bruits au loin les firent arrêter et les mettre en fuite.

J’étais là recroquevillé sur moi même, mes vêtement épars, battue, souillée, je n’arrivais pas à me remettre sur pieds, mon ventre lâcha et continuant le cycle des souillures je me faisais dessus.

Pourtant à l’évidence il fallait bien que je rentre, mais comment, ma chemise était déchirée et ma robe souillée. J’étais sale de la semence de mon violeur et sale de mes excréments, qu’allais je faire car pour sur je ne voulais rien dire et assumer seule ma honte.

De l’herbe me permis d’enlever le plus gros et je me frottais à m’arracher la peau, je me rhabillais et comme si de rien n’était je rentrais à la maison, heureusement j’étais la première et je pus aller au puits pour chercher de l’eau et me nettoyer. Jamais je ne fis une toilette aussi soignée, il fallait que je retrouve une pureté avec l’eau comme Saint Jean dans le Jourdain. Maman m’avait inculqué la couture et je reparais ma chemise. Par contre ce que je ne pouvais cacher c’ était ma lèvre fendue et mes joues tuméfiées, jamais on ne croirait à une chute. Ma mère ne fut guère compatissante quand je lui expliquais que je m étais battue avec une domestique de ferme et je faillis bien recevoir une autre paire de claques.

Je fis des cauchemars et chaque nuit , j’étais comme au fond d’un gouffre avec l’impossibilité de remonter tant les parois étaient glissantes. Plus rien ne m’amusait, ni bal, ni repas ni veillée.

Heureusement les préparatifs de la noce de mon frère battaient leur plein, j’aidais comme je pouvais en une sorte de dérivatif. Je ne pris guère attention à la rondeur de mon ventre et à l’absence de mes règles.

Ma mère s’en aperçut avant moi tellement je rejetais cette possibilité, elle me questionna et je niais. Comme je n’étais pas la sainte vierge il me fut difficile de nier que dans mon cas un Joseph n’avait pas été virtuel ni vertueux. Deux possibilités, avouer un amour de passage ou mon viol. Pensant que la deuxième solution serait la meilleure je fus surprise de me voir jetée dehors à coups de canne par mon père.

DESTIN DE FEMME, Épisode 2, ma jeunesse

Ils se sont mariés alors qu’elle avait déjà trente et un ans ce qui explique peut être la faible fécondité de ma mère. Ce que je ne m’explique pas par contre c’est pourquoi mon père a épousé une vieille.

Nous nous sommes donc installés au hameau de Liechien dans une petite maison sans prétention, une pièce principale ou trônait le grand lit de mes parents, il était à gauche de la cheminée. Il avait ces grands rideaux protecteurs qui apportaient une relative intimité parentale, du moins quand aucun petit ne dormait avec les parents. Ce n’était pas le cas chez nous mais à moi il m échut une méchante paillasse dans le coin opposé et là pour le coup j’étais exposée au regard. Mon frère plus grand fut relégué dans un espèce d’appentis sombre et humide, mais on ne peut pas tout avoir car cette mauvaise situation était composée par l’immense privilège d’être seule. Nous n’étions pas particulièrement riches mais bon nous étions quand même équipés correctement, une table en chêne et des bancs, un coffre, une maie et un vieux bahut branlant. Au fils des décennies la famille avait accumulé une énorme quantité de linge que l’on se transmettait de mère en fille. Il en fallait certes car nous ne faisions pas la buée très souvent mais je pense qu’il me faudrait plusieurs vies pour user ces solides draps de lin.

Nous avions la chance de posséder une vache que mon père en vaine d’inspiration nomma Marie Antoinette et bien sur un poulailler bien remplit d’affreuses bestioles que je me devais de nourrir.

Pour l’ensemble des ménages avoir ce genre d’appoint était une bénédiction, lait, beurre, œufs, volailles apportaient le peu de numéraire que nous possédions. A cela s’ajoutaient les fruits et quelques vignes, nous ne mourions pas de faim.

