UNE VIE PAYSANNE, Épisode 27,

 

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1820

Quelle mouche a piqué Nicolas de vouloir appeler mon fils Napoléon, il ne m’avait pas prévenu évidemment. Contrairement à d’habitude, je me permis d’émettre des doutes sur l’intelligence d’une telle démarche.

Qu’est ce que nous nous sommes passés, les murs ont tremblé, les enfants ne savaient plus où aller, Augustine était opportunément sortie. Nous nous sommes insultés comme jamais, il était dans une colère noire et j’ai cru qu’il allait me battre. Mais non il est sorti en me disant tu m’emmerdes et je ne l’ai pas revu pendant plusieurs jours.

François l’avait cherché pendant un moment, ou plutôt avait fait semblant de le chercher car ces deux là, ils étaient copains comme cochons. Ferait mieux de surveiller sa femelle cet imbécile.

Il rentra, appela son fils Napoléon et pour nous ce fut Joseph.

En attendant il faillit bien perdre son travail, car quand on est con on est con, il travaillait pour la ferme de monsieur Chardon.

Ce dernier voulut apaiser les esprits et ne pas énerver les paysans du coin qui ma foi étaient quand même un peu Bonapartiste.

Outre la naissance de mon fils, un évènement arriva en France, un Bonapartiste trouva le moyen de poignarder le duc de Berry.

L’assassin se nommait Louvel, moi ce duc je ne le connaissais évidemment pas mais il s’avérait que c’était l’héritier du trône.

Il faut donc que je vous explique, notre roi Louis XVIII n’avait pas été foutu de faire des enfants, c’est quand même pas bien difficile mais passons. Alors quand il passerait l’arme à gauche ce qui compte tenu de son état actuel allait bientôt arriver cela serait son frère Charles comte d’Artois qui prendrait sa place sur les planches dorées.

Lui il avait deux fils, l’avenir était donc assuré. Mais dans ces familles qui venaient de je ne sais où, rien n’était normal. Le fils ainé qu’on appelait Angoulême et bien ils l’avaient marié à Marie Thérèse la fille du feu roi raccourci. Mais comme rien n’était simple, les gazettes disaient qu’elle avait le cul serré et que lui avait l’aiguillette nouée.

Il restait donc ce fameux Berry qu’on avait marié à une sienne cousine lointaine, quand à la sortie de l’opéra il fut poignardé, sa femme ne savait pas qu’elle était pleine.

Ce crime fut donc considéré comme un régicide, car si la duchesse n’avait pas un garçon la branche ainée s’éteignait.

Le Nicolas pris de vin dansa devant la maison , si il continuait il allait finir par se faire arrêter.

Pour une fois mon frère se montra ferme et le fit rentrer.

Louis Alexandre Patoux

commune de Gault le soigny département de la Marne

Année 1820

C’était bien simple, moi des enfants j’en avais pas besoin, je n’avais pas de terre à transmettre ni à cultiver, j’avais mes outils et je tenais pas à les transmettre trop rapidement.

Ma femme était encore enceinte et était sur le point d’accoucher, j’espérais que cela se passerait mieux que la fois d’avant.

Je lui avais suggéré de le faire passer, mais cette idiote par foi chrétienne ne voulait pas. Je pense plutôt qu’elle avait peur. Oui c’était bien interdit on était d’accord, mais beaucoup le faisait alors pourquoi pas nous.

Ce n’était d’ailleurs pas vraiment un enfant de l’amour car voyez vous j’avais l’impression que ma femme n’en avait plus pour moi.

J’avais même du me fâcher pour qu’elle m’accepte. Ce soir là se refusant pour une énième fois je l’avais un peu contrainte. Oh je ne l’avais pas frappée, mais disons que je m’étais ouvert la voie en usant de mon autorité.

Après tout Catherine m’appartenait légalement, j’en faisais ce que je voulais et il n’était absolument pas question qu’elle serre les cuisses en permanence.

Julie Alexandrine arriva donc le 1 décembre 1820, je n’avais pas de chance c’était une fille et en plus elle allait vivre.

Catherine costaude laissa la petite en garde à ma mère et reprit le travail aux champs et en forêt.

Elle revenait simplement lui donner le sein de temps en temps.

Moi au niveau travail j’en avais par dessus la tête, l’économie avait repris , le souvenir des guerres s’estompaient et les étrangers avaient quitté les lieux.

Bon il est vrai que l’époque était moins joyeuse, l’église tentait de reprendre en mains ses ouailles, sûrement pour mieux nous diriger, et ne pas aller à l’église était assez mal vu. Moi je préférais aller boire un canon avec les copains à l’auberge plutôt que d’entendre des conneries en latin. C’était donc encore un sujet de vives tensions entre Catherine et moi.

Une autre source d’engueulade était que je voyais mon frère et sa femme et que je les invitais à partager nos repas le dimanche. Catherine n’aimait pas mon frère, car il lui avait manqué de respect lorsqu’il était encore garçon. Parlons plus crument, il l’avait une fois surprise à se laver, cela l’avait outrée et elle pensait qu’il la guettait partout et en tout temps.

Quand à notre belle sœur Marie Guerin, elles s’étaient jetées quelques grossièretés à la figure et depuis elles pinçaient du bec. Quelle engeance que ces bonnes femmes, moi j’aimais mon frère, on travaillait ensemble et ce n’était pas nos femmes qui allaient nous séparer. Si il le fallait je finirais bien par lui mettre une trempe à la Catherine et je pense que mon frère ferait de même. Nous aurions bien le dernier mot.

UNE VIE PAYSANNE, Épisode 22, les envahisseurs

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1814

Cela faisait quelques jours que nous étions dans la forêt, nous ne dormions que très peu et mangions encore moins. Il faisait froid, ma peau de mouton était trempée et me pesait.

A tout moment nous nous attendions à ce qu’ils arrivent. Pour moi c’était impensable, nous les avions repoussé en 1792 alors nous devions encore nous unir pour les renvoyer chez eux.

