LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 15, un accouchement dramatique

 

En parlant de bonne santé ma fille aînée en avait à revendre, elle avait quinze ans se savait jolie et rudement bien tournée. Les hommes qui gravitaient autour d’elle étaient aux arrêts comme chien de chasse devant gibier. Elle les aguichait et se moquait d’eux.

Le lendemain ce brave fermier vint me trouver dans mon pré et m’expliqua ce qui c’était passé et la conduite de ma fille. Je lui promis de régler l’affaire.

Le dimanche la Justine arriva toute guillerette, je l’attendais de pieds fermes. Je fis sortir tout le monde, seules ma femme et Anastasine restèrent. Je lui mis d’abord une taloche pour qu’elle comprenne, elle me répondit qu’elle n’y était pour rien si les hommes étaient des animaux.

Je t’en foutrais moi, je défis ma ceinture et lui fis remonter son jupon, elle hurla et se sauva dans un coin de la pièce. Je finis par la rattraper et lui remonter son cotillon, la fessée qu’elle prit, elle s’en souvint toute sa vie. Je ne l’avais jamais battue et d’ailleurs je ne l’avais jamais vue les fesses dénudées. Ma femme m’arrêta, mais croyez vous que la bougresse ferait profil bas, elle me toisa avec insolence en me souriant de toutes ses dents. Ma seule satisfaction fut qu’à la messe, elle eut du mal à s’asseoir. Son comportement à la ferme ne changea guère, il s’avérait que la petite avait le feu au derrière.

L’autre sujet d’inquiétude était la Marie Louise, la fille d’ Anastasine, elle avait 17 ans et n’était point farouche non plus, sa mère qui l’avait eu d’un militaire de passage savait de quoi elle causait car elle avait succombé au bonheur sur un paillis. Pourtant elle n’était pas une oie blanche car âgée de 31 ans. Le village en avait jasé, pour sur l’Anastasine elle aurait du mal à trouver un couillon pour la prendre chez lui avec un bâtard et avec un  age avancé. Bon le couillon ce fut mon beau père, mais il n’eut pas à se repentir, il avait trouvé la perle rare et cette femme dans la force de l’age le changeait tout de même de sa vieille.

Bon revenons à la petite qui avec la Justine ma fille faisaient les quatre cents coups à la sortie de la messe et dans les fêtes du village. Je ne sais si la Marie Louise se fit cingler les fesses par son beau père mais moi je n’ai plus jamais toucher mon insolente de fille. Elle verrait bien si il lui arrivait malheur .

En terme de malheur je fus servi car tel un métronome Justine ma femme se retrouva enceinte. Elle prit encore quelques kilos et il fallait vraiment être dans son intimité pour voir qu’elle attendait un enfant . A ce rythme nous aurions 20 , car une femme, je crois peut en avoir jusqu’à plus de cinquante ans, comme c’est arrivé à une pauvre veuve du village qui croyant être tranquille a baissé sa garde devant un journalier de passage. Ma femme à moi n’avait pas 39 ans alors vous pensez.

L’enfant arriva en juin 1866, il faisait une chaleur épouvantable, les moutons se mettaient à couvert sous les sous bois et les charretiers devaient faire de nombreux tours pour les fournir en eau lorsque j’étais trop loin de la rivière ou d’une source. Les blés étaient en avance et la moisson serait précoce.

Soit Justine avait mal calculé soit le bébé venait en avance, nous fîmes venir une sage femme, la mère Marie Gallier, elle avait assisté la majeure partie des femmes du village, pensez donc elle a 83 ans. Point du tout sénile et encore forte adroite elle installa la Justine sur son lit de misère examina la dilatation du col et s’aperçut que l’enfant se présentait par le siège ce qui n’était point bon affirmait t’ elle.

Peut être aurait on dû faire quérir un docteur, mais qu’aurait il fait de mieux que cette docte grand mère. Quoi qu’il en soit ce fut un calvaire, jamais Justine ne souffrit autant, cela dura des heures, la Marie n’en pouvait plus et la situation lui échappait.  Je courus enfin chez le docteur qui habitait au village, le temps d’atteler son haridelle et le praticien vint en aide à ma femme. Il repoussa vivement la vieille en la traitant d’ignorante et en quelques manipulations habiles avec des pinces évacua l’enfant du ventre de sa mère.

Le docteur était couvert de sang et d’excréments, Justine était déchirée du haut jusqu’en bas et victime d’une hémorragie.

Le bébé ne pleura pas tout de suite et on pensa qu’il était mort, puis vint un petit cri, d’ailleurs plus une plainte qu’un cri, le petit était vivant.

Le médecin circonspect l’examina et me dit Édouard si tu es catholique dépêche toi de faire baptiser ce petit car je ne pense pas qu’il vivra bien longtemps.

J’avais en fait peu d’inquiétude pour cet être sanguinolent et si peu vivant que je ne m’en préoccupais guère, le laissant aux mains d’Anastasine. Par contre l’état de ma femme me faisait trembler, elle était pale comme la mort, son visage était émacié et il me semblait que des filets blancs étaient apparus dans sa chevelure hirsute. Le docteur avait arrêté l’écoulement de sang et il dut la recoudre. Pendant cette opération elle hurla de douleur et nous dûmes la tenir à plusieurs.

Le médecin ne se prononça pas sur Justine, la nature ferait ce qu’elle devait faire.

Cet accouchement me coûta mes quelques francs d’économie, mais sans la présence du docteur Justine et son bébé seraient morts.

