POUR QUI SONNE LE GLAS (UNE ÉPIDÉMIE EN CHARENTE 1855 )

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La lugubre musique se fait de nouveau entendre aux oreille de Catherine, alitée depuis 4 jours elle devine que le morne glas des cloches de l’abbatiale sonnera bientôt pour elle. Elle est très faible, la migraine ne la quitte plus depuis son malaise au lavoir.

    • Ma fille pour qui sonne t’ on aujourd’hui ?
    • Pour Jean Bouffanais, ma mère.
    • Oh ton père ne l’aimait pas
    • Le Jean il aurait bien aimé me marier.

Ces quelques paroles l’épuisent, Catherine retombe en léthargie.

Nous sommes le 03 octobre 1855, Catherine Thorin veuve Coculet (ou Coqulet ) dans sa demeure de la rue haute à Saint Amant de Boixe en Charente est au plus mal. Elle vit maintenant avec sa fille Jeanne ( ou Marie ) et son gendre Antoine Dussautour. La maison est joyeuse et pleine des enfants qu’ a eu le couple ( mais pas que ).

Jeanne est très inquiète de l’état de santé de sa mère qui âgée de 74 ans aura ,et elle le ressent beaucoup de mal à réchapper à l’effroyable épidémie qui sévit dans la région.

Le médecin de Montignac Mr André Dumaine arrive justement avec sa carriole pour visiter Catherine. Le médecin de Saint Amant de Boixe, touché par l’épidémie, n’est plus en état d’effectuer sa mission.

Gravement le docteur examine la faible vieille dame, cette dernière est à peine consciente.

  • Jeanne depuis quand ta mère est telle prise par le mal?
  • Depuis 3 jours docteur, elle a fait un malaise au lavoir et a eu des crampes terribles, des voisines l’ont ramenée.
  • Elle a été prise immédiatement de diarrhée, elle se vide littéralement et j’ai du la changer une paire de fois.
  • Maintenant la colique est passée mais elle sue abondamment et a tout le temps soif.
  • Jeanne tu sais ce dont souffre ta mère?
  • Elle va mourir, je n’y peux plus rien, son état est trop avancé.

Résignée comme tous les habitants du village, Jeanne attend la mort de sa mère avec tristesse.

La malade ne réagit plus, elle vomit une bile jaunâtre et continue de secréter une sueur visqueuse.

Jeanne patiemment change sa mère et nettoie le pauvre corps décharné, les voisines fuient le foyer infectieux. Le labeur est dur, elle est seule, elle a écarté son mari par décence et ses filles par sécurité .

Le 5 octobre à 4 heure du matin, alors que Jeanne sommeille sur une chaise à coté du lit, la mourante expire dans un dernier râle. Jeanne prévient son mari et les enfants.

Antoine se lève va voir sa belle mère et va frapper à la maison voisine où demeure Pierre Thorin le frère de Catherine.

On organise bientôt une veillée, mais là aussi les visiteur se font rares tant la peur de la contagion est forte.

Le 6 octobre Pierre Thorin déclare le décès à la mairie en compagnie d’un voisin.

Le maire Louis Védrenne est consterné, l’afflux de morts est tel que le cimetière du village est complet. Il faut prendre une décision rapide, le conseil municipal est appelé d’urgence.

Le temps que tout le monde arrive, un quatrième décès est déclaré pour la journée du 5 octobre.

Un solution existe et elle est adoptée rapidement, un terrain vague sur le chemin qui mène à Mansle prés du lieu nommé les Métairies.

Le changement de place du cimetière avait déjà été évoqué, la place manquait autour de l’ancienne abbatiale et les conditions d’inhumation à même la terre sur ce flanc de coteau présentaient quelques inconvénients.

 

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1ere tombe du nouveau cimetière de Saint Amant de Boixe , 1855

 

Catherine Thorin a donc l’honneur d’inaugurer le nouvel emplacement. Elle ne reste pas longtemps seule, car le même jour la rejoignent les morts du 5 octobre puis ceux du 6. Le curé ne chôme guère et le bedeau sonne le glas toute la journée.

Le fléau est effroyable, le choléra laissera une trace indélébile dans la conscience collective du village.

Nota : quelques années plus tard Catherine fut rejointe par sa fille Jeanne, par son gendre Antoine Dussutour et par une de ses petites filles. Une autre personne est inhumée sans que je puisse établir la filiation exacte.

Jeanne Coculet, née le 11 juin 1822 est morte le 20 février 1900 à Saint Amant de Boixe, (Prénom de d’état civil, Marie )

Antoine Dussutour né en novembre 1814 à Saint Pierre de Cote en Dordogne ouvrier amidonnier, mort le 8 mars 1893.

Marie Augustine Dussutour née le 3 septembre 1845, morte le 27 octobre 1898 à Saint Amant de Boixe.

Victoria Isabelle Dussutour , décédée en octobre 1865 ( lieu naissance, filiation et date décès ignorés quand à  présent )

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Nota : un article sur le l’épidémie de choléra dans le village de Saint Amant de Boixe est en cours de préparation.

UNE MORT BIEN SUSPECTE, (enquête sur un décès en 1795 dans le petit village briard de Saint-Hilliers ).

 

 

En ce matin du 9 juillet 1795, François Durvel s’apprête à monter à cheval pour apporter le déjeuner à ses ouvriers agricoles. Il est seulement 5 h 30 du matin mais la ferme du Quincy est déjà parcourue en tous sens par les paysans qui s’affairent à leurs activités. Rythmés par les saisons et le soleil, les employés de la ferme sont matinaux. La plupart ont déjà gagné leur lieu de travail, souvent éloigné de quelques kilomètres.

LA FERME DE QUINCY

 

 

François est le patron de cette grosse ferme, il n’est pas propriétaire, mais n’est pas non plus un simple laboureur. L’exploitation est de grande taille et appartient avec le château, à la famille de Pierre Reghat, commissaire des guerres et chevalier de Saint Louis. Ce dernier ne réside pas sur place mais en son château du Petit Paris à Quincy Voisin.  Sa fille la baronne de Vintimille qui venait de sauver sa tête y demeure presque en permanence. François aidé par ses fils, exploite donc pour le compte d’un noble qui n’a pas immigré, ses vastes terres.

Après avoir donné quelques ordres, il se met en route, sort de la ferme et s’achemine sur le chemin de terre qui passe à travers les bois de Quincy et les bois Francs,.Passant le long de ces derniers, il arrive bientôt à la prairie du Riotre de la Conquillie située sur la commune de Bannost.

Ce pré fait parti du domaine, François descend de cheval et salue deux hommes qui fauchent sa prairie . André Pigal et Pierre Mécréant qui demeurent au Chêne Guillemot sont déjà à l’œuvre depuis presque 2 heures et voient l’arrivée du casse croûte et de la piquette avec grand plaisir.