Mais visiblement cette fois l’épreuve était trop grande et les envahisseurs trop nombreux. Notre empereur avait joué le meilleur de sa partition, un vrai génie. Ses petits soldats, jeunes Marie Louise encadrés par les vieux briscards d’Espagne avaient fait des merveilles.

Nous les paysans, on les aidait de notre mieux, on les guidait sur des chemins inconnus afin qu’ils surprennent les cosaques ou les prussiens. On les ravitaillait comme on pouvaient, et parfois nous faisions aussi le coup de feux contre des isolés.

Je me souviens nous avancions silencieusement lorsque au détour d’un chemin l’on vit le spectacle étrange de quatre sauvages vêtus de peau de bêtes et armés d’arc et de flèches. Ces hommes aux yeux bridés, le crane rasé où seule apparaissait une queue de cheval étaient descendus de leur monture pour se reposer un moment.

On se concerta visuellement et on leur fondit dessus, nous n’avions pas d’arme à feu mais des couteaux bien aiguisés. Le mien entra dans le dos de celui qui semblait être le chef. Comme un mannequin de chiffon il s’affaissa, un filet de sang coulant de sa bouche.

Tous étaient morts et on les enterra vivement sous une bonne couche de feuilles, on chassa leur chevaux et on s’éloigna rapidement.

Ces kalmouks, soldats irréguliers servaient d’éclaireurs aux troupes régulières de soldats serfs des armées d’Alexandre.

Il fallait partir, nous pouvions être pris à tout moment et être fusillés. Nos actions ne servaient à rien, mais au moins nous avions le sentiment de participer à un effort général.

Enfin général le mot était un peu fort, beaucoup de gens étaient las des guerres et espéraient leur cessation.

Nous en discutions autour de notre maigre bivouac, si Napoléon partait, qui aurions nous à la place, son jeune fils avec la grosse oie blanche Marie Louise comme régente, le frère du roi décapité dont personne ne connaissait le visage ou le traitre Bernadote aux mains de la girouette Talleyrand et à la botte du tsar Alexandre.

Nous ne savions pas et pour sûr personne ne nous demanda notre avis. Nous allions subir encore et encore, cela nous en avions l’habitude mais cette fois sans la gloire. Fini les riches plaines Italiennes, les grasses vallées Allemandes, les steppes polonaises, l’immensité Russe et les montagnes Espagnols.

J’étais triste et aussi inquiet pour ma famille, qu’allait-il advenir lorsque tous ces sauvages assoiffés de vengeance se seraient déversés sur nous?

Marie Louise Cré, femme Perrin

Commune de Verdelot, département de Seine et Marne

Année 1814

Nicolas ce fou était parti avec d’autres pour arrêter les envahisseurs qui déferlaient sur notre beau pays, moi au fond de moi même je me disais cela fait 20 ans que nous faisons cela il fallait bien que cela nous arrive.

Comment avec leur couteau, leur faux ou leur vieille pétoire pourraient-ils arrêter qui que ce soit.

Ils allaient se faire tuer et moi me retrouver veuve avec quatre enfants dont un qui n’avait qu’une semaine.

Comment pouvait-il être d’une telle inconséquence? Mon frère lui n’était pas parti et mon père qui était trop vieux non plus.

Il n’ y avait que cet enflammé de Nicolas dans notre entourage qui avait fait ce choix, je crois qu’il avait rejoins une bande de tuiliers qu’il avait connu quand il avait exercé ce métier à la tuilerie de l’Aulnoy.

Moi en tout cas, Prussiens ou Russes, il fallait bien que je donne à téter à ma petite Joséphine, une mignonne blondinette, frêle comme un jeune roseau des rives du Morin.

Puis ils sont finalement arrivés, des cavaliers prussiens ont traversé le village le jeudi 10 février 1814, ils se sont comportés comme des soldats c’est à dire en soudards, exigeant tout, farine, bétails, argent, et bien entendu des femmes.

De fait pendant un mois ils n’ont fait qu’entrer et sortir, le maire à comptabilisé treize de leur passage. Ils devenaient de plus en plus exigeant et ma belle sœur Augustine faillit en faire les frais.

Un jour qu’elle puisait de l’eau au puits en compagnie de la petite Rosalie deux cavaliers Russes s’arrêtèrent et exigèrent de l’eau fraiche pour leur chevaux.

Après les chevaux ils demandèrent à manger pour eux, nous n’étions guère riches et le pain dur qu’elle leur présenta ne satisfit pas leur prétention. Ils voulurent une compensation et ce fut Augustine qui devait la leur procurer. Sous la menace ils la firent déshabillée, nue comme un ver la belle sœur, elle n’en menait pas large. Heureusement son frère, mon père et quelques autres rentraient à ce moment. Ils se firent houleux et les soldats battirent en retraite pour ne pas se faire embrocher.

Ce fut un moindre mal qu’Augustine eut montrer son cul à tout le voisinage en lieu et place de se faire prendre par deux cosaques.

Nous n’étions plus guère rassurées nous autres, on décida de ne plus aller au village qu’accompagnées par des hommes. La peur s’empara de nous.

Le 27 mars l’église fut pillée, les habitants molestés, on dit même que plusieurs paysans de Bellot on été fusillés et que d’autres sont morts dans les derniers combats.

Nous n’avions plus de calice, de ciboire, ni d’ostensoirs. Le curé pleura son argent massif.

Quand à mon Nicolas il pleura son empereur. Le 1er avril il abdiqua et notre maire Antoine Chardon le propriétaire du château de l’Aulnoy Renault put se permettre d’écrire Buonaparte l’usurpateur en lieu et place de sa majesté l’empereur Napoléon. Les grands et les riches ont beaucoup lus à perdre que nous c’est pour cela que leur fidélité n’épouse en fait que leurs propres intérêts. D’ailleurs sa femme madame la châtelaine était une anglaise cela expliquait sûrement tout.

