LES FEMMES DE L’INSURRECTION, PARTIE 2/5, LA SÉDITION

Mon mari qui lui même n’avait peut être pas tout compris m’expliqua que l’on ne devait plus payer le champart, la dîme, les agriers et le cens temps que les seigneurs n’avaient pas présenté leur droit primitif. Qu’un notaire du village de Migron nommé Giraud l’avait lu sur un décret de l’ Assemblée Nationale.

Ce dernier village rentra finalement en sédition et le directoire de Saint Jean d’angély requerra la force publique. Mais Giraud, les officiers municipaux et les villageois accueillirent la troupe avec des fourches, des faux et des armes. Les commissaires et les cavaliers de la maréchaussée durent faire volte face sans rien obtenir.

A Varaize la situation était tout aussi tendue et la foule était prête à se soulever pour se rendre à l’aide de Migron ou de tout autre village. Laplanche chauffait la foule,et Lapierce continuait de vouloir maintenir les droits de la comtesse.

La situation devient de jour en jour plus dangereuse, la foule grondait sans cesse, les paysans en cette fin d’octobre étaient plus libres de leur temps. Michel était de plus en plus exalté, énervé, il passait son temps avec Laplanche, l’écoutait comme moi j’écoutais le curé. Confusément on sentait qu’il allait se passer quelque chose.

La nuit , il ne dormait pas, il m’empêchait de dormir également, n’hésitait pas à me secouer pour que je l’écoute. L’excitation érotique était en passe de se terminer, il devient presque brutal, hier je ne voulais pas, lui oui, alors il l’a fait. Je n’ai pas pris de plaisir et il m’a fait mal, vivement que tout se termine. La révolution parisienne était bien loin, comprenait-on réellement les lois qui se promulguaient là bas. En tout cas, moi non, Michel se targuait avec les explications de comptoir de maîtriser la situation. L’emballement masculin nous faisait un peu peur à nous les femmes, en tous cas à la majorité d’entre elles. Certaines étaient par contre encore plus exaltées que leurs hommes, mon amie Marie Jonquières était l’une des plus furieuse, elle excitait son mari et les autres hommes, elle prêchait l’insurrection et la violence. L’autre jour elle s’en est pris à la femme Latierce, elle voulait la mettre toute nue et la jeter dans le ruisseau. La femme du maire a eu la peur de sa vie et depuis ne sort plus de chez elle. Les hommes sont prêts maintenant à s’entre tuer,une étincelle et c’est l’embrasement. Dans les communes voisines c’est la même chose. Partout des orateurs qui s’opposent aux autorités qui pourtant ont été nommées récemment, partout des femmes excitées qui les incitent au pire. Il y en a même qui sous l’effet de l’ivresse sont d’un débraillé honteux. Deux l’autre jour ont dansé une sorte de bacchanale en ayant les tétons à l’air.

Mon mari qui pourtant les a zyeutées un moment en rigolant, trouve cela répugnant. Il m’a prévenue que si je faisais pareil il me collerait une trempe devant tout le monde, mon pauvre homme il n’y a pas de risque que cela arrive.

Mais il fallait bien que le drame survienne, le 20 octobre 1790 Laplanche lit une proclamation devant Latierece qui annonce que plus aucun paysan ne payera les impôts dus à la veuve Amelot ci devant comtesse de Varaize. Un attroupement se constitue et le maire est pris à parti. La situation va déraper, c’est sûr, je ne vois pas mon mari de la journée et je ne sais ce qu’il fabrique, je mange avec les enfants puis j’envoie mon aînée aux nouvelles. Le maire a échappé au lynchage mais promet des sanctions. Laplanche par applaudissement fait adhérer la commune de Varaize à une sorte de ligue des communes qui s’opposeront par la force aux paiements des impôts.

Nous sommes à un moment clef, la sédition commence.

Michel rentre enfin, il est épuisé, mais heureux, il joue presque un rôle, lui qui toujours a été suiveur se retrouve presque sur le devant de la scène. Je suis fière de lui et je l’aime, ces moments sont exaltants et les plus beaux de notre vie. Je le regarde qui s’endort sur son fauteuil, il est beau. Des hommes de la commune viennent le chercher, je l’aurais bien gardé pour moi. Je vais l’attendre à moins qu’il veuille que je vienne avec lui, c’est non, pas de femelle me dit il en rigolant. Il me demande de garder de la soupe au chaud et de ne pas m’endormir.

Je sais à quoi pense le gredin, car je pense la même chose. Je désire mon révolutionnaire, mon Mandrin, mon Cartouche.

Mes fils Pierre et François me demandent de leur expliquer le pourquoi d’une telle agitation.

C’est difficile de leur faire comprendre alors que moi je ne comprends pas tout. Je finis par leur dire que l’assemblée Nationale à Paris a décrété que les droits seigneuriaux seraient abolis et que nous n’aurions plus rien à payer. Mais que finalement cette abolition ne comprenait pas les droits attachés à la terre qui eux étaient rachetables.

Tout était dit dans ces deux phrases, comment racheter quelque chose quand on avait pas le moindre fond. Seuls les riches pourraient le faire, nous les gueux, les sans le sou nous resterions attachés à ce système que nous combattions depuis des années.

Pierre le plus jeune me regarda et me dit papa va combattre alors. Non lui dis je, cela va s’arranger.

LES FEMMES DE L’INSURRECTION, PARTIE 1/5