Le vieux après avoir déposé le déjeuner à ses 2 manouvriers se met en devoir d’étaler l’herbe fraîchement coupée. Il a maintenant 74 ans et la forme l’abandonne peu à peu, mais la force de l’habitude le pousse à effectuer ce travail. L’odeur de l’herbe fraîche l’enivre même un peu.

Dans un pré voisin André Mécréant 48 ans le salue de la tête en effectuant la fauche du pré du citoyen Boulot. Il est cousin avec Pierre Mécréant, mais demeure à Bezalle.

Tout à coté la Catherine Brucier femme à Louis Pique garde ses vaches.

Vers 6 h 30, François a la tête qui lui tourne, il se sent vraiment mal et suspend son travail. De loin la femme Pique qui l’observe le voit s’écrouler de tout son long. Elle pousse un hurlement qui alerte les  deux faucheurs.
Tout le monde se précipite de concert en direction de François. Malgré la promptitude de leurs mouvements ils arrivent trop tard, le vieux Durvel étendu face contre terre ne répond pas.

Manifestement l’homme est tombé raide mort, nos compères sont bien embarrassés. Mécréant décide d’aller prévenir les fils du laboureur et monte sur le cheval de son patron.

Mathias Rousselet cultivateur de Champcenest dans son champs ne perd pas une miette de l’affaire et demande à Mécréant qui passe à cheval la cause du remue-ménage. Il se rend à son tour auprès du cadavre. Chacun devise autour de la dépouille en attendant les fils du défunt.

André Mécréant qui a lui aussi compris qu’il se passe quelque chose rejoint le groupe.

Pierre avec le cheval du vieux, rejoint promptement les deux fils du laboureur et leur annonce la triste nouvelle.

Nicolas et Jean François reçoivent l’information dignement, comme si cette mort leur était prévisible.

Ils décident tous 2 de se rendre auprès du défunt et commande à Pierre Mécréant de prévenir la mairie.

La nouvelle de la mort de François se propage d’ailleurs rapidement, de champs à champs, de ferme à ferme et Bernard Guyot membre du conseil général de la commune est déjà au courant quand Pierre arrive de la bâtisse municipale. On décide de prévenir le juge de paix de Chenoise.

Hilaire Guérin charretier à la ferme de Quincy avec une voiture se rend sur les lieux puis file à Chenoise quérir Charles Lelong juge de paix du canton de Jouy le Chatel.

Pourquoi le maire et son adjoint décident- ils de prévenir un juge, la mort  semble bizarre ?

François Durvel a quand même 74 ans , il a eu une vie bien remplie, c’est marié 3 fois et a eu 11 enfants. Une vie de durs labeurs paysan, mais il semblait solide, bien que dernièrement il se plaignait de faiblesse et de douleur ventrale.

 

SAINT HILLIERS

Le village de Saint Hilliers est maintenant en émoi ainsi que celui de Bannost où a eu lieu le décès.
Le laboureur de Quincy a cassé sa pipe et la nouvelle de la venue du juge de paix suscite les interrogations.

 

 

Pendant tout ce temps le corps du fermier n’a pas bougé, personne n’a osé le changer de position, chacun discute, Mécréant André, son cousin Pierre, la femme Pique, Mathias Rousselet et le 2 fils  Jean François et Nicolas.

La matinée est déjà bien avancée quand Monsieur le juge arrive avec son greffier Mr Racinet et un officier de santé de Chenoise nommé François Roch Oudet.

 

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L’endroit où est mort François se situe en bas à gauche du plan

 

Ils constatent immédiatement que la rigidité cadavérique commence à s’installer, la nuque et les maxillaires sont raides. François Durvel est vêtu d’un gilet et d’une veste de serge gris blanc, d’une culotte de Chateauroux, d’une vieille paire de bas de laine grise, sa chemise est de toile commune.
Les pieds sont chaussés d’une paire de boucles jaunes antiques.

Dans ses poches se trouve son couteau à manche de bois.

Le juge de paix et le médecin se concertent, le mort est une notabilité du village, il convient de faire lumière sur les causes du décès et d’écarter une mort non naturelle. Le juge prévient les enfants qu’une inspection du corps va avoir lieu. Les fils se récrient, notre père était faible et sa santé déclinait à vue d’œil pourquoi le tourmenter.

La véhémence de Nicolas et Jean François interpelle le Juge de Paix et le renforce dans l’idée d’un examen approfondi.

Pendant ce temps, François Ourdet poursuit méticuleusement son inspection externe du cadavre.
Il ne trouve aucune plaie, ni contusion et fait part de ses constatations  au juge.
Un examen interne est donc décidé, le juge commande de ramener le corps à la ferme du Quincy.

Hillaire Guerin, André Pigal et Pierre Mécréant chargent le corps sur la voiture et chacun en une sorte de procession suit la dépouille jusqu’à la ferme. Le convoi ne passe pas inaperçu et tout le monde conjoncture sur la prochaine autopsie du feu laboureur.

Amené dans une chambre qui donne sur la cour, le défunt est allongé sur une lourde table de chêne.

L’officier de santé fait sortir tout le monde à l’exception de son aide, le corps est mis à nu, il faut se dépêcher la rigidité s’accentue. Aucun hématome, aucune plaie, pas de trace de coup.

La lugubre ouverture du cadavre va commencer, le thorax est découpé, l’incision se poursuit jusqu’à l’aine formant un Y. Les chairs sont écartées l’estomac est prélevé ainsi que les intestins et les viscères du bas ventre. Des baques en bois servent de réceptacles aux boyaux du fier laboureur. Mr Ourdet dicte au greffier ses conclusions, rien dans les organes internes qui ne fasse penser à un empoisonnement, le ventre n’est pas gonflé, aucune tache laide et noire à la peau. Pour l’officier pas de doute la mort n’est pas violente et François Durvel que son âme repose en paix, est mort d’épuisement et de syncope.

Il en coûte 36 livres au contribuable en frais d’autopsie.

Le corps est recousu les viscères remis en place, la toilette du mort va pouvoir être effectuée par les proches et François rejoindre la terre de ses ancêtres.

Mais la réputation des fils de François est mauvaise et la rumeur paysanne leur attribuera une part de responsabilité dans la mort de cet homme pourtant âgé de 74 ans.

 

Quelques protagonistes :

Hilaire Guerin,  né le 04 octobre 1756 à Saint-Hilliers ( 77 ), mort le 25 mars 1815 à Saint-Hilliers, marié le 15 novembre 1785 avec Marie Louise Grimon.

Pierre Mécréant, né le 03 mars 1753 et décédé le  29 avril 1827 à Saint-Hilliers, mariage le 04 février 1782 à Bannost ( 77 ).

François Durvel, né vers  1721 à Montceaux les Provins ( 77 ), mort à Bannost le 8 juillet  1795, marié  3 fois et veuf lors de son décès.

