UN ROCHEFORTAIS DANS LA NAVALE, ÉPISODE 1 LES ORIGINES

 

LA NAVALE DANS LES VEINES

Joseph Paul descendit d’un pas lent les escaliers qui menaient de son appartement cossu de la rue des Fonderies à la large artère qui rejoignait  l’arsenal de Rochefort

Revêtu de sa belle tenue d’honneur d’officier de marine, il se dirigea tout droit vers l’atelier d’Émélie Montastier. C’était son épouse Françoise qui l’avait poussé à se faire photographier ainsi, pour la postérité et l’honneur de la famille, afin que ce tirage soit distribué à la famille, aux amis et même aux connaissances.

Lui, excepté lors des revues n’aimait guère cette tenue où il ne se sentait pas à l’aise.

Emprunté, avec son bicorne à la main, il poussa la porte de l’atelier où l’attendait l’artiste.

Après les mondanités d’usage, elle le plaça devant l’objectif, le chapeau sur la tête, tourné de trois quarts, elle allait le prendre en buste. Paul avait épinglé sa légion d’honneur, et sa fourragère tombait militairement sur sa veste à la double rangée de boutons. Ses épaulettes chargées de dorure augmentaient encore un peu plus sa corpulence de quinquagénaire mais rehaussait d’un cran la beauté de son uniforme.

Il avait serré avec l’aide de sa femme sa ceinture au maximum afin de masquer un peu son ventre replet, mais rien de fait ne pouvait cacher le résultat des soirées au mess et la bonne chair bourgeoise de la cuisine dirigée de main de maître par son épouse.

Le visage encore jeune, immaculé de rides, recouvert de favoris en vogue en cette fin de siècle et revêtu de lunettes pince nez qui lui donnaient un air de savant de comités.

Joseph Paul capitaine de vaisseau bougonna un peu de la longueur de la pose mais la photographe satisfaite le congédia avec un sourire gracieux. L’officier se dirigea sans repasser chez lui vers son bureau de la préfecture maritime.

Chez les Arnoux ce n’était pas du sang qui coulait dans leurs veines , mais plutôt de l’eau de mer. Il était impossible chez eux de ne pas épouser la vocation des ancêtres.

Paul bien entendu se garda de déroger à cette sainte règle, son père était marin, son grand père aussi et l’on pouvait remonter ainsi jusqu’au règne du roi soleil. Originaire de la méditerranée et plus précisément du petit port de Saint Paul de Vence, les Arnoux s’étaient voués corps et âmes à la royale. Tout d’abord comme officiers de santé puis comme officiers de commandement.

Alors que son père était capitaine de frégate, l’un de ses oncle était premier médecin chef de la marine et basé en Martinique.

Joseph Paul n’était pas né au milieu des effluves du vent marin méditerranéen, ni même parmi les odeurs fortes des brises océanes. Son père capitaine de frégate et commandant du brick 20 canons Méléagre stationnait alors à Terre Neuve.  La mère de Joseph ne voulant pas demeurer seule au domicile familial déménagea chez sa sœur  Clara.  Cette dernière  avait fait un joli mariage en épousant Lovely Lambert un notaire cossu de Saintes. Joséphine Savary épouse Arnoux bien loin des roulis océaniques et de son mari mit donc au monde le petit Joseph Paul. Saintes où il naquit, était bien sur le même fleuve que Rochefort, mais l’ambiance y était très différente. A Rochefort la marine était encore royale, à voile et imprégnée encore  de toute la noblesse des hommes qui la dirigeait, alors qu’à Saintes c’était plutôt la noblesse du négoce des eaux de vie qui ambiançait les rives du plus beau cour d’eau de France.

Il n’était pas le premier né,  Joséphine heureusement soulagée par une nourrice avait encore le petit Lucien à la traîne dans ses jupons.

Joseph ne resta guère à l’ombre de l’arc de triomphe de Germanicus et rejoignit la ville arsenal ou arsenal ville comme on voudra bien se l’imaginer. Close de murailles et protégée par les méandres boueux du fleuve cher à François 1er, Rochefort l’un des premiers ports de guerre de France n’en était pas moins posé à 20 kilomètres de l’océan au beau milieu d’une zone marécageuse qui transformait cet aimable endroit en quasi campagne tropicale. Crée par la volonté d’un bourgeois rémois et par la munificence d’un grand roi, cet arsenal grandi comme un champignon, avait prospéré au delà de toutes espérances. Il marquait, il est vrai un peu le pas, maintenant que naissaient des navires à vapeur de fort tonnage incompatibles avec la profondeur du chenal et avec l’envasement des berges de la tranquille Charente.

Paul et Lucien son frère aîné grandirent donc au milieu de l’agitation de la ville damiers, toute la ville tournée vers l’activité de l’arsenal de la marine bruissait de mille bruits et suscitait bien des envies de découvertes de la part des deux garçons qui étaient sortis des lourdes senteurs des parfums de leur mère. En trottant derrière leur père maintenant capitaine de frégate et aide major à l’état major du port de Rochefort, ils avaient découvert la folle agitation des travailleurs de la mer et les uniformes chamarrés d’or des officiers de la marine maintenant impériale. Le contraste était saisissant entre ces charpentiers, ces calfats, ces ouvriers qui œuvraient à la construction des navires et les marins en uniforme qui déambulaient sur les quais.  Navires à voiles, navires mixtes voiles et vapeur et maintenant ceux plus nombreux à l’unique traction vapeur, se mélangeaient encore mais le père de Joseph avait du mal avec ces changements techniques. Ces transformations amenaient doucement un changement dans les mentalités.  Joseph  admirait toutes ces hautes voilures, mais il se doutait bien que son avenir serait plutôt fait des immenses structures d’acier qui remplaçaient les coques en bois. Ces nouveautés  représentaient pour lui un futur fait de lointain rivage et de paysage à découvrir.

Parents

Eugène Arnoux né le  17 février 1803 à Rochefort, décédé Rochefort 12 juin  1878 à Rochefort, officier légion d’honneur, capitaine de frégate

Marié à Saintes le 26 février  1837 à Louise Clotilde Joséphine Savary née le 15 janvier  1817 à Saintes, décédée à Rochefort le  24 novembre  1892

FRÈRE ET SŒUR

Lucien Arnoux né le  13 mai 1845  à Rochefort, décédé le 02 juillet 1905 à Tonnay Charente, capitaine de frégate.

Marié à Rochefort le 27 avril 1875 à Louise Marie Laure Maisonneuve née le  20 janvier  1850 à Rochefort, décédée le  25 février 1929 à Rochefort.

 

Marie Louise Camille Arnoux née le 8 juin 1853 à Rochefort, décédée le 23 janvier  1942 à Rochefort au 102 rue pierre Loti.

Mariée à Rochefort le  15 mai  1877 à Georges François Regnault né 22 mai 1839 à Graville au Havre, décédé le  28 avril 1911 à Rochefort ( capitaine de vaisseau )

 

 

 

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