LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 52, encore une bouche à nourrir à la Foresterie.

1863 – 1866, la Foresterie, commune de Grobreuil

Rose Caillaud épouse Ferré.

Nous les femmes on avait pas trop notre mot à dire quand il s’agissait d’agriculture, de terre ou de bestiaux. François il avait décidé et comme je vous l’ai dit il était têtu. Un beau matin nous chargeâmes nos meubles sur une charrette à foin qu’on nous avait prêté, nous n’avions pas besoin de faire beaucoup d’aller et retour nous étions pauvres. En Vendée il y avait beaucoup de bras donc les salaires n’avaient pas tendance à monter. François était travailleur certes mais pas très entreprenant, pour monter dans une société figée comme la notre il fallait faire preuve d’audace et il n’en n’avait point.

Bon revenons sur le sujet qui fâche, la divine bouteille était son péché mignon, quand il n’était pas ivre il flottait entre deux eaux. Alors pensez bien qu’aucun propriétaire ne lui aurait confié un métayage , un fermage ou un colonage. Alors on se baladait de hameau en village et lui de ferme en ferme.

Donc nous voilà partis, comme des bohémiens, les quatre pissouzes juchées en haut de notre fatras et les deux petiots à l’arrière les jambes ballantes.

J’avais presque honte de montrer un tel bric-à-brac, une fierté peut être déplacée pour des sans le sou . La pauvreté étant générale nous n’étions pas forcement les plus à plaindre. Oui les enfants se repassaient leurs effets, reprisés, raccommodés des pièces aux genoux , au cul. Dans mes vieilles robes j’en faisais pour mes filles qui grandissaient . Ce qui m’embêtait le plus, c’est que les gamins allaient la plus part du temps pieds nus, il fallait économiser les sabots. Les pauvres avaient souvent leurs petits pieds meurtris, coupés et il faut le dire d’une saleté repoussante. Nous les adultes nous possédions des souliers mais là aussi économie, juste pour la messe, les noces et les enterrements.

Nous nous installâmes donc en notre nouveau logement, ni plus ni moins délabré que le précédent, ni plus grand ni plus petit toujours le même entassement.

Nous avions quand même un jardin ou j’allais pouvoir m’assurer des légumes pour la soupe quotidienne et un poulailler pour élever quelques bestioles que je vendrais, sur le marché.

Parlons maintenant des choses qui fâchent, quelques soit l’endroit, le travail était dur et régit par les mêmes contraintes, rien n’épargnait les femmes, labeur, enfants,  et satisfaction de nos seigneurs et maitres.

Mais moi j’avais mes petits moments de détente avec mon beau journalier, c’était un risque calculé mais quel bonheur à chaque retrouvaille. Je crois que le fait de devoir se cacher, le fait de l’acte de tromperie décuplait mon désir. Cela faisait en somme un équilibre avec les méchants coups de boutoir de mon tendre époux.

Nous fîmes cela une dernière fois et il me promit de s’arranger pour venir me voir. Je ne croyais guère ses sornettes masculines, mais bon je m’y rattachais quand même.

Même endroit,

François Ferré, époux de Rose Caillaud.

La Foresterie était située entre Nieul le Dolent et Grosbreuil, il y avait quelques maisons où logeaient des familles de journaliers comme nous, Jean Ravon, Pierre Beranger  et Louis Rivaize . Ils y avaient l’exploitation de Jean Rimbaud qui formait couple avec sa sœur, la ferme de Pierre Potin et celle de Guilbeau Jacques, sans oublier celle importante de Gautreau louis.

Il y avait treize maisons et nous étions plus de cinquante habitants, du mouvement partout et des enfants qui couraient dans tous les sens.

Moi je m’employais chez tous et chez personne en particulier, j’avais comme qui dirait mon indépendance. Je me fis tout de suite un copain, Henri Martin dit jambe de bois, journalier comme moi mais il faut le dire avec un sérieux handicap pour trouver ouvrage, lui et sa femme crevaient littéralement de faim.

Nous avions aussi une pauvre miséreuse, la Marie Jousmet plus de soixante dix ans et toujours à trimer. Elle lavait le linge des Gautreau, la pauvre elle faisait pitié à plier sous le faix. Je la soulageais souvent de sa charge quand je la croisais.

Je ne sais si Rose se plaisait en cet endroit mais vu sa tête j’avais comme un doute. D’ailleurs la Rose, elle n’était plus celle que j’avais connue, il s’était opéré comme un changement. Subitement elle était devenue plus coquette, plus propre, elle passait son temps à se laver le cul comme une catin.

Mais le plus bizarre c’était qu’elle ne se refusait plus à moi comme il fut un temps. Je la trouvais quand même un peu passive mais bon moi je faisais mon affaire et je ronflais comme un sonneur.

Mais tout de même, que les femmes étaient des êtres bizarres, il en fallait bien pour faire des drôles, pour la bagatelle et aussi s’occuper des vaches

En parlant d’enfant la Rose m’en promenait un autre, comment se débrouillait t’ elle . Je passais mon temps à m’évertuer à nourrir ma marmaille qu’elle m’en refaisait un autre.

C’était la nature me direz vous mais certaine femme en avait moins que d’autres. Cela doit appeler à des explications, bon moi j’en avais pas.

Celui que nous appellerions petit Louis naquit à l’automne 1865, il était blond comme les blés, d’ailleurs tous étaient blonds sauf la Célina qui était brune comme une romanichelle.