Nicolas Durvel, né le 04 aout 1767 à Bannost et décédé le 30 janvier 1815 à Saint -Hilliers célibataire lors de la mort de son père, il se marie à Auger ( 77 ) en 1798.

François Durvel ( le fils ), né le 12 avril 1772 à Bannost, décédé à Augers le  27 avril 1839, marié en 1801 à Saint-Martin-des-Champs ( 77 )

André Pigal, né à Hermé ( 77 ) le 23 février 1766  et décédé à Saint-Hilliers le 19 octobre  1803.

Nota : L’ensemble des communes citées, se trouve en Seine et Marne à proximité de la ville médiéval de Provins.

Un juge de paix n’était pas forcement un homme de loi mais une notabilité du village élue par la communauté.

La description de cette affaire se trouve dans le registre d’état civil de Saint- Hilliers page 75 de 1793 à 1804.

1788, l’Année terrible ou la brie champenoise à la veille de la révolution

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Église Courtacon

Le curé Mercier du village de Courtacon en Seine et marne nous a laissé dans les registres paroissiaux d’intéressantes observations sur la vie de son village et sur l’influence du climat

Celles de l’année 1788 sont particulièrement significatives, car on a coutume de dire que la météorologie de cette dernière a été déterminante dans le déclenchement de la révolution Française.
Le petit village en cette année prérévolutionnaire a environ 220 habitants, le curé s’appelle Mercier, le recteur des petites écoles se nomme Jean Bié.
La population laborieuse cultive une terre grasse et fertile, des bleds, un peu de vigne,un peu de maïs. Les vergers produisent abondamment des pommes et des poires, apportant un complément de revenu et du cidre pour la consommation locale. Des pois et des vesces sont également plantés en complément.

 

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Aubetin à Courtacon

 

Un petit ruisseau l’Aubetin traverse le village, mince affluent du Grand Morin, il sert de déversoir à de nombreux rûs et déborde de son lit lors des épisodes pluvieux importants.

Un étang où au siècle du grand roi l’on péchait une carpe appréciée à la cour agrémente le paysage, le village est formé de plusieurs hameaux.

Mon lointain aïeul Nicolas Torpier vit avec sa jeune épouse Madeleine Viennot, il n’ont pas encore d’héritier mais en ces jours d’hivers ils s’y emploient avec assiduité.

Nicolas n’a comme famille que sa mère, cette dernière au grand désespoir de Madeleine vit avec le jeune couple. En cette époque on abandonne pas ses vieux et comme l’on disait , on les finit.

La famille Viennot est depuis longtemps implanté sur Courtaçon, Madeleine a 2 sœurs et un frère qui vivent encore avec leur mère Marie Guiot.

Toute la famille travaille la terre comme manouvrier où manouvrière. Hors justement la terre en ce premier semestre, il est très difficile de la travailler car les pluies tombent sans discontinuités, l’Aubetin est sortis de son lit et la prairie est gorgée d’eau. Le semis des maïs se fait avec de grandes difficultés et l’on sème de l’avoine jusqu’au mois de mai.

Le père Mercier est inquiet, la situation de ses ouailles est difficile et la moindre fluctuation météorologique détruit le frêle équilibre campagnard.
Mais il n’y a pas que dans la campagne de Brie que la situation est catastrophique, la royauté est sur le point de faire banqueroute.

La moindre velléité de reforme se heurte aux privilégiés et en se mois de mai, les parlements se sont révoltés,ces bons messieurs ne veulent pas de réforme fiscale et pour être plus juste ne veulent pas  payer d’impôts . Coupant la branche sur laquelle ils sont assis.

La première partie de la révolution Française débute par une révolution parlementaire.

Nicolas, lui est plutôt satisfait, il va être papa et Madeleine arbore un magnifique ventre rond. Certes les travaux agricoles lui sont pénibles, mais comme ses mères avant elle, continuera son labeur jusqu’à la délivrance.
Fin mars, le curé baptise son premier bébé de l’année, il y a déjà eu 3 inhumations. Heureusement l’équilibre se fait et le bon père enterre autant qu’il baptise.

Au niveau du temps les pluies cessent enfin, les charroies se font plus faciles et la lourde terre ne colle plus aux sabots. La chaleur vient rapidement, mais pour les bleds, le mal est fait.

La révolte des parlements continue et le 7 juin le peuple de Grenoble qui défend ses parlementaires entre en révolte, les tuiles volent des toits, il y a des morts, les premiers d’une longue série.

A Courtacon, la moisson est catastrophique, le coup de chaleur du mois de juin à échaudé les céréales. De mémoire d’homme jamais une récolte ne fut si petite. La disette se profile et les propriétaires ne peuvent être payés sur une récolte aussi mince.

La Brie Champenoise n’est pas la seule région à être touchée, l’ensemble des Provinces est sinistrées.

Le 5 juillet le roi convoque les états généraux, la machine est lancée, mais Nicolas Torpier, le curé Mercier et l’ensemble des habitants du village n’envisagent pas une France sans royauté. Le problème est économique et non politique.

Le 16 août la banqueroute est déclarée, Loménie de Brienne prélat à la tête des finances Française doit laisser sa place au banquier Génevois Necker qui fait son retour aux affaires.

Si la pluie n’avait cessé de pleuvoir jusqu’en juin, la sécheresse qui lui succède dure jusqu’en octobre.

Les bleds n’ont rien donnés mais les vins sont abondants et la récolte des poires et des pommes est énormes. Les pressoirs à vin et à cidre fonctionnent à plein, Nicolas aide aux vendanges chez l’oncle de sa femme Jacques Viennot vigneron au Fortail, hameau du village.

Le 3 octobre 1788, le curé baptise la première née de Nicolas et Madeleine, on la nomme Denise et on lui donne comme parrain et marraine Philippe Verteil et Adélaide Eluard.

Le 20 octobre la première journée de gèle survient, rien d’inhabituelle dans la précocité mais les gelée perdureront sans discontinuités jusqu’au 13 janvier 1789. Le 25 novembre jour de la Sainte Catherine, une neige épaisse tombe sur Courtaçon recouvrant la campagne, là aussi jusqu’au 13 janvier 1789.

Dès la Toussaint, Nicolas se nourrit d’orge, Madeleine dont le sein se tarit, peine à nourrir sa petite Denise.

Necker tente de réguler le commerce des grains pour éviter la famine et les troubles.

Les paysans ne peuvent gagner leur pains car le froid paralyse l’économie du pays.
L’Aubetin est pris par les glaces entièrement et les enfants s’aventure sur l’étang.

 

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Aubetin de nos jours

 

Aucun moulin à eau ne fonctionne et les paysans doivent parcourir plusieurs lieux pour abreuver leurs bêtes, la fontaine de Gizienne est l’une des rares non prise par la glace.

Les tonneaux de vin du curé Mercier gèlent dans la réserve et son puits est gelé très profondément.