De plus mon frère ayant atteint l’age de s’employer chez un patron et se plaça dans une ferme du village d’Auger. Il était pour l’instant simplement nourrit comme il était d’usage pour le travail des enfants.

Je fus heureuse de son départ car ce grand gaillard me faisait peur et disons le crûment ne pensait qu’à me surprendre à la toilette où lorsque je faisais mes besoins. Toujours à m’observer à m’épier afin de voir l’une de mes grâces naissantes. Je m’en plaignis à ma mère mais ma récrimination ne fut pas agréée par ma mère et c’est moi qui me pris une correction comme quoi j’étais toujours à l’attiser. Je commençais à faire mon apprentissage de femme en comprenant peu à peu la primauté de la voix masculine sur celle des femmes.

Bref je pris donc sa couche, je fus délivrée de mon frère ainsi que de la promiscuité sonore des ébats parentaux. En effet à l’age ou j’arrivais je commençais à comprendre le pourquoi de ces gémissements et malgré ma discrétion naturelle je ne pouvais m’empêcher d’entendre ces joutes conjugales.

Je me fis donc mon petit univers et je récupérais même un petit miroir où je pouvais à loisir me mirer sans que maman se récrie devant une paresse éventuelle.

Ma petite vie se passait donc à l’ombre de mes parents et quoiqu’il en fut de la dureté des temps je vivais une jeunesse heureuse.

Je n’allais pas à l’école bien entendu et lorsque mon travail était terminé je m’ébattais avec mes camarades dans la campagne. Nous observions les animaux, les fleurs, mais aussi les garçons.

Nous étions assez libres et parfois on jouait un peu aux amoureux, rien de bien méchant quelques bisous bien que certaines fois notre imagination nous emmenait plus loin. Un jour avec quelques garnements de Liéchene nous avons attaché à un arbre un pauvre diable un peu simplet qui nous suivait sans arrêt et nous gênait dans nos pérégrinations, nous lui avons baissé la culotte et nous nous sommes enfuis. Autant vous dire que la mère ne m’oublia pas lorsque notre forfait fut connu, à m’en rappeler j’ai toujours le derrière qui me chauffe.

Nous allions aussi le long de la route et nous regardions passer les soldats, en pleine période Napoléonienne ils étaient fort nombreux, nous les filles on les trouvait fort beaux dans leurs uniformes chamarrés, les garçons les regardaient avec envie et les auraient bien suivis. Ma mère n’était pas d’accord pour que j’use mes yeux à regarder des hommes passer, elle me disait que ce n’était pas spectacle pour une jeune fille.

De toutes les façons pour elle ma seule sortie n’aurait du être que la messe du dimanche.

Puis tout changea à la suite d’un événement bien connu des femmes, un matin le long de ma cuisse je sentis quelque chose de chaud qui s’écoulait, je n’avais pas la moindre idée de ce qu’il m’arrivait

Ma chemise se teinta de rose et ma naissante toison se trouva poisseuse d’un sang impure.

Bref j’avais pour la première fois mes menstrues, ma mère instruite du fait m’expliqua comment m’essuyer avec une sorte d’étoupe. La première fois ce ne fut pas très abondant et de toutes façons je ne m’attendais pas à ce que cela recommence. Ce fut ma meilleure amie qui m’instruisit car ma mère à part me dire que j’étais maintenant une femme ne me renseigna sur rien. Par contre c’en fut fini de ma relative liberté, cheveux attachés, bonnet sur la tête, interdiction de fréquenter les garçons et nudité interdite même pour ma grosse toilette.

Je préférais être une petite fille plutôt que d’être ainsi surveillée par ma cerbère de mère. De plus mes forces grandissaient et elle m’emmena travailler dans les fermes.