Mon frère Jean me disait  » quoi que t’as foutu pour avoir une noiraude  », je lui répondais j’ai fait comme pour les autres. De fait tous les Ferré étaient plutôt de teint clair, bon c’était comme cela elle était par ailleurs d’une beauté exceptionnelle. Il faudrait que je me méfie car elle allait m’attirer tous les mâle du village. Ma femme n’avait que trente deux ans et m’avait donné déjà sept enfants en onze ans de mariage quand je vous dis qu’elle portait sans cesse ce n’est pas des blagues.

Pour que l’on puisse s’en sortir il fallait que je trouve au plus vite à placer ma fille aînée, elle était un peu jeune mais bien vigoureuse elle pouvait servir si l’on savait manier la badine. Ma femme s’y opposa et devant sa détermination je dus différer ma décision.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode, 51, La jeune veuve se remarie

1863 – 1864, la crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau femme Ferré

Ma situation de veuve perdura quelques années, mais il fallait se rendre à l’évidence, mes enfants grandissaient, ils avaient besoin d’un père et moi faut bien le dire j’avais envie d’un homme.

J’étais évidement trop jeune pour conserver ce statut de veuve, j’avais un age ou la plupart des paysannes n’étaient point mariées. L’avantage c’est que je n’étais pas encore dépréciée au contraire moi je me trouvais très belle et attirante. C’est d’ailleurs bizarre cette sensation, à chaque fois que je passais quelque part, les hommes arrêtaient de travailler. J’avais même le droit à quelques sifflet irrespectueux et quelques commentaires irrévérencieux sur mes courbes. Les femme par contre se méfiaient de moi, j’étais devenue une potentielle voleuse d’hommes. Une fois j’ai même failli leur donner raison en succombant à un artisan du village. Je lui avais amené un ouvrage et il me fit une cour éhontée qui se termina par un enlacement qui ma fois me donna quelques frissons et me rassura sur ma capacité à plaire. L’arrivée d’un autre client me fit fuir. Le soir dans ma couche tout se mélangea dans ma tête, le souvenir des joutes avec mon mari défunt, ma nuit de noces.

Dans ma tête je me mis donc sur le marché des chercheuses d’hommes, en temps que veuve j’avais acquis une certaine autonomie et je pouvais sans mon père m’en trouver un.

Un après midi alors que je me trouvais avoir accompagné mon frère au moulin des Landes chez mon oncle Jacques pour y livrer des grains, un paysans de Grosbreuil le bourg voisin attira mon attention.

Cheveux brun, yeux marron, rasé de près, d’une taille fort convenable, vêtu avec propreté et une certaine assurance qui me fit me retourner sur lui. Il engagea la conversation avec moi. Eugène devint ma couverture dans nos futures relations, eh oui il fallait quand même respecter quelques convenances.

Bon pour être franche, les convenances sautèrent rapidement, un jour ou il pleuvait dru une grange nous accueillis. La conversation convergea vers des baisers, puis vers des caresses. Nos corps s’affolèrent rapidement et je crois que François en vit plus sur ma nudité dans le jour chancelant de cet après midi pluvieux que mon défunt mari en six ans de mariage. Il sut y faire et je me suis laissée faire.

Il fallut quand même régulariser, il ne convenait pas à une veuve avec deux enfants de se faire prendre comme une bonne entre deux tas de paille et de voir se développer un petit fruit » batarisé».

Nous nous mariâmes le 7 janvier 1863, ce fut Mr Aujard qui présida à la cérémonie, comme pour mon premier mariage. Jean François Ferré mon mari apportait un petit pécule, il avait 27 ans et moi 25 et nos deux écots rassemblés ne formaient pas une bien grosse fortune. L’essentiel était ailleurs, il m’apportait sa protection, sa force de travail et une respectabilité de femme mariée. Je n’avais plus seize ans et j’étais moins nunuche, sans ma mère j’avais appris à tenir une maison et pour la bagatelle j’avais appris à tenir un homme.

Dans la maison cela faisait un homme de plus, il fallut rajouter une paillasse pour mes enfants car mon nouveau mari n’en voulait pas dans sa couche.

Très fertile je devins grosse rapidement, mais il faut dire que nous avions mis la charrue avant les bœufs.Avec mon mari nous avions tout de fois décidés de nous expatrier sur le hameau de la Boule, Eugène mon frère nous suivit et c’est la bas que le 3 octobre de la même année je mis au monde un petit Louis,, ma mère avait disparu mais ma grand mère vint encore m’assister, ma belle mère Victoire était là aussi. Le chemin était fait la sage femme n’eut pas le temps d’arriver.

Louis François Jean Ferré,c’est ainsi que se nomma le premier enfant de ce qu’on appelle un deuxième lit. J’avais peur que mon nouveau mari ostracise mes deux premiers qui n’avaient que neuf et sept ans.

Il n’en fut rien, il éleva Aimé comme son fils et je crois qu’il lui transmit toutes ses valeurs, il eut un peu plus de mal avec ma fille Marie car elle ne se gêna pas lorsqu’ils étaient en conflit de lui rappeler qu’ils n’étaient pas liés par le sang.

Nous ne transitâmes que peu de temps à la Boule, mon père nous demanda de revenir à la Crépaudière et François devint par contrat comme l’adjoint de son beau père. Il faut dire qu’une extension notable de la métairie demandait de la main d’œuvre. Il y eut donc en plus de nous un domestique de surcroît cousin de mon défunt mari et qui se nommait Aimé comme mon fils, il avait une vingtaine d’années. Pour me soulager moi, on prit une petite souillon de dix ans, j’ai honte car je la bousculais très souvent, mais à ma décharge , elle était fort sotte.