Les deux tiers des habitants sont réduits à la misère et la moitié manque de bois , d’eau et de pain.

Localement, le Marquis de Champcenest fournit 800 livres de pain par semaine au plus démunis.

Les paysans que rien n’épargnent voit même disparaître leur grosse récolte de poires et de pommes.

Le 6 novembre le roi et Necker convoquent une seconde assemblée de notable qui comme la première ne servira à rien.
Le bilan de cette année est terrible sur Courtacon 3 femmes meurent de froid chez elle, affaiblies par la malnutrition.

L’année 1788 détient le triste record du froid qui est sans équivalent jusqu’à maintenant , la Seine est restée gelée 56 jours. Cette météo même si elle n’est pas responsable de la révolution a engendré une récolte catastrophique qui a encouragée et augmentée le mécontentement.

Sources . Registres paroissiaux Courtacon, page 100,  années  1767-1793.

LA VOLEUSE DE MOUCHOIRS, ( Une peine exemplaire ou les tribunaux du 19ème siècle )

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Salles Lavalette, département de Charente

Encadrée par deux gendarmes, Marie arrive au greffe de la maison de correction d’Angoulême, malgré la cape qui la protège , elle frissonne, il fait terriblement froid ce vendredi 26 janvier 1838.

Elle a les mains entravées sur le devant et avance la tête basse, l’un des pandores la pousse dans un couloir et referme une lourde porte.

Ils sont accueillis par les gardiens de l’endroit. Mr Texier est le gardien en chef, sa femme s’occupe du quartier des femmes. La passation entre les 2 gendarmes et le gardien de la prison se passe sans palabre inutile, le papier signé par le sieur Durand, huissier est parfaitement conforme et bientôt Marie se retrouve seule avec ses geôliers.

– Ton nom.
– Dumont Marie
– Ton age
– Environ 38
– Ton lieu de naissance
– Je suis de Chadurie, mais je suis née à Salles Lavalette
– Ouai tu es donc de Chadurie.
– Le nom de ton père
– François, mais il est mort.
– Ta mère.
– Elle est morte aussi et pour son nom, j’suis pas bien sur.
– Tu faisais quoi.
– J’étais servante
– ouai, mettons sans profession.
– Donc si j’ai bien compris t’es une voleuse.

A ces mots le visage de Marie se couvre de honte, elle se tait.

– Je t’ai causé, t’es une voleuse ou pas.
– Oui
– Oui quoi
– Oui je suis une voleuse.

Marie est effectivement une voleuse et elle s’en repent tous les jours depuis les faits.

– Bon maintenant y faut qu’on te fouille
– Déshabille toi.
La pauvre ne sut que faire, il lui répugnait d’ôter ses habits devant le gardien. Elle avait déjà dû se plier à cette humiliation devant des gendarmes goguenards.

La gardienne lui hurla dessus.

– Tu préfères que je fasse venir des gardiens pour te les enlever.

Marie s’exécuta, elle ôta sa cape, défit sa coiffe de toile, dénoua son mouchoir blanc, retira son tablier de coton bleu à points blancs.
Elle hésita à enlever son juste de drap bleu, mais les Texier s’impatientaient.
Puis vint le tour de sa jupe de droguet grise.
La pauvre petite voleuse se retrouvait en chemise devant ses 2 gardiens.
La gardienne dit à son mari sort de la, tu en as assez vu.
Il s’exécuta.

– Enlève ta chemise.

Marie se retrouva maintenant nue, la gardienne l’observa et sembla se délecter de ce moment de honte.
Au physique, elle était de petite taille, 1,42 m, ses longs cheveux châtain, tombaient sur ses seins et sur ses épaules formant un voile pudique. Ses yeux roux étaient embués de larmes

– Écarte les jambes et penche toi

Marie s’exécuta, exposant son anatomie intime, la gardienne hardiment lui glissa 2 doigts dans le vagin. Elle hurla de douleur et d’indignation.

– Bon tu caches rien , remets ta chemise et prends les vêtements que je te donne.

– Mon mari t’a pas demandé, d’où est ce que tu viens ?
– Du village de Chadurie Madame.

L’histoire de Marie est d’une tristesse absolue, née à Salles sur Lavalette le 1er janvier 1794 d’un père cultivateur nommé François Dumont et de Margueritte Labrousse elle fut placée dès l’age de 14 ans comme servante dans une grosse ferme des environs.

Les années passèrent, ses parents moururent de bonne heure et elle se retrouva orpheline à la merci du premier venu .

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Chadurie département de Charente

Elle devint l’amante d’un journalier qui l’entraîna sur la commune de Chadurie en 1821. Elle trouva à se placer comme servante chez Jean Vergeraud au village de la Meulière.
Elle s’y trouvait bien même si son journalier  l’avait abandonné pour se marier.
Sa condition ne prêtait guère à ce qu’un homme lui fit une demande en mariage.

Sa vie bascula en 1826 lorsqu’un vieux veuf de 61 ans la pressa de devenir sa femme. Le bougre ne lui était pas étranger car il était beau frère de son patron. L’union se prépara à son insu, elle avait toujours subi et cela continuait.

Son mariage eut lieu avec Jean Perrot le 31 octobre 1826 à Chadurie ( Charente ). Si le vieux pensait trouver une vierge, il fut déçu.

Le statut social de Marie augmenta, de servante, elle passa cultivatrice. Mais les villageois reprouvaient cette union et elle fut mise à l’écart.
Elle s’accoutumait du reste fort bien de cet ostracisme. Les années passèrent, la vigueur de Jean diminuait et le devoir conjugal s’espaçait au plus grand plaisir de Marie.

Un jour qu’elle accompagnait son mari chez un gros fermier du coin elle aperçut dans une armoire entr’ouverte des mouchoirs brodés. Seule dans la pièce elle s’en saisit pour les admirer et les toucher. Elle n’avait jamais rien vu d’aussi beau ni d’aussi doux.
L’entrée inopportune du propriétaire lui fit glisser les mouchoirs dans son corsage.

Deux jours plus tard, sa vie bascula, 2 gendarmes montés venus d’Angoulême vinrent la chercher.
Attachée elle traversa le village sous les regards haineux de la population. Les propriétaires des mouchoirs avaient porter plainte pour leur disparition.

Nul n’intervint pour elle, son mari honteux ne sortait plus.

Elle fut condamnée à 1 an et un jour de prison pour le vol de quelques mouchoirs, la justice pour les pauvres gens en le règne du roi bourgeois Louis Philippe était dure et expéditive.

Elle ne pût se défendre, elle avait bien pris les mouchoirs.

Elle resta 3 mois à la maison d’Angoulême puis fut transférée à la maison centrale de Limoges.
Sa vie fut brisée, son mari l’abandonna et mourut l’année suivante. Son nom ne fut même pas mentionné dans l’acte de décès de son mari.

