A QUEL AGE MOURAIT ON DANS UNE VILLE AU 18EME SIÈCLE, LA ROCHELLE VILLE OCÉANE, SUITE

 

Clocher de l’église Saint Jean du Perrot

PAROISSE SAINT JEAN DU PERROT

Encore une paroisse tournée vers la mer comme coincée entre le vieux port, la porte des deux moulins et le ruisseau de la Verdière.

Petite par sa taille elle n’enregistre que 55 morts ( plus deux sans indication d’age )

31 hommes, prépondérance dut aux activités portuaires et 24 femmes

La constatation est la même que pour la paroisse précédente car la moyenne d’age des décès est de 29,34.

27,51 pour les hommes et 31,66 pour les femmes

23 décès de 0 à 3 ans, la aussi une mortalité infantile effrayante se montant à 41,8 %

PAROISSE SAINT SAUVEUR

La paroisse se trouve jouxtant le port, le chenal Maubec, la paroisse Notre Dame et la paroisse Saint Barthélémy, centre de l’artisanat, c’est un monde grouillant d’ouvriers en tous genres.

Le constat est alarmant, 97 décès pour une moyenne d’age de 29,92 ans

La disparité hommes et femmes est parlante, 21,6 pour les hommes et 37,61 pour les femmes.

La présence de 3 octogénaires et de trois nonagénaires dont l’une de 98 ans vient légèrement augmenter la moyenne féminine.

Comme dans les autres paroisses une forte mortalité entre 0 à 3 ans , 36 décès soit 37,11%

Passons maintenant à la dernière paroisse celle qui fut crée en premier,

PAROISSE NOTRE DAME

DÉPÔT DE PAUVRES

Avant de commencer la paroisse proprement dite examinons les décès dans un dépôt de mendicité ou comme on le nomme dans les registres paroissiaux un dépôt de pauvres.

Ce dépôt ouvert en 1765 près de l’actuelle rue saint François, on y accueillait des vagabonds, des mendiants, des femmes débauchées, des condamnées des démentes, enfin bref tous les parias. c’est plus une prison qu’un hôpital et l’on y entrait pas volontairement ni de gaieté de coeur

Quand on étudie les actes on s’aperçoit qu’ils viennent de la France entière et pour bon nombre des pays voisins, vraisemblablement attirés par un travail éventuel ou un embarquement aux Amériques.

Cet endroit entre hôpital et prison avait un caractère répressif évident.

Il y eut 79 morts en cette année 1783 la moyenne d’age étant de 39,9 ans, chiffre non diminué par une mortalité infantile.

Dans cet aumônerie il y avait plus d’hommes que de femmes,  53 décès masculin pour 26 féminin, mais il est vrai qu’ils y avaient plus d’hommes que de femmes sur les routes.

La moyenne pour les hommes est de 47,79 alors que pour les femmes elle n’est que de 23, 9.

Il saute aux yeux que ce dépôt était fréquenté par de toutes jeunes femmes d’où la ridicule moyenne de ce mouroir.

HÔPITAL DAMES HOSPITALIÈRES

Il existait aussi près de la rue Rambaud, l’hôpital des dames hospitalière, où l’on accueillait que des femmes. Ces dernières venaient de toutes les paroisses mais aussi d’autres diocèses. Fondé par lettre patente en  1629 et tenu par les dames hospitalières

31 décès pour une moyenne de 44,2 tout en sachant que des dames âgés allaient finir leur vie la bas.

PAROISSE PROPREMENT DITE

233 décès pour cette grande paroisse ouverte sur la campagne par la porte de Cougne et par la porte Royale.

De nombreux artisans, notamment des fariniers car de nombreux moulins y déployaient leurs ailes, ainsi que de nombreux boulangers attirés par les sources.

Beaucoup de laboureurs et journaliers car les terres cultivables jouxtaient l’immédiat territoire de la ville.

La moyenne d’age est la aussi ridiculement basse, 26 ans.

Comme partout ailleurs la moyenne féminine est un peu plus élevé mais vraiment légèrement

28,10 pour les femmes contre 24,72 pour les hommes.

Si l’age des décès n’est pas très élevé le bilan s’alourdit à cause de la mortalité infantile.

Pour les moins de trois ans il est de 83 décès soit 35 %.

Après les paroisses rendons nous à l’hôpital général pour y faire un bilan

HÔPITAL GÉNÉRAL

Cet endroit accueillait les pauvres et les mendiants et était tenu par des sœurs, la mortalité est purement effrayante. La aussi presque un lieu de rétention, on raflait régulièrement les vagabonds pour les interner dans les hôpitaux généraux. Ils y travaillaient dans des ateliers et des manufactures. Celui de La Rochelle est fondé en 1662 ( édit royal ).

60 décès pour les moins de trois ans sur un total de 95 soit 63 % .

Ce pourcentage rend illusoire toute moyenne, d’autant que l’on venait y mourir de toutes les paroisses. Mais après calcul elle est de 20,6 ans.

Étudions maintenant le cas des décès des protestants.

Deux registres le premier concerne le cimetière protestants rue du prêche et l’autre celui des protestant n’ayant pas droit à une sépulture ecclésiastique

1er cas, nous entrons dans le monde des négociants, des bourgeois et capitaines de navire et  bien sur quelques artisans mais en général le niveau social est plus élevé que chez les catholique

Moyenne général 45 ans, femme 46 et hommes 43,8.

2ème cas, la aussi immense majorité de négociants

Moyenne 33,80 ans femmes 30 et hommes 33, 5 ans

dans le cas des protestants provenance divers sur l’ensemble des paroisses.

EN RÉSUMÉ

Paroisse saint barthélémy

68 décès, 34 hommes 34 femmes

age moyen 33,7 ans

Femmes 34,9

Hommes 32,7

Mort de 0 à 3ans, 18 soit 26%

Paroisse Saint Nicolas

87 décès, 39 hommes 48 femmes

age moyen 31,28 ans

Femmes 36,06

Hommes 27,71

Mort de 0 à 3 ans, 30 soit 34%

Paroisse Saint Jean du Perrot

55 décès, 31 hommes 24 femmes

age moyen 29,34 ans

Femme 31,66

Hommes 27,51

Mort de 0 à 3 ans, 23 soit 41,8%

Paroisse Saint Sauveur

97 décès, 49 hommes 48 femmes

age moyen 29,92 ans

Femmes 37,6 ans

Hommes 21,6 ans

Mort de 0 à 3ans, 36 soit 37,11 %

Paroisse Notre dame

233 décès, 120 hommes 113 femmes

age moyen 26

Femmes 28,10

Hommes 24,72

Mort de moins de 3 ans, 83 soit 35%

Comme on peut le voir les moyennes d’age sont toutes basses quelques soit la paroisse, la mortalité infantile est stupéfiante et frappe quelques soit le milieu de naissance.

La mort ne fait donc pas la différence entre gens riches et gens pauvres.

Pour ce qui est des hôpitaux, il ne fait pas bon y vivre non plus

Dépôt des pauvres : 79 décès, age moyen 39,9

Hôpital général : 95 décès moyenne d’age 20,6

Hôpital saint Barthélémy : moyenne 32 ans pour les gens de passage plus militaires et marin dont les ages ne sont pas précisés

Dames hospitalières : 31 décès age moyen 44 ans

Dames Saint Étienne : 9 décès age moyen 33 ans

Pour ceux qui serait intéressés par le sujet lire l’excellent livre de Pascal Even

 » les hôpitaux en Aunis et Saintonge  »

A QUEL AGE MOURAIT- ON DANS UNE VILLE AU 18EME SIÈCLE? LA ROCHELLE VILLE OCÉANE

A QUEL AGE MOURAIT- ON DANS UNE VILLE AU 18EME SIÈCLE? LA ROCHELLE VILLE OCÉANE

 

 

Je me suis toujours demandé si dans une époque reculée les riches et les pauvres étaient touchés par la mort de la même façon.

J’ai donc tenté de répondre à mon interrogation en analysant les décès des différentes paroisses de la ville de La Rochelle pour l’année 1783.

