RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 12, une bourgeoise en guerre

 

28 mai 1940

Françoise vient d’avoir le permis, elle l’a passé seule avec la voiture de Raymond, elle pourra ainsi fuir Paris avec la Peugeot 202 de son futur. Il lui reste le problème de l’essence à résoudre.

Pour la Belgique c’est terminé, ils ont capitulé, pour Françoise cela représente une honte sans nom, peut-être que les habitants là bas voient cela d’un autre œil.

Le roi a pris la décision sans consulter son gouvernement n’y prévenir ses alliés.

Les soldats Anglais et Français vont-ils être pris au piège sur les plages de Dunkerque ?

L’actualité est brûlante et dramatique.

29 mai 1940

Françoise vient d’apprendre que Raymond a été au contact de l’ennemi, elle tremble pour lui mais à confiance envers le seigneur.

Pour elle le roi des Belges est un traître , un lâche qui a frappé les esprits de dégoût et de stupeur, la capitulation n’est pas due à un revers de bataille mais à une trahison préméditée et inique envers le peuple Belge.

A Paris les réfugiés belges pleurent autour de la statut d’Albert 1er

Françoise décidément est préoccupée pour le bien être de son homme et lui demande si son sac de couchage est confortable. Elle lui pose aussi la question et l’on croit rêver de savoir si il a besoin d’une toile de tente. Pense t-elle qu’il est à un camp de scouts et qu’il a oublié son matériel dans le car.

Puis dans le même élan

 » je suis passée aujourd’hui encore chez toi pour mettre dans le camphre les culottes scouts, les bas de laine et bandes molletières qui risquaient encore d’être mitées. Bombardées ;;, On verra bien. Mais mitées se serait trop bête »

Maintenant il y a un problème pour la voiture, elle voulait la ranger au château de Courbanton, mais malheur il n’y a plus de place car les réfugiés occupent tous les bâtiments.

Cette guerre est vraiment une horreur car on risque de perdre sa voiture.

Les millions de réfugiés sur les routes s’en moquent bien, car ils n’en n’ont pas.

Raymond lui au front alors que les armées françaises sont en pleine déroute, attend des nouvelles de sa mutation et envoie des mandats pour subvenir aux besoins de Françoise.

Tant que la poste fonctionne la France est sauvée.

Elle s’étonne toutefois de ne pas avoir de réponse à ses deux lettres journalières, peut-être simplement que ce médecin en pleine guerre a d’autres choses à faire, mais elle le déculpabilise en lui disant de ne pas prendre sur son sommeil pour lui répondre.

C’est beau l’amour même au contact de l’armée allemande qui écrase tout sur son passage.

 »Le temps est beau et cela nous désole parce qu’on nous dit que cela avantageait plutôt les allemands.

Est -ce idiot quand on y pense »

Oui c’est sans doute idiot car en théorie si l’aviation allemande peut intervenir la notre pourrait aussi le faire et c’est valable pour le restant des armes.

A Dunkerque les Anglais font preuve d’efficacité et continuent d’embarquer leurs soldats.

 »Je t’embrasse mon amour, je m’attache à être digne de toi, sachant que tu grandis au danger et que je dois grandir aussi pour te suivre »

C’est beau et grandiloquent à la fois.

30 mai 1940

Françoise quitte son travail et Henri Flammarion s’engage à la reprendre en octobre lorsque l’on aura appris le recul et la défaite des allemands.

Apparemment les français croient encore au miracle et suivent comme ils le peuvent les combats. Mais le désordre est presque complet et il est dur de se faire une idée. En tout cas Françoise, puisse qu’elle le peut est prête pour partir.

Toujours le rembarquement à Dunkerque, les marins et les aviateurs anglais font des miracles.

31 mai 1940

Françoise est un peu rassérénée car elle a été à une messe au sacré cœur, monseigneur Suhard a consacré la France et Paris au sacré cœur de Jésus et à la vierge Marie.

Avec cette intercession nos millions de soldats vont être sauvés.

Il y avait une foule énorme essentiellement des femmes et des personnes âgées, c’est une évidence les hommes sont au combat ou déjà prisonniers.

Elle a réussi à avoir 40 litres d’essence grâce à un bon que lui a remis son amie Claire travaillant au ministère de la production industrielle. Tient est-ce qu’il y aurait des passes droits.

De toutes façons elle n’en en aura finalement pas besoin car elle laisse la voiture à Paris en s’inquiétant de savoir si elle doit donner les clefs à Tamara.

Dans les ministères, les femmes tricotent de la layette pour les réfugiés en étudiant les cartes.

Françoise fait le siège du ministère de la guerre pour rencontrer Mr Signoret pour qu’il aide Raymond à obtenir sa mutation. Elle se fait insistante et de façon péremptoire l’annonce dans sa lettre

 » J’irai chercher sa réponse demain à trois heures et tout ce que je pourrai faire, tu peux me croire je le ferai avec une audace et une insistance de Juive (parfaitement). »

Ce n’est sans doute pas très élégant pour son amie Tamara et dénote d’une légère inclinaison anti sémite, qui est somme toute bien légère.

Quoi qu’il en soit nous sommes en pleine guerre et les employés du ministère de la guerre ont sûrement mieux à faire que de s’occuper de la mutation d’un lieutenant fusse t-il docteur et de bonne famille.

Elle apprend aussi avec stupeur qu’une femme qu’elle a côtoyée à Megève, Mme Allais la femme du champion de ski a été fusillée pour espionnage. S’ indigne t’elle parce qu’elle est espionne ou parce qu’elle l’a côtoyée au ski ?

Décidément le roi des belges en prend pour son matricule, il a capitulé à cause de sa maîtresse Allemande et s’est comporté comme un député corrompu.

C’est sûrement aller vite en besogne, l’armée Belge était détruite et il a sans doute pensé que la capitulation soulagerait son peuple. Certes il aurait pu se rendre en Angleterre pour y poursuivre la lutte, belle opinion mais qu’en disent les Belges sous les bombes.

Cette année les fraises de Fourcherolles sont succulentes et Françoise avant de partir sur Bayonne s’en délecte en faisant le tour du jardin avec madame mère qui elle ne veut pas partir.

 » Courage mon amour, il ne sera pas dit que les jardins de France deviendront des autostrades et des prés de culture allemands. Tous les oiseaux de Fourcherolles t’envoient leurs trilles et leurs affectueuses roucoulades.Et moi je te serre sur mon cœur avec ma très profonde et très fidèle tendresse »

 

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 11, une catastrophe éminente

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 11, une catastrophe éminente

 

19 mai 1940

 » Un immense et tenace espoir soulève Paris. Chaque usine, chaque bureau, chaque Français est décidé à tout faire pour soutenir l’effort des armées que l’on sait, engagées dans une des batailles les plus tragiques de l’histoire.

Soutenir comme la corde soutient le pendu, Françoise s’illusionne.

Elle va à la messe le matin à notre Dame des Victoires puis a une procession l’après midi, espérons que cela va suffire pour arrêter les allemands.

Georges Mandel a été appelé au ministère de l’intérieur, Françoise pense que la chose est bonne, tout comme le retour du vieux maréchal et du vieux général.

Pétain s’entendra t’ il avec Mandel et Reynaud souffrira t-il l’ombre du vainqueur de Verdun ?

Tout de même l’inquiétude commence à gagner, les communiqués sont vagues et imprécis, en tous cas les Anglais en la personne de Churchill semblent vouloir tenir et combattre jusqu’au bout.

Françoise voudrait s’engager plus dans l’aide aux réfugiés et pense pour cela aller à Bayonne rejoindre une amie.