Elle disparue socialement après avoir purgée sa peine jour pour jour, à cette époque aucune remise de peine pour bonne conduite n’était accordée.
A sa sortie elle revint à Chadurie pour implorer son mari de la reprendre, ce fut en vain car il venait de mourir.
Elle ne pouvait rester dans ce village, pas de famille, pas de travail, 2 solutions s’offraient à elle, le vagabondage et la prostitution. Finalement elle se fixa sur Angoulême où elle se mit à la colle avec un ouvrier qu’elle avait entre aperçu pendant son incarcération.

Nota : Mes sources sont les registres d’écrou des prisons de Charente, une vraie mine d’or, description physique et vestimentaire précises. Véritable reflet de la société pré industrielle, les peines infligées au regard des faits sont d’une lourdeurs terribles. Victor Hugo, dans les  »misérables  » n’a rien inventé ni exagéré.

LE TUEUR DE PRÊTRES

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LE TUEUR DE PRÊTRES OU LA VIE DU CAPITAINE LALY

Un vieil homme, grand, encore vigoureux malgré son âge arpente comme tous les jours les quais du port de Saint Martin de ré.
Sa figure est dure, son regard est méchant, il ne répond que très rarement aux saluts, c’est un ancien marin . D’aucun dise qu’il était bon pilote côtier, maintenant retiré il vit chichement de ses quelques rentes.

Quelques vieilles femmes en le croisant se signent, elles ne s’attardent pas, fuient le bonhomme qui habitué, n’a même plus un regard pour elles. Les marins du port soulèvent leur casquette à son passage, un peu déférant. Seuls parfois quelques enfants délurés l’invectivent. Lui n’en n’a cure, il poursuit son chemin.
A la même heure tous les jours, de façon immuable il sort de sa maison ,de la rue du grand four, et va errant poser son regard sur la vaste immensité océane.
Les jeunes ignorent son passé, les vieux se souviennent.

Nous sommes en 2015, un navire à voile comme on n’en n’a plus vu depuis longtemps remonte le fleuve Charente, des milliers de badauds se pressent sur les rives et applaudissent le majestueux bâtiment.
La vieille commune de Rochefort longtemps endormie se réveille enfin sur son siècle.
L’Hermione, navire qui emmena  jadis un jeune noble de France aux Amériques pour porter de l’aide aux insurgents a été reconstitué et effectue sa première sortie.

Il se dirige vers la rade de l’île d’Aix, escorté par des centaines d’embarcations qui lui font fête.

Parmi les milliers de touristes qui se pressent combien connaissent l’histoire du bâtiment nommé les  » Deux Associés  » qui lui aussi remonta le fleuve quelques 221 années plus tôt ?
Sans doute très peu.

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Chaque drame a droit à sa mémoire, mais la multiplicité de ces derniers font que les plus anciens sont recouverts par des récents dont l’ignominie est pire encore.

Rappelons les faits, nous sommes en pleine Révolution Française, le comité de salut public, émanation de la représentation publique, est au pouvoir, la terreur commence et les décrets tombent.
L’un des plus terribles est celui condamnant les prêtres réfractaires à la déportation. Avec l’exécution de cet ordre infâme, commence un génocide identitaire et idéologique comme la France en connut peu.

Venus de toutes les régions de France des prêtres se retrouvèrent à Rochefort en attente de leur déportation.
Le chemin semé d’horreur qui conduisit les prisonniers au port de guerre de Rochefort n’était rien en comparaison à la souffrance qu’ils allèrent devoir endurer, sur ce qu’on l’on appela  les  » pontons  »

Mais les décisions gouvernementales criminelles ne seraient rien sans leurs lâches exécutants et malheureusement à chaque époque, surgissant du néant une foule de vils exécuteurs de basses œuvres exécutent avec zèle et compétence les ordres iniques.

La ville de Rochefort, l’une des plus patriotique de France disait on , n’en manquait pas.
Il fut décidé que les prêtres seraient parqués sur des bateaux pour y être déportés, deux navires négriers  » Les deux Associés  » et le  » Washington  » furent donc affrétés.

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La malchance pour les prisonniers voulut que le commandement des navires tombèrent  entre les mains de deux fervents patriotes qui se muèrent en criminels.

C’est l’histoire de l’un deux que je vais conter.

Jean Baptiste René Laly

Le 22 mars 1794, le citoyen Jean Baptiste René Laly est nommé commandant des  » Les deux Associés  » il est jeune 28 ans, les dents longues comme on dirait maintenant, officier patriote, c’est une brute tant au physique qu’ au comportement, il est grossier, méchant, des sourcils toujours froncés,sur une face bestiale, chez lui l’invective n’est jamais loin.

Il a bonne réputation en tant que marin et connaît par cœur les côtes de la région car il est natif, de l’île de Ré.

Il est né le 27 mai 1765 à la Flotte en Ré et a été baptisé à l’église par le père Girardeau curé de la paroisse. Son père René est tonnelier, issu du village d’Esnande sur le continent, sa mère Marie Thérèse Bureau est d’une famille de Pilotes côtiers, son grand père Henry a même été officier sur les vaisseaux du roi.

Rien d’étonnant donc à ce que cet ilote dans un tel environnement ne devienne marin à son tour.

Le 1er juin 1790, René Laly est reçu pilote côtier par l’Amirauté de La Rochelle.

Il obtient rapidement des commandements sur  »la Moselle » puis sur le  »Marie Guiton  ».

Pouvant justifier de plusieurs années de navigation il devient Enseigne non entretenu sur la chaloupe canonnière la  »Dédaigneuse  ».

Son expérience et son fanatisme révolutionnaire lui firent  obtenir son commandement sur ce beau navire. Une véritable promotion dont il est très fier.

Ce virulent sans culotte n’était pas célibataire, mais marié à une fille de Saint Martin, Marie Magdeleine Rousseau née le 26 avril 1761 et elle aussi fille de marin.

Ils eurent 4 enfants : Étienne René né le 27 mai 1791

Magdeleine Véronique née le 4 juin 1792, décédée le 17 juillet 1845

Marie Anne Rosalie née 3 avril 1798, décédée le 27 septembre  1803

Véronique née le 26 mars 1794 et décédée le 19 janvier 1795

Ces naissances et ces décès eurent lieu à Saint Martin de Ré, la famille de Laly ne suivie donc pas ce dernier à Rochefort. D’ailleurs sur l’acte de naissance de Magdeleine Véronique , il est dit absent car au service de la République.

Notre nouveau capitaine recruta un équipage à son image, tous de purs patriotes. Son second l’enseigne Villecolet surnommé Marius est un jacobin bon teint, brute sanguinaire qui fera régner la terreur. Le chef de la gamelle un Rochelais nommé Cazenave aussi enseigne se charge de faire mourir les ecclésiastiques dont il a la subsistance et de faire ripailler l’équipage du bateau.