Nicolas rentra au bercail avec nos voisins les Groizier, il se fit tout petit pour un temps en ruminant à la traitrise.

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 21, Deux jeunes amoureux.

Louis Alexandre Patoux

commune de Gault le soigny département de la Marne

Année 1812

J’avais vécu un rêve mais malheureusement il n’était pas devenu réalité, la belle que je courtisais n’avait pas navigué sur la même rive que moi et s’était laissée séduire par un militaire de passage.

Je ne lui en avais pas tenu rigueur, je n’étais après tout qu’un fendeur de lattes, coureur des bois aux mains caleuses. Un grenadier de la garde, même éclopé, avait de quoi alimenter les rêves d’une belle charbonnière. Moi je n’étais jamais sorti de mon trou et n’avais de connaissance que la végétation sylvestre.

Mais alors que je voguais sur les mers de la solitude, une jeune domestique fit son apparition dans mon quotidien. Elle s’appelait Catherine et au physique, me convenait parfaitement. Elle était orpheline et son père avait-été bucheron. Elle était donc du même monde que moi et avant de me la faire voler, je commençais une cour assidue. J’étais un peu emprunté et fruste dans mes approches, mais l’essentiel fut qu’elle sache qu’elle était courtisée.

Un sourire, quelques paroles et on arriva à la Saint Jean, danses, sauts par dessus les braises et un premier baiser.

L’émoi qu’il nous procura à tous les deux, nous provoqua des sensations que nous ne connaissions pas. Ce soir là, on eut beaucoup de mal à se séparer et croyez moi le sommeil ne m’était pas venu tout de suite. Je sentais dans ma bouche l’odeur de la sienne, mes mains croyaient encore trouver ses hanches.

Je la demandais en mariage très rapidement, elle était d’accord et ce jour là sur un gazon moussu elle faillit bien devenir mienne. Mais un restant de sagesse et de convention lui fit baisser le cotillon que j’avais déjà remonté fort haut.

Nous étions au yeux de la loi des mineurs, il nous fallait obtenir le consentement de nos parents ou de nos représentants légaux.

On commença par mon père, qui fut tout de suite charmé par Catherine. Il ne voyait qu’avantage à ce mariage, j’étais amoureux, elle était costaude et travailleuse, n’avait pas grand chose et moi je n’avais rien.

Le père donna sa bénédiction et dès lors je pus voir Catherine sans me cacher, elle fut même accueillie à la table familiale. Mon frère Charles d’un an plus vieux fut jaloux à en crever.

Jaloux que je me marie avant lui ou jaloux de la beauté de Catherine, je ne sais mais en tous cas il devint un ennemi pour moi et pour mon couple.

Je devais maintenant aller faire ma demande au curateur de Catherine à Villers aux bois. On partit un beau matin avec Catherine, c’était loin et il était peu probable qu’on arrive avant la nuit.

Pendant cette marche on planifia notre avenir, tout y passa. Nous avalions les kilomètres sans trop en souffrir. Lors des pauses on se nourrissait d’amour, de baisers,  de caresses, j’étais fou de bonheur.

Nous étions encore loin de Villers quand la nuit tomba. Catherine se souvenait des lieux et dans la forêt nous trouvâmes une cabane de bucherons pour l’heure inoccupée. Que croyez vous qu’il se passa, elle se serra le long de moi car elle avait froid. Mais alors que je m’imaginais une jolie suite, je sentis son corps se faire lourd, confiante elle s’était endormie. Avant d’aller la rejoindre dans ses songes, je l’observais à la lueur de la lune pleine. Je sentais que j’allais être heureux.

La mine un peu défaite, la robe froissée, le ventre creux, elle se réveilla, me fit un grand sourire et s’échappa derrière un grand arbre pour quelques besoins impérieux.

On alla direct au château pour trouver Jean Baptiste Judes . Intimidé je fis ma demande, Catherine redevenue petite fille dansait d’un pied sur l’autre. Il nous répondit qu’il allait en parler à Louis Berthé, l’oncle.

Je vis Catherine pâlir, en sortant elle m’expliqua ce qui s’était passé. J’aurais bien cassé la gueule à l’oncle mais cet acte m’aurait sans doute couté la main de celle que j’aimais.

On eut le résultat de notre attente en soirée après un conseil de famille. Catherine eut l’autorisation, nous étions aux anges.

On repartit le lendemain pour jamais ne revenir ici.

Les noces furent programmées pour le 25 novembre 1812.

Catherine Berthé

Commune de Gault département de la Marne

Année 1812

Nous avions Louis et moi l’autorisation de nous marier, il ne me restait plus beaucoup de temps pour me faire coudre une jolie robe. Dans mes bois, je n’avais appris qu’à réparer des mauvais chiffons et je n’étais pas capable de confectionner un habit complet, on trouva une couturière qui moyennant finance m’aida à la faire.

Le mercredi 25 novembre, le maire du village Jean Louis Pelletier, nous maria devant la famille rassemblée, du moins celle de mon mari. La mienne visiblement n’avait pas jugé bon de m’accompagner en ce grand jour. Sauf mes cousins Guyot qui s’étaient déplacés de Moeurs.

Une page s’était donc tournée, Villers aux bois s’éloignait, pas un instant je n’eus une pensée pour mes parents, après coup j’en ai eu honte, mais sur le moment rien ne vint ternir ma journée, notre journée.

Mais à quoi pouvait penser une jeune femme de 24 ans , sinon à cette fameuse nuit de noces. Je n’avais jamais fait l’amour, et ma mère ne m’avait rien enseigné sur le sujet. J’étais vierge physiquement mais aussi vierge de connaissance. Une oie blanche qui se doutait un peu de la tournure des événements mais sans plus.

Lors des quelques mois de fréquentations avec Louis j’avais bien éprouvé quelques sensations inconnues fort agréables, mais est-ce cela la jouissance dont parlait les femmes au lavoir?