Elle qui sans connaître grand-chose comme la majorité des Français perçoit maintenant une vive inquiétude. Cette dernière se répand de proche en proche et grossit comme une boule de neige dévalant une pente.

Les communiqués sont dénués de partialité, en bref l’on ne sait rien, sauf que les Allemands avancent de façon irrésistible avec leurs chars.

21 mai 1940

Les nouvelles arrivent toujours des armées, du moins celles qui ne sont pas engagées. Raymond avec son régiment d’artillerie lourde se déplace, sans être encore dans la zone des combats.

A Paris ce n’est pas encore la panique mais cela commence à y ressembler, Flammarion va encore fermer.

Bon nombre de parisiens redoutent les combats et que Paris ne se transforme en cible, ils fuient sur les routes et dans les gares. Certains pensent que la capitale sera déclarée ville ouverte.

On devine maintenant que la retraite de nos troupes est générale. Sur les routes c’est un encombrement sans nom, des convois militaires dans les deux sens sont mêlés aux gens qui se sauvent. Cela engendre des difficultés importantes que personne n’est en mesure de réguler.

La mère de Raymond se refuse à quitter son domicile de Fourcherolles pour se mettre à l’abri chez son fils Jean à Cambo les Bains. Pour l’instant les trains circulent encore mais cela durera t-‘il ?

23 mai 1940

Françoise vient d’avoir des lettres de Raymond datées du 16 mai, elle est au comble de la joie car il va enfin pouvoir communier. C’est quand même avouons le une belle consolation alors que les Allemands envahissent la France.

Les informations à cause de la censure ne sont pas très fiables, un moment tout va bien puis le moment d’après c’est la catastrophe.

L’on nous annonce que la situation reste inchangée puis brusquement l’on apprend la nouvelle de la prise d’Arras et d’Amiens et que les blindés Allemands courent à la mer.

Puis comme il faut bien des boucs émissaires l’on s’en prend au général Corap chef de la 9ème armée qui n’a pû ou su empêcher les Allemands de passer la Meuse.

Certes l’homme n’est pas une foudre de guerre mais lui faire porter le chapeau d’un désastre annoncé il y a quand même un pas.

On dit maintenant que notre merveilleuse armée est mal encadrée, mais entraînée et mal équipée.

Françoise comme beaucoup s’illusionne sur la capacité du nouveau généralissime Weygand, tout le monde attend avec confiance la contre attaque qu’il va ordonner.

 » Lui c’est un commandant, c’est quelqu’un qui n’a jamais perdu une bataille et qui est croyant par dessus le marché ! Aidé de dieu ! Qu’il nous sauve. »

En fait le vieux Weygand n’est pas l’homme de la situation, défaitiste comme Pétain et pro allemand comme lui, il n’aura de cesse que l’armistice soit demandée.

Mme T en vieille femme butée ne veux pas partir, elle explique à sa future belle fille qu’à son âge elle ne craint plus d’être souillée.

Nous en sommes encore au mythe de la guerre de 1870 et de 1914 sur les Allemands mangeurs d’enfants et violeurs de femmes.

Françoise va partir sur Courbanton puis sur Bayonne avec la voiture de Raymond, elle n’a pas le permis mais c’est la femme de Frédéric Japy qui conduira, alors que ce dernier convoiera tante Gaby avec la sienne. Cela fera deux voitures de sauvées, enfin si celle de Raymond arrive enfin à démarrer.

Von Rundstedt commandant le groupe d ‘armée A arrête ses blindés pour un regroupement, cela nous permettra peut- être de respirer un peu.

24 mai 1940

Raymond serait dans la Marne et Françoise s’inquiète pour lui et ses collaborateurs. Ce croirait-elle dans une salle de rédaction , un bureau ou une salle d’opération pour employer ce mot de collaborateur ( qui va d’ailleurs prendre un sens nouveau dans peu de temps )

Elle vient de faire la demande de bons d’essence, elle ne les aura que le 26 juin, fichtre d’ici là beaucoup de choses peuvent se passer.

Elle prend également des cours de conduite avec son amie Tamara ( cette dernière juive sera arrêtée en 1942 car elle avait cousu son étoile juive au dessus du drapeau Français, déportée elle est morte à Auschwitz )

Le permis est pour dans quelques jours.

26 mai 1940

Aucune nouvelle de Raymond qui doit sans doute être à l’arrière avec les canons lourds en soutient de quelques assauts. Visiblement l’espérance d’être mutée ailleurs que dans un régiment est illusoire pour le moment.

Tante Gaby est partie pour Courbanton où elle va aider les généreux Dubonnet à mettre en place un accueil de réfugiés dans leur château. Il y sera servi 500 repas par jour.

Françoise se morfond chez Flammarion où tout est à l’arrêt, elle aimerait se rendre utile mais ne sait quel parti prendre.

Elle a été réveillée par des tirs de DCA et des bruits d’avions très proche, de sa fenêtre elle a vu les petits éclatements, c’est bizarre car l’alerte n’a pas été donnée.

Elle est maintenant prête au départ qu’elle espère pour le 2 juin, une dernière fois elle passe chez Raymond pour fermer l’appartement et mettre du camphre dans  les affaires. Elle s’attarde, touche les objets et hume les affaires de son futur. De bons souvenirs entourent ces murs, des conversations sur Dieu, le scoutisme, les plantes vénéneuses ( passion de Raymond ), des repas mémorables, et enfin quelques divines nuits.

Quand reviendront-il ici ?

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 10, l’invasion

 

13 mai 1940

Françoise et Raymond sont des enfants de Dieu et du christianisme, ils se soumettent à ses lois et à ses volontés.

Hors pour l’instant ilS ne sont pas en règle avec les préceptes de leur religion et ne sont pas en règle avec eux mêmes.

Ils ont commis un péché d’adultère et Raymond a annulé son mariage devant la loi.

Il reste qu’ils n’ont plus le droit de communier ce qui contrarie leur futur mariage.

Françoise va donc voir le grand pénitencier de France, prêtre directement sous les ordres du pape.

Monseigneur Malinjjaud après une discussion très longue et autorisée, conseille à Raymond d’aller trouver un prêtre qui l’autorisera à recevoir l’absolution et que pour lui cela ne présente aucun problème. Son premier mariage n’ayant été qu’une regrettable erreur commise par un homme faible. C’est gentil pour Jacqueline.

Le grand pénitencier prend exemple des membres de l’action française qui ont été excommuniés,mais qui finalement ont tous eu l’absolution.

Comparer un acte politique avec l’annulation d’un mariage religieux c’est conforter Françoise dans l’idée que son amant a été forcé de se marier la première fois et qu’elle l’a délivré du mal.

Outre cette longue lettre sur sa rencontre avec monseigneur Malinjaud, Françoise envoie une petite carte. Franchise militaire cachetée par la devise suivante  » la victoire est une longue patience ».

Au médecin Lieutenant T 1er groupe RALPA 184 Secteur 8811.

Dans cette courte missive elle se moque doucement de l’armée française en indiquant qu’elle espérait que face à des parachutistes ( 5ème colonne ) il aurait plus que sa seringue, son stick et sa farine de moutarde.

Les allemands percent vers Sedan et franchissent la Meuse, c’est bizarre normalement ces endroits étaient réputés infranchissables par nos stratèges et notamment le plus notable d’entre eux le devin maréchal Pétain qui pour l’heure est ambassadeur chez Franco.

14 mai 1940

Toujours cette préoccupation religieuse qui prédomine chez Françoise, il n’est question que de communion, absolution, mariage, union sacrée , Dieu.