Je me rendis à l’église pour y trouver le curé, le petit Paul serait reçu le lendemain dans la communauté du seigneur. Il fallut également lui trouver une nourrice car sa mère était trop fatiguée.

La vieille Marie qui avait accouché une autre femme du voisinage s’entremit et Paul put téter un peu de lait.

Étonnamment Justine se remit sur pieds assez vite, tout du moins pour nourrir Paul mais aussi Arsène qui n’avait qu’un an et le Séverin qui n’en avait que deux.

Au bout d’un mois elle reprit son labeur devant son métier, elle n’avait point maigri seul son visage restait meurtri par l’épreuve.

Le petit Paul ne profita guère et s’en fut le 20 septembre 1866 à l’age de 3 mois, nous n’avions guère eut le temps de l’aimer.

LE BERGER ET LA FILEUSE, Épisode 14, vie quotidienne et 12ème grossesse

 

Les jours et les semaines passèrent, l’ automne revint et les moutons furent mis à la bergerie, moi tous les soirs je rentrais à la maison. Florentin en tant qu’aîné était en bout de table et moi à sa gauche, Henri et Léon seuls mangeaient à table avec nous. Edmond et Jean trop petits mangeaient avec les femmes près de l’âtre, accroupis ou assis en tailleur sur la terre battue. Bien sur Justine et Anastasine nous servaient et restaient soit debout soit assises dans un renfoncement de la cheminée.

Osithe, Eugénie, et Marie augustine ne quittaient pas non plus les robes des deux femmes. La Léonie petite dernière avait encore droit de temps en temps aux seins, mais à trois ans il fallait bien se rendre compte que cela ne pouvait pas durer. Anastasine à qui on ne la faisait pas lui dit un jour tu vas point sortir tes mamelles jusqu’à ses douze ans quand même et il est pas sur de toute façon que cela empêche d’avoir des enfants.

Elle arrêta et retomba enceinte, vraiment foutue bonne femme, en mars 1864 elle mit au monde Séverin. Le bambin se porta comme un charme et on ressortit le berceau. Nous n’avions aucun enfant à placer car Justine s’opposait à les laisser partir avant douze ans. Par contre les faire travailler au tissage ne lui procurait aucun scrupule.

Edouard et Justine revenaient chez nous le dimanche, ils avaient grandi tous deux et Justine était maintenant une femme car elle avait eu ses menstrues. La petite était bien jolie, j’espérerais qu’elle ne ferait point de sottise et qu’elle ne se livrerait pas à la paillardise avec un valet déluré .

Mais je redoutais tout autant qu’elle ne se fasse forcer par un maître libidineux et profiteur.

Sa mère lui expliqua les choses de la vie et cela ne me rassura qu’à moitié, j’avais tort car la petite serait plus dégourdie que sa mère mais j’aurais raison pour un autre point.

Ma femme devint à la suite de cette 11ème maternité encore plus grosse qu’elle n’était auparavant. Sa poitrine était énorme et tombait sur son ventre, ses mamelons sucés et resucés étaient longs comme mon pouce, des petits vaisseaux sanguins formaient comme une arborescence sur cette opulence. Son ventre rebondissait en de multiples cascades cachant en un ultime rebond sa toison brune fort épaisse. Travaillant tout le temps elle ne prenait pas soin d’elle, une toilette de chat avec l’eau du broc tous les matins, un coup de peigne avant de remettre sa petite coiffe et c’était tout .

Pour la grande toilette il fallait mettre tout le monde dehors ou du moins les garçons moi j’avais pas le droit de rester non plus car Anastasine se lavait le derrière en même temps.

Les garçons allaient chercher l’eau au puits puis  la versait dans une grande gamelle qui se trouvait dans l’âtre. Une fois chaude on la mettait dans un grand baquet, Anastasine l’ainée commençait , elle se mettait toute nue dans l’eau et ma femme lui versait de l’eau sur la tête et lui brossait le dos. Aussi maigre que Justine était grosse, une brindille et une grosse bûche. L’Anastasine elle n’avait point de seins et était plate comme une sole. Je sais car un jour j’ai zyeuté par la lucarne. Autre chose de bizarre elle n’avait qu’une misérable touffe de poil blanc en haut des cuisses, non vraiment je préférais ma grosse Justine.

Ensuite une fois qu’elle était propre, c’est Justine qui entrait dans le baquet on ne changeait point l’eau on en rajoutait et c’était les filles qui faisaient la noria avec les seaux. Une fois séchées et rhabillées les deux femmes lavaient les filles, ce n’étaient que cris et rires. Puis venait le tour des petits mâles, dans une eau enfin changée.

Moi pendant ce temps je prenais un sceau d’eau que je mettais sur la margelle et je me lavais le visage , les mains et les bras et aussi les pieds et bien sur je me rasais. Pour le reste ma sueur se chargeait du lavage. Cet été j’irais quelques fois à la rivière qui courait au bas du village, l’eau qui sortait des sources était glacée mais cela enlevait un peu de vermine qui avait tendance à s’incruster.

Le Séverin aux seins on croyait être tranquille, mais bon dieu la Justine était une vraie lapine, comment faire. Elle avait beau être solide, elle finirait bien par y passer.

En avril 1865 nous naquit un autre gros garçon que l’on nomma Arsène Auguste

A la ferme on se moquait de ma fertilité et les femmes se cachaient en me voyant en se disant entre elles que le berger rien que par la pensée il vous faisait devenir grosse. Les valets me disaient goguenard que je ferais mieux d’utiliser ma main ou de sauter en marche. Tout cela j’avais essayé mais Justine ne voulait pas et moi j’étais pas très doué pour me retenir.