J’allais oublier mon gredin de frère, il était aussi avec nous mais jaloux que mon mari prenne en quelque sorte sa place. Il se maria et je crus qu’on s’en était débarrassé, mais non il se logea à la Crépaudière. De nouveau une promiscuité s’instaura, je n’aimais pas ma belle sœur et je crois qu’elle non plus.

Si Eugène était jaloux de mon mari, Marie était jalouse de moi. Je me méfiais d’elle car elle avait tendance à s’en prendre à ma petite Marie. Une fois on se disputa et nous nous crêpâmes le chignon, je n’allais tout de même pas céder face à cette mijaurée ensorceleuse. J’emploie ce mot à dessein car mon père, mon mari, et le couillon d’Eugène semblaient être envoûtés par la diablesse. Un jour de colère je dis même à François  » si tu l’aimes tant, va donc la trousser dans la grange ». Il m’a répondu  »oui c’est ce que je vais faire  ».

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 50, La Corberie au rythme des jours .

1861-1863, la Corberie commune de Sainte Flaive des loups

Charles Guerin, époux de Marie Anne Tessier.

Moi à la Corberie j’avais deux paires de bœufs, cela correspondait en fait aux terres que je devais cultiver, ni plus ni moins, les bestiaux il fallait les ménager et lors des gros labours je faisais un roulement. En perdre un et tout était déséquilibré, tout était à refaire. Nous avions en plus de cette force de travail quelques vaches et quelques veaux qui nous servaient de taureau avant qu’on les affranchisse. D’autre part j’avais deux bœufs que j’éduquais et qui étaient destinés à prendre la succession de mes grands bœufs de charrue.

Il fallait évidemment nourrir tout ce petit monde et une grande partie de nos terres leurs était destinée, prairies, prés et cultures de plantes fourragères. En retour leurs excréments nous amendaient nos cultures.

Ils faisaient donc partie de notre vie et nous leurs apportions des soins journaliers, pas de dimanche ni de jours chômés pour eux.

Moi le soin aux animaux et le dressage c’est ce que je préférais, pour sur les femmes s’occupaient de la traite et les gamins nettoyaient l’étable.

Je n’avais pas de cheval, celui que nous possédions était mort avant notre déménagement et nous n’avions aucune liquidité pour en acheter un à la foire. Car voyez vous la richesse et nous ce n’était pas une histoire d’amour. Avec un tel système nous ne cultivions réellement qu’un tiers des terres.

Nous étions en métayage la plus part du temps donc la moitié partait au propriétaire. La prochaine fois que je prendrais une exploitation je tacherais de la prendre à ferme, il paraît que la pratique se développe.

Heureusement la main d’œuvre n’était pas chère, à la Corberie mon fils aîné Pierre âgé de treize ans, m’assistait dans mes gros travaux, pour les labours je guidais la charrue, lui dirigeait les bœufs.

Clementine en petite bonne femme aidait Marie Anne, bon elle rechignait et il fallait user de persuasion et de calottes. De toute façon si elle continuait à jouer les rebelles c’est sur je la placerais comme servante.

Alors que tout allait pour le mieux, Marie Anne était enceinte c’était sa sixième maternité, cela lui allait fort bien les rondeurs.

Une fin d’après midi alors qu’avec petit Pierre on terminait le troisième labour de notre plus grosse pièce j’ai eu un gros coup de chaleur alors bêtement j’ai retiré mon paletot. Mon fils me regarda désapprobateur car en général je lui interdisais de pas trop se découvrir. Quelques nuages plus loin, j’eus froid.

Le soir j’avais de la fièvre, le repas ne m’intéressa guère, le lendemain je fus dans l’impossibilité de me lever, les jambes ne répondaient plus et maintenant une toux grasse me brûlait la poitrine. La maladie chez nous était un ennemi redoutable, moi j’étais le seul adulte sur mes terres.

Nous étions à l’époque des semailles d’hiver et il ne fallait pas attendre car la météo pouvait se gâter.

Pierre mon brave garçon devait devenir un homme rapidement, avec Marie Anne et son gros ventre, ils allèrent au champs pour me suppléer. Benjamin six ans me garderait, Clémentine s’occupa des animaux. Il fut convenu que Marie Anne en rentrant irait vérifier, nous ne pouvions nous permettre une perte quelconque.

J’eus du mal à me remettre et il nous fallut nous résoudre à prendre un valet pour quelques mois, Marie Anne à force de s’épuiser aurait pu perdre le bébé et mon fils je dois dire qu’il n’en pouvait plus. Nous eûmes du mal à trouver des bras, la foire aux journaliers avait lieu vers la Saint Jean et tous évidemment étaient déjà gagés. Ce sont mes beaux frère de l’Auroire qui ont fini par me venir en aide. A l’aide de médication et de cataplasmes je finis par me remettre, mais avouons le je n ‘ai jamais retrouvé la même force qu’avant ma maladie.

Heureusement je n’avais que quarante deux ans, mais croyez moi je fis désormais attention au chaud et froid.

Marie Anne accoucha de Victor en mars 1863, l’accouchement fut difficile et elle souffrit beaucoup, avec les enfants nous nous sommes réfugiés chez nos voisins. Les femmes aidèrent et moi avec les hommes je bus quelques verre d’eau de vie . Mon Pierre qui avait conduit l’attelage était considéré comme un homme, sauf qu’il ne tint pas la barrique et que nous fumes obligés de le coucher dans la paille de la grange. Heureusement sa mère n’en sut rien du tout.