Est-ce que j’allais avoir mal et serais-je à la hauteur des attentes de mon mari?

De fait Louis ne joua pas les téméraires, aussi puceau que moi pucelle, il fut long à se départir de sa timidité. Pudiquement il me laissa me déshabiller, puis à l’abri de la nuit ôta ses habits du dimanche.

Mon dieu ce qu’il fut maladroit, c’est moi malgré ma répugnance qui dut lui montrer le chemin. Il ne me fit pas mal, mais je ne ressentis absolument rien.

Le lendemain on nous dénicha dans notre refuge, nous dormions comme des biens heureux et on fut bien maris tous deux, de se retrouver en chemise devant l’ensemble de la noce.

Dès le soir je quittais ma chambre de domestique pour m’entasser chez les Patoux. Je passais sous la coupe de mon mari, de mon beau père et de ma belle mère. Il allait falloir batailler pour se faire une place chez eux.

D’autant qu’il restait mon beau frère Charles et ma belle sœur Marie Françoise.

Si tout de suite j’ai senti que je m’entendrais avec cette dernière, la question ne se posera pas avec Charles car je me mis à le détester immédiatement.

En fin d’année des rumeurs arrivèrent comme quoi l’armée de Napoléon avait été détruite en Russie, personne ni croyait jusqu’à ce que le maire n’affiche le bulletin de la grande armée numéro 29.

Tout le monde se précipita pour voir ou plutôt entendre la nouvelle, pour nous autres qui ne savions pas lire. Le froid et le mauvais temps avaient apparemment anéanti notre formidable armée. L’empereur lui allait bien. Tout le monde fut inquiet pour diverses raisons, certains avaient des enfants dans l’armée, d’autres s’inquiétaient d’une nouvelle levée en masse et les plus pessimistes redoutaient une invasion étrangère.

Moi j’étais confiante, cela faisait vingt ans qu’on gagnait , il n’y avait pas de raisons pour que cela change.

A la maison personne n’était d’accord sur le sujet mais la grande bouche de Charles tremblait à l’idée d’aller défendre sa patrie.

 

UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 14, Les préparatifs de la noce du berger

Nicolas Perrin

commune de Verdelot département de Seine et Marne

année 1803

J’avais donc quitté mes braves moutons, pour manier l’argile à la tuilerie de l’Aulnoy. C’était à un saut de puce de Pilfroid mais aussi de Villiers Maillet.

Même si Augustine m’avait au début de sa grossesse fait comprendre que c’était terminé entre nous, j’avais l’espoir de pouvoir encore profiter de sa chair grasse et du goût incomparable de sa peau.

Certes j’avais du respect pour mon ami François mais les saveurs de sa femme m’auraient fait commettre les pires sottises.

Heureusement mon mariage avec mon oie blanche de Marie Louise approchait, je n’avais rien goûter d’elle mais j’étais sûr de me rattraper. Par contre ce qui constituait pour moi un mystère était la qualité des mets que j’allais consommer. Marie Louise valait-elle sa belle sœur Augustine?

On se maria le mercredi 9 novembre 1803, c’était la bonne période, pas de fête religieuse, ni de carême en vue et des travaux dans les champs ralentis par les intempéries. Les moutons étaient aussi à la bergerie, la famille serait donc complète.

Nous avions décidé de faire les choses en grand et d’inviter notre parentèle au sens large.

On se rendit à Sablonnières pour aller inviter ma mère et mes frères et sœurs, ils furent heureux de me voir placé, moi qui n’étais plus maintenant de toute première jeunesse. Il fut convenu que ma mère et ma sœur viendraient donner la main aux femmes de la famille Cré. D’ailleurs Maman se nommait ainsi et avait une lointaine parenté avec ma future.

Ayant fait le tour des connaissances sans en oublier, car le ressentiment serait terrible, nous pûmes vraiment commencer les préparatifs.

Ma mère était âgée de soixante trois ans vieillie aux travaux des champs, elle n’était plus que le fantôme de la femme qui m’avait bercé et nourri. Lourde, le pas pesant, la poitrine autrefois orgueilleuse se joignant en cascade à un ventre bulbeux lui donnait un air de barrique assez comique.

Ses cheveux étaient enfermés dans un bonnet noir mais quelques mèches échappées nous assuraient que depuis longtemps la neige de la vieillesse était tombée. Son visage craquelé, abîmé par les vents d’est qui s’engouffraient dans la vallée du Morin lui faisaient ressembler à un morceau d’écorce détaché d’un vieux chêne. Sa bouche dépourvue de la moindre dentition paraissait se resserrer en une triste moue. Mais enfin la joie des noces lui permit de faire pétiller ses merveilleux yeux gris couleur de cendre et je retrouvais ma mère telle que je la voyais lorsque feu mon père lui pinçait les hanches.

Ma belle mère était en tout contraire à ma mère, petite bonne femme de 58 ans, sèche comme une poire tapée, encore vigoureuse, courant partout, régentant son monde. Un visage lisse comme une peau de pêche et les cheveux tels que lui avait donné sa mère. Si son nez n’avait point été aussi long elle eût-pu être jolie. Heureusement ma future n’en n’avait pas un d’aussi long. Les yeux de la Guyot comme les habitants de Pilfroid l’appelaient, dardaient toujours un regard noir qui vous mettait à nu. Mais ce jour elle mariait sa fille et une flamme d’amour les adoucissait.

Le vieux Cré ,mon beau père se tenait prés d’une barrique que mon beau frère Louis Adrien avait menée de son chai. Il goûtait à la fine piquette Seine et Marnaise comme si il buvait le nectar des dieux.

D’ailleurs il avait fallu d’âpres négociations pour que ce dernier condescende à me vendre le fruit de sa vigne. Monsieur voulait sans doute que le cours de cette ignoble boisson monte encore un peu pour qu’il la vende avec plus de profits à la foire de Coulommiers.