Pour un peu la guerre elle s’en moquerait, elle a sans doute raison les allemands ne sont pas encore à Paris. La mère de Raymond dans sa belle maison fleurit se moque bien de la guerre, comme beaucoup de gens âgés, elle s’est arrêtée à celle de 14-18.

Pour l’instant rien ne bouge en Meurthe et Moselle et les canons de Raymond sont encore muets.

Le frère de tante Gaby, Frédéric Japy ( héritier de l’empire d’horlogerie Japy ) se marie vendredi prochain avec la fille d’un industriel, le mariage est précipité et se fera sans flon flon ni robe blanche.

On ne résiste pas sur la Meuse, les chars français qui devaient contre attaquer doivent se disperser, la 9ème armée du général Conrap se replie plutôt mal que bien.

15 mai 1940

Françoise a apporté son poste TSF au bureau pour avoir des nouvelles en continu, elle va même au cinéma d’actualités pour tenter d’avoir des nouvelles de l’artillerie lourde.

Mais plus que la guerre sa régularisation catholique l’obsède.

‘ Je continue à ressentir un immense apaisement des conclusions que le grand pénitencier a tiré de notre histoire et j’attends tes sentiments pour chercher à obtenir de mon coté et en même temps que toi, absolution et communion  »

La 9ème armée se débande, mais Gamelin et son chef d’état major sont optimistes, on se demande bien pourquoi.

Des milliers de réfugiés belges arrivent et la fédération de scoutisme a fait appel à ses membres pour les aider.

16 mai 1940

Le maître de stage Thierry de Martel a envoyé une lettre élogieuse au sujet de Raymond, drôle de monde où l’inventeur de la neurochirurgie en France envoie une missive à la femme de l’un de ses internes, mais passons.

A Paris il n’y a pas d’alerte, Françoise considère que c’est l’une des villes les plus sûres, c’est à voir.Car notre décidément maître de la guerre Gamelin, décline toutes responsabilités pour la défense de Paris. Les forces françaises en Belgique font retraite, c’est bizarre deux jours avant on était plutôt optimistes.

Raymond ne donne aucun détail sur ce qu’il voit, ce qui agace un peu la curieuse Françoise

 » Je t’embrasse tendrement mon petit chéri et caresse doucement ta chère tête……Songe que le représentant du pape t’attend pour l’absolution. »

Plusieurs lettres par jour, Raymond avait-il le temps de lire toutes ces banalités d’absolution alors que l’armée dont il était membre et officier était en pleine déroute.

18 mai 1940

Rien ne va, malgré le coup d’épingle donné au géant Gudérian par le colonel De Gaulle, les allemands infléchissent leur route pour couper la retraite des français et des anglais.

A Paris beaucoup d’agitation, le Maréchal Pétain devient vice président du conseil, est-ce le vieux sage de la grande guerre ou le loup qu’on fait entrer dans la bergerie, on s’apprête aussi à rappeler le général Weygand pour remplacer l’incapable Gamelin.

Peut-être est-il trop tard?

En France on fait appel au passé pour sauver l’avenir.

Françoise est ennuyée avec la voiture de Raymond, décidément on ne peut faire confiance à personne. Les prix des réparations sont prohibitifs et il est difficile de trouver un garagiste.

Mais une fois que la voiture fonctionne il faut trouver de l’essence. Cette dernière est rationnée et n’est délivrée qu’entre le 25 et le 31 du mois.

Françoise persuasive a réussi à en avoir 25 litres, elle pourra donc quitter Paris en voiture si les circonstances l’exigent, elle fait ses valises pour aller rejoindre les Dubonnet au château de Courbanton. Tante Gaby ne veut pas partir car elle tient à assister au mariage de son frère. Vraiment une drôle de période pour contracter une union, mais enfin l’amour n’a pas de borne.

Raymond qui visiblement n’est pas encore contrarier par les combats a cueilli des pieds de muguet et en a fait un colis.

Il est curieux de voir que pendant qu’une partie de l’armée française se délite, une autre cueille des fleurs.

Françoise avec son muguet sur son bureau de chez Flammarion rêve encore que la ruée des allemands va être endiguée. Comme il est bon de se faire des illusions.

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 9, la fin de la drôle de guerre et le début de la vraie

 

28 mars 1940

Françoise est de retour à Paris et se jette dans les bras de Raymond, enfin il vont pouvoir un peu vivre ensemble et partager leur quotidien. Ils ne se connaissent encore que par l’amour et les merveilles de leur découverte réciproque mais ne se connaissent point encore par le défaut des corps et des âmes .

Le stage de Raymond est merveilleux, il s’extasie des nouvelles techniques mais ce dernier s’inquiète de la jalousie que pourrait lui témoigner Clovis Vincent son chef de service.

Querelles de bloc, querelles d’égocentrisme, querelles de chapelle entres pontes médicaux, c’est navrant mais la guerre gronde et la France verra sûrement d’autres discordes plus désagréables.

10 avril 1940

Flammarion rouvre son service de presse et Françoise reprend ses fonctions avec une légère augmentation.

La situation internationale s’améliorerait-elle que des réouvertures s ‘effectuent ? Il faudrait être dupe pour y croire , les combats de poursuivent en Norvège. Au moins là bas ce n’est pas la drôle de guerre mais la guerre tout court. Certains disent que nous aurions dû pénétrer en Allemagne, et d’autres sont d’un avis contraire et disent que la ligne Siegfried est imprenable. En tous cas notre linge comme dans la chanson Irlandaise remaniée par Ray Ventura ne séchera pas sur cette dernière.

On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried

Pour laver le linge voici le moment

On ira pendre le linge sur la ligne Siegfried

A nous le beau linge blanc

18 avril 1940

Comme le printemps paraît triste à Françoise, les fleurs n’exhalent plus leurs senteurs, les arbres des boulevards lui semblent vierges de moineaux, les pécheurs des quais de Seine sont mornes et les marchandes des quatre saisons ont perdu leur gouaille. Le stage de Raymond est terminé et il repart vers son unité.

Tout n’est que grisaille, mauvaises odeurs et saletés, dans son appartement où elle circulait nue échauffée par les effluves de l’amour elle a maintenant froid et s’enveloppe d’un grand châle.

Heureusement son travail chez l’éditeur la passionne et les heures se passent sous le joug délicieux d’un labeur qu’elle adore.

3 mai 1940

Les bruits de bottes se précisent au fur et à mesure que les jours passent. Les autorités s’attendent à une attaque imminente des allemands. C’est une certitude, ils seront arrêtés et raccompagnés à Berlin à coups de pompes dans le cul.

Françoise a des réunions de scoutisme très importantes, elle se met en avant en y donnant tout son cœur.

Bien sûr elle a envoyé une petite carte à Raymond pour le premier mai, le muguet porte bonheur et il va en avoir besoin.

6 mai 1940

Pour un peu Françoise se prendrait pour la directrice de chez Flammarion, à l’entendre elle gère tout et devient irremplaçable.

Elle se démène aussi avec Tamera Isserlis pour que les enfants riches ne soient pas les seuls bénéficiaires du scoutisme et elle espère pouvoir mélanger dans les meutes la jeunesse dorée avec celle des banlieues. Elle fait flèche de tout bois pour mener à bien son projet pour cet été.

Elle rencontre aussi madame T, la mère de Raymond dans sa maison de Foucherolles, elles passent ensemble un très bon moment.

 » Je crois que n’étaient les circonstances, ta mère et moi seraient faites pour nous entendre et avoir d’affectueuses relations. Je suis repartie avec un gros bouquet de muguet cueilli sur place, un iris, une tulipe, une branche de glycine, trois pervenches et une branche de Lilas.  »

Françoise s’occupe aussi du ménage de Raymond en houspillant la femme de ménage qui laisse la poussière s’accumuler et le linge sale s’empiler. Puis ce sont les problèmes de voiture, la 202 est en réparation.