Déclaration en mairie, puis le curé c’était du rabâché. Seulement voilà un autre problème nous tomba dessus, la Marie Anne tellement épuisée avait les mamelles plates, rien pas une goutte. La solidarité familiale se fit encore une fois prégnante et c’est ma sœur Louise qui donnait encore le sein qui vint nous chercher le bébé. Du fait elle le sauva, Marie Anne pleurait à chaudes larmes de savoir son fils loin d’elle. Fusse t ‘ il retourné à l’Auroire. Le destin est bien bizarre car le frère de lait de Victor portait le même prénom.

Ma femme eut elle aussi du mal à reprendre le travail, j’avais besoin d’elle, car elle assurait sa part comme l’aurait fait un homme. Notre fille n’était vraiment pas à la hauteur, les vaches étaient mal traites, l’étable mal nettoyée, et une fois les volailles furent oubliées. Moi je vous garantis que je n’ai pas oublié de me munir d’une brassée d’ortie. Le cul de la Clémentine fut copieusement fouetté et les poules désormais furent rassasiées de grain.

Tout rentra finalement dans l’ordre, Marie Anne passait les quarante ans et les maternités allaient commencer à lui peser.

Il faudrait que l’on pense à faire autrement pour éviter les grossesses. Mais bon cela était un véritable problème pour tous.

Ma femme décida que pour être sur de ne pas avoir d’enfants il fallait ne plus faire l’amour, effectivement c’était radical, mais  je crois qu’elle rêvait. J’avais appris au cabaret que des soldats de la garnison de la Roche sur Yon se couvraient  le sexe avec des bouts de latex pour ne pas attraper de maladie avec les catins et que cela empêchait aussi qu’elle se fasse engrosser par les clients. Vous parlez qu’entre deux verres on avait bien rigolé de ces machins. Je me voyais mal,  dire  à Marie Anne, attends,  je mets un chapeau.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 49, la fille aux yeux vairons

1861,Moulin du Beignon, commune de Sainte Flaive

La fille aux yeux vairons

Maman était morte depuis quelques années, j’avais hérité de son caractère bizarre et renfrogné, c’est du moins ce que disait mon père.

Ma mère il est vrai était sujette à la mélancolie, elle pouvait s’asseoir des heures à regarder vers l’horizon. Le travail s’accumulait autour d’elle mais absente , elle le dédaignait. Mon père levait les épaules soufflait mais ne lui disait rien résigné. Il prenait alors le travail à son compte ou bien le reportait sur les frêles épaules des petites servantes.

J’avais compris que ma mère ne regardait pas une ligne imaginaire mais plutôt que son pauvre regard se portait sur les ruines de son ancienne ferme.

Elle y retournait parfois et errait dans les ronces, les pierres et les vieilles poutres calcinées. Elle en revenait comme suspendue dans le temps, Père ni pouvait rien, cela lui passerait.

Mon père plus âgé était un bon père pour moi et mon frère, était il un bon mari, oui s’en doute. On sentait bien qu’il la vénérait , la protégeait, c’était tacite entre eux. Formaient ils vraiment un vrai couple au sens biblique du terme. Je n’en étais pas sur malgré ma présence et celle de mon frère.

Jamais un baiser, jamais un enlacement, jamais une allusion grivoise sur une nuit tourmentée, non rien, juste une admiration béate et une chape protectrice.

Un jour je l’ai suivie dans ses errements, elle m’a vue et assise sur une antique margelle de pierre, elle m’a d’un trait raconté son passé. Sans faiblir, ni trembler, elle me confia son viol, son humiliation face à des soldats déchaînés par la haine et l’alcool, puis elle passa au massacre des siens.

Je restais suspendue à son récit, le temps filait, plus rien n’avait d’importance. Je prenais tout à mon compte, c’était curieux comme ci j’avais été là.

« Soudain j’entendais le cri lointain de ma sœur et des chants joyeux, je vis mon père qui s’inquiétait, ma mère qui posait son linge, et ma grande sœur qui se touchait son gros ventre. Étonnant ces visions, ce massacre qui avait eux lieu depuis plus de vingt ans je l’avais revécu.

Puis ils vinrent, tuèrent rapidement mon père, chaque groupe de soldats s’occupa d’une occupante.

Je fus saisie et bloquée le long d’un muret, deux soldats me tenaient, un jeune encouragé par les vieux soudards me leva soudain ma robe. Je le revois encore subjuguer par mon cul blanc, mes fesses grassouillettes d’enfant, j’étais impubère cela décupla leur envie. Le gamin ni arriva pas et un vieux lui montra le chemin, je sens encore son sexe qui me déchira, puis les coup de boutoirs qui  résonnaient dans tout mon être. Je ne sais combien de soldats me souillèrent, puis le petit qui visiblement avait appris à les voir fut encouragé à me prendre par un autre orifice. Cette fois si la peur du ridicule lui découpla ses forces et il me prit. Je n’avais plus mal, mon esprit m’avait quitté lorsque je sentis des mains qui entouraient mon cou ».

Ma mère sentit qu’elle m’avait bouleversée et me prit dans ses bras. Elle m’avoua ensuite que j’étais la réincarnation physique de sa petite sœur, même particularité dans les yeux, un noir et l’autre bleu. De plus j’avais la même morphologie et les mêmes cheveux.

Cette annonce me bouleversa encore d’avantage, j’étais maintenant dans le corps et l’esprit de la petite morte.

Il va s’en dire que cela me gâcha la vie, jamais je ne me suis mariée, aucun garçon ne m’a touchée.

A chaque fois que je voyais un homme autre que mon père et mon petit frère je ressentais de la haine et de la peur. Je m’imaginais forcée, étranglée. Je sentais même leur coup de reins comme si ils étaient réellement en moi. A chaque présence masculine j’étais comme violée, il va s’en dire que mon père étant meunier, il recevait du monde, moi je passais le plus clair de mon temps dans les taillis et les bois aux alentours. Je devins la sauvageonne du moulin, la diablesse, celle qui faisait peur aux enfants.