Si il n’avait tenu qu’à moi je n’aurai pas invité ce triste vigneron au cœur dur qui nous avait ravi ma sœur Marie Magdeleine. Cette dernière d’ailleurs toujours à le suivre comme un chien suit son maître, ne me semblait pas rayonner du bonheur dû à une femme de son âge. Mon dieu qu’elle avait l’air triste dans sa robe de coton sombre pas même rehaussée d’un tour de cou. Son visage pourtant replet était emprunt d’une tristesse infinie.

Ma petite sœur Marie Victoire était heureusement son contraire, pimpante, gaie comme un pinson. Une allure de reine sentant la fille à marier. Croquante, souriante, belle comme un paysage de printemps, une femme à qui tout devrait sourire, une plante aux yeux clairs comme toute la fratrie Perrin , peut-être héritage d’anciens colons venus du nord.

Une autre de mes sœurs était aussi présente, Marie Catherine, solide paysanne mariée à Théodore Garnier un manouvrier de Sablonnières. La rumeur voulait qu’il la batte comme plâtre, je n’avais rien à en dire, chacun tenait son ménage et sa femme à son appréciation.

C’est donc cet ensemble de femmes qui allaient œuvrer au banquet de noces et déjà les effluves des abatis me venaient au nez.

LA VIEILLE AU CHAT Épisode 2

 

 

Maintenant elle était libre d’homme et libre tout court, mais telle une meute de loups, les mâles libres ou non libres du village se mirent à tourner autour d’elle. C’était bien misère qu’un beau corps de femme ne contente plus personne, c’était bien misère que ses hanches ne soient plus prises.

Anne en entendait de belle lorsqu’elle se rendait à l’église ou chez une pratique pour ses ouvrages.

La crudité des mots la faisait rougir, elle accélérait le pas tête basse. Le curé la sommait presque de reprendre un époux, ses frères et sœurs lui organisaient des rencontres. Mais elle n’avait besoin de personne, refusait tous les partis. Sa vie était concentrée sur l’éducation de sa fille Constance et de son fils Pierre.

La vieille Anne comme statufiée dut bouger, elle dérangea le chat qui pourtant n’avait aucune intention de se mouvoir. Trottant d’un menu pas elle gagna le fond du jardin, le froid la saisissait, elle écarta négligemment ses frêles jambes et pissa debout. La bise qui fouettait son visage lui rappela soudainement un événement heureux de sa vie. Heureux et malheureux serait-il plus juste de dire.

Nous étions en octobre 1849, Anne se rendait chez une cliente pour effectuer une retouche sur une robe qu’elle avait cousue. Bizarrement ce jour là elle ne trouva pas celle qu’elle venait voir mais son mari. Bêtement elle s’était trompée de jour, l’homme la pria de rentrer afin de se réchauffer un peu.

Il faisait bon, l’homme était disert, elle fut bientôt sous son charme. Depuis sept ans que son mari était mort elle n’avait plus ressenti l’impression diffuse qui tétanise les muscles et brouille l’esprit.

Il ne se passa rien ce jour là mais Anne sentit qu’une mâchoire s’était refermée sur elle.

Elle était, en cette période, d’une irrésistible beauté, du moins le ressentait-elle ainsi. La vie lui souriait à nouveau, chaque matin était jour de fête, les enfants étaient contents et rayonnaient.

Évidemment il arriva ce qu’il devait arriver, l’homme, le mari de sa cliente devint un amant. Pourvoyeur de plaisir au départ il se fit bientôt plus présent. Cela devenait dangereux, mais leur irrépressible attirance faisait fi des risques encourus.

Mais la chance les couvrit et leur secret point découvert . Seulement dame nature traitresse aux âmes amoureuses rappela Anne à plus de tenue. Elle n’eut bientôt plus ses menstrues, le divin hiver se transforma en un printemps de chagrin.

Dans les premiers temps Anne de ses mains expertes de couturière cacha par d’amples vêtements son ventre qui grossissait.

Mais bientôt la chose se révéla, la grenouille de bénitier s’était faite crapaud, les femmes du village offusquées commencèrent leur travail de médisance. Les spéculations sur le père allèrent bon train, on croyait savoir qu’untel était le fautif, puis non c’était un autre, en bref personne ne savait et cela énervait . Où avait-elle été troussée et par qui, le maire tenta de lui extorquer le nom, le curé se mêla évidemment de l’affaire?

Anne qui était vilipendée, huée et chahutée ne sortait plus de chez elle. Au lavoir elle avait été bousculée, on lui avait jeté du crottin de cheval à la figure en la traitant de catin. Une troupe de poissardes eut bien voulu la déshabiller et la jeter dans la Roulière. Elle était la salope du Gué, la voleuse d’homme, chacune croyait son mari responsable de la forfaiture.

Puis le terme arriva il fallait bien recracher le vilain fruit.

Anne avait froid, elle rentra chez sa fille et n’eut que le temps de se caler dans son fauteuil en reprenant son chat que François et Constance rentrèrent d’une pièce de terre où ils effectuaient des travaux d’hiver.

Le gendre était peu amène et de fort méchante humeur, il s’en pris à sa femme qu’il trouvait souillon. Comme si une femme qui avait pataugé dans la fange toute la journée pouvait être aussi propre qu’une bourgeoise des villes. Mais la fille d’Anne avait du répondant et François qui menaçait en permanence de lui foutre une volée n’oserait certes pas la toucher.

Il s’en prit donc à l’inutilité qu’était   sa vieille belle mère, c’était un rituel. Anne sans se préoccuper outre mesure de la méchanceté de son gendre replongea dans ses pensées.

Il n’était pas question pour elle de mettre son enfant au monde au Gué d’Alleré, trop de méchanceté, elle portait le poids du déshonneur. La sage femme lui avait d’ailleurs fait savoir qu’elle se refusait à l’accoucher.

On lui parla alors d’une accoucheuse dans un village à quelques kilomètres qui à n’en pas douter serait moins regarde si la rémunération était bonne.