Poussière, voiture en panne, scoutisme, soucis graves c’est une évidence lorsque les allemands frappent à notre porte.

8 mai 1940

Alors que les troupes Allemandes sont prêtes à envahir la Hollande et la Belgique, Françoise avec un papier à en tête  » Ernest Flammarion  » explique à son amant Raymond, docteur et actuellement au front, que les femmes ne doivent jamais se faire faire des permanentes lorsque les Anglais s’apprêtent à débarquer (Menstruation ). Huit jours plus tard les cheveux sont aussi plats qu’avant mais en plus cassant .

On imagine assez la tête de l’officier plongé dans ses difficultés, de connaître ces détails capillaires et ces particularités menstruelles.

10 mai 1940

Les Allemands pénètrent en Hollande et en Belgique, la grande bagarre commence faisant oublier toute l’année 1939.

Notre grand stratège Gamelin fait aussitôt avancer ses unités en Belgique. Tout semble tranquille sur la Meuse et la ligne Maginot.

Françoise en femme qui sait tout, pense que c’est mieux que la guerre dans les Balkans et en Italie !!!

Il paraît que des villes Françaises ont été bombardées et notamment Lyon, elle s’inquiète pour son frère Jacques qui doit se trouver là bas.

 » Je suis prêt de toi de toute mon âme, de tout mon cœur, calme et confiante en Dieu.

Hurlements de sirène sur Paris, Françoise enfile une jupe par dessus sa chemise de nuit et met une paire de chaussures, finalement elle ne descend pas à l’abri.

Explosion de DCA dans le lointain, sûrement à la périphérie de Paris. Elle se couche et s’endort quand même.

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 8, dans une tranquille quiétude

 

3 février 1940

Françoise organise des groupes de scoutisme,  » petites ailes, louveteaux » les enfants sont ravis et les plus grands veulent faire une équipe d’éclaireurs. Mais elle se fait une entorse en skiant, c’est un accident du travail en somme.

Les lettres de Raymond arrivent en quatre jours assez régulièrement, c’est une performance pour un pays en guerre dont les hommes sont mobilisés.

Le froid en la capitale est très dense, le gel et le verglas gênent les parisiens qui redoublent d’ingéniosité en entourant leurs chaussures avec des chiffons.

7 février 1940

Aujourd’hui c’est le repas pour la promotion du chef d’escadron Delmas, le menu est  :

gratin maison,

lotte à l’armoricaine

haricots verts sautés

poulets rôtis

salades d’endives

fromage

savarin

macédoine de fruits

pêche melba

le tout arrosé de Traminer, de rosé en carafe , du Beaune 1929, de champagne et de liqueurs.

On voit qu’il n’y a visiblement aucun souci d’approvisionnement et qu’on trouve de la lotte dans les Vosges en pleine guerre.

Au front il y a la grippe, Raymond est las des nombreuses visites qu’il doit effectuer. Aux Marmousets les éclaireurs organisent des batailles de boules de neige, un clan est finlandais l’autre Russe. Visiblement dans l’esprit de chacun c’est la seule guerre qui a lieu, celle des Anglais et des Français contre les Allemands n’intéresse visiblement pas.

16 février 1940

Enfin une permission, Françoise annonce qu’elle ira rejoindre Raymond à Paris pour dix jours, elle annonce aussi ses fiançailles officiels.

Pour fêter tout cela elle dîne avec les canadiennes, des officiers de la Royal Air Force et des pilotes Polonais, décidément Megève est déjà une destination à la monde. Mais les peuples savent-ils que les officiers qui sont chargés de faire la guerre à l’Allemagne améliorent leur technique de ski plus qu’ils n’améliorent leur science du pilotage.

Les deux fiancés se retrouvent à Paris où ils passent 4 jours absolument divins, libérés dans leur esprit par ces fiançailles officieuses ils sont aussi libres dans leur corps.

Ces moments volés à la guerre et à la séparation est le paroxysme de leur amour. C’est une fusion, ils ne font qu’un, est-ce la peur de la mort, la longue attente d’une liaison officielle, la présence d’un femme légitime qui les empêchait de vivre pleinement cette union de leurs sens.

Ils descendent ensuite à Megève, Françoise lui fait visiter les Marmousets et lui présente ses collègues ensuite ils montent à l’auberge  » chez ma tante » pour 5 jours de vie de rêves. Descentes à skis, farniente, discussions, nuits d’amour, siestes coquines et danses  » au mauvais pas ».

Raymond peut repartir au front, il a vu sa mère , il a eut des nouvelles de sa fille Charlette et bien sûr la compagnie de sa nouvelle et presque officielle femme. Cette dernière arbore maintenant fièrement l’insigne du régiment de son homme .

9 mars1940

Françoise est très occupée, secrétariat, scoutisme, organisations de loisirs, cours de physique et de sciences, anglais et rangement bibliothèque.

Cela l’aide à oublier Raymond, un soir les enfant lui offrent un magnifique gâteau aux marrons pour la saint Françoise, elle en est émue aux larmes.

Dans sa chambre joliment dissimulées, elle trouve encore d’autres gâteries.

14 mars 1940

Les fédérations scouts lancent un appel pour récupérer le papier usager et les métaux ferreux. Aux marmousets les enfants courent les ruisseaux et les rues de Megève où ils en trouvent une grande quantité.

Il est un peu effrayant de penser que l’économie de guerre française à besoin de la ferraille collectée par les enfants de France, alors qu’une formidable menace pèse sur notre intégrité territoriale.

Mon Dieu que c’est long sans les êtres qu’on aime .

 » la pluie, la grise pluie transperçante et molle tombe inlassablement sur la neige qui pourrit, sur l’herbe qui se détrempe, sur la terre qui coule en filets jaunâtres et les épaules des sapins disparaissent dans les brumes et les nuages si bas qu’on se croirait dans un pays de collines et non plus de montagnes »

18 mars 1940

C’est la stupéfaction Françoise vient d’apprendre que Raymond est à Paris, l’armée l’envoie faire un stage de Neurochirurgie chez Thierry de Martel à l’hôpital américain de Neuilly.

Excitée par ce retour elle plaquerait bien ses obligations pour voler dans les bras de son homme.

Mais elle donne un préavis raisonnable à Mme Thuiliers et termine les tâches en cours.

Le soir de cette annonce Françoise rêve merveilleusement et c’est toute brûlante de désir qu’elle va passer ses derniers instants aux Marmousets.

Dans sa dernière diatribe elle enjoint Raymond de demander à la femme de ménage de bien faire les poussières avant qu’elle ne rentre. On voit que le matérialisme côtoie l’amour et que même le désir le plus brûlant peut-être teinté de petites manies peu sensuelles.

20 – 22 mars 1940

Le gouvernement Daladier désavoué par la chambre remet sa démission, un nouveau est formé avec à sa tête Paul Reynaud.

Le nouveau venu n’a qu’une voix de majorité c’est bien peu, l’adhésion est bien mince, outre la tête du gouvernement il prend les affaires étrangères, Daladier reste au gouvernement avec rien moins que le ministère de la défense.

D’ailleurs les deux fils de ce dernier sont aux Marmousets et suivent avec intérêt le destin de leur papa. L’on voit donc que la pension des  » Marmousets » n’est pas une colonie pour enfants des banlieues.