Chaque paroisse de cette petite ville, fermée d’une ceinture militaire, comportait ses spécificités, les habitants s’y groupaient souvent par corporation ou pour le moins par types de métiers,  »négoce, artisanat, monde maritime, paysannerie, bourgeoisie, monde ouvrier.

Bien sur ces paroisses n’étaient pas entièrement hermétiques et des pauvres côtoyaient des riches, la société n’était pas entièrement close.

Les beaux hôtels pouvaient jouxter des immeubles où s’entassait la plèbe, mais néanmoins comme actuellement certains quartiers, certaines paroisses étaient plus huppées.

La ville blanche était découpée en cinq paroisses :

Paroisse Saint Barthélémy, paroisse Saint Jean du Perrot, paroisse notre Dame, paroisse Saint Sauveur, paroisse Saint Nicolas.

La paroisse Saint Barthélémy est celle des beaux hôtels, et des belles demeures, mais par la porte neuve cette entité est aussi tournée vers la terre et vers l’extérieur.

La paroisse Saint Jean du Perrot est plus tournée vers l’océan, elle forme comme un îlot entre la mer , le port, la Verdière et le Lafond. On y rencontre beaucoup de marins et beaucoup de professions liées à un port.

La paroisse Saint Nicolas est presque une île, on y rencontre là aussi des marins et des artisans travaillant pour les industries liées aux activités portuaires.

La paroisse Saint Sauveur est liée au monde de l’artisanat et du commerce, mais le port n’étant jamais loin elle est aussi abondamment habitée par un monde hétéroclite de marins , de portefaix et de tonneliers.

Puis nous avons pour finir la paroisse la plus ancienne celle par où tout a commencé, ouverte vers les terres, campée légèrement sur une hauteur, artisans, fariniers, boulangers et tout un monde de passage attiré par le port et par le grand large.

Dans certaines paroisses , ils existaient des hôpitaux ou des dépôt de pauvres et aussi une prison. J’ai choisi de ne pas les inclure et de les traiter à part, car la plus part des gens qui y décédaient, n’appartenaient pas à la paroisse.

Pour la détermination des métiers, j’ai choisi celui du père ou du mari.

Voila les choses étant dites nous pouvons commencer notre étude.

PAROISSE SAINT BARTHELEMY

Hôpital Saint Barthélémy

Sur cette paroisse se trouve l’hôpital Saint Barthélémy, uniquement réservé aux hommes,il y a eu 162 décès pour l’année étudiée.

Établissement où étaient hospitalisés les soldats et les marins. Il est le plus vieux établissement de la ville puisque fondé en 1203 par un riche armateur Mr Aufrédy.

37 marins et 49 soldats ainsi que 4 prisonnier anglais, pour ces militaires aucune mention de l’age n’a été faite.

Pour les autres, l’age est mentionné et nous trouvons une moyenne de 32 ans ce qui est bien peu.

Leur profession est la plus part du temps manuelle et tous sont notés par les frères comme pauvres.

Pour exemple on compte 11 journaliers, 6 jardiniers, 5 domestiques et 5 tonneliers, les autres sont rouliers, charretiers, tailleurs, perruquiers, vignerons, cordonniers, couteliers, boulangers, maçons et aussi guichetier de la prison.

La plus grande partie de ces pauvres laborieux n’est pas de la paroisse de La Rochelle ni de son diocèse, car sur le nombre seulement 4 sont mentionnés comme natifs des environs. Les autres viennent de la France entière et aussi de l’étranger.

Hôpital Saint Étienne

Réservé aux femmes pauvres et malades, dirigé par les sœurs de Saint Étienne ou Forestière. Fondé en  1709 par une paroissienne nommée Anne Forestier ( protestante nouvellement convertie )

Il accueillait des femmes pauvres et malades et se trouvait au niveau de l’actuel magnifique café de la Paix.

9 personnes y décédèrent pour une moyenne d’age de 33 ans, la plus jeune  8 ans la plus vieille  64 ans.

Bien évidemment et là aussi les décédées ne sont pas de la paroisse.

Prison rue Chaudrier

Deux hommes et une femme sont morts en ces lieux , un homme 34 ans et la femme 48. Pour le deuxième homme l ‘âge n est pas mentionné.

Décès paroisse

Maintenant passons au cœur de notre étude à savoir les décès à domicile. Il y en eut 68.

La moyenne d’age est de 33,7 ans, ce qui est la moyenne des deux hôpitaux précédemment cités.

Égalité parfaite entre les hommes et les femmes 34 hommes et 34 femmes.

Sur 68 décès nous constatons une énorme mortalité infantile, car je recense 18 enfants de moins de trois ans.

Si la personne la plus âgée est un homme de 86 ans, la moyenne chez les femmes est plus élevée: 34,9 ans contre 32,7ans pour les hommes

Nous rencontrons dans ce quartier qui est rappelons le celui des grands hôtels, une part notable de négociants, courtiers, capitaines de navire, écuyers au conseil du roi, huissiers, procureurs, directeur chambre de commerce. Mais aussi bon nombre de laboureurs et de jardiniers qui sortaient par la porte neuve pour travailler sur les terres hors les murs, nous y trouvons aussi quelques métiers de l’artisanat, maréchal, loueur de chevaux etc.

Ancienne église Saint Nicolas ( maintenant hôtel )

PAROISSE SAINT NICOLAS

Comme je vous l’ai dit c’est un univers de marins, de charpentiers de marine, tout y fleur bon l’océan et la plus part des activités y sont liées.

Il y a eut 87 décès.

48 femmes et 39 hommes

La moyenne est de 31,28 ans

La mortalité des moins de 3 ans est effrayante car ce n’est pas moins de 30 enfants qui décèdent dans ce créneaux soit 34,4%

Ces morts précoces font évidemment chuter la moyenne car on y rencontre de vénérables vieillards, dont une veuve de charpentier de marine âgée de 91 ans et 5 autres qui meurent octogénaire.

La moyenne d’age pour les femmes est de 36,06 ans

Pour les hommes elle n’est que de 27,71 ans ce qui est fort peu même pour l’époque.

On peut déjà constater que la terrible mortalité infantile ne peut être compensée par ces quelques vieillards

LES CHARNIERS DE L’ILE DE RÉ

 

 

Jean comme tous les jours pénétra dans le vaste bâtiment qui servait d’hospice civil au petit bourg de Saint Martin de ré. Faisant office de croque mort , accompagné de son aide François, il venait quérir leur charretée quotidienne de cadavres

En entrant dans la première salle il croisa sœur Adélaïde la supérieure du couvent des filles de Saint Vincent de Paul , il la salua et s’enquit du nombre de morts à transporter.

Aujourd’hui encore la tâche serait rude, l’épidémie avait fauché son lot de jeunes hommes.

Au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans les méandres des salles, le nombre de malades augmentait, il y en avait partout, tant l’hôpital manquait de lit pour faire face à l’afflux massif de soldats contaminés. Dans les salles des grabats supplémentaires avaient été rajoutés aux lits habituels, on devait les enjamber pour se mouvoir. Chaque couloir, chaque recoin, chaque cage d’escalier recelaient son quota de moribonds. Les préaux servaient de salle d’attente et même les combles avaient été squattés pour pallier à l’affluence.

L’odeur qui émanait de cet entassement était indescriptible, les effluves de sang se mêlaient à celles des vomissures, l’acre senteur de l’urine se mélangeait à celle douceâtre des excréments. Les fades relents des paillasses pourrissantes s’unissaient aux nacres émanations de sueur des hommes qui savent qu’il vont mourir. Dans un coin presque oublié, un jeune garçon d’une vingtaine d’années les yeux ouverts déjà vitreux exhalait une flagrance de mort. Jean se dit qu’il faudrait commencer par ce pauvre hère avant qu’il ne pourrisse et ne fasse qu’un avec sa litière de mauvaise paille.

Les vivants pour la plupart fiévreux attendaient stoïquement leurs derniers instants, les sœurs s’affairaient, soignaient,nourrissaient et réconfortaient les pauvres condamnés.

