
Albertine se rajuste, attrape sa grande pèlerine et emmaillote l’enfant. Elle sort à son tour sa décision est prise.
La nuit est sans lune, sans étoile, elle serait d’un noir parfait si des masses inquiétantes d’un gris profond ne moutonnaient dangereusement au dessus du village. Ce lugubre environnement ne décourage pas Albertine, elle va déposer le petit à Pavant chez sa mère. Elle saura bien quoi en faire, la dépannera, l’aidera. Si elle marche bien au matin elle peut être là bas. Mais elle se rend compte que ses jambes ont du mal à avancer, la fatigue la gagne, de son ventre s’écoule quelque chose. C’est du sang qui lui dégouline le long des cuisses, elle s’affaiblit. Alors qu’elle n’est pas encore à la butte rouge, des gouttes d’eau venues du néant s’abattent lourdement. Elles s’écrasent sur le sol, et sur elle. C’est une cascade, un déluge, elle ne voit plus rien et se résout à faire demi tour. Le chemin est un torrent, elle perd un sabot, puis plus loin s’étale dans une mare de boue. Dans sa chute elle protège l’enfant, se fait horriblement mal. Enfin elle rentre, dégoulinante, dégoûtante. Il n’est pas là, elle pose le bébé dans son propre lit, heureusement il n’est pas mouillé, n’a pas froid, il dort.
Albertine est gelée, tremble de froid et de fièvre, enlève ses vêtements qui s’amoncellent en tas. Elle aussi se couche et sent à peine le fruit de ses ennuis qui avec sa petite bouche sucette un sein imaginaire. Son cerveau bat la chamade, elle tourne et se retourne, peut être reviendra t ‘il?
Puis son corps se décompose, se fond avec la nuit et elle s’endort d’un sommeil de mort.
Le lendemain elle se réveille, la larve est toujours là, maintenant il pue. Elle ne sait pas comment le changer, n’a même pas de lange.
Mais il faut le faire c’est dégoûtant, le voilà propre. Elle l’entoure d’une de ses vieilles chemises. Puis lui donne son sein en offrande, le monstre est repu il dort de nouveau, mais elle que va t’ elle faire, que doit t’ elle faire. Albertine est perdue mais se rappelle l’avertissement d’Alfred, l’enfant la regarde, elle a même l’impression qu’il sourit aux anges. C’est un signe, elle s’approche, enroule ses doigts autour de son petit cou. Toujours il sourit, il fait un rot et un peu de lait régurgite de sa bouche. Elle serre, un peu, légèrement puis comme brûlée, elle retire ses mains. Mais toujours il sourit, presque rigole, cette fois elle serre plus fort, il devient bleu se cyanose, ses yeux se révulsent. Elle n’y arrive pas le lâche c’est trop bête. L’enfant respire de nouveau, l’on voit apparaître de légère trace autour de son petit cou.
Albertine sort, mais elle n’est point forte, elle doit trouver Alfred, il faut qu’il l’aide, il faut qu’il revienne, c’est lui son homme.
Elle erre dans les rues du village, on la dévisage, elle est en cheveux à peine vêtue. Les commentaires vont bon train. Instinctivement, elle est devant chez Blanche. La grande lui barre le passage, qu’elle se débrouille avec son bâtard, qu’elle le jette au fumier, qu’elle le donne au cochon ou à l’assistance. Sur le pas de la porte, elle pleure, comme de longtemps elle n’a plus pleuré. Son arrogance a disparu, sa superbe s’est envolée, elle n’est plus qu’un chiffon qu’on jette, qu’un mouchoir usagé. En chancelant elle retourne chez elle, s’y terre. Le petit hurle, va t ‘il se taire, elle ne pense même pas à le nourrir. En cours de journée, la sage femme passe, regarde le petit, remarque t ‘elle les traces qui violacent autour du petit cou fragile. Il faut que tu lui donnes un nom et que tu le déclares à la mairie lui dit elle.
C’est l’ homme qui doit faire cela, c’est Alfred qui va le faire,,il va revenir.
Le 24 juin Alfred se décide, il a la lourde responsabilité de déclarer l’enfant, il sait qu’il n’est pas à lui mais sans trop savoir ce qu’il fait il va à la mairie.
Il est accompagné de Marie Louise et Hortense, il a l’air malin de déclarer cette naissance en compagnie de deux femelles. L’officier d’état civil lui demande le nom qui veut donner à son fils.
Un long silence, Alfred hésite, si il parle, si il prononce ces mots, il sera père. Je veux l’appeler Félix oui Félix.
Félix Gautier né le 23 juin 1912 à sept heure du matin d’Alfred Gautier et de son épouse Bossant Albertine, voilà c’est fait il est papa officiellement.
L’INFANTICIDE, ÉPISODE 5, la colère du cocu
L’INFANTICIDE, ÉPISODE 4, le sale enfantement