Quoi qu’il en soit elle avait encore deux chiards à la mamelle. Les aînés travaillaient comme des adultes malgré leur jeune age. Léon allait prendre la place de son frère Henri au travail du tissage et ce dernier irait rejoindre la cohorte des petits esclaves dans les fermes.

Quand j’ai conduit ce petit à Annouville vilmesnil cela m’a rappelé mon premier voyage avec Edouard. Même harde sur le dos, même regard d’incompréhension lorsque je l’ai laissé avec un inconnu. Ce qui ne changeait guère non plus c’ était les conditions, le petit serait nourri, habillé, les sabots neufs seraient aussi fournis. Le dimanche et les jours fériés le gamin ferait retour à Bec de Mortagne.

C’était le destin dans beaucoup de famille, le Florentin me racontait qu’autrefois les naissances multiples étaient compensées par les morts des drôles, et que maintenant avec les progrès ils en mouraient moins. Je sais pas trop ce qu’il voulait dire par progrès, moi mes petits ils étaient jamais malades et un seul était parti, pourtant on était bien miséreux. Faut croire que nous étions de la bonne graine.

LE BERGER ET LA FILEUSE , Épisode 13, La maladie de Justine

 

Juste après Justine tomba malade, elle se mit à tousser et à avoir de la fièvre. Moi à part remettre une épaule en place, guérir une verrue ou arrêter le feu je ne connaissais aucun remède. Dans un premier temps une connaissance au Florentin tenta de la soigner avec des décoctions et des tisanes, la vieille sorcière comme on l’appelait au village était sur d’elle. Cela nous coûta un poulet et Justine qui crachait du sang faillit passer. Il fallut se résigner à appeler un médecin, celui ci arriva en calèche, chaussure de cuir, redingote, gilet de flanelle et chapeau, jamais un tel personnage était passé sous notre porte.

En pénétrant dans notre misérable demeure il fut pris d’un haut le cœur et sortit son mouchoir blanc immaculé pour se protéger le nez. Bien délicat le carabin aux mains blanches, certes la Justine sentait pas bien bon, un mélange de vomi, de crachat, de sueur, de pisse et de merde alourdissait de ses miasmes notre maison. Après un examen rapide il nous donna quelques médications et surtout nous fit des reproches sur l’état de propreté de la malade. Il en avait de bien bonne, la belle mère travaillait comme une acharnée sur une commande de tissu, ma petite Justine qu’avait juste dix ans et sa sœur Osithe d’à peine 8 ans assuraient la garde de la malade, elles faisaient ce qu’elles pouvaient. Ce n’était qu’en même pas à moi de lui tenir la bassin.

Il fallut quand même obtempérer, on nettoya en grand la maison, on changea la paillasse et les draps , puis Anastasine et les deux petites firent une grande toilette à Justine. Elle traîna des semaines et avait beaucoup maigri. Elle dont les seins lourds débordaient du corsage n’avait plus que des mamelles flasques et tombantes. Puis peu à peu la nature reprit ses droits, elle redevint aussi grasse qu’avant sa maladie puis se remit à l’ouvrage.

Je ne l’avais plus touchée depuis plusieurs mois, heureusement j’avais eu une autre bonne fortune avec la femme d’un fermier des environs, mais je vous en reparlerai.

Un dimanche que nous avions une fois n’est pas coutume réservé à une balade dans le bois de gruville, je fus pris d’une envie. A ma grande surprise Justine me laissa faire, je lui remontais sa robe et son jupon, baissait mon pantalon et le long d’un arbre je la pris. Je crois qu’elle éprouva du plaisir. Elle était peut être plus détendue qu’à la maison où les enfants qui dormaient ou pas et Florentin et Anastasine qui dormaient ou pas juste à coté paralysaient souvent sa libido.

Un semblant de calme s’abattit sur notre foyer, Justine fut placée comme servante de ferme à Mentheville et Henri comme domestique à Annouville. La tablée diminuait et Justine enfin ne me faisait plus d’enfants.

On ne recommença pas l’erreur de mettre Osithe et Léon aux petites écoles, de toutes façons cela ne servait à rien et au métier, Justine, Anastasine et Florentin avaient besoin de petites mains.

Nous vivions une embellie, Justine retrouvait une vie plus normale sans enfant dans le ventre, pourvu que cela dure.

La dernière née marchait maintenant et ne s’alimentait plus que très rarement du lait maternel .

Depuis plus de 12 ans je m’étais habitué à voir ma femme donner le sein, bien il faut quand même dire que si trois enfants étaient placés dans des fermes que Justine ne grossissait plus d’une nouvelle maternité la situation économique de notre ménage laissait à désirer et il n’était point sur de pouvoir conserver le métier à tisser à la maison. Bien on verra, en attendant je vais vous conter l’aventure que j’ai eu avec ma fermière.

Un jour que j’étais au pacage pas très loin de Tourville, une femme déjà âgée vint me trouver pour me demander remède contre la stérilité. Je n’étais pas un saint guérisseur et n’avais strictement aucune idée de ce que je pouvais faire . Elle insista et je me dis après tout que puisqu’elle pouvait croire en mes » pouvoirs  » je pouvais toujours essayer.

Je lui dis il faut que j’appose mes mains sur votre ventre. Ingénument elle me dit d’accord et s’approcha de moi.

