LES FARINIERS DE LA ROULIERE, PARTIE16/17, MARIAGE DE LA DERNIÈRE

La grande sœur Fleurisson met en août au monde son deuxième Jean, le premier mort en bas âge n’a pas dépassé sa première année.

La multiplicité des petits morts est signalée par les frais monticules autour de l’église. Ceux-ci bien vite effacés par le temps sont remplacés par d’autres qui signent d’une continuité des temps, le seront à leur tour.

Hélas pour les Fleurisson le petit Pierre meurt au bout de trois mois c’est  bien peu payé pour une si longue attente de maternité.

Mais un malheur n’arrivant jamais seul, c’est Nicolas qui le trois décembre rejoint son père et sa mère au petit cimetière. Âgé de 22 ans seulement il n’a pas la joie de fonder une famille. C’est tristement que se passe la noël, le clan s’amoindrit sans espoir de régénération.

Heureusement comme un chemin fait,  la fertilité de Marie ne faillit pas , elle est de nouveau pleine et Pierre pour la ménager, houspille en permanence les malheureuses servantes qui doivent veiller à tout. Jeanne et Anne les deux belles sœurs qui se croient de bon droit au dessus par leur naissance souffrent de devoir elles aussi être traitées en inférieures par la femme de leur frère aîné. Elles se disent qu’une tutelle paternelle n’eut pas été pire.

Le onze juillet 1746 c’est une pissouse qui arrive, Pierre ne veut pas de femelle et dédaigne cette futilité geignarde, tout est à refaire, décidément sa femme est bien bonne à rien.

Une autre difficulté surgit pour la farinière, Jean le beau frère se remarie avec Jeanne Moinard, mariage de rien, mauvais couple et objet de discorde, c’est le tout à la fois. Mais on ne peut demander à un homme de rester sagement sans femme. Marie trouve d’ailleurs qu’il la regardait avec des yeux non familiaux et elle est soulagée de voir les yeux vicieux de son beau frère se porter sur une autre croupe que la sienne.

Il y a aussi le destin du petit Jean Charles né en 1744 et fils du premier mariage, il vivait depuis chez les parents Neau mais ces derniers vieillissant il faudra bien que le père s’en occupe.

C’est un avec un brin de méchanceté qu’il accueille l’une des filles de sa sœur en ce début d’année 1747, il redoute que son beau frère Mouraud ne lui fasse un fils.Toujours cette obsession de ne pas  avoir un héritier mâle, cela le rend méchant avec tout le monde et en particulier avec son épouse.

Déjà que ce dernier grâce à la dot de sa femme a pu changer de condition en devenant laboureur à bœuf en lieu et place de laboureur à bras. Il doit cela au travail des fariniers Fleurisson alors la providence doit  s’arrêter là pour lui.

Mais l’héritier des Fleurisson arrive le même jour, Jeanne met au monde un garçon à qui on donne évidemment le prénom de son père.

Jean avait deux fils et Pierre aucun, la rivalité régnait entre les deux.

Puis le destin heureux frappa au moulin un soir Marie annonça à Pierre qu’ils allaient avoir un autre enfant.

Il arriva en août et ce fut un garçon, si la nature le voulait Pierre pourrait léguer le moulin à Pierre son fils. C’était prématuré d’autant que le moulin n’appartenait pas à Fleurisson, mais cela faisait cinquante ans que la vieille carcasse de la tour grinçait pour la même famille, alors comme les paysans s’identifiaient à la terre qu’ils cultivaient, eux s’identifiaient aux ailes de la Roulière.

Le chemin était fait et en août de l’année suivante elle eut le petit André, la lignée était presque assurée. Bonheur de courte durée car en septembre André dans un trou du petit cimetière alla rejoindre les autres membres de la fratrie.

Les années passaient maintenant, les femmes avaient trouvé un équilibre. Pierre père d’un garçon et d’une fille avait aussi un autre sentiment de fierté, il arrivait à tracer sa signature et pour la première fois chez le notaire Antoine Grain il avait laissé une marque sur le contrat de mariage de sa sœur Anne.

Les négociations avaient duré une éternité et Jacques Coudreau le futur commençait sérieusement à douter du sérieux de l’affaire. Mais les Fleurisson devenaient gourmands et semblaient vouloir appliquer une politique d’enrichissement par les mariages. Jacques n’était que le fils d’un laboureur à bœufs sur les terres de l’abbaye de la Grâce dieu. Ils possédaient en propre leur attelage et leur bête ainsi qu’une mince parcelle de terre, rien de bien mirobolant, mais chaque bout de mouchoir fut discuté encore et encore.

Puis il fallut bien sûr avoir le consentement du prieur de l’abbaye monseigneur Blondeau car les Coudreau vivaient à la grange du bois qui dépendait de la Grâce Dieu. Pas tout à fait serfs mais néanmoins liés les paysans du royaume de France devaient demander accord à leur seigneur.

Anne se maria donc le 21 janvier 1750, c’était la dernière fille à marier de la Roulière. Les trois frères Fleurisson de leur plus belle plume paraphèrent l’acte.