Moi solitaire j’allais m’asseoir à l’écart dans un endroit que seule je connaissais, une grosse pierre bizarre me servait de siège, je méditais.

Ma mère seule ressentait la même chose que moi, nous étions deux pauvres âmes, elle avec des démons bien réels et moi avec des démons que j’avais pris à mon compte.

Puis mon père mourut, mon frère devenait chef de ménage et il n’avait point la même mansuétude à mon égard.

La présence de ma mère retenait encore sa main mais je sentais qu’il ne pourrait longtemps consentir à ma présence passive.

Il arriva ce qu’il devait arriver, ma mère femme sans age en avait quand même un.

Un jour qu’elle errait près de la clairière où reposait ses parents elle s’écroula comme foudroyée.

Morte, j’étais maintenant seule.

Mon frère qui lui aussi n’avait pris de conjoint, sans d’ailleurs que ne ne sache pourquoi ne me jeta pas dehors. Nous formâmes une espèce de vieux couple, sans doute un peu grotesque.

Un jour un homme qui avait déjà conclu une sorte d’accord avec nous revint nous voir, il s’appelait : Charles

Même année, même endroit

Charles Guerin

Non de dieu, depuis que je m’étais installé à la Corberie sur la commune de Sainte flaive des Loups, mon esprit était obsédé par cette histoire de trésor. Cela résoudrait toutes mes difficultés, fini les jours difficiles, le travail exténuant, à eux la belle vie des messieurs.

Je retournais donc sur les lieux après des années d’interrogation, j’étais de la commune et ma présence au moulin n’était plus insolite.

La vieille dame était morte, restait sa fille aux yeux inquiétants et le fils toujours un fusil à la main.

Ils me reconnurent et nous partîmes une ultime fois à la recherche chimérique du trésor de mes ancêtres.

Nous inspections chaque parcelle , chaque pierre était retournée, mais bizarrement rien.

Je trouvais que l’attitude de la diablesse était bizarre , elle semblait nous détourner d’un endroit précis. Mais non sans doute une fugace impression, elle cherchait comme nous.

Je revins plusieurs fois, mais rien, rien et encore rien.

1861,Moulin du Beignon, commune de Sainte Flaive

La fille aux yeux vairons

Je ne savais rien de ce fameux trésor, on fouillait partout, mais moi je ne voulais pas que l’on touche à mon sanctuaire, à chaque fois que l’on approchait de ce que j’appelais ma pierre de réflexion j’arrivais à faire dévier les fouilles sur un autre lieu.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 48, l’amante de l’Eraudière

 

1859 – 1860, l’ Eraudière, commune de Poiroux

Rose Caillaud, épouse Ferré

Le bougre de François tout viveur qu’il était, avait une certaine vigueur, au travail certes mais aussi dans sa couche.

En 1857  naquit une superbe fille, j’avais aimé cette grossesse, tout c’était bien passé et presque jusqu’au bout j’avais pu m’occuper de mon ménage. François me laissa tranquille sauf une fois ou il me demanda de lui faire des cochonnerie , vous pensez que j’ai refusé, quel dégout.

La petite fut nommée Clémence Exavérine, François s’était surpassé, le deuxième petit nom fut sorti de nul part, ma mère la sainte femme en crut s’étouffer.

Pour moi j’avais assez d’enfant, mon ventre n’était pas un champs fertile où chaque année pousserait une récolte.

Avant que d’être enceinte de nouveau je me renseignais sérieusement sur les moyens de ne pas l’être et de  faire passer le fruit indésiré.

Maintenant il faut quand même que je vous raconte, bien que j’ai un peu honte quand même.

Un jour que j’allais au village pour vendre quelques volailles, je m’arrêtais dans un petit bois pour y satisfaire à une envie pressante. Un petit ruisseau coulait à quelques mètres de l’endroit où je me mettais à l’aise. Un homme complètement nu semblait s’y laver, je fus subjuguée par le spectacle et m’en repaissais. Grand, musclé, la peau halée , je ne le connaissais pas. Le soleil dardait de ses rayons sur son intimité, moi qui était rebutée par le sexe de François je béais d’admiration devant celui de mon dieu nageur.

Je fis du bruit et il se retourna, sans que je puisse faire un mouvement il m’offrit un sourire sans que sa nudité ne le gêne.

Un restant d ‘éducation me retint, de me mettre nue pour le rejoindre et m’offrir comme une déesse au dieu de l’olympe.

Reprenant mes esprits je partais en courant vendre mes gallinacés. Il va s’en dire que j’en fus bouleversée pendant plusieurs jours, et ce soir là j’eus envie d’un homme sans que mon pochard de bonhomme n’y fut pour grand chose.

Pour mon malheur ou pour mon bien il s’avéra que mon apparition s’était gagée dans une ferme des environs. Il advint ce qu’il devait advenir, un jour nos chemins se croisèrent et cette fois ci, j’envoyais mes convenances aux orties.

Le jeu était dangereux nous risquions la prison et la mise au banc de la société, sûrement plus moi que lui d’ailleurs. Le problème ne vint pas que nous fumes surpris, non nous avions eu de la chance , mais que je devins grosse à nouveau.

Heureusement, ultime précaution, certes inconsciente je ne m’étais jamais refusée à mon mari.

Je ne sus pas de qui était l’enfant mais je considérais qu’il était issu de l’amour. Ma fille se nomma Célina Aglaé Célestine et naquit en 1859.