L’afflux toujours croissant de malade fit que l’on délocalisa à l’hôpital de la marine, à l’aumônerie Saint Louis et à l’ancienne église du couvent des Capucins mais rien n’y faisait nous étions en ce mois d’août 1811 en plein pique épidémique.

L’hôpital avait été réquisitionné en tant qu’établissement de place de guerre de première classe, il était géré par un médecin militaire et du personnel militaire y officiait aidé par les sœurs de Saint Vincent de Paul.

L’île de Ré était en état de siège et un nombre incalculable de soldats étaient entassés dans la place de Saint Martin.

En effet l’administration militaire avait décidé de grouper les conscrits réfractaires du grand sud ouest pour des raisons évidentes de facilité de surveillance, ils arrivaient par colonnes entières et étaient logés dans des conditions épouvantables. Ces arrivées massives entraînèrent une surpopulation, la citadelle regorgeait d’hommes, il fallut en loger dans des tentes et chez les habitants. Les ressources alimentaires furent rapidement épuisées et la malnutrition fit son apparition. Entassement, mauvaise hygiène, mauvaise alimentation, association explosive qui entraînèrent rapidement une épidémie.

Le colonel Dubreton commandant de la place et le général Jarry gouverneur ne s’en préoccupèrent point. Ils laissèrent pourrir la situation et envoyèrent au ministère et à l’empereur des notes d’un optimisme non dénué de flagornerie.

En attendant les décès s’accumulaient, mais menu fretin, gibet de potence ces jeunes réfractaires n’étaient qu’insignifiance.

Jean fit le tour des salles et avec François Renard le commis il comptabilisa six soldats à emporter. Il y avait eu pire.

A l’aide d’une civière il descendit avec son adjoint tous les corps, ils les entassèrent dans une charrette et les conduisirent sur leur lieu de repos.

La fournée du jour appartenait au 7ème bataillon de conscrits réfractaires ils étaient tous en instance d’incorporation dans un régiment de type pénal comme le 29ème régiment léger, le régiment de l’île de Ré ou le régiment de Walcheren.

 

Sur le dessus gisait Denis Chantre, fils de François et Marie Maunac, enfant de Champagne et Fontaine en Dordogne . Il avait refusé de servir et avait rejoint un groupe de réfractaires qui se cachaient dans la forêt avoisinante. Malheureusement une troupe de gendarme à cheval qui ratissait le pays l’avait cueilli lui et ses comparses fuyards. Il fut conduit de marche en marche à Saint Martin de Ré et s’était retrouvé comme bête que l’on parque. Entré moribond le 28 juin 1811 à l’hospice il avait survécu trois semaines dans ce mouroir ce qui était à n’en point douter un genre de record.

Il était là maintenant comme une carcasse vouée à l’équarrissage, les yeux que personne n’avait pensé à fermer, vous regardaient fixement comme une prière éternelle.

Le corps se figeait en une posture ridicule, gisant clownesque sans public.

Les formalités effectuées les entrepreneurs de la mort partirent en direction du cimetière des Chartrains. Le vieux cimetière de la ville était plein, un autre dut être ouvert à l’extérieur du village. La charrette grinçante passa la porte des Campanis et pris la route de la Couarde, la garde souleva chapeaux mais blasée ne fit d’autres commentaires. Devant le grand nombre de décès une fosse commune avait été creusée, les corps rangés têtes bêches comme des sardines en boite étaient recouverts de chaux, l’odeur de charogne empuantissait tous les environs et même les effluves marines n’assainissaient point l’atmosphère. Des nuées de mouettes se battaient avec des nuées de grolles en un festin dantesque. Jean et François en vieux habitués firent fis de la puanteur et déchargèrent leur fardeau. Alignés comme à confesse, certains semblant rire et d’autres se tordre de douleur les cadavres attendaient leur détroussage. Jean se mit en devoir de mettre nus les cadavres, les défroques d’uniformes pouvant être monnayées. Parfois des petits malins avaient même cousu dans la doublure du manteau quelques petites richesses. Un négoce fort lucratif s’était instauré entre Jean et un fourrier de la citadelle. La rigidité des clients rendit la tache ardue, le soleil tapait dru, heureusement la chopine était fraîche. Le butin fut bien maigre et c’est avec dépit que Jean et François balancèrent les corps dans la fosse. Des centaines s’y tenaient déjà, car plus de 400 soldats étaient déjà morts depuis le mois d’avril.

Denis Chantre notre enfant de Dordogne avait tout risqué pour ne pas mourir à la guerre victime des guérilleros Espagnol, des bandits Calabrais ou des cosaques Russes il périt tristement loin de son père et de sa mère assisté seulement par le râle lointain des autres mourants et par le grondement sourd des vagues de l’océan se brisant sur les murailles de la ville.

Aucun des touristes qui foulent en masse cet endroit ne soupçonnent l’existence de charniers où reposent plus de 3000 malheureux, aucune stèle ne rappelle le martyr de ces gamins qui sont morts de ne pas savoir voulu mourir.

L’administration Napoléonienne avisa la famille en mai 1812

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 3ème épisode

Notre dame de Vouharte et la place de l’ancien cimetière

Il n’y avait d’ailleurs pas que dans l’univers du lit clos que les choses n’allaient pas, Jean qui se voyait chef de ménage, fut sous la tutelle de son beau père et de ses beaux frères. Au Breuil tous étaient plus ou moins apparentés, il faisait figure d’étranger et ces paysans bourrus ne faisaient guère preuve d’aménité face à ce jeune freluquet qui leur avait chipé une belle plante.

Oui il connaissait son travail et n’était pas plus mauvais paysan que ces Vouhartais mais il ne se sentait pas à l’aise avec eux.

Au foyer relégué en bout de table comme un drôle, il n’avait point la parole sur les choses de la ferme et des terres qui ne lui appartenaient pas. Sa belle mère le terrifiait d’un regard et sa femme peu encline à venir à son secours éprouvait un sentiment sadique à le voir souffrir.

Le pauvre dépérissait à vue d’œil, déjà point gros il en perdait le boire et le manger, un jour n’y tenant plus il prit son baluchon et s’en alla rejoindre sa fratrie sur Xambes.

Comme on peut bien s’imaginer la nouvelle du départ du Jean Godichon se propagea dans tout le village et bientôt dans celui de Xambes.

Chatain fut fou de rouge et cria à la trahison et à la rupture du contrat, sa femme qui se voyait mourir de honte brailla dans tout le hameau. Seule Catherine fut pénétrée d’une immense satisfaction et espéra vivement que jamais il ne revint.

Une expédition fut montée pour aller chercher le fugitif en son repère, rien ni fit Marie Degail la mère ne peut convaincre son fils et l’oncle qui avait oui dire que rien ne se passait comme il aurait fallut avait pris position pour Jean.

Au cours des semaines plusieurs missions de conciliation furent menées, le curé de Vouharte sur sa mule y cassa son chapelet et même Monsieur Hierard notabilité influente du canton dut manger son rond de chapeau.

Jean réfugié en ses terres dans le giron de sa mère qui en son sein recueillait tous les griefs de cet homme enfant.

L’affaire prenait une mauvaise tournure, se transformant en antagonisme entre la commune de Xambes et celle de Vouharte. Le fait que Catherine se refusa à son mari depuis la nuit de noce faisait les choux gras des lavoirs des deux communes. On se moquait de Jean qui n’avait pas su faire et on reprochait à la pauvrette de ne pas satisfaire à ses devoirs conjugaux.

Les ennuis du couple n’étaient évidement pas lier au sexe, il était simplement incapable de vivre ensemble et rien ne pourrait les faire changer d’avis.

Ces événements matrimoniaux alimentaient les conversations et même le décollement de Robespierre et la fin de la terreur passaient en seconde place.

Monsieur Hierard le maire de Vouharte fut contraint de trouver un solution avant que les parties n’en viennent aux mains.

Depuis des temps immémoriaux, le mariage était indissoluble, tant du point de vue religieux que du contrat passé devant notaire. Les législateurs de la révolution sous l’influence des lumières décidèrent que le mariage pourrait être rompu par un divorce. Ce fut la loi du 20 septembre 1792 qui en même temps qu’elle laïcisait l’état civil autorisait la dissolution du mariage.