  • Directement sur ma peau
  • oui

Alors sans faire de façon elle remonta son jupon puis sa robe, nullement gênée. Je m’attendais à voir un cul, des cuisses blanches et un conin recouvert d’une abondante toison. Mais la bougresse avait revêtu une sorte de caleçon en dentelle qui lui couvrait presque toute la jambe et bien sur son intimité. Edouard se demandait bien quel était cet accoutrement et comment cette femme pouvait faire pour pisser. Devant la stupéfaction du berger, elle lui expliqua que c’était une mode de la ville et que pour l’hygiène ce sous vêtement était souverain.

Edouard ne savait pas ce qu’était l’hygiène mais il fut subjugué par ces froufrous et plus excité que si il avait vu une armée de femelles courant nues dans son pacage.

Bon quoi qu’il en soit je mis mes mains sur son ventre peut être que cette apposition serait miraculeuse ?

Ce qui fut miraculeux c’est que cette demi bourgeoise me laissa lui baisser son caleçon froufrouteux et la prendre comme un bélier prend une brebis.

Elle n’avait pas froid au yeux et ma Justine pudibonde ne pouvait lui être comparée. Je ne sais si elle eut un enfant mais si elle se donnait comme cela elle aurait sûrement des difficultés à connaître le père.

J’étais encore tout excité lorsque je rentrais à la maison pour la soupe du soir. Les enfants couraient dans tous les sens, Justine ne tenait plus debout et Florentin mon beau père s’était houspillé avec sa femme. Vous parlez d’un soirée, heureusement je repartais bientôt et pour un soir j’emmenais la petite Osithe avec moi. Elle était ma préférée, douce, affectueuse déjà dure à la tâche et secondant bien sa mère du haut de ses dix ans. Je lui avais promis qu’elle dormirait dans la cabane.

La nuit était déjà tombée, elle se cala le long de moi et je me mis à lui expliquer le ciel. Je ne sais à quelle étoile elle sombra dans le sommeil, mais je dus la porter sur ma paillasse la recouvrant d’une couverture de paille. Moi avec mes chiens, enroulé dans mon manteau je rêvais des beaux accoutrements de ma libre bourgeoise.

LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, Épisode 12, Le placement de mon premier enfant

Paul Gauguin

 

Le soir quand je rentrais je reprenais mes droits sur Justine. Elle me fit savoir qu’elle ne voulait plus d’enfants, alors plusieurs fois je me suis retiré avant la fin, elle n’aimait guère recevoir ma semence autrement qu’en elle. Il faudrait savoir ce qu’elle veut .

De toutes façon c’était inévitable elle retomba enceinte, ce fut un véritable calvaire, notre situation économique n’était pas bonne donc elle ne pouvait pas lâcher son ouvrage. Je ne pouvais rien y faire c’était le destin des femmes, être prises, engrossées, toujours trimer, encore une fois accoucher.

Je n’enviais pas ma femme, le soir après sa journée de labeur qui n’en finissait pas je la secouais pour la réveiller .

Elle accoucha de son neuvième enfant en septembre 1859, Anastasie encore une fois l’aida en compagnie de la petite Maria sa propre fille. Eh oui je ne vous en avais pas parlé mais l’Anastasie quand elle a marié le Florentin et bien dans la corbeille elle avait amené une petite bâtarde. Cela nous apportait une charge supplémentaire mais heureusement elle avait dix ans et pouvait travailler comme une femme.

Ce fut une petite fille que ma femme voulue prénommer Marie Augustine. Cinq garçons et trois filles vous parlez d’un cheptel. La difficulté était de vêtir tout le monde, les habits passaient de dos en dos et tant pis pour les pièces au cul et aux genoux, les enfants marchaient pieds nus, on verrait plus tard à les chausser, de toutes les façons on faisait dans l’ordre et le premier serait Edouard.

Justement celui là je pensais à le placer,  une bouche à nourrir de moins serait bien venue, Justine s’y opposa et le curé s’en mêla, je me demande un peu de quoi il s’occupait celui là. Bon les bonnes œuvres nous vinrent en aide et je pus le garder encore un peu.

Justine nous faisait des plats roboratifs et même si nous n’avions pas de belles guenilles nous ne mourions pas de faim, Orange qui s’en dédie. La vie était quand même bien compliquée d’autant  le quotidien se répétait à l’infini, moi il faut l’avouer je commençais par aimer un peu la chopine, une bolée de cidre par ci une rasade de calva par là, cela me détendait et me faisait oublier que je devais retrouver la Justine avec ses chiards et ses jérémiades. Dès fois je n’étais pas bien fin et les aînés prenaient souvent des trempes, puis un jour je ne sais plus trop pourquoi ce fut la Justine que se prit une volée, une gifle puis une autre. Elle bouda un peu mais je crois que j’avais raison d’affirmer que j’étais bien le chef.

Léonie Augustine vit le jour en octobre 1860, à la mairie de Bec de Mortagne on était habitué à me voir. Le curé un jour me prit à part et me demande quand j’allais arrêter avec la Justine.

Par Dieu il est bien marrant le fils du bon dieu je n’ai que 37 ans et la Justine 33, on va quand même pas vivre comme des moines et des bonnes sœurs.

Toujours le même scénario, celui qui naissait prenait la place au berceau et l’autre était calé entre ses frères et sœurs ou bien avec nous.

Notre alimentation était je dois le dire assez frugale, Justine aidée par les petites faisaient de la soupe, cela mijotait tranquillement sur le foyer, le pain qui n’était pas très cher était à la base de tout. Avec des céréales Justine préparait aussi des bouillies à se taper le cul par terre. Nous n’étions point trop exigeants et les petits plus qui venaient agrémenter notre quotidien nous suffisaient amplement. Ainsi une volaille, un lapin ou un peu de lard ravivaient nos dimanches. Hélas ce n’était pas souvent car je vous l’ai déjà dit l’ouvrage commençait à manquer pour nos tisserands. Pour sur nos filles ne feraient pas le même métier que leur mère.