Mon amant lui aussi considéra qu’il devait être le sien, il voulait que l’on fuit et parlais même de m’emmener au loin, par delà la mer océane vers un pays où l’or se ramassait à la pelle et où chacun était libre de s’installer. Je fus tentée, des vendéens étaient déjà partis aux États-unis d’Amérique mais moi j’avais trois enfants et il n’était point question que j’abandonne la chair de ma chair fusse t ‘elle issue d’un homme que je n’aimais plus.

Il fut donc convenu que nous cesserions de nous voir pendant ma grossesse. Nous respectâmes notre engagement.

A l’Eraudière en octobre ma mère se sentit soudain très faible, mais forte comme elle était il ‘y avait aucune inquiétude à avoir. Cette cinquantenaire encore femme aurait même pu à la mort de son mari reprendre un veuf , mais ne voulant plus d’un homme sur les bras elle se réserva pour son fils Joseph, l’homme de sa vie et point bon à grand chose.

Hélas la grippe qui nous coucha tous cette année, lui fut fatale, elle ne se releva point et nous en fumes tous affectés.

Mon idiot de mari ne se douta jamais de ma liaison, ce qui lui importait ce fut que de temps à autre je lui ouvre mes cuisses, j’avais compris je fus bonne épouse.

Pour sur nous ne fumes pas long à nous revoir avec mon amoureux, nous devenions imprudents. Un jour mon andouille de frère faillit nous trouver en mauvaise posture, heureusement peu au fait des choses de l’amour il ne s’aperçut pas de mon embarras et de mes vêtements en désordre.

Tout allait forcement très bien et je promenais de nouveau., tête blonde comme son père ou tête brune comme mon amant. Ce fut cette fois mon légitime qui gagna. Ils étaient à égalité car ma Célina ressemblait à une petite mauresque.

Moi je vivais une vie pleine j’avais enfin trouvé un équilibre, certes j’avais un peu de scrupule à mentir pendant la confession. Car malgré le secret qui entourait cet acte de catholicité,je n’avais nulle confiance, le curé était homme et la solidarité masculine devant la traîtrise d’une femme aurait pu se faire jour.

Mais bizarrement ce fut une femme qui devint la plus dangereuse, la Marie Fournier notre domestique sans qu’elle nous vit devina à mon comportement que je trompais mon mari. Oui je m’absentais souvent ayant toujours à faire à l’extérieur, oui j’étais toujours joyeuse quand je rentrais alors qu’elle savait les souffrances que me faisait endurer François quand il rentrait saoul. Par allusion elle tenta un vilain chantage. Je prévins mon Pierre et il s’en occupa.

La chose fut réglée et je crois que je n’eus plus à ce jour l’exclusivité de la couche du beau journalier. Mais l’avais je eu un jour ?

Un jour François me lança tout joyeux on va partir de Poiroux. Je lâchais ma cuillère de bouillon tant j’étais surprise.

Oui j’ai trouvé de meilleurs terres que l’Eraudière.

Moi qui me figurais que j’allais finir mes jours ici entourée de……

Je lui demandais où il comptait nous mener, il me répondit à Grosbreuil. Bon ce n’était pas le bout du monde mais je ne verrais plus Pierre tous les jours. Je fis tout pour l’en dissuader y compris mon arme fatale le serrement de cuisses et le cul tourné.

Je ne fus pas gagnante, un soir il me gifla et me prit de force, nous partirions bien à la Foresterie.

Mais la chance semblait me sourire et notre départ fut reporté, ce qui était pris n’était plus à prendre.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 47, la mort de Jean Proux

1859, la Crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Champs du Maille

Jean Aimé Proux .

Mon dieu que j’aimais ces instants, Louise, ce matin fut câline, elle préférait l’amour matinal, moins fatiguée, plus fraîche, moi je ne voyais aucun inconvénient à cela, soir ou matin ou bien soir et matin.

Avant qu’aucun bruit ne vienne troubler la quiétude du foyer j’avalais ensuite ma soupe et je partais à l’étable pour mettre sous le joug mes deux plus beaux bœufs. Deux magnifiques bêtes de cinq ans dressées, fortes et dociles.

Le  » Maille  » était la plus grande pièce de l’exploitation j’aimais y venir, la terre était grasse, fertile.

Je me penchais et comme chaque fois en prenais une poignée que j’ humais. Dans cette senteur tout était dit, le parfum de la terre était pour moi aussi suave que l’odeur poivrée de ma Louise.

Je commençais mon labeur qui ce matin se révélait délicat, dessoucher les racines d’un arbre abattu par la tempête de la semaine précédente.

Mes gros comme je les nommais tirèrent et tirèrent encore, ils forçaient et commençaient à s’agacer. C’est en voulant les encourager par une tape sur la croupe que l’un deux dans un geste reflex lança sa patte en arrière. Le sabot m’atteignit en pleine poitrine, j’avais commis une erreur de jeune bouvier.

Suite à mes hurlements on vint à mon secours très rapidement, je souffrais atrocement et lorsque mon beau père et deux voisins me portèrent, ils m’arrachèrent un cri de souffrance venu du fin fond de mes entrailles. On m’examina, rien pas même la trace du sabot, aucune rougeur, ni gonflement.

Juste une douleur lancinante, on me cala avec des oreillers et tous repartirent pour effectuer leur labeur.

Sur le midi Louise revint me donner à manger, mais j’étais bien faible et je ne pris pas grand chose.

A peine avait elle passé la barrière qui la menait au verger que je rendais tous les aliments que j’avais ingérés, sans pouvoir bouger, souillé il me fallut attendre son retour.