 

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 6, De la neige à Mégève

d

 

29 novembre 1939

Raymond va avoir une permission c’est imminent, il espère voir Françoise mais il est aussi heureux car il va revoir sa fille Charlette, cette dernière est avec sa mère sur Vendôme et elle se rendra à Paris pour le voir.

L’union soviétique vient de rompre les relations diplomatiques avec la Finlande, une autre guerre se prépare.

La vie de château continue pour ce microcosme bourgeois,

 » l’atmosphère de Courbanton est décidément très sympathique. Chacun fait ce qu’il veut et trouve comme dans les contes exactement tout ce qu’il lui faut pour le satisfaire.Il y a des voitures pour ceux qui ont la bougeotte, de la musique pour ceux qui restent groupés, les bois pour les sportifs, le silence et la solitude pour les méditatifs, les jeux et les rires de jeunes filles pour ceux qui veulent distraire leurs soucis. Pour tous, cordialité et bonne table. »

Tout est dit , aucune restriction, seuls les hommes manquent.

4 Décembre 1939

Françoise remonte sur Paris, Raymond arrive le 9 décembre.

Ce dernier tente toujours de se faire verser dans une ambulance de neurochirurgie.

Les 10 jours passés vont se révéler idylliques, que de choses à se raconter, que de caresses à échanger. Les deux amoureux qui n’ont jamais vécu ensemble profitent de cette liberté.

Amants du jour, amants de la nuit,  il n’y a que rassasiés,repus et leur force consumée, qu’ils s’endorment .

Ensuite c’est de longues promenades dans Paris et les allées du parc Montsouris respirent leurs chuchotements, leurs conciliabules et leurs rires.

Ils se boivent, ils se mangent l’un l’autre, l’amour est plus fort que la guerre, mais bientôt il va falloir se quitter.

Elle l’accompagne à la gare, le quai semble vouloir les engloutir, elle monte sur le marche pied pour un dernier baiser, mais le convoi se met en branle. Elle tente de courir le long    du train qui peu à peu prend de la vitesse, derniers bisous, derniers regards.

Elle gît maintenant dans son appartement, contemple un azalée qu’il lui a offert et  en hume le parfum.

Un petit arbre de Noël qu’ils ont allumé ensemble, lui rappelle qu’il ne sera pas là le 24 au soir.

Un maillot de Raymond oublié traîne négligemment et symboliquement sur le bidet, elle s’en saisit et enfouit son visage dedans, une odeur acre de sueur, d’amour, d’homme lui font monter les larmes aux yeux.

22 décembre 1939

Françoise tente de faire jouer l’ensemble de ses contacts pour trouver un travail mais malgré la sollicitude de tous et notamment de André Billy rien n’y fait.

La drôle de guerre qui immobilise les armées, les âmes et les hommes, immobilise aussi les énergies. Tout est suspendu, en attente, plus personne n’ose entreprendre. Il devient clair qu’elle ne trouvera rien. Tante Gaby lui conseille de consolider sa santé et de prendre du repos à la montagne.

En attendant elle retrouve des dirigeants du mouvement scouts, mais là aussi tout part à vau l’eau. La moitié des responsables sont absents, quand la situation reviendra -telle normale ?

La guerre se poursuit en Finlande, l’union Soviétique est exclue de la société des nations, il est fort probable que Staline s’en moque.

Sur la ligne Maginot les poilus se préparent à passer leur premier réveillon de guerre et les Allemands sur la ligne Siegfried vont en faire autant.

Le pinard déjà abondant fera t-il oublier un instant les êtres chers. Maurice Chevalier et Joséphine Baker tentent de leur redonner le sourire.

Françoise se décide, elle se cherche une pension à Mégève, il ne faut pas qu’elle soit très chère, mais tout de même avec un certain confort

Manquant d’argent elle se résoud à vendre des actions, fruit de l’héritage de son grand-père.

Encore une fois le réflexe n’est pas à guerre, à la survie et au malheur, cette femme célibataire âgée de 29 ans part seule à la montagne pour faire du ski, alors que le monde s’écroule doucement.

Pourtant du haut de cette sorte d’insouciance , elle s’inquiète quand cette approche de noël, la radio annonce que 70 % de la population de la terre est en guerre et que les 2/3 des mobilisés se battent ou s’apprêtent à le faire.

29 décembre 1939

Pendant que l’Angleterre commence son rationnement, que les sous marins allemands perturbent le commerce d’Albion que Raymond docteur des uns et des autres attend le début de combats qui ne viennent pas et que les Finlandais semblent faire marquer le pas aux soviétiques, Françoise arrive à Mégève.

 »Neige épaisse, silence ouaté et triste, ciel tout à fait couvert,puis flocons tombant lentement comme sur le front de l’est sans doute »

La comparaison est sans doute osée, certes la neige est partout pareille mais se risquer à comparer Mégève au front de l’est est sommes tout assez audacieux.

Serait- ce la présence d’officiers en permission qui skient avec femmes et enfants qui pourrait la tromper?

La pension Sylvana est abordable mais mal chauffée, comme sur le front de l’est sans doute.

Mais dans quelques jours elle en changera.

Elle a envoyé un article à jeunesse magazine et c’est liée d’amitié avec deux canadiennes qui voyagent en Europe. Là encore pas d’inquiétude, la Pologne est loin et Hitler n’en veut certes pas aux Canadiens.

30 décembre 1939

Le froid est très vif à Mégève , moins 25 mais il y a du soleil et elle peut enfin skier.

Loin de quelconque restrictions, les pâtisseries sont ouvertes et achalandées. Si elle ne s’en étonne pas, le fait que les fenêtres ne soient pas camouflées, l’inquiète un peu.

Mais pourquoi les allemands iraient -il bombarder une station de ski. ?

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 5, du bo, du bon, Dubonnet

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 4, la drôle de guerre

 

 

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 5, du bo, du bon, Dubonnet »

   

 

8 novembre 1939

Elle est enfin arrivée à Paris après un voyage épuisant, elle s’écroule chez sa tante à bout de force.

Par relation elle obtient un rendez vous chez un ponte, le docteur Ballerin.

A Munich un attentat contre une brasserie sanctuaire du début du Nazisme a été perpétué, on soupçonne une machination de Hitler pour éliminer quelques opposants.

13 novembre 1939

Françoise évite une opération, le moins que l’on puisse dire c’est que le travail a été mal fait dans cette maudite clinique de Toulouse.

Encore une alerte qui tire les habitants de Paris de leur lit, tante Gaby et Françoise qui ont pris le temps de se vêtir passent une heure dans l’abri de l’immeuble.

Encore une alerte pour rien , Paris n’est toujours pas bombardé. D’ailleurs les abris sont moins remplis et l’on voit moins de gens avec le masque à gaz en bandoulière.

Trois colis viennent de partir pour Raymond, contenant un stéthoscope, une anatomie de poche et des formulaires des médecins du nord. Les médecins militaires Français sont-ils dépourvus de matériel?

Mais elle pense aussi à son bien être, chaussettes kaki, lainages, livres et provisions.

25 novembre 1939

Françoise descend avec tante Gaby à Courbanton en Sologne.

Nous sommes en guerre mais il n’y a aucune restriction de circulation des trains, ni d’ailleurs des personnes, si ce n’était l’absence des hommes on ne verrait aucune différence avec la vie d’avant.

Le château de Courbanton appartient à des amis de la famille de Françoise, c’est un havre de paix au milieu de la Sologne.

Le village dont dépend cette splendeur du 17ème siècle se nomme Montreuil en Sologne. Françoise préfère certes la vie trépidante de Paris mais encore affaiblie par ses problèmes d’oreilles, elle y sera bien pour se reposer et réfléchir à sa vie future avec Raymond.