Elle approcha donc par l’intermédiaire d’une connaissance la dame  Voyer Catherine, née Crouton, du village de Saint Médard d’Aunis

On se mit d’accord sur le prix, pratique et logement.

Lorsque le moment fut venu ce fut Louis Turgné son beau frère qui accepta de l’emmener, avec son gros ventre il n’était guère possible de faire les dix kilomètres qui séparaient les deux bourgs.

Curieusement les membres de la famille de son défunt mari ne lui étaient pas hostiles et là protégeaient même de la vindicte populaire.

Sur place elle fut prise en charge par la Catherine, femme replète à la poitrine abondante approchant la soixantaine. Dire qu’elle fut bien accueillie serait mentir, là aussi on lui fit comprendre qu’ouvrir les cuisses sans être mariée était une iniquité innommable.

On la coucha sur une mauvaise paillasse et sans plus de cérémonie la vieille aux ongles douteux examina l’ouverture du col.

Le tour en charrette avait accéléré la dilatation et l’enfant ne tarderait pas. Visiblement la matrone connaissait son affaire mais les réflexions osées et graveleuses accompagnèrent Anne pendant son travail.

Anne avait déjà eu deux enfants, alors la sage femme pronostiqua que l’ouverture était faite et que cela irait très vite.

La bonne femme vaqua à ses occupations et fit la soupe pour ses enfants. Lorsque Anne vit rentrer toute la maisonnée, Alexis, Louis, Pierre,Magdeleine et Françoise elle crut qu’elle devrait mettre bas devant tous ces jeunes hommes. Elle fut prise de panique et couverte de honte.

Mais Catherine ne garda que sa plus jeune fille et fit sortir tout le monde, même pour une femme de rien une certaine pudeur s’imposait quand même.

Anne mit plusieurs heures à faire sortir son gros garçon, il n’était pas bien placé et la sage femme d’une main experte l’extirpa du ventre de sa mère.

Anne était épuisée, exsangue, une légère hémorragie se déclara et la Catherine à l’aide d’étoupe confectionna un pansement.

La petite Françoise s’occupa du bébé, malgré son jeune âge on voyait bien que sa mère lui avait transmis ses connaissances.

Il fallut bien nommer l’enfant, pas de père alors pas de nom. Mais le prénom demanda la famille Voyer, Anne qui n’avait guère réfléchit lâcha le doux vocable de Mathurin.

Louis Voyer le fils de l’accoucheuse et Etienne Crouton cordier de profession et frère de la docte femme allèrent en Mairie déclarer l’enfant.

On revint chercher Anne et elle fit son grand retour au Gué d’Alleré.

Curieusement le fait d’avoir accouché fit que le village s’apaisa un peu. Sa mère la vieille Marcou qui lui avait tourné le dos vint même voir son bâtard de petit fils. Même ce foutu curé de Joseph Mestre lui rendit une visite, croyait-il que je n’allais pas baptiser le petit?

Eh bien si, François Mathurin entra dans la communauté chrétienne et finalement se fera une place dans le village du Gué d’Alleré.

L’histoire aurait pu s’arrêter là si Anne n’avait eu la malencontreuse idée d’épouser Auguste Eugène le bigame.

Anne était maintenant couchée sur sa paillasse, au loin on entendait une vache qui beuglait et au près une charrette dont les roues étaient cerclées de fer et qui s’avançait en chantant une mélopée.

Dans la maison le couple avait fini sa joute, François ronflait et Constance qui n’arrivait pas à trouver le sommeil se retournait en pestant. Les deux enfants épuisés par le travail avaient eu aussi rejoint les bras de Morphé.

La vieille au faible sommeil pensait et se refaisait l’histoire de sa vie, elle savait que bientôt elle allait rejoindre son mari Pierre et surtout son fils François Mathurin. Elle souriait aussi car les hasards de la vie allait faire qu’elle mourait dans le même lit que son fils. C’était une façon de revivre un peu avec lui. Quand elle pensait à ce gamin qui lui avait apporté de la joie malgré les problèmes occasionnés par sa venue elle était heureuse.

Le lendemain de ce jour elle ne se réveilla pas.

Anne Duteau, la petite limousine, la femme au Pierre Turgnié, la veuve Turgné, la salope voleuse d’homme, la mère du bâtard, la femme du bigame s’éteignit le 30 octobre 1894 dans la commune de Saint Rogatien. Elle y repose non loin de son fils Mathurin mort dans la fleur de l’âge le 25 novembre 1873.

 

ODE A UNE DERNIÈRE COMPAGNE

 La mort est venue chez moi ce soir,

Je lui ai dit de repasser plus tard.

A-t-elle perdu la raison,

De venir hors de saison .

Elle est partie en souriant,

Me disant j’ai tout mon temps.

Car voyez vous la gredine,

Ce fait un jour votre copine.

Au moment où on s’y attend le moins,

Elle est tapie là dans son coin. 

La faux s’abat sur vous, heureusement

Elle ne gagne pas à tous les coups. 

Pour quelques temps elle lâche sa proie,

Mais soyez sûrs elle reviendra. 

Vicieuse, elle est sournoise,

Prenez garde, qu’elle ne vous cherche noise.

Je suis sûr qu’elle est partie excédée,

De ne pas m’avoir emporté. 

Quand elle vous a frôlé,

Vous en restez obsédés. 

Maintenant j’ai soixante printemps,

M’étonnerait qu’il m’en reste autant. 

Rien ne sera comme avant,

Sauf peut être les rires d’enfants. 

Mais je m’appuie sur la main de mon amour,

Pour que le bonheur coule toujours.

Bientôt une nouvelle brise soufflera,

J’espère qu’elle me pardonnera,

De l’avoir ce dimanche humiliée,

Hippocrate en urgence repoussé. 

Afin que je puisse vivre mon destin.

Celui simple de vivre avec les miens. 

Présomptueusement je pense l’avoir domptée,

Mais je la crois très fâchée. 

