L’INFANTICIDE, ÉPISODE 2, Alfred et Albertine

Un rayon de soleil lui fait la grâce de l’illuminer. Elle est splendide de jeunesse, belle comme une baigneuse de Monet, souriante comme une renaissance de Rubens.

Un trait lumineux l’accueille, sa bouche dévoile des dents éclatantes comme des diamants. Albertine est là au seuil de leur chez eux, de leur cachette, de leur foyer. Elle est jeune, étincelante comme un printemps qui naît, fraîche comme une aurore de mars.

Il la connaît depuis peu, elle travaille à la ferme de l’Île chez le Charles Houdry sur la commune de Bassevelle,  c’est juste à coté . Lui est manœuvrier et cette ferme est grande et pourvoyeuse d’emplois donc un jour qu’il s’y échinait il a rencontré cette flamboyance. Pour lui ce fut une évidence, un regard, un rire, une attitude et il était tombé éperdument amoureux. Elle n’était point farouche et se donna rapidement. Une offrande tombée du ciel pour Alfred, sa vie était transformée. Enfin une raison d’avancer, d’aller de l’avant, lui aussi maintenant connaissait les joies de l’amour.

Sous la lumière crue il voit qu’elle retire son bonnet, un flot impétueux de cheveux inonde aussitôt ses épaules. C’est un fleuve de lave en fusion, une coulée rousse qui en une poussée irrésistible s’échappe en un recouvrement dantesque.

Comme une invite, elle déboutonne un à un les boutons nacrés de son corsage, bientôt le haut de sa gorge apparaît puis l’opulence de sa poitrine. La blancheur de ses seins, contraste avec le hale de son visage, des milliers de taches de rousseur comme des étoiles de voie lactée agrémentent ses deux collines ondoyantes.

Alfred se noie dans le spectacle, Albertine dont le haut du corps n’est plus vêtu que de ses cheveux; tend ses mains vers lui.

Tout deux pénètrent dans l’ombre protectrice de la cabane. Albertine se blottit le long du torse puissant d’Alfred, lui se noie dans la crinière de sa fée.

Elle lui enlève sa chemise en une sorte d’égalité de nudité.

Avec ses doigts elle court sur son corps et dessine des volutes, ses muscles de tendent sa peau frémit.

En experte, en maître, elle dénude Alfred, elle joue avec lui, ses mains sont partout. Elle rigole, se moque de l’émoi provoqué, sa bouche s’amuse des baisers qu’elle dispense à l’intimité grandissante d’Alfred. Lui n’en puis pu, mais comme immobilisé, lié sur un totem, il subit les bravades érotiques de la belle domestique. Puis comme pour le rendre fou elle ôte sa robe, la voilà nue allongée sur une balle abandonnée vestige d’une couche charbonnière. A travers les branchages disjoints de la cahute un rai de l’astre dispensateur de chaleur désigne le mont de vénus de la vestale. Alfred est comme hypnotisé par la vue de cette bosse à peine constellé d’un fin gazon. Avec le soleil ce duvet ressemble à l’herbe d’un pré d’août roussi par le soleil brûlant. Lui qui croyait que toutes les femmes étaient munies du même superbe tablier noir de la prostituée qui l’avait dépucelé au régiment avait bien été détrompé par cette neige incandescente.

Il se couche sur elle presque pantelant, et là encore elle est patronne, maîtresse, impératrice et prend les choses en mains. Il est maintenant en elle, leur union est volcanique, bruyante, elle crie, elle râle, lui griffe le dos.  Ils sont saouls d’amour. L’odeur de l’eau de la source intime d’Albertine, de la sueur se fondent avec l’odeur de l’humus, des bois, des feuillages de la terre pour former un parfum que le plus puissant nez de parfumeur parisien ne pourrait concevoir. Ils sont grisés par cette flagrance manichéenne elle le veut de nouveau, lui résiste un peu mais en jeune mâle qu’il est encore retrouve un allant de champion.

Vaincu de nouveau, enseveli dans l’opulence des tétons d’Albertine il s’endort.

Ce n’est que la fraîcheur du soir qui lui ravive les sens, elle n’est plus là. Il se rhabille puis retourne vers Hondevilliers où l’attend sa famille.

Les jours passent, les deux amants se rencontrent plus souvent, l’exaltation des premiers instants ne faiblit pas, bientôt on les rencontre tous les deux, les langues villageoises se délient, les commérages vont bon train.

Un soir à table Alfred ressent une sourde hostilité de la part de son frère et de sa belle sœur. Il ne se doute de rien tant il est sur un nuage.

Alphonse étant un taiseux, c’est Blanche qui attaque.

  • Alors c’est vrai pour toi et la Bossant

  • Bah oui 

  • C’est une garce

  • je l’aime

  • je te dis que c’est une garce à la ferme tous l’ont eue, du petit domestique au va devant en passant par son patron le grand couillon de Charles Houdry.

  • C’est des racontars, des mensonges.

  • Mon pauvre Alfred t’y connaît rien en femme je te dis que c’est une catin.

  • En tous cas jamais elle ne mettra les pieds ici, elle pervertirait mes filles.

  • Jamais tu m’entends, jamais.

  • J’ai pas besoin de votre accord pour la voir, je fais ce que je veux.

  • Mon pauvre frère, elle est du village de Pavant et là bas elle faisait honte à sa famille , elle a du s’enfuir tant le cul lui brûlait.

  • Vous me fatiguez je prends mon baluchon et je m’en vais

  • C’est cela va t’en et ne reviens pas.

Alfred réunit ses affaires et quitte la maison de son frère, il va loger chez les uns et chez les autres en attendant de trouver un nouveau toit.

3 réflexions au sujet de « L’INFANTICIDE, ÉPISODE 2, Alfred et Albertine »

  1. J’aime beaucoup ce que vous écrivez, pour moi « le journal de la tondue » est le meilleur à ce jour. Nous étions vraiment dans cette triste histoire. Ecrivez-vous des livres, en dehors des histoires que vous nous faites vivre ? Merci beaucoup pour ces moments que vous nous faites vivre.
    Evelyne SAIU

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