Je commençais à emmener Édouard mon aîné à la ferme avec moi, il faut voir comme il était fier marchant maladroitement avec des sabots que je lui avais fait faire. Pour les économiser il ne les mettait pas sur tout le trajet, mais fier, je vous le dis il les avait en traversant le village.

Le boulot à la ferme et particulièrement avec les moutons lui plaisait mieux que le travail du tissage, au grand désespoir de son grand père Florentin. C’était la période de l’agnelage, mon fils fut stupéfait par toutes ces naissances, nous n’avons pas chômé. Ces arrivées d’automne donnaient de la très bonne viande, meilleure que celle du printemps, mais comme les bêtes étaiernt nourries à la bergerie et non pas au pacage elles coutaient plus chère. Bon moi je m’en moquais la viande c’était pas pour nous autres.

J’aurais bien aimé que mon fils travaille avec moi, mais le maître n’a rien voulu savoir, il m’a simplement recommandé à un fermier de Tourville les ifs.

Avec Justine on s’est engueulés sur le sujet elle ne voulait pas le voir partir moi je lui disais qu’il fallait faire de la place car elle avait des marmots sans arrêt. Elle m’a balançé que j’étais pire qu’un animal et que je ne savais pas me retenir. Pour le coup heureusement qu’il y avait les enfants autours pour me retenir sinon à la Justine je lui aurais mis une rouste.

Le lendemain il fit son baluchon et je le conduisis au hameau de Mesmoulins dans une grande ferme en bordure de la rivière, ce n’était qu’à quelques kilomètres de la maison, il pourrait rentrer le dimanche et moi au cour de mes pérégrinations avec mes bestiaux j’arrivais à le voir et à le surveiller.

L’affaire était donc réglée, il ne recevrait pas de gage mais serait nourri.

LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, ÉPISODE 11, la mort de mon fils et les difficultés domestiques

 

Le Florentin en effet voyait depuis quelques mois une tisserande de Saint Léonard, cela le changeait de sa vieille acariâtre, sèche et revêche. Évidemment en ce soir de deuil il aurait pu se passer de cette visite.

Donc pour ce que j’en savais la Justine était malheureusement enceinte, non de dieu comment allait on faire .

Heureusement et comme chaque année je m’évadais en gardant mes moutons et cette année là j’eus une bonne fortune.

Un soir ou je me demandais si je n’allais pas rentrer chez moi surprendre la Justine, j’entendis aboyer mes chiens, sur mes gardes je vis arriver une femme qui de toute évidence n’était point de la paroisse.

  • C’est vous Édouard Orange.
  • Oui.
  • Il paraît que vous arrêtez le feu
  • ben ouai
  • Je me suis renversée de l’eau brûlante sur la cuisse et je souffre atrocement.
  • Vous venez d’où
  • de Fécamp
  • de si loin
  • comment me connaissez vous
  • Par un fournisseur en toile
  • Montrez moi cela

La jeune femme souleva délicatement sa robe et son jupon, sa peau était blanche, ses jambes légèrement duveteuses, en haut de la cuisse une vilaine rougeur.

Édouard fut troublé par cette jambe au fuselé divin, légèrement au dessus de la brûlure, la naissance ondulante d’une belle toison le rendit fou de désir.

Il commença par appliquer sa main au dessus de la blessure de la jeune femme en récitant des formules que lui avait appris le vieux berger.

Immédiatement il sentit la chaleur dans sa main et il dut à plusieurs reprises s’humidifier les paumes pour faire diminuer la température.

Puis délicatement il posa sa main sur la cuisse de la belle, elle ne cilla pas et la thérapie devint caresse.

La petite ouvrière subjuguée, comme hypnotisée par ce berger sale et malodorant couvert d’une guenille de peau se laissa faire. Il la caressa comme jamais il n’avait caressé Justine. Ils ne se couchèrent point en la cabane mais sur un lit de mousse, soyeuse et douce comme une toile de Rouennerie. La petite n’était pas pucelle et sut sublimer ce moment. Édouard fou de désir donna le meilleur de lui même. L’étreinte fut renouvelée. Au matin à l’aube naissante Édouard découvrit la petite endormie au creux de son épaule, il devait s’occuper de ses bêtes et la réveilla. Elle partit en jurant de revenir mais jamais ne revint.

Notre berger qui ne se connaissait aucun pouvoir de séduction sut maintenant qu’il en possédait un et se jura de s’en servir à satiété.

Sur un nuage, il dut bien en redescendre, un matin il vit arriver sa femme en pleurs à son pacage, Jean est passé, Jean est passé cria t ‘elle. En ses yeux paniqués et attristés il revit le regard de Justine lors de leurs premières rencontres. Comme un fou, faisant fi de ses moutons et des étreintes infidèles il rentra en tout hâte en son logis.

Pauvre momie emmaillotée pour l’éternité le petit Jean qui venait à peine de passer sa première année gisait dans son berceau de misère. Dur, froid, les yeux clos, ange sans vie il était parti.

Florentin abattu buvait, pour se remonter, un coup d’eau de vie. Une femme inconnue veillait le petit , le reste de la marmaille s’affairait en de multiples tâches, seule la petite Osithe se rendant compte de la situation pleurait assise en chien de fusil auprès de l’âtre où se mourait un restant de soupe. Je fus peiné plus que de raison, Jean n’était qu’un être sans conscience, dépendant des seins de sa mère, puant la merde et couvert de gale. Je m’occupais avec Léon Donnet le cafetier des formalités, déclaration à la maison commune, et fossoyeur. Je passais aussi chez le menuisier qu’il me confectionne rapidement une petite caisse de bois. Le curé avait été prévenu par les voisines et se trouvait à la maison qu’en je rentrais.