Nous redeviendrons un jour bons amis,

A ce moment tout sera fini. 

On ne gagne jamais contre la faux,

Quand elle décide de s’y prendre comme y faut .

Mais en attendant je jouis de la vie,

Combien de temps avant que tout soit fini.

 

Pascal

 

 

 

UNE BIEN BELLE ANNÉE

L’année 2020 a été pour moi au niveau de l’écriture, merveilleuse. Elle l’a été car vous avez été fort nombreux à me lire, mon blog ayant cette année dépassé allègrement les 100 000 visites.

Je tiens donc à vous remercier de tout mon cœur pour l’attention que vous avez portée à la lecture de mes articles et sagas familiales.

Vos commentaires amicaux hormis quelques insultes m’encouragent à poursuivre cette passion dévorante qu’est l’écriture et à m’améliorer sans cesse.

Un remerciement appuyé à tous les administrateurs des groupes qui par leur constance et leur gentillesse font vivre la généalogie et permettent la diffusion de récits d’auteurs amateurs.

Également un remerciement plein d’amour à mon épouse qui relit et corrige mes textes

L’année prochaine je reviendrai vers vous avec d’autres chroniques , d’autres sagas et d’autres articles, pour continuer à faire vivre nos ancêtres disparus et faire œuvre de transmission.

Pour vous faire patienter je vais rediffuser quelques textes plus anciens mais en attendant je vous adresse de nouveau mes sincères remerciements et je vous souhaite un merveilleux noël et une belle année 2021

 

Amicalement

Pascal

 

 

 

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 52, encore une bouche à nourrir à la Foresterie.

1863 – 1866, la Foresterie, commune de Grobreuil

Rose Caillaud épouse Ferré.

Nous les femmes on avait pas trop notre mot à dire quand il s’agissait d’agriculture, de terre ou de bestiaux. François il avait décidé et comme je vous l’ai dit il était têtu. Un beau matin nous chargeâmes nos meubles sur une charrette à foin qu’on nous avait prêté, nous n’avions pas besoin de faire beaucoup d’aller et retour nous étions pauvres. En Vendée il y avait beaucoup de bras donc les salaires n’avaient pas tendance à monter. François était travailleur certes mais pas très entreprenant, pour monter dans une société figée comme la notre il fallait faire preuve d’audace et il n’en n’avait point.

Bon revenons sur le sujet qui fâche, la divine bouteille était son péché mignon, quand il n’était pas ivre il flottait entre deux eaux. Alors pensez bien qu’aucun propriétaire ne lui aurait confié un métayage , un fermage ou un colonage. Alors on se baladait de hameau en village et lui de ferme en ferme.

Donc nous voilà partis, comme des bohémiens, les quatre pissouzes juchées en haut de notre fatras et les deux petiots à l’arrière les jambes ballantes.

J’avais presque honte de montrer un tel bric-à-brac, une fierté peut être déplacée pour des sans le sou . La pauvreté étant générale nous n’étions pas forcement les plus à plaindre. Oui les enfants se repassaient leurs effets, reprisés, raccommodés des pièces aux genoux , au cul. Dans mes vieilles robes j’en faisais pour mes filles qui grandissaient . Ce qui m’embêtait le plus, c’est que les gamins allaient la plus part du temps pieds nus, il fallait économiser les sabots. Les pauvres avaient souvent leurs petits pieds meurtris, coupés et il faut le dire d’une saleté repoussante. Nous les adultes nous possédions des souliers mais là aussi économie, juste pour la messe, les noces et les enterrements.

Nous nous installâmes donc en notre nouveau logement, ni plus ni moins délabré que le précédent, ni plus grand ni plus petit toujours le même entassement.

Nous avions quand même un jardin ou j’allais pouvoir m’assurer des légumes pour la soupe quotidienne et un poulailler pour élever quelques bestioles que je vendrais, sur le marché.

Parlons maintenant des choses qui fâchent, quelques soit l’endroit, le travail était dur et régit par les mêmes contraintes, rien n’épargnait les femmes, labeur, enfants,  et satisfaction de nos seigneurs et maitres.

Mais moi j’avais mes petits moments de détente avec mon beau journalier, c’était un risque calculé mais quel bonheur à chaque retrouvaille. Je crois que le fait de devoir se cacher, le fait de l’acte de tromperie décuplait mon désir. Cela faisait en somme un équilibre avec les méchants coups de boutoir de mon tendre époux.

Nous fîmes cela une dernière fois et il me promit de s’arranger pour venir me voir. Je ne croyais guère ses sornettes masculines, mais bon je m’y rattachais quand même.

Même endroit,

François Ferré, époux de Rose Caillaud.

La Foresterie était située entre Nieul le Dolent et Grosbreuil, il y avait quelques maisons où logeaient des familles de journaliers comme nous, Jean Ravon, Pierre Beranger  et Louis Rivaize . Ils y avaient l’exploitation de Jean Rimbaud qui formait couple avec sa sœur, la ferme de Pierre Potin et celle de Guilbeau Jacques, sans oublier celle importante de Gautreau louis.

Il y avait treize maisons et nous étions plus de cinquante habitants, du mouvement partout et des enfants qui couraient dans tous les sens.

Moi je m’employais chez tous et chez personne en particulier, j’avais comme qui dirait mon indépendance. Je me fis tout de suite un copain, Henri Martin dit jambe de bois, journalier comme moi mais il faut le dire avec un sérieux handicap pour trouver ouvrage, lui et sa femme crevaient littéralement de faim.

Nous avions aussi une pauvre miséreuse, la Marie Jousmet plus de soixante dix ans et toujours à trimer. Elle lavait le linge des Gautreau, la pauvre elle faisait pitié à plier sous le faix. Je la soulageais souvent de sa charge quand je la croisais.