Le soir curieusement j’allais un peu mieux, elle me nettoya, j’avais envie de faire mes besoins ce fut une aventure douloureuse. Marie Louise décida pour ne pas me gêner d’aller dormir avec les enfants.

Vivement demain que je puisse continuer ce labeur et poursuivre la mise en valeur de notre plus belle pièce. La nuit en son immobilité enveloppa notre demeure, j’étais seul avec moi même, un moment j’eus la prescience que j’aurais du mal à me lever le lendemain. J’avais maintenant chaud puis froid, j’appelais Louise mais assommée par sa journée, point inquiète elle dormait comme une enfant. J’avais l’impression de hurler, mais seul un faible son inaudible sortait de ma bouche. Un liquide chaud coula de mon nez avais je pris froid ? Je tentais à nouveau de bouger mais tel une enclume je restais immobile, je criais mais personne ne venait. Un liquide chaud et gluant sortit de ma bouche. Je suffoquais, je n’avais plus mal.

1859, la Crépaudière, commune de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau, veuve Proux

Le lendemain il était mort.

Du sang avait coulé de sa bouche et de son nez, un rictus déformait son visage, masque de souffrance et de désespoir. Sa couche était bouleversée. Le moribond dans un dernier moment de désespoir avait tenté de nous alerter mais moi pauvre égoïste qui aurait du le veiller, dormait d’un mauvais sommeil.

Jean Aimé n’avait que trente cinq ans et me laissait seul avec mes deux petits, heureusement la famille était  là.

La famille et les voisins accoururent, le curé fut prévenu ainsi que l’agent municipal qui vint constater le décès. Avec les femmes de la famille je fis la toilette du mort. Ce ne fut pas une belle affaire, mon Jean nu comme un ver, dur comme un bout de bois. Nous eûmes les plus  grandes peines du monde à le vêtir de ses beaux vêtements.

Entre nous j’ai toujours trouvé bizarre de laver quelqu’un qui ne se lavait jamais pour le jeter en terre. Mais le curé me l’expliqua  » Marie c’est un rite purificateur  ».

Bon d’accord si c’est pour purifier mon homme je veux bien mais je vous passe les détails du bouchage des voies naturelles.

Pour qui sonne le glas, le lendemain, dans un joli drap de lin que j’avais exprès en réserve mon bonhomme fut jeté en terre. Quelques pelletées, ainsi va la vie on retourna aux champs.

Une chape de malheur s’abattit sur la Crépaudière, 35 ans, mon homme partait bien tôt. Comment faire face au travail écrasant ? On fit appelle à mon petit frère Eugène qui se trouvait domestique de ferme non loin de là, il n’avait que 17 ans mais il était fort costaud, déterminé et travailleur. Il récupéra son lit dans la pièce principale et moi je dormis avec mes deux petits.

En Juin ce fut la noce de l’oncle Jean, belle fête malgré les malheurs, en ce temps nous devions faire fi de nos peines et aller de l’avant. Son épouse avait 18 ans je compatissais car cela me ramena quelques années en arrière.

La noce était à peine terminée que mon oncle François perdit son drôle âgé de 7 ans, une mauvaise fièvre et en peu de temps il était passé de vie à trépas. Nous étions malgré tout un peu habitués à la perte des enfants. Mais en juillet la belle épousée du mois de Juin était également fauchée. En trois semaines mon oncle Jean passait par trois statuts différents, célibataire , marié et veuf.

Le pauvre était inconsolable, comme il était chez ses beaux parents à la métairie de l’Emonnière il vint s’installer à la Crépaudière avec nous. Un adulte de plus à nourrir et à loger posa quelques problèmes de logistique, mais chez nous en Vendée personne ne restait sur le bord du chemin, la famille c’était sacrée.

Ce qui provoqua des problème fut la cohabitation de l’oncle Jean avec la jeune Victoire, fraîche domestique de 20 ans  parfaitement à l’aise avec le charme qu’elle dégageait. En fait la bougresse affolait les sens des trois hommes de la maison, mon père , mon frère et mon oncle. Se laissa t’ elle faire dans la grange je n’en saurai fichtre rien.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 46, nuit de noces à la Bucholière

1859, commune du Girouard

Pierre Cloutour

Pour sur j’avais eu de la chance de ne pas engrosser la servante, j’ai profité de son corps et elle du mien, nous savions tous deux que nous ne nous épouserions pas.

Sauf si un accident était survenu, cela je lui avais promis en homme d’honneur.

Mais mon destin a basculé quand je me suis intéressé à une petite de la Bucholière, ce fut une évidence quand je me suis aperçu qu’elle existait. Je mis tout en œuvre pour la conquérir, la place était à prendre . Par contre il n’était nullement question de la posséder dans le sens que moi j’attendais, il me faudrait attendre. Je m’en moquais un peu car ma servante me permettait de patienter.

Il me fallait donc obtenir l’accord du père de Victoire et le moindre que l’on puisse dire c’est que je n’en menais pas large. Car voyez vous dans notre petit univers ou nous faisions tous le même travail et où tous nous nous échinions à tirer le meilleur de la terre il y avait quand même quelques différences, les métayers même si parfois ils redevenaient journaliers se faisaient forts d’être une petite caste et préféraient voir marier leurs filles à des gens d’un niveau supérieur ou pour le moins identique. Hors la famille Epaud et Rabelot se faisaient une gloire d’avoir des meuniers et des gros laboureurs comme ancêtres. Même si eux mêmes avaient un peu chuté en ne tenant qu’une médiocre métairie ils gardaient comme principe qu’il fallait se méfier d’un grand valet.