Bien sur il y avait quelques contraintes qui furent adoucies par les décret des 4 et 9 floréal an II ( 23- 28 avril 1794 ).

Le maire du village connaissant ces dispositions les proposa à la famille Bonnemain. Ces paysans ne connaissaient évidement pas ces nouvelles lois et aucun mariage n’avait encore été rompu dans la contrée par ces dispositions légales.

Mr Hierard expliqua, Jean n’était point dément, ni criminel, n’avait jamais amené de femme en son domicile, n’avait pas de mœurs déréglées. Aucun désaccord insoluble n’avait pu être constaté, incompatibilité d’humeur et la rancœur ne pouvaient être prouvés, restait l’absence au domicile conjugal depuis plus de six mois.

Le clan Bonnemain, Courtin se laissa convaincre et Catherine requit le conseil municipal de Vouharte pour dissoudre son union.

Le 12 avril 1795 ou le 23 germinal an 3, Jean Baptiste Hierard réunit son conseil en la maison commune.

Antoine Courtin, gros laboureur de la commune âgé de 41 ans et époux de la Marie Chaignaud, c’est un lointain cousin à Catherine, mais qui n’est pas cousin avec les Courtin sur la commune de Vouharte ? . Antoine est l’archétype du coq de village, laboureur presque opulent, hâbleur, fort en gueule, d’un physique de courtaud mais avec une force considérable, c’est naturellement qu’il s’est retrouvé comme officier public à la nouvelle municipalité du village. Il dévisage Catherine avec mépris quand on est une femme on subit la loi de son mari, pour le meilleur et pour le pire.

Jean Beaud est aussi officier public et aussi laboureur, certes il n’est pas du même niveau qu’Antoine, mais sa culture est certainement plus développée. Il est également plus tempéré en ses propos sans toutefois considérer le divorce comme une chose acceptable.

Jean Bloin 51 ans laboureur également est un notable du village, il connaît Catherine depuis son jeune age et l’encourage d’un regard. Ce simple appui réconforte un peu Catherine dans son entreprise.

Dans un coin en pleine discussion avec le maire, il y a Pierre Courtin, laboureur, notable respecté et plus ou moins cousin d’Antoine et de Catherine. D’un physique agréable il a 47 ans il est le mari de la Marguerite Guidon.

Au vrai les Courtin sont si nombreux qu’on leur donne un surnom ou bien on les identifie par leur femme.

Le dernier présent en cette assemblée est Michel Turlais qui a été nommé agent National, laboureur également, autant rester entre soi, il a 44 ans et est chargé du contrôle de l’application des lois et des décrets. Il est redouté et possède une puissance qui peut vous conduire à l’échafaud. Heureusement l’homme est plutôt débonnaire et aucun Vouhartais ne fut guillotiné par son action.

Catherine assise dans son coin écouta les débats forts animés de la réunion, le divorce était chose nouvelle et dure à faire comprendre à ces paysans somme toutes assez frustres et empêtrés du poids coutumier. Mais enfin la loi triompha il fut conclu qu’une citation serait portée à Jean Godichon et qu’elle serait apposée à la maison commune de Vouharte et de Xambes pendant une décade.

Un huissier de Montignac le citoyen François Geoffroy se rendit à Xambes pour y remettre la citation à comparaître à Jean Godichon, après quelques promenades dans les champs pour le trouver

il lui remit copie de de l’opération du conseil municipal de Vouharte. L’huissier afficha une copie à la salle commune de Xambes, comme il en avait affiché une à celle de Vouharte.

Le peu de personne qui n’était pas au courant le furent, en ce 7 mai 1795, le drôle au feu Étienne était la vedette du bourg.

Une bien piètre célébrité que de ne pas pouvoir garder sa femme, se disaient les anciens. Les femme au lavoir beaucoup plus crues claironnaient en rigolant que le Jean avait rien dans la culotte.

En bref il bouleversait l’ordre établit et tous considéraient que les lois nouvelles avaient du bon mais aussi qu’elles avaient aussi du mauvais.

A vouharte cela jasait également, les vieilles crachaient sur le passage de Catherine, et les plus jeunes disaient qu’elle avait le cul serré.

Seule la notoriété et le nombre de la parentelle fit qu’on la laissa globalement tranquille.

Le divorce prononcé les deux furent de nouveau sur le marché des cœurs à prendre. Mais les soupirants de Catherine ne furent pas légion et elle dut attendre 8 ans (01/02/1803 ) avant de trouver le Jean Bouyer dit Charon, cet ancien militaire se ficha du quand dira t’ on et on arrêta enfin d’appeler Catherine la divorcée.

Le Jean se maria un peu plus vite avec la Jeanne Testaud de Saint Amand de Boixe ( 18/07/1799 ), il n’avait que 20 ans pour son deuxième mariage, mais celui ci fut fécond car dès l’année suivante il eut le bonheur d’avoir une fille.

Ainsi se termine l’histoire de ce premier divorce Vouhartais, quelques années plus tard leur vie aurait été tout autre car les Bourbons au cours de leur restauration, restaurèrent l’indissolubilité du mariage.

Ainsi donc de 1816 à 1884, date de la réapparition du divorce les couples durent faire contre mauvaise fortune bon cœur et supporter souvent l’ insupportable.

La période de 1792 à 1816 pour courte qu’elle fut, permis quand même à plusieurs milliers de couples de se séparer.

 

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 1er épisode

LE DIVORCE DE L’ENFANT, 2ème épisode

LA MORT DU JEUNE FRANÇOIS

En ce 16 mai 1811, il fait déjà chaud sur le petit bourg de Champagne et Fontaine dans le département de la Dordogne. Il est trois heures de relevée  et Pierre Labroux mène son cheval à l’abreuvoir. Il vient de fournir sous la cagnasse un rude labeur et il ne faudrait pas qu’il en crève.

Pierre est un solide quinquagénaire, veuf depuis quelques années déjà, il travaille dur à sa terre, et souhaite transmettre son patrimoine intact à son fils lorsqu’il rentrera de la guerre.

L’homme et la bête s’abreuvent à la même source quand soudain une violente douleur déchire la poitrine de Pierre, il s’écroule, sa vision se trouble, il voit des hommes en arme alignés comme à la parade, des nuages de fumée et un homme empanaché sur un cheval qui hurle des ordres.

Il entend également , comme des bruits de tonnerre, des cris déchirants et des hennissements de chevaux qui s’emballent.

Puis plus rien, allongé, immobile, il sent son cheval qui le renifle, comme inquiet. La douleur dans sa poitrine a disparu, mais un mauvais pressentiment le gagne alors qu’il se relève péniblement.

La sensation fugace d’un malheur le taraude maintenant.

Au même moment à mille cent kilomètres

Église d’Albuera,  Estramadure, Espagne : diorama de la bataille, musée d’Albuera

En ce 16 mai 1811 sous une pluie diluvienne près du petit bourg d’ Albuera en la région espagnole de l’Estramadure, François Labroux au coude à coude avec ses camarades de la colonne avance.

Le déluge vient du ciel, mais aussi des lignes anglaises, la fusillade est intense, le bruit des mousquets et de la pluie empêchent aux hommes d’entendre les ordres, la confusion est grande.

Jamais, depuis qu’il combattait dans les rangs de l’armée impériale du grand Napoléon il ne s’était trouvé confronté à un tel acharnement, une telle violence.

Pourtant depuis son recrutement en décembre 1805, il en avait vu, des collines de Bavière aux plaines polonaise, gelées ou boueuses. Des montagnes d’Espagne traîtresses aux insurgés espagnols fanatisés par des prêtres gorgés de haine et commettant les pires atrocités .

Oui vraiment il en avait vu, mais ici

Les soldats continent à tomber, le sang gicle, des bras et des jambes sont arrachés, serrer les rangs, continuer d’avancer sous la mitraille. Les écrevisses font vaciller la ligne française, le général Pépin commandant la division s’écroule, c’est la fin, la troupe se débande.