Le reste est à l’ avenant, tous de sac et de corde ardents révolutionnaires, pillards, buveurs et voleurs.

Les circonstances du temps les transformeront en complices d’assassinat.

Le 22 avril 1794  » Les deux Associés  » est enfin prêt à recevoir ses pensionnaires, Laly et son état major accueillent une première fournée de 250 prêtres.
Tout de suite le ton de la détention est donné, l’inscription donne lieu à une fouille en règle. Les prêtres sous l’impulsion de Laly vont subir le pillage du peu d’effets qu’ils leurs restaient. Insultes, crachats, propos orduriers, mises à nus, fouilles à corps ignominieuses, rien ne leur sera épargné. Humiliés, affaiblis ils sont enfin jetés dans ce qui sera leur lieu de détention.
D’autres malheureux viendront rejoindre leurs coreligionnaires, ils se retrouveront finalement à  près de 400 dans un entrepont où 40 hommes tenaient à peine.
Les Nazis du 20ème siècle ne firent guère pire que nos marins de Rochefort.

Le bateau enfin prêt avec sa précieuse cargaison fut conduit par Laly à petite journée dans la rade de l’île d’Aix où il attendra un ordre de départ qui ne vint jamais. Le théâtre définitif de cet horreur se dévoilait enfin aux prisonniers.

Imaginons maintenant ce tombeau, noir et puant où 400 personnes encaquées comme des sardines devaient rester 12 heures durant sans pouvoir se mettre debout et devant pour dormir . Pas de paille rien que les dures planches de chêne comme unique literie pour s’accorder un moment de somnolence . A chaque extrémité des baquets servant de lieux d’aisances qui à la moitié de la nuit, plein, déborde un flot d’excréments sur les pauvres placés à proximité. Des gazes méphitiques alourdissent l’atmosphère et font leurs œuvres de mort.
La chaleur est insoutenable et l’odeur en est putride. Les maladies sur un tel terreau se propagent rapidement, gale, typhus, dysenterie, scorbut fauchent maintenant des êtres affaiblis.

Le bon Laly pour lutter contre la vermine décide la fumigation quotidienne de l’entrepont, idée louable en soit si les prisonniers manquant de périr n’étaient obligés de rester dans leur cage pendant l’opération.

Délivrés chaque matin , les bandits noirs montaient sur le pont où entassés à l’avant ils devaient sans pouvoir s’asseoir passer le reste de la journée. Souvent le froid succédait à la chaleur et les chocs thermiques firent de nombreuses victimes. Mouillés par la pluie, ou par les excrément des gardiens, brûlés par le soleil, le pont était l’équivalent de l’entrepont dans l’entreprise de destruction.

Notre brillant capitaine lui, faisait bombance, ivre la plus part du temps il montrait à son équipage la conduite à tenir face aux ennemis de la République.

Bénéficiant d’un pouvoir quasi dictatorial et discrétionnaire Laly et ses commensaux abusèrent lâchement de la mission qui leurs avait été confiée.

Le long martyrologe se poursuivit, les prêtres périssaient à tour de rôle, le capitaine était au mieux de sa forme.

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Puis vint des changements politiques, la situation s’améliora lentement pour nos infortunés, ( très lentement ).
En janvier 1795, notre rusé Laly qui ayant récupéré son chargement précédemment débarqué sur l’île Madame se fit plus humain, presque courtois. Métamorphosé et intelligente, la bête sentait que la situation pouvait basculer. Elle bascula en effet et le temps des tyranneaux fut révolu, des comptes devront être rendus.
Laly est maintenant considéré comme un pestiféré, le 14 décembre il est accueilli par des huées à l’église des capucins de Rochefort où se tiennent les assemblées populaires.

Le capitaine apeuré sentant que la fin de son commandement était proche, s’avilit à demander aux prêtres survivants un certificat le dédouanant de sa conduite. Les prêtres miséricordieux lui accordèrent. Le 16 avril 1795 il fut enfin relevé de son commandement et placé sous la surveillance de la municipalité de Saint Martin de Ré.

Le 29 août 1795 une commission l’autorisera à reprendre au  »commerce  »son activité de marin.
Sa peine, le malheureux, fut donc l’interdiction de travailler pour l’état.

Rappelons simplement que sur 827 déportés , seuls 238 survivront. Ce ne fut pas une punition bien terrible.

Laly ne reniera rien et continuera à vivre tranquillement entouré des siens., voulant se persuader sans doute que son attitude fut juste et qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres des représentants en mission.

La tradition orale rapporté par Mr Manseau,  fait état d’une misère, d’un pauvre homme vivant misérablement avec une mauvaise femme et des enfants rachitiques ainsi que d’une rencontre entre un des prêtres déporté et son tortionnaire. Le tueur de prêtres serait même mort à l’hospice assisté d’un aumônier.

La vérité fut-elle aussi noire ?

Certes l’ostracisme de la population fit que la vie de Laly ne suivit pas le cours tranquille d’un officier de la marine et que sa carrière d’officier supérieur s’arrêta nette. Mais il trouva quand même des engagements , ses capacités et l’oubli général des faits firent le reste.

En 1807 il est témoin d’une naissance, il a la profession de maître pilote.

Sa femme décéda le 29 septembre 1811 en son domicile, ce n’est pas Laly qui déclara le décès mais 2 voisins. Sur l’acte le sieur Laly est dit Pilote.

Le 29 janvier 1816, il est témoin de la naissance d’un enfant naturel, est- il le sien ?

Le 23 septembre 1816 il maria sa fille Magdeleine Véronique avec un marin nommé LANGLOIS André, il est toujours Capitaine pilote, les témoins sont des marchands ou des pilotes, aucune trace de misère dans ce monde de marins et d’artisans.

Le couple eut 12 enfants,  (ce sont peut être eux les êtres faméliques de la tradition orale).  Lui marinier et elle blanchisseuse les fins de mois étaient certainement difficiles

En 1823 Laly fut témoin de la naissance de Marie l’une de ses petites filles.

Le 18 février 1836 le tortionnaire décéda à l’hospice Saint honoré assisté de Mr DIERES aumônier de l’hospice.

hospice saint honoré

A t’ il fait acte de contrition dans les bras de ce prêtre, a t’ il regretté un jour sa conduite et sa conscience fut-elle tranquille ?

C’est- il persuadé comme tous ceux de son espèce que sous couvert d’ordres donnés ils pouvaient en toute bonne foi commettre les pires iniquités.

