
Un fossé séparait Simon du reste de sa famille, il n’avait pas l’intention d’abandonner Jeanne et la perte de leur enfant avait renforcé leurs liens.
Pourtant les deux frères, accompagnés de leur sœur émancipée d’âge, mais procédant sous l’autorité de Monsieur Pierre Laurent Louis Querhon notaire royal et procureur fiscal de la Chatellerie de Saint Laurent de la Pré, se retrouvèrent à Rochefort pour le partage des biens de leur parents. Simon avait tiré le premier lot et Sara le deuxième. Ainsi fait Simon obtint la métairie du Magnou avec son logis et dépendances ainsi qu’environ 140 journaux de terre tant en terres labourables, bois, prés et vignes. Sara reçut la métairie de la Pierrière et celle de Champan. Le troisième lot d’Abraham Etienne était la maison de maître situé à Mortagne la Vieille. On signa en se regardant en chien de faïence, Sara pleine d’insolence se gaussait de la présence de son futur Pierre Samuel Meschinet de Richemond. Ce riche négociant faisait le pendant de la pauvre Jeanne Sautereau journalière à l’unique chemise qui évidement ne parut pas ce jour là.
Comme l’enfant était mort, la famille pensa que c’était le moment de faire pression pour qu’il renvoie Jeanne, après tout rien ne l’obligeait à la garder près de lui. Au pire il pouvait pour la satisfaction de ses sens la placer dans une des fermes de la famille, Sara proposait même la métairie de la Pierrière.
Simon qui n’était nullement rassasié par les charmes du corps de sa Jeanne avait compris qu’après le décès de leur enfant des liens supplémentaires s’étaient noués. De plus Jeanne à l’intelligence vive au contact de Simon s’éveillait à la culture. Certes elle savait lire et écrire approximativement mais sous l’impulsion de Simon son savoir s’élargit et bientôt seule un parler rural pouvait démasquer une origine modeste.
Simon décida de s’installer au Magnou, le logis modeste les accueillerait bien.
Là bas Jeanne fut comme une reine, plus personne ne contestait sa présence. Elle commandait avec efficacité, semblant se jouer du fait qu’elle n’était qu’une femme. Elle usait avec intelligence de sa situation de maîtresse du maître.
Mais à la vérité Jeanne n’était nullement acceptée, le fermier du Magnou baissait la tête mais par derrière disait bien des sottises. Les grands valets jouaient la soumission mais auraient bien jeté dehors celle qui salissait la différence entre notables et ceux qui n’avaient rien. Simon lui n’avait pas encore fait le dernier pas, Jeanne ne mangeait pas à sa table et jamais au grand jamais il ne l’emmenait chez ses relations où d’ailleurs on aurait refusé de la recevoir.
Elle avait la possession domestique, elle avait la possession de sa couche et de son corps mais pour le reste elle n’était que la souillon au Gauvin, la catin au Simon.
Jeanne était en quelque sorte une puissance occulte, mais occultée par la puissance d’une société inégalitaire et conservatrice.
Elle en retirait un sentiment de frustration qui pesait un peu sur ses relations avec Simon, mais dès qu’il apparaissait tout s’estompait et son amour rejaillissait comme une fleur de printemps.
Pourtant imperceptiblement Simon obligeait son entourage à accepter Jeanne, par petites touches comme un artiste peintre. Un matin il décida que Jeanne l’accompagnerait dans ses sorties à cheval.
Ce fut une révolution, les paysans ne montaient pas à cheval et encore moins les paysannes.
Le valet d’Écurie fut obligé de préparer une monture pas trop farouche et l’aventure commença. Cela fut cocasse et l’honorabilité de la maîtresse au maître fut mise à mal lorsque tous aperçurent la blancheur de son séant lors de sa mise en selle.Ilsn’allèrent pas au delà de l’Aubonnière, mais la victoire de Jeanne sur la domesticité fut totale. Chacun savait que le patron adulait ses chevaux et qu’il ne les laissait monter par personne. Alors ce geste plus que celui qui consistait à la prendre dans sa couche tous les soirs fut qu’ils durent tous accepter Jeanne comme la maîtresse du Magnou.
On la respecta et l’on s’en méfia, car sa dureté doublée de ressentiments, pouvait être redoutable.
Il y eut une longue période où Simon s’absenta et ce fut elle qui régenta le domaine. Certes à l’office, dans les communs et dans la grande cour les commentaires haineux et salaces fusaient encore. On rigolait d’elle, le grand valet disait que c’était lui qui l’avait déflorée les gamins disaient qu’elle avait de vilaines fesses et les femmes avaient remarqué que depuis sa grossesse sa taille s’était élargie, mais devant elle, un silence de cathédrale régnait.
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 7, LE BATARD DE SIMON
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 6, LE VENTRE ROND DE JEANNE