Il est trois heures de relevée, une douleur foudroyante dans la poitrine submerge soudain François. Il s’écroule, des corps le piétinent. Un liquide chaud et poisseux s’écoule de son torse.

Puis l’obscurité, les bruits vont s’estompant, dans un halo de lumière, François voit son père, tenant cheval à la bride et le menant à l’abreuvoir, il voit sa mère penchée au lavoir et ses sœurs, robes bleues et fichus blancs qui jouent à colin maillard dans un pré vert de sa belle Dordogne.

Un grand coup de pieds le sort de sa torpeur, la douleur l’immobilise, quelqu’un lui retire ses godillots, on le fouille, faire le mort surtout ne pas bouger.

Son pantalon glisse le long de ses jambes, il est maintenant nu, les détrousseurs s’en vont .

La nuit est maintenant tombée, au loin des bivouaques, autour de lui à la lueur blafarde de la lune il ne voit qu’un enchevêtrement de corps nus, des bras , des jambes, des chevaux, l’odeur de la mort, du sang de la merde et des tripes. Des râles font échos au silence glacial de la nuit.

Sa vie s’échappe, une dernière lueur, il n’est plus.

Le corps de François comme celui des autres, qu’il soit Anglais, Français, Espagnol ou Portugais fut déposé dans un brasier pour être réduit en cendre.

Les têtes brûlant mal,étaient jetées en un charnier avec les os mal consumés. Loin de sa Dordogne natale, cet enfant de France repose en terre Espagnol, victime d’une bataille perdue, victime d’une guerre perdue.

Les Français perdirent cette bataille d’Albuera et le Maréchal Soult, tout Jean de Dieu qu’il fut dû faire retraite. Sur 18 000 soldats engagés par les français, 7000 furent tués ou blessés. Cet affrontement inutile est l’un des plus meurtriers de la guerre d’Espagne.

François Labroux notre fils de Dordogne faisait parti de:

Armée du Midi : Maréchal Jean de Dieu Soult duc de Dalmatie ( 1769 -1851 )

5ème corps d’armée : Général de division Girard ( 1775 – 1815 ), mort de  blessures reçues à Waterloo.

2ème division : Général de division Pépin ( 1765 – 1811 ), tué à Albuera

2ème brigade : Général  de brigade Maransin ( 1770 – 1828 ), grièvement blessé à Albuera

28ème léger : Colonel Praefke  ( 1758 – 1811 ), tué à Albuera

2ème bataillon

1ère compagnie.

Sa famille fut informée le 24 août 1812, et son décès retranscrit sur le registre d’état civil de Champagne Fontaine.

NAPOLÉON EST MORT EN NORMANDIE

Le 20 mars 1811, les cloches de Paris résonnent, la grasse Autrichienne a donné un enfant au parvenu Corse. L’empire, colosse au pied d’argile est à son zénith.

On lui donna  les prénoms de Napoléon François Joseph Charles , Napoléon comme papa, François comme son grand père l’Empereur d’Autriche, Joseph comme l’oncle paternel malheureux roi d’Espagne et Charles comme l’infortuné grand père paternel mort d’un cancer de l’estomac il y a bien longtemps.

Le 21 mars 1811 à Alençon département de l’Orne on venait de recevoir la grande nouvelle de l’arrivée de l’héritier, lorsque Renée Poiriel la sage femme dans une mansarde de la rue du Mans mit au monde un gros garçon. Il fut déclaré de père inconnu et de mère inconnue. La brave femme dut déclarer la naissance et s’adjoignit deux témoins. Mais quel nom donnera t’ on à ce petit être abandonné?

L’officier d’état civil sans doute enthousiasmé par la noble naissance parisienne lui donna illico le nom de Napoléon. C’était peu, mais énorme à la fois, peu car on ne prit pas la peine de lui donner un nom à moins que ce ne fut un prénom et l’enfant nommé Napoléon se verra nommer Napoléon Napoléon. Lourd fardeau on en conviendra surtout après la chute de l’empire.

Le petit Napoléon grandit en Normandie et devint charpentier, fut il surnommé la paille au nez comme son parrain de nom et fut il importuné par le double fardeau d’être un enfant abandonné et d’avoir pour nom celui d’un empereur déchu ?

Quoi qu’il en soit notre empereur de la charpente rencontra une jeune domestique de Saint Georges le Gautier en Mayenne et convola avec elle le 25 novembre 1834 en la commune de Courcité où il résidait. La belle se nommait Joséphine Courtogis et par les lien sacrés du mariage devint Mme Joséphine Napoléon. Cette dénomination était fort clinquante d’autant plus que l’épopée Napoléonienne devenait à la mode en cette monarchie bourgeoise du roi Louis Philippe.

Napoléon et Joséphine vécurent un moment chez Joseph Courtagis le beau père, cultivateur de son état.

En 1836 le 18 janvier à la Galopière ils eurent un garçon qu’il prénommèrent Joseph comme son grand père.

Cela faisait un Joseph Napoléon de plus, ( bon d’accord l’authentique était encore aux États Unis ).

Notons pour l’anecdote que le sieur Tullard fut le témoin du mariage de Napoléon et de Joséphine et de la naissance de Joseph Napoléon.

Bon je vous éclaire, Jean Tulard est un historien spécialiste de l’empire et aurait sans doute adoré être témoin de mariage de Napoléon.

Le couple eut ensuite deux filles , Léonie et Désirée, ils s’installèrent à Saint Mars du désert. Joséphine y mourut en 1863.

Notre Napoléon vénérable vieillard qu’aucune maladie ne vint perturber mourut à l’aube du 20ème siècle le 27 avril 1900 en son domicile.

De ce Napoléon sont issues de nombreuse branches.

Notons pour finir que de nombreux enfants abandonnés reçurent ce patronyme.

 

LE MARIAGE DE LA VIEILLE

 

 

Les mariages d’autrefois tenaient plus de l’arrangement entre partis que de l’histoire d’amour.

Les parents organisaient les noces de leurs enfants suivant un rituel bien organisé, même profession, même village.

Les veufs se remariaient avec des veuves pour que quelqu’un s’occupe de leur progéniture.

Les veuves se remariaient pour subvenir à leurs besoins ou pour que leur terre héritée soit mise en valeur

Des veufs épousaient les jeunes servantes qu’ils avaient séduites ou forcés.

Cupidon entrait aussi en ligne de compte  mais après que les règles endogamiques fussent respectées.

Bien sur quelques mariages avaient lieu en catastrophe, les maladroits et les moins sages devaient régulariser les péchés de la chair.

Mais dans quelle catégorie placer l’histoire que je vais vous compter ?

Jacques Bouvet notaire de la petite ville d’Evron en Mayenne attendait en ce mercredi 26 août 1809 le couple qu’il allait unir selon la loi.

Maire de la ville depuis le 22 février 1807 il se devait en tant qu’officier d’état civil de présider à l’union des mariés de sa commune.

Tout était près hormis les mariés et leurs témoins qui se faisaient un peu attendre. Maître Bouvet était nerveux malgré son expérience de maire et surtout de notaire. L’originalité de cette union était flagrante mais aucune loi ne pouvait entraver ce mariage.

.Vers quinze heures, un homme jeune d’environ 20 ans, portant fier son bel habit pénétra dans la salle communale au bras d’une vieille dame qui semblait être sa grand mère. Un petit groupe d’hommes et de femmes les suivait en devisant.

Brun, les yeux clairs, de haute taille, les cheveux longs à la mode d’antan il avançait sentencieusement vers la table où se tenait le registre d’état civil et monsieur le maire. Un sourire illuminait son visage radieux.

Ratatinée dans sa robe rouge, le visage moitié mangé par sa coiffe, la vénérable femme qu’il tenait par le bras ne semblait qu’en à elle guère à l’aise de se trouver là . Ces yeux gris perdus dans les sillons de ses rides contemplaient avec frayeur le notaire qui se trouvait face à elle. Sa bouche édentée restait murée et aucun sourire s’égaillait cette face dure et usée par des années de labeur.

Le beau paysans et la vieille femme décharnée n’avaient aucun lien de parenté mais bientôt allait en avoir un.