J’appris aussi que la femme qui tenait la maison pendant l’effondrement de Justine n’était qu’autre la nouvelle du Florentin et donc ma future belle mère.

Dans un petit carré réservé aux enfants, un trou sombre fut creusé et le petit y fut jeté.

Un enfant c’est bien du désagrément surtout lorsque vous en avez beaucoup, notre aîné Édouard allait un peu à l’école du village, paraît il que c’est mieux pour son avenir qu’il sache lire et écrire, sans doute une belle connerie, moi je ne sais point tous ces genres de choses et je me débrouille.

De toute façon à 9 ans il devait bien travailler un peu à aider sa pauvre mère au tissage. Plus tard on verrait à la placer dans une ferme cela nous fera gagner en nourriture et il apprendra la vie.

En parlant de vie Justine en pleine chaleur donna naissance à Eugénie Élise, belle enfant que j’allais déclarer avant de regagner mon champs.

Je le répète à tout va mais vivre avec ses beaux parents quelle catastrophe. Justine qui supportait avec peine le joug de sa mère se retrouvait avec la nouvelle femme de son père.

En effet Florentin Gréaume avait convolé avec Anastasie Gruchy le  28 février 1859 en la commune de Saint Léonard, elle avait  42 ans, j’espérais  qu’elle n’irait  pas nous faire des petits.

Forte personnalité que cette fumelle, haute de taille et forte de corpulence, une poitrine à faire damner un curé, des longs cheveux blonds nattés et relevés en une sorte de chignon savant. Un joli visage peu marqué par le temps, mon beau beau père en était fou et elle le faisait tourner en bourrique. Pour avoir le droit de se glisser en elle, il fallait qu’il passe par ces quatre volontés.

Cela rendait Justine folle de rage, en plus les deux jeunes épousés faisant fi d’une proximité indéniable faisaient des galipettes sans se soucier de leur petits enfants et de Justine seule en son lit car j’ étais au pacage.

Enfin bref deux femelles dans le même terrier ne pouvait apporter que conflits.

Nous avions quelques difficulté économiques, car le travail du tissage commençait à rapporter un peu moins, il était plus facile de regrouper les ouvrages dans un même endroit, moins de coût de transport. De plus l’industrialisation allait bon train et de grandes filatures qui employaient un grand nombres d’ouvrières corvéables à merci se développaient à un rythme galopant. Tout concourait à faire disparaître le tissage familial. Moi j’étais au courant de tout car j’entendais colporter beaucoup de choses. Tout d’abord une espèce de machine qui crachait de la vapeur, faisant un bruit infernal en se déplaçant sur des morceaux de fer et qui rejoindrait notre capitale à Rouen puis au Havre. Il paraît qu’on pourrait transporter plein de marchandises et que le cheval allait disparaître, moi j’avais un doute.

Il paraît même que des beaux messieurs et de belles dames venaient exprès dans cet engin pour se baigner en s’attifant de tenue ridicule dans l’eau glacée de la Manche. Moi qui trouvait bien idiot de se laver au puits ou à la rivière se tremper le cul pour le plaisir quelle perte de temps.

Bon ce n’ait pas le tout mais je rentrais à la maison de temps en temps en belles saisons et tout le temps quand les moutons étaient à la bergerie. Les enfants me montaient sur les genoux, couraient dans tous les sens, je n’avais guère d’autorité, heureusement Justine et la belle mère les talochaient un peu.

LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, ÉPISODE 10, Des naissances et la mort

 

Mais pour l’heure ce qui agitait notre petite communauté fut que l’Augustin il avait engrossé une petite sans être marié. Si ce couillon avait fait attention nous n’en serions pas là déclara péremptoire la Madeleine. C’est que la bougresse était déjà fille naturelle d’une marie couche toi là.

De plus la Léopoldine comme de juste était sans le sou et la dot point grosse voir inexistante et comme l’Augustin n’était qu’un pauvre journalier la situation s’avérait peu confortable. D’autant que la diablesse qui avait le feu au cul avait déjà un petit bâtard de 3 ans qui courait dans ses jupes.

Ce fut la grande question, comme d’ailleurs elle se posait souvent, où ce couple chargé de famille allait il aller ? Dans le foyer Gréaume ou chez Joséphine Frébourg, car un foyer indépendant n’était guère envisageable aux vues des finances d’Augustin. Comme Justine allait mettre au monde notre sixième, Augustin et Léopoldine allèrent chez la Frébourg.

Ouf un de moins à la table commune.

En avril les douleurs de l’enfantement sont arrivés, comme pour les autres ce fut une formalité, vraiment Justine était faite pour mettre bas.

Nous l’appelâmes Edmond Albert.

La encore quel tableau, Léon sein gauche et Edmond sein droit, Osithe qui avait deux ans et demi dut être rapidement sevrée ce ne fut point facile elle fut malade et on crut la perdre. Mais pourtant il fallait bien, Justine ne pouvait nourrir trois petits.

Ma Justine eut tout de même beaucoup de mal à assurer le labeur, sa mère qui n’était plus que l’ombre d’elle même au métier de tissage prenait sur elle les tâches ménagères. Mais il n’empêche pour le sein elle devait bien s’arrêter de tisser.