 » J’ajouterais aussi que je donnerais cher pour que tu puisses venir me rejoindre par quelques magiques sortilèges, au milieu de cette hivernale Sologne, froide et belle, au milieu de cette somptueuse maison chaude et tout bariolée de rires de jeunes filles. »

Les soldats au front où sur la ligne Maginot en baveraient de désir, le château d’Émile Dubonnet est  » une sorte d’oisellerie de luxe » où une ribambelle de jeunes femmes parées comme des  » Marie claire  » batifolent en un tourbillon charmant.

Ces jeunes filles désemparées, en veste à la mode, aux boucles dorées et aux ongles faits tricotent en se racontant des histoires de filles. Un phonographe déverse des heures durant des merveilleux disques de Jazz.

Il y a Micheline, Viviane, Marie Geneviève, Marie Thérèse, Claude et trônant en majesté Mireille la fille d’Émile Fabre l’ancien administrateur de la comédie Française.

Françoise a du mal a sympathiser au milieu de cette ruche d’abeilles qui se croient toutes reines.

Dans la grande pièce du fond les propriétaires des lieux monsieur Émile Dubonnet et sa femme discutent tranquillement avec tante Gaby et avec monsieur et madame Fabre, des volutes de fumée s’élèvent au dessus de leurs têtes et de leurs conversations, jetant de temps à autre un regard réprobateur envers la jeunesse bruyante.

Monsieur le propriétaire est l’héritier de l’empire Dubonnet  » du bo du bon Dubonnet » ce Vermouth aromatisé au quinquina. Mais ce personnage attachant et hospitalier qui transforme sa demeure en foyer de jeunes échevelées qui cavalent d’une chambre à l’autre n’est pas qu’un homme d’affaire avisé c’est aussi un authentique pionnier de l’aviation, deuxième homme à traverser Paris en avion en 1910 et recordman du monde du vol en ballon. C’est une personnalité reconnue en France et en outre officier de la légion d’honneur

En ce moment il discute avec Émile Fabre, écrivain, metteur en scène de pièces de théâtre et administrateur général de la comédie française, Françoise aimerait l’entretenir, de littérature, de théâtre et aussi de son avenir.

Tante Gaby d’un port assuré fume avec classe et élégance comme si elle sortait d’un salon mondain. Ces plus que quinquagénaires discutent comme des adolescents et malgré la musique noire Américaine on entend leurs ricanements.

Françoise est comblée on lui a attribué une des plus belles chambres, elle donne sur la façade principale avec vue sur le plan d’eau, les cygne majestueux qui étendent leurs ailes semblent chaque matin lui souhaiter la bonne journée.

Bleue, avec un divan, rideau et dessus de fauteuil assortis avec goût,tapis feutré qui étouffe les pas .

Françoise dispose d’un bureau où elle pose sa machine à écrire, une commode à trois tiroirs, antique et majestueuse qui lui permet de disposer sa bien faible garde robe.

Mais comble du luxe Françoise a aussi un lavabo et un bidet avec eau courante.

Décidément loin de Dantzig et du mitraillage des stukas, elle prend son petit déjeuner au lit, fait sa gymnastique et ensuite va prendre un bain.

Ici tout est merveille et chacun et chacune peut se mouvoir et faire ce que bon lui semble, c’est la maison de repos idéal.

Mais malgré cet environnement Françoise se morfond de ne pas recevoir de lettres et en gourmande Raymond dans les siennes. Oublierait -elle que son amant n’est absent que parce qu’il est en guerre.

Le luxe de la maison , la domesticité, l’élégance des autres réfugiés, les prévenance des maîtres des lieux ainsi que la surveillance de tante Gaby feront-ils oublier que la botte Nazi, écrase nos alliés.

Enfin elle sait ce que lui rapportera ses articles à  » jeunesse magasine », une demie page tous les quinze jours soit 65 franc par article. Cent trente francs par mois c’est une misère mais il faut bien débuter quelque part.

La tenue décrite par Raymond dans une de ses lettres la fait rire, mais devrait-on rire des bandes molletières et des culottes de cheval de nos officiers alors que nos adversaires disposent de tenues un peu moins début de siècle.

Françoise entre autres occupations joue au bridge, André Dubonnet le frère d’Émile, héros et pionnier comme le maître des lieux lui a servi d’adversaire.

Ce dernier qui a 42 ans n’a pas hésité à reprendre du service dans l’aviation, est a l’entraînement comme pilote de chasse dans les environs.

Il y a encore des hommes motivés prêts à se battre, mais cela durera -il si nos stratèges et nos hommes politiques ne se mettent pas à l’unisson pour attaquer l’ennemi.

Mais il est vrai que si la haine du boche est très forte, l’envie de ne pas se mêler d’une guerre entre Allemands et Polonais est encore plus forte.

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 4, la drôle de guerre

 

30 septembre 1939

De loin, l’on croit que les Allemands ont attaqué la France, que l’armée de Gamelin est débordée au nord est. Il n’en est rien.

Françoise se rassure, elle sait que les armées anglaises sont arrivées et que le puissant appui de leur aviation nous permettra de résister voir même d’attaquer les Allemands.

Au Rayat la moisson est terminée, la batteuse s’est tue, le grain est rentré, la paille également, seule un halo de poussière semble encore vouloir voler pour se donner encore un air d’existence

Le calme revenu est presque inquiétant, ne dirait-on pas que la guerre se passe en Chine ou en Espagne.

Françoise a enfin reçu des nouvelles, Raymond n’est pour l’instant pas engagé, d’ailleurs son frère Jacques ne l’est pas non plus. On dit qu’il y a peu de soldats Français engagés contre les Nazis.

Varsovie vient de tomber, des centaines de milliers de prisonniers et de morts, la Pologne est exsangue et Hitler et Staline, les charognards en dévorent les chairs.

Françoise que le temps libre dévore de l’intérieur, se remet à travailler son anglais, son allemand et son italien, d’être polyglotte l’aidera peut-être à retrouver un travail.

3 octobre 1939

Françoise jubile enfin du courrier de Raymond , elle se tranquillise car pour l’instant aucun danger ne le menace, elle ironise même sur la censure qui interdit aux soldats de mentionner l’endroit où ils se trouvent, alors que sur les lettres le cachet de la poste le claironne de belle manière

L’ancien patron de Françoise chez Flammarion se propose de l’introduire auprès de la société des gens de lettres et de son éditeur Albin Michel.

Françoise s’en félicite , elle n’aura pas à déranger Maurice Genevois, André Billy ou même Le Comte de Nouy. Elle n’aime pas jouer les solliciteuses.

9 octobre 1939

Françoise est sur le point de renter à Paris, tout est prêt , mais un contre temps la bloque sur place, une fièvre, une forte toux, elle est clouée au lit. Rien de bien inquiétant mais le vieux docteur Calmette veille aux grains.

10 octobre 1939

Raymond est à Diarville ( Meurthe et Moselle ), il exerce conjointement son activité de médecin auprès de son unité mais aussi auprès des habitants du village.

Normalement tous auraient du être évacués, mais visiblement ils en restent et ils ont besoin de soins.

Françoise a été contactée par les éclaireurs de France l’informant de la composition d’une nouvelle équipe dirigeant la région Parisienne. Les dirigeants scouts sont eux mêmes mobilisés.

Voulant repartir sur Paris elle est maintenant immobilisée par une forte grippe, elle se lamente car elle voudrait résilier le bail de son appartement . Le loyer de 250 francs par mois lui pèse trop maintenant qu’elle n’a plus d’emploi.

