LES SACRIFIÉS DE L’ILE DE RÉ, PARTIE 5, LE COMBAT D’AUTUN

Enfin ils arrivèrent à Autun, épuisés, amaigris, mais encore déterminés. Nous étions le 28 novembre 1870 et de nombreux combats avaient déjà eu lieu. L’action de Garibaldi et ses hommes avait empêché que l’ennemi ne tourne l’armée de la Loire

L’armée des Vosges comptait 10 000 hommes répartis en quatre brigades, comme le constatèrent nos Charentais c’était un véritable patchwork linguistique et vestimentaire.

La première brigade était commandée par le général polonais Bossack Auké qui peinait à avoir 1500 hommes et d’une diversité de recrutements assez remarquable, mobiles des Alpes Maritimes, franc-tireurs de l’égalité de Marseille, volontaires du Rhône, éclaireurs du Rhône.

La deuxième brigade fut confiée au commandant Delpech, là encore un joli mélange, de guérilleros marseillais, guérilleros de l’orient et éclaireurs corses.

La troisième brigade était commandée par l’un des propres fils de Garibaldi, le colonel Menotti Garibaldi, là aussi un mélange incroyable de mobiles des Alpes maritimes et plus précisément des niçois, des mobiles des basses alpes, des francs-tireurs de Colmar et un corps franc de chasseurs d’Afrique. Pour parachever le mélange l’on comptait également sur des volontaires de Doles, des Génois et une pincée de Savoyards.

La quatrième brigade était quand à elle dirigée par le second fils de Garibaldi le prénommé Ricciotti, avec les francs-tireurs de la croix de Nice, les éclaireurs de l’Allier, les chasseurs de la Savoie, les chasseurs du Havre, francs tireurs de l’Aveyron , les chasseurs du Dauphiné les éclaireurs du Doubs, les francs-tireurs de la côte d’Or, de Doles, de Toulouse et des Vosges ainsi que des chasseurs de la Loire et du Mont blanc et pour compléter le tout une compagnie de Gersois.

L’ensemble étonna nos rétais, il n’était guère facile de se faire comprendre et la cohabitation n’était point facile entre ces hommes si différents.

Beaucoup avaient déjà fait le coup de feu et l’on se moqua de ces artilleurs qui arrivaient un peu tard, Louis qui avait toujours la goule en avant faillit se faire rosser par une femme en pleine rue. Ce gouailleur n’avait pas remarqué que la donzelle était lieutenant dans les francs-tireurs de Lamarche. Maire Antoinette Lix, cette amazone au long passé militaire ne pouvait laisser passer aucune injure à son sexe et à son grade. On en rigola mais désormais l’on fit attention car la diversité de cette troupe bigarrée prêtait à la plus grande confusion.

L’artillerie de l’armée des Vosges fut confiée aux bons soins du lieutenant colonel Ollivier et ce dernier fit installer les batteries sur l’esplanade du petit séminaire.

Les jours précédents, il s’était passé beaucoup de choses, Garibaldi ayant tenté un coup de main sur Dijon fut promptement repoussé vers Autun, une course honteuse, éperdue que rien ne put arrêter.

Les prussiens qui s’étaient avancés derrière cette masse fuyante arrivaient sans qu’on sans doute vers la ville refuge. Rien n’inquiétait l’état major et aucune patrouille ne vit les prussiens arriver.

Louis, Pierre, Étienne, Jules avaient eu l’autorisation du capitaine Renson de s’égailler un peu en ville , ils n’étaient donc pas près de leurs pièces de campagne quand les premiers obus s’abattirent sur la ville d’Autun. Les quatre compères qui n’avaient que modérément goutté le vin de Bourgogne revinrent sur l’esplanade le plus rapidement possible. Dans le même temps ceux de l’infanterie gagnèrent les abords de la ville, déployés en tirailleurs, les mobilisés attendirent les prussiens de pied ferme. Mais ce fut surtout un duel d’artillerie qui s’engagea, les charentais se mirent en place, brisèrent les caissons qui contenaient les munitions et répondirent aux tirs de l’artillerie prussienne. L’esplanade du grand séminaire était le point haut de la ville et le feu des batteries Garibaldienne fut efficace.

Il s’abattit un déluge de feu, les hommes tombaient, les caissons explosaient. A la batterie de Louis tous redoublaient d’efforts, malgré le froid la sueur collait leur chemise, la fumée des départs de coup et la fumée des incendies provoquaient une sorte de brouillard. Les officiers pointaient efficacement, tentant de palier le peu d’expérience des charentais. Les tirs allaient s’intensifiant au fur et à mesure de l’après midi. Vers 16 heures un projectile éclata près de la pièce de Louis, il s’écroula fauché par un éclat, même pas le temps de comprendre, il regarda bêtement sa jambe manquante, un flot de sang s’échappait de cette masse sanguinolente. Il tenta d’appeler mais aucun son ne sortit , il vit presque le long de lui un copain d’enfance nommé Pierre Rousseau et servant la même pièce que lui. Plus loin Étienne d’Aunis, un autre saunier d’Ars, gisait parmi les débris de son canon de 4 de montagne. Louis se sentit soulevé, une douleur atroce, il perdit connaissance sur le brancard qui le menait à une ambulance improvisée au Saint Sacrement.

Les canons étaient brûlants, le feu roulait d’un tonnerre de Dieu, Pierre et son compère Jules ne ressentaient pas la fatigue, cela faisait deux heures pleines qu’ils chargeaient la gueule béante du canon, les ordres aboyés, ils ne les entendaient même plus, ils s’étaient transformés en machine.

Les deux furent fauchés par le même éclat, Pierre ne retint que de justesse le flot de ses entrailles et Jules vit sa chemise se teinter de rouge au niveau de la poitrine. Pierre déjà agonisant fut mené à l’évêché, Jules le rejoignit un peu plus tard car semble-t’il un peu moins touché.

Peu à peu le tirs des prussiens se fit moins dense, on respirait un peu, au dire des gars d’un bataillon des Alpes Maritimes, ils tentaient de contourner la ville. Nos Charentais continuaient à tirer, mais sentaient qu’ils étaient en quelques sortes vainqueurs.  Comme pour terminer la journée en beauté un projectile ennemi atteignit un caisson, un beau vacarme, la pièce la plus proche sauta en l’air, Étienne fut projeté, soufflé, déshabillé.Lorsque la fumée fut retombée et dissipée on le retrouva plusieurs mètres plus loin, nu et intact. On tenta désespérément de le ranimer mais rien ni fit et des soldats le portèrent à l’hospice d’Autun, toutes les autres ambulances étant saturées.

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