
En mars 1887 elle bénéficie de la grâce présidentielle de Jules Grévy. Que va t ‘elle faire en sortant elle n’a que 26 ans et est bien gaillarde encore. Elle a une fille qu’elle peut récupérer puis se remarier.
Il n’en sera pas ainsi, rapidement elle tombe sous la coupe d’un rude terrassier nommé Luc Naslot, il la prend comme la catin qu’elle est, profite de son corps, puis aidé par quelques volées il la remet au travail.
Plus question de flemmarder, de rentrer ivre, de discutailler, il faut du rendement. Il a la main leste, il la bourre de coups de poing puis la viole et la viole encore. A ce rythme elle sera bientôt plus bonne à rien.
Pourtant le destin manqua de basculer car elle rencontra un gars de Mortery charretier de son état, mais Émile Fleury n’est pas de la trempe de Naslot, il en resteront à la promesse de mariage. Sans doute trop fade, pas assez violent pas assez mâle pour dompter cette foutue gazelle à la cuisse généreuse, à cette bonne gagneuse qu’il serait dommage de ne pas faire rendre gorge.
Naslot tient sous sa coupe une petite, il peine à la mater et quand il ne met pas une trempe à Julie il fait ses gammes sur Julie Burgard âgée de 18 ans. Le bougre vit bien, nourrit comme coq en pâte, passant d’une femme à une autre. Il peut banqueter avec ses copains, rentrer saoul et taper et taper encore.
Seulement voilà la petite maline de Julie Burgard fricote avec un jeune garçon nommé Chaplain, sans doute subjugué par sa technique amoureuse il l’emmène chez lui à la Bretonniere. Amoureux, il part tranquille faire sa période, s’imaginant des épousailles rapides au retour. Mais la petite a quitté son nid, c’est triste mais en plus elle le vole d’un drap qu’elle trouvait beau. Ce n’est pas grand chose mais la procédure suit son cours. Une perquisition chez Naslot amène la découverte du drap.Le terrassier, Julie Blondelot veuve Mélique sont inculpés d’incitation à la débauche d’une mineure. Pour Julie c’est la sixième fois, cela va être la dernière. En effet le procureur demande que Julie soit après sa peine reléguée
L’avocat de Julie fait ce qu’il peut mais la sentence, une de plus tombe comme un couperet. Elle est condamnée à 6 mois et après sa peine sera reléguée.
Si Julie ne sait pas exactement en quoi consiste la relégation elle sait qu’elle va quitter Provins et son environnement protecteur de vieille muraille.
Elle se doute que sa vie ne sera plus la même. Son avocat lui explique exactement ce à quoi il en retourne. Julie tombe sous le coup d’une loi de 1885 qui ordonne d’envoyer les délinquants récidivistes en Guyane afin d’y installer une population durable tout en se débarrassant la métropoles des éléments incorrigibles que la prison seul ne peut contraindre.
Quelques mois plus tard après une traversée mouvementée Julie arrive en Guyane, elle a beaucoup maigris et a été malade tout le temps de la traversée.
La destination finale est Saint Laurent du Maroni
Elle sera dans un premier temps reléguée collective, c’est à dire qu’elle va se retrouver dans les mains des redoutables sœurs de l’œuvre de Saint Joseph de Cluny.
Les reléguées sont conduite dans une ancienne école, les conditions sont effroyables et la promiscuité entre ces femmes engendre de nombreux problèmes. Les disputes , les bagarres, les refus d’aller à la messe sont fréquents.
Julie qui a toujours vécu sans contrainte se doit de vivre maintenant dans une espèce de couvent ou elle est astreint à des travaux de couture. La privation de liberté est presque totale, c’est un bagne déguisé. Julie manque plusieurs fois de mourir, une épidémie de fièvre bilieuse couche des dizaines de reléguées, le couvent se transforme en infirmerie. Les mortes sont légions et Julie oscille plusieurs jours entre la vie et la mort. Sa jeunesse la sauve, mais peut on dire qu’elle a une vie dans ce lieu, elle rêve d’espace , elle rêve de la collégiale Saint Quiriace, de la tour césar, de sa belle Saint Ayoul. Elle regrette le froid sec de l’est qui venait de la Champagne, elle pleure en pensant aux ondulations des blés jaunes qui comme une toile de maître s’offrait à sa vue lorsqu’elle sortait par la porte de Jouy. Elle est malheureuse et ce n’est pas quelques amitiés contractées avec d’autres malheureuses qui compensent cette misère.
Julie perd bon nombre de ses nouvelles amis, paludisme, fièvre jaune, dysenterie, rien n’épargne ces femme du Maroni.
Mais nous l’oublions pas le but réel est de créer une colonie de peuplement. Julie Blondelot notre incorrigible prostituée Provinoise se marie le 13 novembre 1889 avec Mohamed, Said en Babès un algérien d’une quarantaine d’années sans doute transporté.
On peut s’interroger sur ce mariage mais les sœurs avait décidé sans qu’on sache vraiment pourquoi que les couples mixtes, chrétien et musulman étaient plus durables.
On ne sait, il est vrai si il le fut ou si Julie sous la pression de son mari exerça de nouveau sous les rives du Maroni le plus vieux métier du monde.
Toujours est il qu’elle mit au monde deux garçons l’un en 1891 et l’autre en 1894.
Après elle disparaît ainsi que son mari et ses garçons. Une recherche sur le registre matricule des deux frères nous apprend qu’ils ne se sont pas présentés à leurs obligations militaires et il est noté qu’ils sont repartis en Algérie.
Le reste de la vie de notre Julie est donc un mystère qui reste à percer.
Revenons maintenant à notre Joséphine celle qui a tué bien involontairement son violent mari et qui n’a succombé qu’une fois aux attraits d’une prostitution occasionnelle et de subsistance.
Sa vie devint en fait presque comme celle des autres, du moins elle ne fit plus la une de la feuille de Provins. Je dis pas tout à fait comme celle des autres car notre Joséphine se paya le luxe de divorcer deux fois. Ce qui n’est pas banal en ces premières années du 20ème siècle. Elle se maria le 22 août 1885 à Poigny avec un terrassier nommé Charles Georges Moinat, mais divorça de lui le 15 novembre 1900.
Elle rencontra Alfred Joseph Servoise qui lui était carrier. Il semble qu’ils demeuraient ensemble lorsqu’il se marièrent le 16 novembre 1907 à Provins
Visiblement la cohabitation ne se passa pas très bien car ils étaient divorcés le 7 mai de l’année suivante.
Elle ne se remaria pas et vécu là où finalement elle avait toujours vécu sur les pentes de la rue Saint Thibaud. Lorsqu’elle fut vieille et perdue dans ses pensées, se remémorait- elle sa jeune sœur Julie. Rigolait-elle encore des bêtises qu’elles se susurraient lorsqu’elles dormaient ensemble. Songeait-elle à leurs premiers amours et à leur corps qu’elles avaient si imprudemment vendus. Revivait-elle ses quelques mois de prison qui la marqua à jamais. Elle aurait pu comme les autres se marier avec un bon mari, pas trop buveur, pas trop cogneur, pas trop joueur et pas trop coureur, il en avait été autrement . Comme d’autres elle avait simplement subi les marches et les contres marche de la vie en éprouvait-elle des regrets peut être que oui peut être pas.
Ps, je ne connais pas sa date de décès mais elle apparaît sur le recensement de 1921 rue Saint Thibaud, peut-être qu’un lecteur Provinois pourra m’éclairer pour la suite.
Histoire tirée des chroniques judiciaires des journaux de l’époque