Le premier jour je ne fus pas reçu dans la maison, c’était très mauvais signe, l’Augustin le frère me sera la main mais me fit comprendre que son père eut préféré prendre un gendre avec un pécule substantiel. Ainsi l’amour n’était que maquignonnage. Victoire qui me voulait ne lâcha pas l’affaire et chercha à contourner le problème. Ma patronne se fit entremetteuse et mit en avant mon amour pour le travail et le petit bien que j’avais épargner pour mon mariage ce qui révélait en moi une personnalité économe.

Le père Epaud était assailli de toute part, il finit par consentir du bout des lèvres. Un soir après le labeur je fis donc ma demande et nous bûmes la fine pour sceller notre accord. Victoire rayonnait de bonheur et moi je la rejoignais dans son bonheur.

Il fut convenu que je m’installerais avec Victoire à la Boucholière, j’allais donc vivre avec ma belle famille ce n’est pas ce qui m’amusait le plus mais je n’avais pas le choix.

Il allait falloir montrer de ruses pour rejoindre celle qui allait être mon illégitime.

05 juillet 1859, église du Girouard

Victoire Epaud, femme Cloutour

Le maire monsieur Papon venait officiellement de nous unir devant une nombreuse assistance, c’est mon  beau frère Charles Rocheteau qui me servit de témoin ainsi que mon frère Jean. Pour mon mari c’est un l’oncle Pierre Peaud laboureur à la Babonnnière et Mathurin Soret un ami qui assurèrent ce service.

Je rentrais dans la nef aux bras de Pierre, j’étais fière, heureuse et impatiente de me donner charnellement à celui que j’aimais.

Le curé Morneau officiait, il nous fit un sermon sur la fidélité, moi j’étais concentrée mais Pierre eut un petit sourire, j’ai trouvé cela bizarre, mais bon.

La veille nous avions été à confesse, moi j’y allais régulièrement mais Pierre avait un peu perdu de la foi de ses ancêtres. Il mit longtemps et en sortant me dit « c’est que je suis un grand pécheur. »

Mes parents avaient vraiment fait les choses en grand ce ne fut que munificence, chacun s’empiffra avec constance,les jupons volèrent au son des violons et des idylles se nouèrent. On chanta tout le répertoire vendéen et puis après boire quelques chansons cochonnes. Je fus surprise que mes parents connaissent de telles choses.

On me fit monter sur une table pour la vente de la jarretière, un cousin prit les choses en main, quand un homme donnait la robe montait , quand c’était une femme, elle redescendait. Elle monta et monta encore, j’étais rouge comme une pivoine de montrer ma cuisse, ensuite le gagnant vint la détacher avec ses dents. Ce cérémonial humiliant nous rapporta quelques pièces.

Puis vint le moment de partir. Je n’étais guère à l’aise, car voyez vous ce précepte religieux d’arriver vierge au mariage était une sorte d’hérésie. Je m’ y étais conformée comme bon nombre de femmes, mais avais je bien fait ?

Peut être que si j’avais cédé quelques pouces de terrain si j’avais moi même un peu goutté de cet virilité masculine j’aurai perçu la part sombre de mon futur.

Maintenant arrivons à cette narration délicate, que vous soyez fille de laboureur ou fille de roi le sacrifice de sa fleur revêt le même caractère sacrificiel.. Avec ce mariage je me donnais entièrement à cet homme, légalement il était mon maître, je n’étais qu’une enfant aux yeux de la loi. Je me devais de me donner à lui quand il le désirait, au moment où ses sens à lui et seulement les siens étaient en éveil. Il pouvait me battre et me traiter plus mal que ses animaux. Je ne trouverais aucun secours de personne si lui, homme raisonnable ne troublait pas l’ordre public en affichant une trop ostentatoire turpitude ou une trop visible violence.

En gros dans son intimité il pouvait me foutre une volée puis me prendre sans mon consentement pourvu que le lendemain les traces n’apparaissent point à la messe ou au lavoir.

Nous n’en étions pas là.

Avec le recul j’aurai du m’apercevoir que pour un jeune paysan qui théoriquement et il me l’avait juré était vierge, Pierre avait une sorte de détachement lié à l’habitude des choses de l’amour.

Je n’avais dévoilé aucun morceau de ma blanche peau qu’il m’attendait, allongé nu sur le lit avec un témoignage visible de son impatience.

Telle une génisse que l’on mène au taureau je le rejoignis, ses yeux m’avaient dévoilée, ses mains me dévorèrent, je restais passive tétanisée par une découverte si rapide et brutale, j’eusse aimé une chronologie moins rapide et gaillarde. Le reste vint sans que le moindre signe de volupté ne se manifeste dans mon ventre douloureux, son affaire faite le Pierre se retourna et ronfla comme une forge.  Je perçus confusément qu’avec un tel début je ne serais jamais une adepte joyeuse de la chose.

Je me draperais désormais derrière une obligation sociétale, la chose que j’avais attendue depuis de nombreuses années s’étant révélée fort décevante.

Au matin, je m’aperçus avec stupeur que mon mâle compagnon montrait des signes de vigueur, devant ma mine ébahie il se gaussa rigolard que chez lui cela était un état naturel.

Je fus sauvée par l’arrivée des noceurs qui autre tradition venaient nous faire fête et vérifier si le Pierre avait pu s’offrir mon joli corps en sacrifice.

Dès le soir nous nous installâmes tous les deux à la Bucholière, Pierre avait hâte de visiter son nouveau domaine et mon père de soulager un peu son travail d’esclave qu’il avait de plus en plus de mal à fournir