La cérémonie commença.

Le maire énonça l’identité du marié.

René Pierre Hermange domestique, né le 19 juin 1791 à la Brée fils de feu Pierre et de Madeleine Bêche présente et consentante.

Monsieur Bouvet avant d’énoncer la suite se racla la gorge et eut une montée de rougeur aux joues.

Julienne Lottin domestique née le 14 juin 1740 à Evron fille de feu Gabriel et de feu Françoise Heurtebise.

Voila les choses furent dites, l’enfant de 21 ans épousait la cacochyme Julienne de 51 ans son aînée.

En présence de son frère Pierre Hermange lui même domestique, de Jean Vellay et Marin Bergère tous deux cultivateurs et de Jean Heurtebise sabotier et petit cousin de la mariée et sans que ne se soit levée la moindre objection l’union incongrue fut officialisée.

La noce comme on s’en doute fut discrète et un petit repas fut servit malgré tout aux convives chez Julienne où le couple allait s’installer.

Julienne n’avait jamais été mariée et n’avait jamais quitté des yeux le clocher protecteur d’Evron, pratiquante sans être bigote elle n’avait point eu de galant, les années étaient passées et l’idée de former couple ne l’effleurait plus depuis longtemps.

Elle était domestique dans une grosse ferme et avait accumulé un petit pécule dut à son labeur et à l’héritage de ses parents. Lorsque René entra au service de son patron comme domestique elle fut tout de suite charmée par la truculence du jeune homme et une amitié se forma. Mais en René toujours impécunieux germa l’idée de mettre la main sur le petit magot de sa vieille amie. Il la charma par sa volubilité et sa babille. Julienne fut envoûtée et accepta la main de jeune insolent afin de lui transmettre ses maigres biens.

L’annonce fit sensation et la rumeur paysanne gronda mais rien n’y fit. Le curé s’échina en vain à dénoncer cette union contre nature. Julienne haussait les épaules et René s’en tirait par quelques rodomontades.

René que rien n’arrêtait se décida à officialiser physiquement son union, il n’avait guère d’expérience mais sa tendre vieille de longtemps ménopausée n’avait jamais connu la moindre union charnelle. Ils firent ce qu’il purent et la  » jeune mariée  » fut déflorée. L’union était maintenant pérenne il ne restait plus à René qu’à attendre.

Comme on peut l’imaginer, René ne fréquenta guère la couche de sa femme. Il s’intéressa rapidement à une jeune veuve de son age et qui se nommait Marie Froger. Cette dernière, mariée à l’age tendre de 16 ans était veuve depuis le début de l’année 1813 de l’infortuné Jean Bergère.

René fut tout de suite attiré par les charmes de la belle Marie et une liaison adultère commença.

Julienne se rendit évidement compte du changement chez son jeune compagnon mais n’en dit rien à personne tant elle comprenait.

En février 1814, le ventre de Marie s’arrondît et sa forte poitrine devint encore plus imposante, ses menstrues ayant disparues, aucun doute elle était enceinte des œuvres du beau rené.

Le 06 octobre 1814 naquit Marie Constance, le père universellement connu fut déclaré inconnu.

Julienne qui comme le tout à chacun fut mise au courant en souffrit intérieurement. Il était fort temps qu’elle cède la place.

Le 15 janvier 1815 elle la céda en s’éteignant à l’age de 75 ans. René hérita de sa femme et se remaria le 01 février 1815 avec Marie Froger, la petite Marie Constance trouva un père.

La terre de la tombe de Julienne à peine tassée, René profita donc de la belle Marie. La vieille fut rapidement oubliée et d’autres enfants arrivèrent.

René devint tisserand et mourut en 1853 dans le village de Brée qui l’avait vu naître, Marie lui survécut 5 ans.

Cette union fut pour tout le monde une stupéfaction et demeure encore une rareté dans notre société pourtant fournit en excentricité.

Il y a plusieurs options à un tel mariage soit le jeune homme voulait échapper à la conscription dévorante de Napoléon soit  c’est une histoire d’argent et c’est  cette dernière que j’ai choisi  pour expliquer une telle mésalliance

Mes sources sont les registres d’état civil et paroissiaux des commune d’Evron et de Brée.

René Pierre Dermange: né le 19/06/1791 la Brée et décédé même commune le 07/11/1853.

Julienne Lottin : née le 14/06/1740 à Evron et décédée le 15/01/1815 même commune.

Marie Froger : née le 2/07/1793 à Voutré et décédée le 24/04/1858 la Brée.

Jean Bergère ( 1er epoux de Marie ) né le 23/06/1781 à Evron et décédé le 07/02/1813 même commune.

Mariage, Demange – Lottin le 28/08/1812 à Evron.

Mariage, Bergère – Froger le 07/09/1809 à Evron.

Mariage, Demange – Froger le 01/02/1815 à Evron

LA PETITE PAYSANNE ET LE MINOTAURE

 

 

Saint Georges sur Erve, année 1800

Lorsque Anne Valée se retrouva dans la ferme du père Pilon, elle eut l’étrange impression  qu’il allait se passer des choses qui lui seraient préjudiciables.

Sa vie de petite paysanne avait commencé comme celle de l’immense majorité des petites filles de bordagers. Une petite enfance assez libre dans les jupons de sa mère puis le début des tâches agricoles inhérentes aux gamines puis aux femmes.

Elle était heureuse entre ses parents et son frère François, puis vint le malheur, sa mère décéda et elle se retrouva seule avec son frère et son père.

Comme il était naturel à l’époque Michel Valée son père convola de nouveau et épousa Anne Duteil en 1784, la pauvrette n’avait que 5 ans et s’apprêtait à transférer son amour maternel sur sa marâtre. Michel plein d’un fougue nouvelle honorait sa compagne avec ardeur. Il en résulta chez Anne une rondeur annonciatrice. La petite sœur naquit en 1786 et un changement notable s’opéra dans le foyer . Anne qui jusqu’à là avait cohabité avec sa petite belle fille se mit à la traiter comme une domestique.

Le labeur était rude et les taloches nombreuses, Michel qui s’échinait au travail ne voyait rien ou par tranquillité domestique faisait mine de ne rien voir.

Au foyer Pilon les grossesses se succédaient et bientôt quatre enfants gambadèrent dans la borderie.

Les petits frères et sœurs d’Anne calquèrent leur comportement sur celui de leur mère et prirent la jeune fille comme une servante.

Les années passèrent, Anne devenait une belle jeune fille aux formes avantageuses. A la borderie les difficultés s’accumulaient et Michel avait du mal à joindre les deux bouts, il fut donc décidé que les deux aînés du premier mariage seraient placés comme domestique de ferme.

La décision n’avait rien d’exceptionnelle en soit, bon nombre de jeunes allaient travailler dans les fermes autour de chez eux.

C’est comme cela que du village de Vimarcé, Anne se retrouva chez Michel Pilon à Saint Georges sur erve.

Elle partit sans se retourner avec son baluchon de méchantes hardes, dans son nouveau domicile où elle trouverait bien un valet qui la marierait et ensemble ils prendraient à leur tour une borderie

Ainsi va la vie pensait elle.

Elle fut à vrai dire bien accueillie, Michel Pilon vivait avec son épouse Renée Derouard. Ils avaient eu de nombreux enfants qui tous étaient mariés et vivaient au village.

Le travail ne s’avéra guère plus dur que celui qu’elle effectuait chez son père, certes le gîte laissait à désirer, sa paillasse se trouvant dans une pièce sombre et humide un peu à l’écart du couple Pichon.

Elle se lia d’amitié avec le valet de ferme qui lui n’avait pas les honneurs de la maison mais dormait dans la grange. Elle fut courtisée et était heureuse de provoquer son jeune amoureux.

Quelques baisers furent échangés, mais Anne resta ferme, rien ne se passerait avant un quelconque mariage.

Loin de la surveillance tracassière de sa belle mère, elle attendait donc que son soupirant cumule assez de gages pour pouvoir s’établir en ménage.

