LA CHÂTELAINE, ÉPISODE 3, les enfants de la châtelaine

Victoire est veuve et se consacre à ses petits enfants et aux bonnes œuvres. Elle se partage entre le domicile de son fils Amédée à Saintes, le château de Beauvoir à Éculat qu’il fait construire et bien sûr le château de Crazannes où elle vit la plupart du temps entourée des soins de sa fille Louise.

Mais elle va maintenant connaître la chute d’un monde, comme un château de cartes, l’empire et l’empereur s’écroulent sur eux même. Le déclencheur en fut la guerre contre les prussiens et la défaite hâtive d’une armée mal préparée.

C’est un gouvernement provisoire qui en émerge, que va- t-il en sortir, Victoire que les fastes de l’empire sécurisaient est inquiète de l’arrivée d’une république. Heureusement en Charente inférieure les bonapartistes se maintiennent dans la nouvelle législature.

Au fil des années la république tend à s’affermir, la Charente et la Charente inférieure sont les bastions du bonapartisme en France. Mais la mort de Napoléon III, puis de son fils quelques années après, fragilisent le parti. Victoire avec toute la sagacité qui la caractérise se doute que l’empire et la royauté sont morts à jamais.

Victoire se réfugie dans la religion et se félicite que plusieurs de ses petites filles veuillent entrer en religion.

Pour l’instant elles sont un peu jeunes mais leur piété est déjà grande.

Le temps s’est écoulé, son fils Amédée s’est retiré sur ses terres d’Eculat, son château est terminé il y vit en rentier et devient maire de la commune en avril 1883.

Avec Marie Isabelle ils ont six enfant vivants.

Sa fille Louise a deux garçons Denys et Armand et vit avec son mari au château de Crazannes.

L’aîné de ses petit fils Joseph est reçu à l’école polytechnique et son frère François veut prendre le même chemin.

Thérèse sa deuxième petite fille rentre comme sa sœur dans les ordres et devient en religion sœur Aimée de Jésus. Victoire chérie ses deux petites filles touchées par la grâce divine mais a un amour particulier pour la petite Camille qui s’occupe d’elle avec abnégation.

Quand aux enfants de Louise, l’aîné devient avocat et fait un beau mariage avec la belle fille du député bonapartiste Cunéo d’Ornano , le plus jeune Armand devient Saint Cyrien.

Hélas lorsqu’on vieillit les maux et les tracas physiques arrivent, ce qui ne serait rien car c’est le lot de tout le monde. Non il y a un autre danger qui rode, bien plus dur , bien plus corrosif, Victoire n’y échappe pas.

En 1895 c’est son gendre qui est fauché dans sa 61ème année, Louise sa fille est très touchée par le départ de son mari et sa santé se détériore .

Pour une mère le plus cruel moment est le départ d’un de ses enfants, Louise en 1899 meurt au château de Crazannes.

Victoire commence à se dire que pour elle il serait grand temps de partir aussi, le temps lui pèse, elle a du mal à sortir faire sa promenade dans le parc du château. Camille sa petite fille se dévoue, lui fait la lecture, surveille les domestiques qui s’occupent de sa grand mère.

En novembre 1899 elle a la joie d’autoriser le mariage de son petit fils Armand Joly d’Aussy avec la fille d’un riche homme d’affaires de la Gironde. Elle décline un peu, mais au château de Beauvoir chez son son fils Amédée elle est entourée d’amour et de soins.

Maintenant la république est bien installée en France, Victoire qui se croit encore sous l’empire se mélange un peu dans les dates. Elle en a tant connu, l’empire, la première restauration, le retour de l’aigle, le retour des Bourbons, l’invasion étrangère.

Puis c’est la chute de la branche aînée et la royauté bourgeoise de Louis Philippe. Cela défile dans sa tête, la révolution de 1848, la deuxième république, puis le second empire et le formidable développement de la France. Puis le malheur, la chute de Napoléon III et du second empire, une nouvelle invasion étrangère, la commune de Paris et ses massacres. Ensuite vient la troisième république, la sale gueuse et ses présidents de la république. Longtemps il y a cru au retour de la dynastie impériale et des napoléonides. Mais tout est loin, elle sait qu’elle va mourir, elle peut , elle a tout vu, tout vécu.

Le 10 décembre 1901 la châtelaine, de Landes, de Crazannes, de Beauvoir s’éteint chez elle à Saintes.