Je ne sais si Rose se plaisait en cet endroit mais vu sa tête j’avais comme un doute. D’ailleurs la Rose, elle n’était plus celle que j’avais connue, il s’était opéré comme un changement. Subitement elle était devenue plus coquette, plus propre, elle passait son temps à se laver le cul comme une catin.

Mais le plus bizarre c’était qu’elle ne se refusait plus à moi comme il fut un temps. Je la trouvais quand même un peu passive mais bon moi je faisais mon affaire et je ronflais comme un sonneur.

Mais tout de même, que les femmes étaient des êtres bizarres, il en fallait bien pour faire des drôles, pour la bagatelle et aussi s’occuper des vaches

En parlant d’enfant la Rose m’en promenait un autre, comment se débrouillait t’ elle . Je passais mon temps à m’évertuer à nourrir ma marmaille qu’elle m’en refaisait un autre.

C’était la nature me direz vous mais certaine femme en avait moins que d’autres. Cela doit appeler à des explications, bon moi j’en avais pas.

Celui que nous appellerions petit Louis naquit à l’automne 1865, il était blond comme les blés, d’ailleurs tous étaient blonds sauf la Célina qui était brune comme une romanichelle.

Mon frère Jean me disait  » quoi que t’as foutu pour avoir une noiraude  », je lui répondais j’ai fait comme pour les autres. De fait tous les Ferré étaient plutôt de teint clair, bon c’était comme cela elle était par ailleurs d’une beauté exceptionnelle. Il faudrait que je me méfie car elle allait m’attirer tous les mâle du village. Ma femme n’avait que trente deux ans et m’avait donné déjà sept enfants en onze ans de mariage quand je vous dis qu’elle portait sans cesse ce n’est pas des blagues.

Pour que l’on puisse s’en sortir il fallait que je trouve au plus vite à placer ma fille aînée, elle était un peu jeune mais bien vigoureuse elle pouvait servir si l’on savait manier la badine. Ma femme s’y opposa et devant sa détermination je dus différer ma décision.

UNE ANNÉE 2018 FORT RÉUSSIE.

En cette fin d’année je tiens à remercier l’ensemble des internautes qui m’ont suivi à travers mes histoires. Vous êtes de plus en plus nombreux à me lire et cela me comble de bonheur, au départ destiné à l’édification de mes enfants et petits enfants, mon blog a pris une importance que je n’espérais guère en démarrant cette aventure.

J’ai des lecteurs dans environs 90 pays et cela fait toujours bizarre de savoir qu’un texte que vous avez écrit soit lu à l’autre bout du monde.

Je ne sais pas de quoi  demain sera fait mais d’ors et déjà quelques textes sont prêts et j’espère qu’ils vous intéresseront.

N’hésitez pas à commenter,  à liker, à partager et même à me soumettre des idées.

TOP 5 DE MES TEXTES POUR L’ANNÉE 2018

De quoi mourait on dans nos campagne : https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/05/18/de-quoi-mourait-on-dans-les-campagnes-dautrefois/

Une sinistre histoire de viol : https://pascaltramaux.wordpress.com/2015/05/16/une-sinistre-histoire-de-viol-1797-dans-un-village-de-laisne/

Le berceau de la petite morte : https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/08/31/le-berceau-de-la-petite-morte/

La mort de la petite paysanne : https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/09/la-mort-de-la-petite-paysanne-le-fleau-de-la-variole/

La niflette tradition Provinoise :  https://pascaltramaux.wordpress.com/2015/10/10/la-niflette-tradition-provinoise/

Je vais terminer en vous souhaitant  une bonne année 2019,  plein de belles trouvailles et en vous remerciant une dernière fois pour vos visites assidues.

Pascal

PETIT REMERCIEMENT AUX LECTEURS DE MON BLOG

Mon havre de paix

 

 

Chers généamis et généacousins mon blog va avoir 3 ans et vous êtes de plus en plus nombreux à lire mes petits billets. Je tiens à vous en remercier chaleureusement.

Au départ dans mon esprit ce blog avait, je dirais vocation familiale et devait héberger des chroniques qui instruiraient mes enfants, petits enfants, neveux et nièces sur la vie de leurs ancêtres.

Puis grâce aux différents groupes généalogiques dont je remercie les administrateurs j’ai élargi ma base de lecteurs. J’ai la fierté d’avoir été visité presque 25 000 fois cette année. Ce qui est plus du double par rapport à l’année précédente.

Je traite maintenant de sujets variés en essayant toutefois de ne pas trop m’éloigner de la généalogie et de ma famille qui sont quand même le cœur du sujet.

J’ai publié 110 articles, certains vous ont beaucoup plus, d’autres moins, certains étaient bien écrits, d’autres beaucoup moins bien. Des textes que je considérais comme intéressants n’ont pas été lus et c’est pour cela que je me permettrai de vous en représenter quelques uns.

Cette année le palmarès des vues revient à mon article sur les Relevailles et sur une sinistre histoire de viol ( qui était déjà en tête en 2016) et mon texte sur le Maraichinage.

Je vous remets les liens de mon top cinq si vous voulez les découvrir ou les redécouvrir.

Je tiens aussi à remercier mon épouse pour la correction orthographique de mes textes, sans sa  revisite je vous  hérisserais de mes étourderies.

Je vous remercie donc encore une fois pour votre assiduité à me lire, je vais continuer à tenter de produire des récits de qualités  n’hésitez pas à commenter, à partager et à me contacter. J’espère que l’année 2018 vous sera fertile en découverte

Bonnes et joyeuses fêtes .

Pascal

 

https://pascaltramaux.wordpress.com/2017/04/07/les-relevailles-dautrefois-2/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2016/11/18/le-maraichinage-de-la-coutume-ancestrale-a-la-liberte-sexuelle/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2017/05/19/la-mort-du-mendiant-qui-nen-etait-peut-etre-pas-un/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2015/05/16/une-sinistre-histoire-de-viol-1797-dans-un-village-de-laisne/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2017/06/02/le-viol-dune-vie-ou-le-malheureuse-destin-de-marie-therese/