C’est aussi après cet accouchement qu’elle prit un peu de poids, ses seins étaient énormes, bon ça je ne m’en plaignais pas mes paumes de mains étaient encore assez grandes , mais ses hanches s’élargissaient et son ventre devint pour le moins volumineux.

Dans notre chambre il y avait des enfants partout, Édouard avait prit place dans le galetas d’Augustin mais avait peur et pleurait toutes les nuits. Je dus me fâcher et lâcher de la ceinture, nous n’avions pas le choix les lits manquaient, Justine dormait avec Osithe et dans la même couche nous avions mis tête bêche notre fils Henri.

Léon dormait avec nous et bien sur le nouveau vermisseau dans le berceau.

En cette année 1856 je repris les nuits au pacage sans avoir de nouveau goûté à Justine, elle ne voulait pas, son retour n’était point effectué qu’elle me disait. Je repartis au vrai un peu déconfit de cette rebuffade, mais la tranquillité de ma cabane, sans cri, sans pleurs , sans ronflements valait bien après tout une courte abstinence. Mais avouons le je fuyais mon foyer.

Un soir après avoir déplacé mes claies dans un nouveau champs, je décidais de rendre visite à ma petite famille, les chiens garderaient le troupeau quelques heures. Les petits me firent la fête d’autant que j’avais sculpté quelques petits animaux en bois et que je leurs avais offert. Justine semblait soucieuse et il faut bien le dire guère amoureuse. Ses parents se couchèrent rapidement mais elle fit durer le temps. Moi le temps j’en avais pas, je lui soulevais le cotillon, la basculais sur le lit et je prenais ce qui m’était dû.

Je repartais seul dans la nuit, un peu penaud. Avec Justine l’amour allait fuir doucement mais inexorablement.

D’autant que comme d’habitude son ventre s’arrondissait, elle devint énorme et ne pouvait plus se traîner. Bon autant dire que sept enfants n’était pas un record et que Justine n’avait pas encore trente ans., comment faire. Moi je voyais bien un peu mais elle ne voulait pas innover en matière de sexualité. Son seul rempart à la fécondité était de se refuser à moi et cela moi je ne le tolérerais pas.

Jean Eugène naquit le 28 mai 1857, tout de suite on vit qu’il était un peu chacrot et on en tira de vives inquiétudes. Moi égoïstement je repartais au pacage, j’étais tranquille, de toute façon Justine me faisait comprendre qu’un enfant conçu dans le mal ne pouvait qu’être de santé précaire.

Le mal, le mal c’était vite dit, une femme se devait à son mari et il n’y avait rien à redire là dessus

Un malheur n’arrivant jamais seul, ma belle mère usée par des années de labeur se coucha pour ne plus se relever. Seulement elle fut dure à finir et ma Justine chargée d’enfants, de taches ménagères, car c’est maintenant elle qui les assumait entièrement devait s’occuper de sa mère. Ce fut terrible.

Madeleine ne pouvait plus manger seule, et c’est Édouard mon aîné qui se chargeait de cette corvée, grabataire elle se faisait dessus et là seule Justine pouvait s’en occuper. Cela dura des mois. Le Florentin à part devant son métier à tisser on ne le voyait guère. Je vous expliquerai cela plus tard.

En février paix à son âme la vieille bique nous quitta pour de bon, on lui fit un bien bel enterrement mais personne ne la regretta. Ma femme respecta les coutumes, voila notre seul miroir, jeta l’eau qui se trouvait dans les cuvettes, ainsi l’âme de Madeleine pourrait s’en aller. A son corps décharné on fit une grande toilette ce qui avouons le ne lui était pas arrivé souvent. On l’accompagna au cimetière de Bec sur Mortagne où elle fut la première de la famille à être enterrée là bas.

Lors du convoi funèbre je m’aperçus que Justine avait du mal à suivre et que sa silhouette déjà massive prenait une forme que malheureusement je reconnaissais entre mille.

En rentrant je lui posais la question au sujet de ses menstrues, elle m’avoua qu’elle ne les avait plus depuis un moment. J’éclatais en imprécation et je faillis ce jour lui mettre une torgnole. Le soir on ne vit point le père de Justine, nous étions entre nous cela ne nous était jamais arrivés, mais que je vous résume, Edouard 9 ans, Justine 8 ans, Henri 6 ans, Osithe 5 ans, Léon 3 ans, Edmond 2 ans et Jean 1 an. Une belle tablée de moutards, Justine avait préparé une bouillie et tout le monde se coucha rassasié. Justine était inquiète pour son père, moi je savais où il se trouvait, mais je ne pouvais décemment lui dire que son père se trouvait entre les cuisses d’une autre femme.

LE BERGER ET LA FILEUSE DU PAYS DE CAUX, Épisode 9, Entre deux grossesses, notre promenade à Fécamp

 

Pour loger notre belle marmaille , il nous faudrait trouver une maison un peu plus grande, pour le tissage pas de problème, on pouvait travailler dans n’importe quel village, les métiers fonctionnaient à plein dans l’ensemble du pays de Caux.

Moi je dus me trouver un autre troupeau à garder, à la foire de la Saint Jean je me louais en signalant que j’étais berger en m’accrochant un morceau de laine, de plus j’avais ma houlette en main nul ne pouvait me manquer.

Comme de juste je trouvais un emploi à la ferme Tranchard, ce n’était pas loin de la maison car nous avions élu domicile au hameau de la Roussie, tout de suite j’ai aimé cet endroit, vallonné, boisé avec cette petite rivière et ses nombreuses sources.