Mais le malheur s’abattit sur la maison et Renée Derouard la maîtresse de maison tomba malade.

Anne se retrouva garde malade en plus de ses occupations ménagères et animalières, la charge de travail fut importante, mais le problème ne vînt pas de cette surcharge d’activités.

Michel Pilon en dépit de sa soixantaine bien sonnée avait gardé un tempérament fougueux et honorait sa femme fort régulièrement au dépit de cette dernière qui s’en serait bien passée estimant qu’elle avait donné sa part aux assauts pas toujours très doux de son mari.

Or donc comme Renée ne pouvait remplir ses devoir conjugaux, Michel se mit à lorgner en direction des courbes de sa jeune servante.

Anne se rendit compte du changement, le vieux maître avait toujours les yeux où il fallait, Anne se sentait déshabillée du regard et les yeux concupiscents du patron la pénétraient.

Michel n’avait pas franchi le pas lorsque l’état de sa femme empira. Quelques mains baladeuses, des frottements fugaces et de grasses allusions avaient inquiété Anne mais rien qui ne puisse émouvoir des intervenants extérieurs.

La maîtresse mourut le 23 avril 1800 à l’age de 65 ans. Après la mise en terre chacun retourna à ses activités. Anne fut quelques temps tranquille, mais elle savait que Michel ne la laisserait point en paix. Un jour à l’étable il l’a prit par derrière et tenta de lui relever ses cotillons, elle se débattit avec vigueur et il lâcha prise. Un autre jour ou prit de boisson il tenta de la prendre de force dans son lit, heureusement ivre elle put s’en délivrer.

Elle n’osait toujours pas en parler à quelqu’un, Michel Pilon était un homme de biens, respecté par la communauté villageoise. Une servante dans cette société machiste devait servir et bon nombre de maîtres ou leurs garçons se procuraient plaisir à bon compte. La parole féminine n’avait guère d’importance et le corps des femelles, des diableries tentatrices.

Notre bordager était maintenant bien décidé à posséder le jeune corps de sa servante et se mit en tête qu’à défaut d’un viol sauvage, il en commettrait un de légal.

Il s’en alla donc trouver Michel Valée pour le persuader de lui donner sa fille en mariage. Les négociations furent longues et difficiles, 41 ans séparaient Michel de la petite Anne.

Quelques pièces sonnantes et trébuchantes firent tomber les armes du père Valée et Michel sema le trouble en lui déclarant que sa fille n’était guère sage, qu’elle le provoquait et que de toute façon le valet de ferme finirait bien par la remplir.

Maintenant que l’accord entre les deux hommes avait été passé il fallait persuader la communauté villageoise et Monsieur le curé. On opta pour expliquer qu’il y avait eu liaison charnelle et qu’il fallait régulariser.

Tout de même l’opinion grinça un peu et Michel Piton se vit un instant en chemise de nuit tenant la queue de l’âne entouré d’une foule lui faisant charivari.

Du consentement d’Anne on se passa, elle pleura, hurla, arrêta de manger, rien n’y fit. Elle serait livrée au minotaure.

Le 29 juin 1802 par devant Louis Gautier, maire et officier d’état civil de la commune de Saint Georges sur Erve, Michel Piton 65 ans épousa Anne Valée 24 ans. En présence de Michel Valée, 60 ans père de la marié ( donc plus jeune que son gendre ) et de Anne Dutail âgée de 40 ans, belle mère de la mariée.

Une fête eut lieu en présence du clan Pilon et chacun s’enivrant , baffrant et dansant passant une bonne journée.

Évidement les enfants de Michel Pilon n’appréciaient guère l’arrivée inopportune d’un ventre éventuel et s’inquiétaient d’avoir un frère ou une sœur qui aurait eu 40 ans de différence avec eux et qui amoindrirait le maigre héritage.

Anne resta de marbre toute la journée et murmura un faible oui à la mairie. Sa belle mère au cours de la journée la prit à l’écart et lui expliqua en peu de mots ce qui allait lui arriver derrière les rideaux du lit clos.

Après les festivités la nuit de noces arriva, Michel passablement prit de boisson avait hâte de consommer sa proie.

Anne passive attendait assise sur le lit. Michel énervé lui intima de se déshabiller. Elle n’avait jamais montré sa nudité à un homme et honteuse enleva sa robe. Michel plus à l’aise, montrait gaillardement sa virilité. L’assaut ne se fit guère attendre, point de baisers, point de caresses, d’une main ferme Michel s’ouvrit le passage et pénétra la pauvre enfant. La douleur fit des larmes à la petite, quelques allez et venues et l’affaire fut faite. Michel sans un mot se tourna et s’endormit d’un sommeil d’ivrogne.

Anne souillée de son sang de vierge et de la semence de son légal tortionnaire ne savait que faire, elle se leva en titubant, sortit en chemise de la maison et fit toilette sommaire avec un fond d’eau.

Elle se recoucha, Michel ronflait, elle ne trouva le sommeil que tôt le matin et constata avec bonheur en se réveillant que son mari était déjà levé.

Malheureuse, les jours s’écoulèrent lentement pour Anne, la vigueur de Michel ne diminuait guère, Anne sans envie demeurait passive, le vieux ne s’en inquiétait guère et la prenait comme un hussard prend une fille de joie.

Anne terrorisée de se trouver grosse n’espérait sa délivrance que dans la mort de Michel.

Hélas l’ordre ne fut pas respecté et la petite Anne mourut la première à l’age prématuré de 25 ans le 27 février 1804.

Quand au vigoureux Michel Pilon il s’éteignit le 16 mars 1816, vénérable vieillard de 79 ans dans sa maison de Saint Georges sur l’Erve.

Note : Michel Pilon 1736-1816, naissance et mort à Saint Georges sur l’Erve.

Anne Valée 1779- 1804, née à Vimarcé et morte à Saint Georges sur l’Erve

Renée Derouard première épouse de Michel, née en 1735, décédée en 1800 à Saint Georges sur l’Erve.

Michel Valée père d’Anne,né à Saint Georges sur l’Erve en 1742 et décédé en 1804 à Saint Georges sur l’Erve ( 2 mois après sa fille ).

LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX EPISODE 5

 

François ne cacha rien car il déclara maintenant au notaire un petit pécule en monnaie d’assignat de 183 livres.

De plus le couple Blanchet devait à la communauté la somme de 145 livres que François leurs avait prêtées pour qu’ils se vêtent décemment à leur mariage et qu’ils puissent assumer les frais de bouche et de cérémonie.

Si les Blanchet devait cette somme il en était de même pour les Lefevre qui eux s’étaient vus attribuer la somme de 144 livres 4 sols .

François avait aussi quelques dettes, mais rien de bien méchant.

Il ne s’était pas encore acquitté de la somme de 9 livres qu’il devait aux contributions foncières et mobilières de la paroisse de Montolivet, Saint Barthélémy et Meilleray.

Il était également en compte avec la veuve d’André Verdier car il lui devait 19 livres pour le prix d’un petit porc. Elle habitait juste à coté il réglerait cela rapidement.

Il devait 12 livres à un marchand de bois de la Ferté Gaucher, le nommé Bourdon et il devait encore 15 livres pour les marchandises de sa boutique.

Le notaire maintenant s’attela aux acquis du couple Regnault et nota un acte d’acquisition avec Jacques Ducreux le 3 mai 1778 à la Ferté Gaucher.

D’un autre le 4 février 1780 à Villeneuve sur Bellot avec Charles Lemaire et aussi d’un autre avec Joseph Marion à Montmirail le 7 mars 1781.

La politique d’acquisition de François ne s’arrêta pas là car il acquit encore un bien du même Joseph Marion le 11 avril 1785 puis encore un autre le 11 avril 1790 des nommés Jean Javari et Jean Mottet et leurs femmes respectives.

En tout François passa donc 5 contrats acquisitions sous notaire en l’espace de 12 ans.

La communauté Regnault hérite en outre des acquits de Jean Martinet et de ceux de Jeanne Hermand sa femme. Une rente de 30 livres émanant de Claude Lirot entre également dans les biens de la communauté.

