LA RUE SAINT SAUVEUR PARTIE 2, LE COUPEUR D’HABITS

Dans la sous pente qui leur sert d’appartement Jean Marie et Anaïs émergent d’une nuit d’amour. Lui a sourit d’entendre les deux vieux cordonniers passer devant la mince porte vermoulue qui les sépare sur le biscornu palier de leur immeuble croulant. Elle plus gênée que lui d’être nue, enlacée, lascive a quelque peu rougi et a remonté la couverture sur ses jambes nues.

Ces deux là sont jeunes mariés, cela fait moins d’un an qu’ils se sont unis à la mairie de La Rochelle, ils sont encore en découverte de leur corps. Ils vivent d’amour et d’eau fraîche, certes un peu chichement, mais l’enthousiasme de leur amour nourrit leur chair.

Madame Soulié qui n’a jamais connu une telle frénésie avec son mari dit sans cesse qu’il y a une grande débauche dans un tel comportement. Elle est sans doute un peu jalouse et au fond d’elle même égrise, alors elle colporte les pires horreurs sur eux.

Alors Jean marie qui a eu vent des ragots fait exprès d’en rajouter un peu.

Il embrasse bruyamment Anaïs sur le palier, lui touche les fesses pour la faire râler lorsqu’ils montent l’escalier et surtout prend bien soin de faire du bruit pendant qu’ils font l’amour.

Alors de fait il a point une sourde hostilité entre les deux couples et plus personne ne se parle.

De plus le Jean Marie il est pas de là, un drôle d’accent tout de même qui fait que le père Soulié ne comprend pas grand chose. A La Rochelle la population est assez bigarrée, s’est un melting-pot régional. Le Rivière, il vient du Gers mais il aurait bien pu descendre du Nord.

Mais le cordonnier a ses idées et il pense que ce mauvais bougre de coupeur d’habits va prendre la place d’un tailleur d’habits Rochelais.Si le couple semble vivre dans la folie des premiers désirs, il faut néanmoins se nourrir et payer le logement. Pour le reste on se débrouille bien comme on peut. Alors le Jean Marie a trouvé un emploi chez un tailleur d’habits de la rue du Temple, il n’est encore qu’une petite main, mais habile il saura bien se mettre à son compte et se créer une clientèle.

Le cordonnier bien sûr trouve à redire et fait sien de l’adage qui dit que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Visiblement ce n’est pas la façon de voir du coupeur d’habits , qui traîne au lit pour sauter un repas et pour profiter de la chaleur d’Anaïs. C’est donc souvent que le grand couillon comme l’appelle les deux vieux, en retard dévale l’escalier pour attraper la vieille rue du temple.

Par un hasard extraordinaire le Jean Marie qui porte le nom de Rivière a marié la petite Anais qui elle aussi porte ce nom, il est des rencontres qui sont finalement loin d’être fortuites.

Pour finir dans ce lugubre immeuble il y a la mère Caradine, on ne sait pas grand chose d’elle, si ce n’est qu’elle est hollandaise de naissance, veuve et vieille comme les tours du port. On ne lui parle guère, mais qui s’intéresserait à une cacochyme à l’odeur nauséabonde, qui ne fait rien et qui véhicule sa solitude sur le devant de l’immeuble au risque de faire fuir la clientèle des Soulié. Véronique l’a déjà houspillée plus d’une fois, lui a demandé de passer son chemin, mais de son air de chien battu la figure noire lui répond qu’elle est aussi chez elle. C’est donc encore source de querelles au numéro 1 de la rue Saint Sauveur.

Comme le dit élégamment Étienne ce n’est pas parce qu’on chie dans les même latrines qu’on doit se doit quelques amitiés.

D’ailleurs si cette vénérable étrangère pouvait consentir à quitter son monde, l’appartement deviendrait vacant et pourrait être repris par le fils Soulié qui a des velléités d’installation avec une donzelle du cru. Il serait beau que le Jean Baptiste âgé de vingt huit ans cordonnier comme son père et qui est l’héritier de l’atelier soit en mesure de se loger avec sa future juste au dessus comme ses propres parents.

Mais comme on ne va pas tuer la vieille pour autant, il ne reste qu’à la maudire un peu et la dédaigner beaucoup.