La race humaine a de tout temps engendré des Laly, des Bousquet, des Barbie , des Papon et des Eichmann

 

acte de naissance , page 145  :  http://charente-maritime.fr/archinoe/visu_affiche.php?PHPSID=g0ciie030r8avgovm9mutkttf6¶m=visu&page=1

acte de décès, page 168 : http://charente-maritime.fr/archinoe/visu_affiche.php?PHPSID=g0ciie030r8avgovm9mutkttf6&param=visu&page=1

A lire : Les pontons de Rochefort  de Jacques Herrissay

L’ENFANT DU GRENADIER

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L’enfant du grenadier

 

Que l’on imagine pas un déplacement de troupes de l’armée Napoléonienne, comme une parade bien ordonnée avec des soldats marchant aux pas, rythmés par des tambours et menés par des beaux officiers rutilants.

Il faut plutôt se mettre en tête, une longue colonne de loques , s’étirant sur plusieurs kilomètres, les pieds en sang et le ventre creux. Couverts d’une épaisse couche de crasse, habités de puces et de poux, fiévreux et maudissant le petit caporal.

Au tableau des soldats qui marchent péniblement s’ajoute la longue queue de chariots divers et variés ou se mêlent le ravitaillement ( dans le meilleur des cas ), les bagages des officiers et les objets hétéroclites provenant du pillage. Il y a aussi une multitude de femmes au statut bien distinct.

Les officielles, vivandières, cantinières et blanchisseuses qui sont répertoriées. Elles portent une médaille réglementaire et sont munies d’une carte de sécurité. En principe il y a 4 blanchisseuses par bataillon et le même nombre de vivandières. Les blanchisseuses autorisées à avoir un cheval de bat s’occupent du linge  »mais pas que  ». Les vivandières avec leurs voitures tirées par deux chevaux fournissent moyennant rétribution, le boire, le manger et la fourniture de petits ustensiles.

Le règlement est strict pour ces non militaires, appels obligatoires, peines de prison et amendes.

Pour éviter la multiplication de ces femmes la dureté s’impose souvent, durant la campagne d’Espagne les femmes en surnombre qui suivaient sans autorisation étaient mises toutes nues, rasées entièrement, passées au cirage et promenées au milieu de la troupe goguenarde et sadique.

Mais suivant les officiers, le règlement était plus au moins contourné et une autre catégorie de femme suivait dans les bagages. Ces dernières assuraient le bonheur de ces militaires sans femme.

Certains soldats se faisaient leur protecteur où leur souteneur comme l’on voudra. Ce n’était pas un bordel ambulant et officiel comme dans les guerres civilisées du futur mais chaque régiment avait ses habituées. Là aussi, les officiers généraux poussaient de temps en temps des colères et en faisaient tondre quelques unes. Les conditions d’hygiène déplorables faisaient que ces femmes étaient un vecteur de transmission importantes de maladies vénériennes qui mettaient au tapis bon nombre de soldat.

A ces professionnelles , on pouvait ajouter les propres femmes de soldats et surtout d’officiers. Elles suivaient avec leurs enfants au rythme des déplacements et surtout des retraites.

A quelle catégorie appartenait Dorothée BÉLENGÉ, infortunée qui abandonna son enfant un triste jour de mars 1814 dans une pauvre ville Champenoise ?

Difficile à dire

Le 23 mars 1814, le sieur DAGONET Claude, et le secrétaire de mairie Jean Baptiste HENNE déclare le décès ce jour de Louis Nicolas MOUROUX âgé d’un an. Ce dernier est mort chez le dit DAGONET jardinier de son état dans sa maison sise rue d’en haut à Montmirail.

Que sait on de cet enfant ?

Tout d’abord on connaît les parents, le père est soldat, grenadier au 88ème régiment de ligne et se nomme Michel MOUROU ( X ), sa mère se nomme Dorothée BÉLENGÉ.

Le soldat dont j’ai retrouvé l’acte de naissance est né à Bussy Saint George en Seine et Marne le 18 octobre 1783, d’Antoine et de Marguerite MARGUILLIER.

Il a donc 31 ans, je n’ai aucun renseignement sur la mère de l’enfant. J’ignore également si ils étaient mariés, l’acte de décès de l’enfant est muet sur ce sujet.

Le petit Louis Nicolas est né quand à lui en Espagne dans le village de Pedro Bernardo en Castille à une centaine de kilomètres de Madrid le 7 mars 1813.

A peine né l’enfant a dû suivre la longue cohorte des fuyards abandonnant l’Espagne à la suite du roi Joseph.

Longue fuite jusqu’au pays Basque où bêtement le roi offrit la bataille de Vitoria à WELLINGTON et la victoire sur un plateau. Le 88ème de ligne de la brigade du général MORGAN faisant parti de la 1er division du Général LEVAL armée du Midi sous le commandement de GAZAN DE LA PEYRIERE. La bataille fut une belle catastrophe, les soldats se sauvèrent comme ils purent à l’issu de combats meurtriers, tout fut abandonné, le convoi amenant les bagages, l’artillerie, les civils.

Chacun ne dut son salut qu’au pillage dont se livrèrent les troupes Anglaises et Espagnoles.
On peut imaginer Dorothée avec son nourrisson fuyant en abandonnant tout ses biens. Par bonheur pour elle, elle ne tomba pas aux mains des Espagnols et put se  protéger au milieu de quelques troupes qui ne s’étaient pas débandées, et regagner la France. Elle retrouva son Grenadier qui lui aussi n’avait pas trop souffert.

Le bataillon de Michel MOUROU fut rappelé pour la campagne de Saxe et participa à la campagne de France. Dorothée suivit le bataillon jusqu’au jour de la bataille de Montmirail le 11 février 1814, mais son bébé atteint de fièvre, brinquebalé depuis un an dans des conditions épouvantables fut laissé à la charge de Mr DAGONNET. Il mourut le 27 mars à midi, sans que ses parents puissent en être prévenus car repartis sur les routes.

Le couple a t’ il survécu à la campagne de France et a t’ il fait souche quelque part ?

MORTS LOIN DE CHEZ EUX, LES SOLDATS OUBLIÉS DE LA CAMPAGNE DE 1814

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LA CAMPAGNE DE FRANCE

MONTMIRAIL  –  MARCHAIS

Ce village niché dans la Brie Champenoise évoque sûrement peu de chose à la majorité d’autres nous.
Terre foulée par mes aïeux, baignée par le petit Morin, elle fut aussi le siège d’une des dernières victoires de Napoléon.

A l’aide d’une petite armée composée de gamins encadrés de vieux briscards revenus d’Espagne, il va, transcendé par son génie, tenir en échec les troupes coalisées.

Accablé par le nombre, il sombrera, entraînant la France avec lui mais écrivant l’une des plus belles pages de son histoire militaire.

Le 11 février 1814 sur ces collines, sont morts où ont été blessés, des milliers de soldats des deux armées.

Le souvenir de ces anonymes a disparu à jamais. Qu’ils soient de véritables héros, des soldats malgré eux, des conscrits apeurés où des officiers aguerris ils ont combattu avec abnégation dans le froid hiver Briard. Certains sont morts le jour de la bataille mais pour d’autres l’agonie fut plus lente. Ils se traînèrent où furent placés dans des hospices militaires et chez l’habitant, ils y guérirent mais beaucoup y moururent.