La maison que nous avons trouvée était toute en longueur avec un étage mansardé. De plus la pièce de tissage était superbement éclairée et cela était un sacré luxe.

Mais le fin du fin fut que les beaux parents auraient leur chambre et qu’Augustin dormirait dans la mansarde. Pour l’instant nos quatre enfants dormiraient autour de nous. Au niveau de l’intimité certes nous nous étions habitués mais je dois dire que le premier soir quand nous avons inauguré notre nouvelle chambre avec la Justine nous avons fait plus de bruit qu’ à l’accoutumée. De plus je soupçonnais l’Augustin de se livrer à quelques turpitudes quand il nous entendait moi et sa sœur.

Bref que du bonheur, nous étions un peu à l’écart du bourg principal et la Madeleine devrait marcher un peu pour aller à confesse.

Nous fumes heureux et je le prouvais à ma belle qui devint grosse, nous étions bien partis pour faire une grande famille. La Madeleine disait que j’étais pire qu’un lapin et que j’allais tuer sa fille. Qu’est que j’y pouvais si elle était fertile….

En février 1855 nous eûmes un petit Léon, là encore baptême et relevailles, nous avions changé de curé mais le tintouin était le même.

Figurez vous qu’avec la Justine nous n’avions jamais vu la mer, vous parlez qu’elle était loin à peine deux heures de marche, alors un dimanche nous avons sauté la messe enfin Justine car moi le berger à moitié sorcier , le curé se passerait bien de moi. En plus on disait que j’étais Bonapartiste, moi je m’en foutais complètement du  » Badinguet  » mais un jour ou j’avais bu au cabaret j’avais crié vive l’empire, alors évidemment j’étais catalogué.

La Justine n’avait jamais loupé une messe depuis son enfance et c’est un peu repentante qu’elle prit la route.

Nous passâmes au hameau de Coté Coté, puis devant le château de Franqueville, nous étions émerveillés de tout et encore plus Justine qui à part son métier et sa cuisine n’avait pas beaucoup bougé.

Après une pause à Contremoulins nous traversâmes le village de Toussaint, puis au détour de la colline nous apparut le petit port de Fécamp. Vraiment cela nous fit une drôle d’impression, dans un énorme trou semblant être creusé dans la ligne des falaises se tenait ce petit bourg morutier.

Le vent fouettait leur visage et les embruns salés leurs séchaient les lèvres, la mer pleine à cette heure avait pris mauvaise figure. Quelques trois mats armés pour la pêche à la morue dansaient dangereusement en bordure de quai. Malgré le gros temps, des hommes et des femmes s’affairaient au déchargement de poissons. Justine et moi nous les observâmes, ces petites mains semblaient fourmis, tant l’activité était intense. Nous étions dimanche mais le poisson ne pouvait attendre que le jour du seigneur se passe.

Tout leurs paraissait pittoresque, les mots employés, les tenues et même les visages. Les vieux loups de mer à la peau brûlée et ridée semblaient parcheminés comme les vieux documents des anciens terriers.

Dans la rue de nombreuses fileuses profitaient de leur congé dominical pour flâner le long de quai et provoquer les nombreux marins. Le langage était fleuri et Justine devint rouge comme coquelicot à plusieurs reprises. Ces dernières, filles de la cote ou de la campagne se tuaient dans des immenses filatures ou se travaillait le lin de façon mécanique. Justine se disait qu’un jour peut être elle serait obligée de franchir le pas et d’abandonner le tissage manuel à domicile pour venir mourir en ces centres industriels.

Sur le quai quelques veuves vêtues de noir, dans une hiératique immobilité scrutaient le large dans un hypothétique retour de l’être aimé. Se mouchant dans leur jupe des morveux et morveuses transis de froid s’impatientaient car eux au fond de leur petite tête ils savaient que leur père ou leur frère étaient à tout jamais perdus dans les brumes des mers arctiques.

Puis après nous être saoulés de ces senteurs exotiques et de ces matures bruyantes, nous poursuivîmes notre chemin en longeant les falaises. La foule disparut tout à coup, faisant place à quelques promeneurs qui courbés lutaient contre le vent.

Ces falaises de craie nous stupéfiaient par leur beauté répondant en cela à la splendeur des couleurs marines. Toutes les nuances de vert et de bleu défilaient devant nos yeux, quelques rouleaux puissants nous mouillèrent les souliers. Justine faillit tomber s’en tirant par un bas de robe bien humide, nous rigolions à chaque trébuchement. Le temps s’écoulait merveilleux.

Nous arrivâmes à l’escalier Grainval, cela montait sec et le souffle court nous pûmes contempler une dernière fois le spectacle grandiose de la mer qui maintenant commençait son recul.

Nous avions décidé de prendre un autre chemin pour rentrer, Saint Léonard et Tourville, les ifs furent notre itinéraire.

C’est à la nuit tombée que nous pénétrâmes dans notre chaumière. Madeleine s’était occupée des petits, tous dormaient ce qui était fort exceptionnel.

Ma belle mère forte d’une prémonition somme toute féminine avait couché la marmaille dans le même lit et notre couche était pour une fois libérée.

Cette soirée fut divine, Justine particulièrement disposée fut en tous points merveilleuse. Elle qui répugnait à être entièrement nue freinée par une pudibonderie exacerbée jeta ses oripeaux par dessus le rideau de courtil et m’ offrit à la lueur blafarde de la chandelle la vue de son corps délicieux. Plusieurs fois je me replongerais dans les méandres de ses charmes.

Est ce soir là qu’elle tomba pour une sixième fois enceinte ?