Ils en ont presque terminé maintenant, il ne restera qu’a évaluer trois arpents de bleds actuellement en terre et ensemencés lorsque la récolte sera faite.

L’acte fut donc rédigé devant Louis Goutte l’aubergiste,Nicolas Lapleige marchand de bestiaux et Simon Arnault le charron, tous trois de Thierceleieux.

Seul le notaire et Lapleige signèrent, l’ensemble des couples Blanchet, Lefevre, François et son fils n’ayant pas été touchés par les grâces de l’instruction écrite. La rédaction et l’enregistrement de l’acte coûtèrent 8 livres et chacun sauf le mineur paya sa part.

En voilà terminé avec cet inventaire, il nous apprend qu’un manouvrier n’était pas forcément un pauvre hère , qu’il possédait des biens, un peu de terre, quelques bêtes, des objets manufacturés et qu’il dormait dans un lit avec un véritable matelas .

Certes beaucoup de promiscuité mais les espaces privés faisaient leur apparition avec les lits clos de rideaux. La couche n’est pas une simple paillasse.

Plusieurs meubles de différentes essences de bois, un trousseau assez complet et coûteux. A table ils ont vaisselle d’étain.

L’étable est séparée de l’espace de vie des humains.

De l’argent liquide est thésaurisé et peut être mis à la disposition pour aider les enfants et enfin on constate une véritable politique d’acquisition afin d’augmenter son capital.

Nous sommes loin de l’image du paysan dépenaillé chevauché par les membres des ordres privilégiés. Évidemment, il n’y a point là de richesse. La vie était dure, soumise aux aléas climatiques, un labeur incessant , un accès au savoir limité mais on peut quand même percevoir une amélioration des conditions de vie.

Pour la période qui nous concerne, les difficultés vont venir, mauvaises récoltes, troubles politiques, guerres révolutionnaires et impériales avec l’envahissement du territoire Briard par une horde de teutons et de cosaques.

François connaîtra toutes ses difficultés et décédera en 1817 dans la maison où il a passé sa vie mais qui est maintenant celle de sa fille.

LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX EPISODE 4

 

 

Degraimberg passe maintenant à la couche, c’est l’élément en majesté de la pièce, grand, surmonté de quatre colonnes en bois mêlé, le travers ( matelas ) est en plume, deux draps en toile de ménage et une couverture blanche.

François a un pincement au cœur, il se souvient des étreintes avec sa belle des acrobaties qu’il fallait réaliser pour se déshabiller avec un minimum d’intimité alors que les enfants dormaient à coté. Bien sur les pans de rideau qui entouraient le lit assuraient, de leur serge verte, une protection visuelle. Mais le bruit, les soupirs de l’amour, les amant attendaient d’être sur que tout le monde dorme, mais va pour des petits, pas pour des adolescents qui initiés aux mystères de la vie par les animaux de la ferme ne pouvaient ignorer ce qui se passait derrière les rideaux opaques.

Oh bien entendu François retrouvait de temps à autres Marie Jeanne dans l’étable pour une étreinte brève dans la paille ou debout, jupons troussés le long du râtelier des vaches. Mais là aussi l’intimité pouvait n’être que relative. Les enfants baguenaudaient partout, les voisins des fermes pouvaient surgir à tout moment, la vie était communautaire, heureusement la pudibonderie n’était point de mise et personne ne s’offusquait d’une paire de fesses entre aperçue ou d’une femme satisfaisant à ses besoins naturels debout dans une cour de ferme.

Cette pièce maîtresse de l’ameublement de François est estimé à 82 livres, d’ailleurs ce n’est plus son lit mais celui de sa fille et de son gendre. Les rôles sont inversés c’est lui qui maintenant entend les râle de plaisir de sa fille et de son gendre. Il en est un peu gêné, mais le plus souvent abruti de fatigue il s’endort en ronflant .

Marie Jeanne est morte depuis ce maudit 4 octobre 1785, il n’a jamais repris femme malgré son age, se satisfaisant d’un commerce épisodique avec une veuve du hameau de Chalendon.

Les quelques hardes qu’il possède, sont dans un vieux coffre que l’expert estime 5 livres.

Voila maintenant le lit où dormaient ses filles et qui abrite maintenant les songes de ses nuits, 1 travers ( matelas ) de plume et deux draps de toile de ménage faisant 48 livres.

Pour son fils qui vient maintenant occasionnellement, une simple couche à 4 colonnes de  » chesne  »avec 2 pans de rideau de serge. Ce n’est pas en bon état et ne vaut que 8 livres.

Comme les pièces servent à tout on trouve à coté du lit 5 mannes d’osier pour le transport du pain, 2 pelles à fours ( les paysans faisaient leur pain ) et 2 paniers d’osier, l’ensemble d’une valeur de 3 livres.

Il fallait en finir, chacun s’impatientait. Une pièce que l’on nommait laiterie, mais qui servait aussi de sellier abritait 2 tonneaux d’une valeur de 4 livres, un petit baril, 1 tinette ( baquet de bois dont le fond est plus large que le haut servant pour le transport du beurre ) et une auge le tout pour 4 livres 10 sols c’est précis mais les comptes font les bons amis.

Le notaire examine 3 toiles et 3 pots de terre valeur 6 livres.

Puis une cage à poules qui servait souvent à Marie Jeanne quand elle allait vendre ou échanger quelques volailles dans les environs.

Un  » passoir d’ozier  » que Marie Jeanne utilisait avec dextérité lorsqu’elle tamisait les graines. François aimait la regarder, muscles saillants, poitrine opulente semblant vouloir sortir du corsage.

Un troisième objet appelé mâchoire ( étau ) complète ce lot estimé à 6 livres.

Enfin un objet cher à la tendre disparue, le cuvier ou elle mettait sa lessive, quel travail de forçat heureusement on ne change pas d’habits tous les jours. Cela ne vaut guère et le notaire l’accouple avec une chèvre à bois ( chevalet à 3 pieds ) pour une estimation de 6 livres.

Marie Jeanne qui mettait la main à tout, coupait le bois et n’hésitait pas à le fendre.

On en a maintenant fini avec l’intérieur de la maison, la troupe ressort et comptabilise 7 paires de volailles à 24 sols la paire donc 8 livres 8 sols.

Les volailles sont l’affaire des femmes et des enfants, François ne s’en occupe point.

La cour est vraiment boueuse et rappelle au notaire les rues merdeuses de Paris décidément il va abîmer ses bottes.

Il comptabilise maintenant une corde de bois blanc pour une valeur de 16 livres, gros budget pour les ménages. En cette région de la brie une corde vaut un peu moins de 4 stères précisément 3 stère 839. François, son bois il l’achète près de Montmirail chez une veuve avec qui il est en affaire.

Terminant son inventaire le notaire note encore 3 treillis ( 6 livres ), 3 auges à cochons ( 20 sols ) et 3 boisseaux de graine de lin. ( 7 livres 6 sols ).

François avait vraiment hâte que tout cela se termine, chaque recoin de la maison, chaque objet lui rappelait le souvenir de son défunt amour. Pour arrangé qu’il fut, ce mariage de sans le sous fut une union sans orage. Maintenant le fantôme de Marie Jeanne hante la petite maison de Thiercelieux .

Au matin François croyait l’entendre se lever pour raviver les braises et tirer la première traite. Mais il se ravisait ,ce n’était que sa fille qui reprenait les gestes ancestraux de ces lignées de femmes Briardes .

La succession était partagée en trois et François en avait entièrement le libre usage.

On rentra maintenant se mettre au chaud, Rosalie remit une bûche et au tour de la table de chêne on continua à parler gros sous.

Le total de l’estimation de l’ensemble des meubles et effets se portait à 1179 livres, pas une fortune mais pas non plus la misère. Le couple de journalier avait accumulé au grès des successions et de son travail un ensemble de produits manufacturés qui lui apportait un certain degré de confort.

 

Voici les liens pour les  3 premiers épisodes

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/13/le-metayer-de-thiercelieux/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/16/le-manouvrier-de-thiercelieux-episode-2/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/23/le-metayer-de-thiercelieux-episode-3/