Je vais tenter de faire apparaître l’image de ces quelques soldats oubliés, morts loin de chez eux.

Mais revenons au 11 février 1814 et résumons en quelques lignes la bataille de Montmirail.
La France en ce début d’année est donc envahie, plusieurs corps convergent vers Paris, par une série de victoires et d’habiles manœuvres, Napoléon ralentit le flot de l’invasion et fait douter les alliés.

L’armée de Silésie commandée par le Maréchal BLUCHER est divisée en 3 corps avec en pointe celui du général Russe SACKEN. Ce dernier se sentant menacé de se voir couper du gros de l’armée fait volte face pour rejoindre la force principale. Napoléon qui avait prévu la manœuvre le devance sur Montmirail pour le bloquer

Le général Russe SACKEN arrivé prés de Montmirail sait que les Français sont là mais se fait fort malgré les objurgations du général prussien YORCK de passer sur le corps de Napoléon avant que ce dernier ne le renforce.

L’Empereur arrivé dans la matinée avec la division du général RICARD et quelques escadrons de cavaleries de la garde, fait occuper les positions mais attend ses renforts pour attaquer l’imprudent SACKEN . Dans la matinée les restes de la division RICARD arrivent ainsi que la vieille garde de FRIANT.
Mais les Russes passent à l’attaque et prennent le village de Marchais, lutte épique, ce dernier sera pris et repris 5 fois. La situation est indécise lorsque arrivent la division de la vieille garde commandée par le général MICHEL et la division de cavalerie DEFRANCE. Napoléon ordonne l’assaut général et bouscule définitivement les Russes, les fuyards sont poursuivis par la cavalerie de la garde, les dragons du général LETORS sabrent les carrés Russes et les grenadiers de la garde menés par le général BERTRAND reprennent Marchais. Le général YORCK arrivé en soirée tente en vain d’endiguer la furia Française mais doit se résigner à la retraite.

Belle victoire sans lendemain, malgré les lourdes pertes Russo-prussiennes ( 4500 morts, blessés ou prisonniers ). Les français ont perdu quand à eux 2000 hommes, tués où blessés. Beau résultat les français combattaient à un contre deux.

La campagne continuait, les morts furent enterrés par les paysans, les blessés emmenés à l’hospice militaire situé dans le couvent de Montmirail où chez les habitants.

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Commençons dès maintenant par quelques soldats hébergés chez l’habitant.

Antoine Jean Laurent MALET

Né le 17 août 1773

Major le 24 juin 1811 1er régiment des voltigeurs de la garde

Major 21 décembre 1813 2ème régiment des chasseurs à pieds de la garde

25 Avril 1812 officier légion d’honneur

Baron d’empire 15 mars 1810

Il est décédé le 27 février 1814 chez un habitant de Montmirail Monsieur RAVENET Pierre, officier de santé demeurant rue d’Enthierry, des suites de  blessures reçues à la bataille de Marchais

Le colonel MALET fut probablement blessé lors de l’attaque de la ferme de la Belle Epine sous la direction du général FRIANT.

Faisait parti de la 2ème division de la vieille garde

 

PHILIPPE DESCHAMPS

Chef de bataillon

régiment des fusiliers chasseurs de la Garde Impériale

45 ans

Né à Aigre en Charente le 8 Décembre 1769, fils de Jacques DESCHAMPS cordonnier et de Marie GRANDIN

Chevalier de l’empire, officier de la légion d’honneur, chevalier de l’ordre de la Réunion

Décédé le 28 février 1814 des suite de ses blessures reçues à la bataille de Marchais chez Monsieur BABÉ François rentier demeurant rue Pommesson à Montmirail

Il fut probablement blessé lors de l’attaque de la ferme de la Belle Epine sous la direction du Maréchal Mortier, à la droite du dispositif .

Faisait parti de la 2ème division de la vieille garde

Mais il n’y eut pas que des officiers qui furent soignés chez l’habitant mais aussi de simples soldats

François JETTOT

Fusilier chasseur de la garde impériale, 2ème bataillon, 4ème compagnie

Né le 12 août 1788 à Voray sur l’Ognon département de la haute Saône, son père Claude Pierre laboureur et sa mère Denise SUIMONT.

Il est décédé LE 25 mars aussi chez Mr RAVENET l’officier de santé qui avait soigné le colonel MALET

Il fut probablement blessé lors de l’attaque de la ferme de la Belle Epine sous la direction du Maréchal Mortier, à la droite du dispositif .

Faisait parti de la 2ème division de la vieille garde

Honoré Magloire CHAMP

Soldat 2ème régiment à pieds de la vieille garde

Né à Crépoil Seine et Marne le 24 avril 1789 de François CHAMP et Marguerite Antoinette MOURANT, laboureur.

Décédé de suite de ses blessures le 6 avril chez Mr DELETAIN Felix, tuilier rue de Montléan à Montmirail , qui se dit être ami du décédé. ( décédé 26 mai 1820 à l’âge de 36 ans à Montmirail )

Jean STEPHANINO

Vétéran des guerres Napoléoniennes, il est né Piémontais le 6 juin 1783 à Calliano près d’Asti. Ce territoire devenu département de la Stura, il pourra s’engager dans l’armée Française le 25 germinal en XII.

Ce cavalier d’ 1 m73 aux cheveux châtains, décrit comme ayant un visage long, un front ordinaire, des yeux bruns, un nez bienfait, une bouche moyenne et un menton rond, à fait dans le 21ème dragons la campagne d’Autriche de 1805, celle de Prusse et de Pologne en 1806 et 1807.

Il passa en Espagne et au Portugal les années 1809 à 1812.

Il est admis dans les dragons de la garde impériale le 1er juillet 1812 et arrivera à son corps le 13 décembre 1812, il fera  entièrement la campagne de Saxe avec sa nouvelle unité.

Il sera blessé à Montmirail  à l’assaut des carrés Russes près de la ferme de Courmont sous les ordre des généraux LETORT ET DAUTANCOURT et recueilli chez Mr THOMY Philippe couvreur demeurant rue d’Enthierry à Montmirail.

Il décédera le 4 mars 1814 après avoir bourlinguer dans toute l’Europe sans encombre

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Pour finir un officier de l’armée adverse

Charles Louis SIMON

1 er lieutenant au 2ème bataillon , 5ème régiment armée de Silésie

Né à Breslau en Prusse, ( Pologne à l’heure actuelle ) âgé de 30 ans

Décédé chez Mr DISCRET Jean Joseph organiste, Maison de l’ancienne Mission à Montmirail

( Le nom est bien Français pour un prussien, peut être une famille protestante qui a fuit la France )

Au cours d’un autre article je ferai revivre les soldats morts à l’hospice de Montmirail