20 octobre 1939

Françoise qui se plaint d’un mal lancinant dans l’oreille est hospitalisée à Toulouse, on lui diagnostique un furoncle du conduit et une inflammation bénigne de l’oreille moyenne. Le départ pour Paris n’est pas pour tout de suite.

Tout le monde s’attend à une accélération des événements.

 » Je sais que sur le front des heures graves approchent. C’est une marée d’acier, de feu et de souffrance qui se prépare. Cette fois ce ne sera plus une drôle de guerre mais je le pressens une dramatique mêlée. »

Il n’en sera rien et Raymond restera pour l’heure l’arme au pied.

Il n’en est pas moins vrai que la guerre continue, les Allemands avec un sous marin ont pénétré dans la base anglaise de Scapa flow et ils ont coulé le cuirassier Royal Oak l’un des fleurons de la flotte de sa majesté

24 octobre 1939

Françoise se morfond dans sa clinique où personne ne vient la voir, elle alterne les moments d’euphorie et d’abattement, pense encore et encore à son amour naissant.

Comment la vie peut-elle être aussi cruelle?

Mais enfin il y a pire et lorsqu’elle va trop mal, elle pense aux malheureux polonais et aux réfugiés des départements que l’on a vidé.

Elle pense toujours à contacter André Billy avec sa lettre de recommandation de Gandon, elle vient aussi de recevoir une proposition de  » jeunesse magasine » pour une collaboration régulière. Fortement intéressée elle ne connaît pas les conditions de rétribution et s’en inquiète.

Elle a aussi reçu un mot d’Henri Flammarion qui ne peut la réemployer maintenant mais qui ne ferme pas la porte de la maison d’édition complètement.

25 octobre 1939

La Pologne que l’on était chargée de défendre est maintenant transformée en gouvernement général avec à sa tête Hans Frank ancien ministre de la justice.

Il fait immédiatement régner la terreur et chasse les intellectuels et les juifs qui seront désormais soumis au port de l’étoile jaune.

Pendant ce temps là chez nos poilus, tombent la bonne nouvelle qu’ils auront le droit à 10 jours de permission tous les 4 mois .

Françoise reçoit des nouvelles de son frère, il est bien installé dans un petit village à l’abri des montagnes et il s’extasie devant la perspective de pêche miraculeuse dans une rivière à truites et d’éventuels sports d’hiver.

Il a un bon lit chez des habitants et attend avec impatience son galon d’officier.

On voit que les allemands n’ont qu’à bien se tenir.

Françoise souffre toujours autant mais va quitter la clinique, tante Alice veut la garder près d’elle au Rayat, mais elle veut faire retour sur Paris.

Son autre tante Gaby la presse d’accepter une invitation pour Courbanton (Montreuil les solognes )

 

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 3, le début de la guerre

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 3, le début de la guerre

 

Paris se vide peu à peu, de nombreux habitants quittent la capitale, on ne trouve plus un taxi de disponible.

Françoise est réquisitionnée par les éclaireurs de France pour accompagner des trains de réfugiés qui transitant par Paris sont envoyés vers des centres d’accueil près de Gien. Les conditions sont déplorables via la ville de Bourges le trajet dure 16 heures. Le train suite aux encombrements ne roule parfois qu’à dix à l’heure.

Françoise et les éclaireuses distribuent des vivres et des biberons. Toujours la chaleur, la promiscuité, les hurlements des enfants énervés. Puis l’odeur des corps entassés, des langes merdeuses, des toilettes qui se bouchent. C’est la consternation sur tous les visages, mais l’espoir est encore là , la guerre finira bien , nous les arrêterons comme en 18 et enfin cela sera la der des der ;

Françoise rentre exténuée, se reposer, dormir, se laver et ne penser qu’à Raymond qui lui aussi chemine en train.

6 septembre 1939

Mais maintenant l’heure n’est plus au repos, la nuit des parisiens est troublée par de stridentes sirènes, avisant d’une alerte aérienne.

Françoise en cette nuit passera de 1 h 45 à 4 h 30 dans un abri de la rue Gervex. C’est long, pas question de dormir, alors les conversations se nouent entre des gens qui ne sont que de parfaits étrangers.

Normalement le signal d’alerte est donné quand les avions ennemis passent la frontière, cela laisse un peu de temps pour se réfugier dans les nombreux abris de la capitale.

Mais ici personne ne croit que les avions allemands arriveront jusqu’ici, c’est aussi la première fois que Françoise entend tonner le canon, du moins le pense t-elle et des souvenirs qu’elle croyait enfouis et datant de sa prime enfance ressurgissent avec force.

Elle n’a pas peur mais s’inquiète du peu d’information que les journaux et la TSF fournissent. Évidemment elle ne demande pas qu’on dévoile des secrets militaires, mais tout de même.

On nous dit que la Pologne se défend admirablement bien, mais que la lutte est sans espoir tant les disproportions de force entre les belligérants sont énormes.

Comme Françoise n’a pas de travail elle compte à l’invitation de sa tante De M ,se rendre à Hendaye, là bas dans la belle villa Etché Verdia elle fera le point et réfléchira à son avenir.

Maintenant sur Paris on a la psychose des gaz, le port du maque est rendu obligatoire et Françoise va cherche le sien, la distribution est gratuite.

Françoise s’amuse et se moque de voir certaines personnes porter cette longue boite kaki en bandoulière. Lorsqu’elle croise un employé des pompes funèbres en bicorne ou bien une bonne sœur avec sa boite qui lui bat les flancs elle ne peut s’empêcher de rigoler.

Mais elle s’inquiète aussi de son utilisation

 » J’ai lu la notice et j’ai essayé l’engin une minute, aussitôt après j’avais l’impression de respirer à travers un édredon et je veux espérer que nous n’aurons jamais besoin de nous servir de ce machin là  »

12 septembre 1939

Raymond a réussi à joindre Françoise par téléphone, il est toujours à Saint Péray au centre mobilisateur. Visiblement les polonais ne vont pas avoir de l’aide immédiatement. Après cela il va monter au front. La France va-t-elle attaquer l’Allemagne ?

En attendant Raymond invite Françoise à venir le rejoindre.

Il n’y a bien sûr rien de réglementaire dans tout cela

L’on voit que pendant que nos alliés luttent pour leur survie et que Varsovie est presque totalement encerclée, les officiers de l’armée française qui viennent d’être mobilisés, reçoivent leur compagne.

Françoise fait sa valise, quelques vêtements, un livre et la voila dans le train en direction de l’Ardèche. Aucun contrôle des populations, libre circulation, il est à se demander si la guerre est vraiment commencée.

15 septembre 1939

Françoise ne voit Raymond que quelques minutes le soir lorsqu’il termine son service. C’est dur , c’est frustrant. Elle ne peut que se blottir entre ses bras, son corps réclame plus mais il ne peut partager sa couche.

Il lui annonce enfin que le 17 il part, Françoise lui fait la comédie du courage , mais les larmes coulent, Raymond va se rapprocher du danger, peut-être de la mort.

Françoise qui n’a rien à faire à Paris car Flammarion a fermé ses bureaux, décide de partir directement chez sa tante à Hendaye.

Cette dernière est la sœur de sa mère , elle lui ressemble et Françoise lui reporte toute l’affection filiale qu’elle ne peut plus donner à sa mère défunte.

18 septembre 1939

Françoise est à Hendaye et avec sa cousine Suzanne D elle va remonter sur la propriété du Rayat à Muret que son oncle et sa tante De M possèdent.

Là bas chacun attendra des nouvelles des mobilisés.

