
Michel rentra tard à la maison, il n’alluma pas la chandelle et lapa sa soupe à la faible lueur des brandons du potager où finissait de refroidir le breuvage.
Puis il se coula dans le lit silencieusement pour ne pas alerter les garçons qui dormaient à proximité. Il se lova le long de moi, son corps était chaud et je profitais de cela pour réchauffer mes pieds froids. Je sentis en lui monter sa flamme, bientôt sa vigueur ne pouvait plus trahir ses sentiments. Je remontais ma chemise et m’offrit por canino. Cette position réprouvée par l’église était celle que je préférais, je ne la trouvais pas animale du tout et j’en éprouvais le plus vif plaisir. Ceci fait je sentis mon homme s’abandonner au sommeil et ronfler comme le soufflet d’une forge.
Latierce n’avait pas perdu de temps et s’était plaint au directoire de Saint Jean D’angély.
Celui ci pour éviter des troubles futurs décida d’arrêter Laplanche et son alter ego Labrousse.
Le lendemain un huissier aidé par deux brigades de la maréchaussée ainsi que des chasseurs bretons en garnison dans le chef lieu de district firent le chemin jusqu’à Varaize.
Les habitants de Varaize virent arriver la troupe et se rassemblèrent instantanément. Les soldats ne trouvèrent que Laplanche et l’arrêtèrent.
Bientôt tout le village fut là, hurlant, gueulant, se répandant en imprécations contre les soldats. Nous les femmes, allez savoir pourquoi, nous étions survoltées, comme des louves entourant une proie. Des millénaires de silence, écrasées que nous étions par une société patriarcale, il nous fallait nous exprimer.
La troupe fut entourée, l’on poussait, on tirait, on crachait, on pinçait. Je vis des hommes avec des armes, des fusils, des faux, des piques. Mon Michel avait le sien, hérité de son père . Des coup furent échangés, la tournure des événement devenait mauvaise. Les soldats ne progressaient plus, l’officier ordonna que les fusils soient chargés. Une folle jeta du sable sur les soldats pour les aveugler, bientôt nous fumes plusieurs à le faire, des pierres s’y mêlèrent.
Puis soudain un claquement, Michel ou peut être un autre déchargea son fusil, un soldat tomba blessé.
L’ordre fut sec et comme un peloton exécutant un condamné une décharge faucha les villageois.
Je vis Marie Berton, elle tourbillonna puis s’abattit sur le dos une large tache rouge s’élargissant sur sa robe blanche. La bouche ouverte les yeux grands ouverts, elle n’eut pas le temps de voir s’écrouler son mari Louis Morin. Lui atteint à l’épaule s’écroula tout net comme un fagot qu’on lâche.
Mais un cri sortit de ma bouche car Michel la tête foudroyée, tomba face contre terre, je me précipitais, tentais de le relever, de le prendre dans mes bras, mais rien. Son corps lourd de la mort me pesait sur le bras, je le posais et comme une hydre me jetais sur les armes des tueurs.
Marie Jonquières s’empala sur une baïonnette, son joli ventre laissa apparaître gargouillant des chauds viscères. Instinctivement elle mit la main pour les soutenir, les retenir. Mais la vie par cette voie s’échappa et sans un cri elle s’effondra.
Tout le monde hurlait, la troupe enfin libérée put s’écouler sur Saint Jean d’Angély.
Au sol gisait aussi la Madeleine Salmon, je ne l’aimais guère, mais une vague de tristesse me submergea en la voyant désarticulée dans la poussière du chemin.
Louis Morin était blessé à l’épaule mais inconscient fut ramené chez lui suivi de près par le corps de sa femme.
Cela demandait vengeance, le tocsin sonna, des centaines de villageois des communes de Fontenet, Saint Julien de l’Escap, Fragne le Grand, Courgeon, Saint Pierre de Juillers, Regnier, le grand Esset l’entendirent et grossirent les rangs des révoltés.
Moi sans force je suivis le convoi qui ramenait mon homme. Je n’avais pas envie de suivre le corps mais plutôt une rage de poursuivre les criminels qui avaient tiré. On me le posa sur la grande table de bois , personne dans l’affolement n’avait pensé à lui fermer les yeux. Ses deux bras pendaient le long et l’on voyait à travers sa chemise un large trou qui lui perçait la poitrine.
Les enfants alertés par la clameur arrivèrent ainsi que la famille, on discutait maintenant d’une prompte vengeance, sans plus se préoccuper du corps.
Michel, yeux ouverts, mâchoires crispées semblait écouter nos délibérations. Dans la rue la foule hurlait à la mort et tous cherchaient Latierce notre maire.
Lorsque tout le monde fut parti je me retrouvais avec un mort sur la table, point de jérémiade, malgré ma douleur il fallait bien que je le fisse enterrer.
Heureusement la famille arriva et l’on s’organisa, tout d’abord il fallait faire la toilette du défunt. Nous étions en pleine insurrection mais il fallait bien respecter les usages.
Le curé Desmarais arriva, il nous fit un laïus sur la mort, la vie après elle, enfin il fit son emploi. Les officier municipaux Jean Abelain et Mathieu Deschamps vinrent faire les constatations. Que dire il était bien mort, raide comme une bûche de noël mon Michel.
LES FEMMES DE L’INSURRECTION, PARTIE 1/5
LES FEMMES DE L’INSURRECTION, PARTIE 2/5, LA SÉDITION