Mais bon très tôt j’employais toutes mes ressources pour échapper à la vigilance de mes parents, comme toutes les jeunes de mon age être courtiser par un galant faisait l’objet de mes préoccupations principales. Car voyez vous de la petite boulotte que j’étais un joli papillon était sorti de sa chrysalide graisseuse. J’avais du succès mais aussi le plus grand mal à repousser les ardeurs de certains grands mâles. Un jour je me fis coincer par un valet de ferme dans une étable, il m’embrassa de force et tenta de remonter ma robe cela le faisait rire et c’est la première fois que je sentais de près la vigueur d’un vit. Heureusement le bougre point trop méchant devant mes pleurs et mes cris me laissa en me traitant de catin .

Je me gardais bien de dire quoi que ce soit, mais en moi même je me disais qu’il serait bon de choisir moi même mon galant.

Un jour, jour de Saint Jean nous étions tous réunis pour la fête, nous dansâmes des rondes endiablées autour du bûcher, les parents s’étaient éclipsés et nous étions tous ivre de jeunesse et d’envie d’amour.

DESTIN DE FEMMES, Épisode 1, la prime enfance

Aussi loin que je me souvienne j’ai eu une enfance heureuse. Je suis née dans un petit village de Seine et Marne nommé Champcenest. Nous n’étions pas encore sorties de la tourmente révolutionnaire en cette année 1796, mais les pires années de la terreur semblaient s’éloigner.

De toutes façons la fureur parisienne n’affecta guère la petite commune et mes parents jeunes à l’époque vivaient leur vie s’en se préoccuper d’une quelconque appartenance à un groupe politique.

Ils travaillaient, faisaient l’amour, plus préoccupés par le remplissage de la marmite que par les tripotages du roi des pourris, des ambitions d’un jeune Corse où les désirs lointains d’un prétendant podagre.

Mon père était charretier et il faut le dire avait beaucoup de travail en ces périodes guerrières où les charrois sont multipliés pour fournir les armées en toutes choses. Il partait donc souvent et nous nous retrouvions, ma mère et mon grand frère seuls à la maison. Je percevais confusément une inquiétude de maman à ces départs qui s’apparentaient souvent à de véritables périples. Elle eut sans doute souhaité que simplement il conduise des attelages aux champs ou dans les environs.

Moi cela me rendait triste à voir partir l’homme que j’idolâtrais. Mon frère lui libéré de la férule paternelle, en profitait pour faire les quatre cents coups avec les garnements du village.

Ma mère le menaçait de verges et le traitait de gibier de potence mais rien n’y faisait et la volée qu’il prenait à chaque retour de mon père n’y changeait strictement rien. Il avait cinq ans de plus que moi et il m’avait prise comme souffre douleur. Pour l’heure je subissais ses mièvreries mais en grandissant je saurais lui rendre au centuple.

Au physique maman me disait que j’étais née grasse et potelée, effectivement je n’étais guère mince et plus d’une fois je dus subir quelques quolibets. Cela me fait sourire maintenant que je suis fine et élancée mais je dois avouer que ces méchantes moqueries me firent venir des larmes. Je me réfugiais alors dans les amples jupons de ma mère qui il faut bien le dire me repoussait parfois avec méchanceté en me disant que la vie n’était que dureté et qu’il fallait mieux s’endurcir de bonne heure.

C’était l’éducation qu’elle nous donnait ou plutôt dirais je celle qu’elle ne nous donnait point.

Ma mère pour compléter les gains de mon père se louait comme journalière, elle se tuait au travail comme toutes ces commensales, elle me trimbalait partout car elle répugnait à me laisser ficelée, langée, emmaillotée comme les momies égyptiennes qui revenaient dans les bagages du grand Bonaparte. Je fus donc nourrie au grand air, ma mère sortant allégrement de son corsage la source nourricière. Cette pratique je sus la mettre en œuvre quand plus tard je devins mère à mon tour.

Je grandis donc sans guère de contrainte avec une surveillance allégée au fur et à mesure que passaient les années. Mauvaise graine poussée au gré du vent et des saisons je devins belle comme le jour et sauvage comme la nuit.