Suzanne et Françoise sont cousines germaines, la première est plus âgée que la seconde mais leur complicité remonte à l’enfance. Suzanne faisait faire des bêtises à sa petite cousine mais la protégeait et lui apprenait des choses féminines que sa tante et sa mère ne lui auraient jamais transmises.

Au Rayat tout le monde s’installe, Françoise est invitée pour la durée de la guerre , elle est chez elle . Outre sa tante et son oncle il y a 3 jeunes mamans et 9 petits enfants. La maison bruissent d’une joyeuse activité et les 7 domestiques ont fort à faire.

L’oncle est un ancien inspecteur des finances, héritier d’une ancienne et noble famille, il gère des biens et ses affaires sont prospères.

Françoise est bien au Rayat bien qu’elle souffre de l’humeur sombre de l’oncle et que le bruit des enfants la dérange un peu.

Puis le Rayat vénérable bâtisse accolée à la métairie abrite une colonie d’indésirables qui dansent une sarabande nocturne

On lui propose de devenir la perceptrice de trois des enfants qui suivent les cours par correspondance de l’institut catholique , elle hésite car elle préférerait son indépendance.

Elle écrit tous les jours à Raymond sans savoir si les lettres lui parviennent elle se languit de lui,

 »tout me paraît imaginaire, sans importance, vide de valeur, à coté du fait que nous sommes séparés l’un de l’autre et qu’il faut tirer parti quand même des journées que l’on vit »

Elle guette le facteur avec obsession mais rien de vient, si encore elle avait des nouvelles de lui.

Les occupants du Rayat sont couverts de puces, et la pompe qui amène l’eau du puits est en panne.

Françoise peine à imaginer ce que doivent subir les assiégés de Varsovie. Mais loin de l’ être aimé tout prend un aspect sinistre, le vent que pourtant elle aime n’est qu’inconvénient et déplaisir.

Les moustiques et les poux qui attaquent prennent une importance démesurée.

Le polonais se meure, le français se gratte.

Mais il faut faire semblant et paraître , rester digne malgré le tourment, ne pas montrer aux enfants l’inquiétude qui tenaille le ventre des femmes et des mères. Puis se pomponner aide à passer le temps

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 2

 

Enfin il est l’heure, dans sa chambrette, elle fait toilette au lavabo. Quelle chance, beaucoup d’appartements en cette année 1939 n’ont que de l’eau sur le palier et des waters closet en commun. C’est un luxe, mine de rien ce mince filet d’eau, d’une main puissante , elle humidifie son savon et avec la force d’une blanchisseuse se frotte tout le corps. Elle retrouve un peu de fraîcheur, se pare d’une robe légère et se précipite en bas de l’immeuble. La chaleur la frappe au visage, l’étreint, lui vole son oxygène, mais rien ne peut l’arrêter, direction l’hôpital avenue de la porte d’Aubervilliers.

Elle aime l’attendre, mais son médecin a des horaires flexibles tirant vers une prolongation des journées, alors elle s’est munie d’un livre de Jean Giono pour le cas ou son attente se prolongerait.

Mais chance, à peine est-elle arrivée que le voila qui paraît, costumé, cravaté en homme de responsabilité,en notable qu’il va devenir.

Il se jette dans ses bras, l’embrasse,la soulève de terre et la fait virevolter, la chaleur est rude il ne convient pas de s’enfermer dans l’appartement de Françoise, du moins pas encore. Ils vont allés dîner, mais avant, se rafraîchir, puis parler et parler encore.

Un café et une petite table ronde en fonte , Raymond prend une bière, Françoise une menthe à l’eau.

Immanquablement la situation internationale se dresse devant eux, leurs propres problèmes passent pour des peccadilles.

Raymond est inquiet, la situation se tend entre les états, Hitler qui avec ses affidés a mis sous sa botte l’Allemagne s’apprête à vouloir avaler le corridor qui divise ses états. On a beau deviser et ne pas vouloir prendre parti, mais quelle idée saugrenue ont et les vainqueurs de la grande guerre en donnant Dantzig à la Pologne et en divisant l’Allemagne séparant la Prusse berceau de leur pays du reste de l’Allemagne.

Il a beau jeu de réclamer ce qu’il pense lui être dû, c’est sûr il va manger la Pologne comme il s’est repu de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie.

Mais cette fois nos gouvernants n’accepteront pas de compromis, la Pologne sera défendue quoi qu’il en coûte.

Daladier notre président du conseil, qui à conclu avec l’homme au parapluie l’anglais Chamberlain le plus honteux des accords à Munich, acceptant pour sauvegarder la paix le démantèlement du territoire de nos alliés les tchèques, est cette fois bien ferme dans son attitude.

Comment ce fou d’Hitler peut-il croire que cette fois ci encore personne ne bougera.

Raymond n’est pas un va-t-en guerre comme la plus part des hommes de notre pays il ne veux pas mourir pour Dantzig.

Il s’enflamme, s’énerve, fume, les conversations sont les mêmes de table en table.

Il mange en vitupérant, Françoise n’ose l’interrompre et s’inquiète plutôt de son divorce. Qu’importe les polonais , elle est toute à son bonheur et ne compte pas qu’on lui enlève l’homme qu’elle vient de conquérir de haute lutte. L’homme qu’elle vient de ravir à cette Jacqueline honnie. Elle qui a bravé ses convictions chrétiennes,qui considère qu’une union bénie par Dieu ne peut-être dissoute. Comment pourrait-elle déjà le perdre.

Non, elle a peur et les larmes lui viennent, les deux amants rentrent et malgré la chaleur qui persiste se lieNT l’un à l’autre en une joute amoureuse que seule peuvent connaître des jeunes amoureux.

Le 23 octobre 1939, Hitler et Staline s’entendent en une danse des monstres, la Pologne sera conquise, démantelée et chacun mangera sa part du gâteau.

Les Allemands sont sûr d’avoir les coudées franches. Partout c’est la consternation, Raymond se doute qu’il va partir, il le pressent, comment pourrait-il en être autrement.

Puis le 1er septembre l’ogre se jette sur sa proie, , les forces en présence ne penchent pas du bon coté, l’agressé est faible, mal équipé, il n’a que son courage, mais dans une guerre aux formes nouvelles ce n’est plus suffisant.

L’Angleterre le 3 septembre réagit, Chamberlain qui enfin ouvre les yeux, déclare la guerre à l’Allemagne. La France en la personne de son ambassadeur fait de même.

La grande confrontation commence.

Des millions de Français répondent à la mobilisation générale, l’organisation est parfaite, chacun sait ce qu’il doit faire, munis de leur carte de mobilisation les mobilisés rejoignent leur lieu de rassemblement. Les trains sont mis à la disposition des mobilisés

Raymond doit rejoindre Valence dans la Drome ensuite il est dirigé vers Saint Péray en Ardèche, lieu où son régiment se concentre. Pour lui ce sera le 184ème régiment d’artillerie lourde tractée, commandé par le colonel Gislard. De part son métier Raymond n’est pas simple artilleur, il devient médecin du 1er groupe sous le commandement direct du chef d’escadron Delmas.

Les conséquences sont immédiates, les hommes partent par millions et les premières mesures pour évacuer et accueillir les réfugiés des départements du nord, de l’est, de l’Alsace et de la Lorraine sont prises.

Françoise se retrouve sans emploi car les éditions Flammarion ont décidé de fermer et de licencier tout le personnel.

Elle est inquiète devant un avenir absolument inconnu et se doit aussitôt de chercher du travail.

Elle projette de demander une lettre de recommandation au général Weygand, mais madame la générale lui fait répondre qu’il ne peut rien faire. En cette semaine de désordre on ne peut plus compter sur ses relations.

 

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 1