TOUS DES ENFANTS D’EVE

Mitochondrie et hélice d »ADN

La chaleur se fait de plus en plus dense et aucun souffle de vent ne vient tempérer cette fournaise écrasante.

L’horizon au dessus des hautes herbes semble en feu, une sorte de brouillard dissipe toute velléité de visuellement bien se protéger des dangers environnants. Les membres du groupe sont inquiets et le chef pourtant confiant d’ habitude ordonne des pauses fréquentes pour se rassurer et faire le point.

Eve est la femelle du chef mais d’autres le sont aussi, elle porte d’ailleurs l’un de ses petits. Elle a soif, sa langue est pâteuse, sa bouche est sèche n’ayant rien bu depuis le départ du camps tôt ce matin. Le long de sa peau s’agite une petite fille, grasse, les cheveux déjà épais. Eve écarte la peau qui lui protège la poitrine, attrape l’une de ses mamelles et la dirige vers la bouche de sa petite.

L’enfant tête avidement, elle ne sait si elle va survivre, si elle ne devra pas l’abandonner sur le bord d’un sentier, offerte en proie à des meutes de hyènes. Déjà elle en a perdu de la sorte, c’est la vie, c’est la dure réalité.

L’homme ordonne de repartir, Eve a juste le temps de se soulager. La petite se rendort ne lâchant pourtant pas le téton de sa mère. Au rythme des pas de sa mère pleine d’une confiance innée, elle s’abandonne.

Il faut arriver vite au point d’eau, la nuit l’on ne peut marcher. Le chef est sûr du chemin, son père autrefois lui a montré, comme ses ancêtres l’avaient aussi fait.

Le groupe s’étire, au loin une vieille est sur le point d’abandonner, mais elle est l’ancêtre du groupe alors on l’a soutient tout en sachant qu’elle va bientôt partir vers le pays d’où l’on ne revient pas. Il y a une quarantaine de personnes, suite au dernier accrochage avec un autre groupe il y a plus de femmes que d’hommes. Alors Eve doit partager son homme avec d’autres, il faut perpétrer le groupe, le consolider l’agrandir pour survivre.

Maintenant elle titube de fatigue , elle a beau être jeune et musclée, le bébé accroché à elle lui pèse, chacun à son fardeau. Sa peau noire est blanche de poussière et ses cheveux crépus ressemblent à ceux de l’ancêtre qui au loin se traîne et survie encore.

Soudain un cri, il vient de l’homme qui marche tout devant, le groupe est arrivé au point d’eau. La mare est presque à sec mais suffisante pour étancher la pépie des animaux qui s’y rejoignent. Eve pose un instant la braillarde qui se réveille, à quatre pattes dans l’eau, elle étanche sa soif, elle rigole.

Ceci fait, il faut faire du feu, Eve et d’autre femelles rassemblent du bois, les hommes coupent des branches et confectionnent les abris pour la nuit.

L’oscurité est là, les animaux hurlent, mais le feu qui les effraie les empêchera d’être un danger pour les humains endormis. On se repaît de tubercules et de graines, les réserves sont épuisées, demain il faudra que le groupe d’hommes chassent et que les femmes fassent cueillette. On exploitera l’endroit, puis lorsqu’il sera épuisé l’on repartira, une autre longue marche, d’autres privations.

Eve avec sa petite se terrent sous un abri sommaire, elle s’endort quand soudain elle sent une présence. Elle sait, son mâle la renifle, la sent. Elle se met en position et il la prend. Elle ne sait si elle aime, mais soumise, de nouveau féconde elle se doit de laisser son homme la fertiliser.

Le temps a passé et environ 8000 générations se sont succédé, émanant du même rituel amoureux et procréateur.

Notre personnage est notre ancêtre à tous, celle dont toute l’humanité descend. Elle est celle que les généticiens appellent l’Eve mitochondriale.

Cette personne qui vivait en Afrique il y a entre 150 000 et 200 000 ans, est la dernière ancêtre commune à toute l’humanité. **

Elle était probablement semblable à nous, bien qu’un peu plus musclée, sa peau était noire, ses cheveux crépus et noirs ainsi que ses yeux.

Soyons précis cela ne veut pas dire que telle l’Eve biblique elle était seule, mais que seule sa lignée a perduré.

Comment sait on cela ?

Chaque cellule de notre corps contient des petites cellules énergétiques que l’on nomme mitochondries, hors l’ADN de ces cellules n’est transmis que par les femmes.

Faisons nous plus précis, chaque personne possède un ADN mitochondriale hérité de sa mère. Différents ADN ont été analysés partout dans le monde sur des populations différentes.

L’ADN est comme écrit en lettres et en les comparant les scientifiques ont constaté que les séquences de lettres étaient toutes très proches, avec très peu de mutation***.

Avec ces différences et mutations l’on crée un arbre phylogénétique**. Chaque branche est une lignée maternelle et les points où les branches se rejoignent sont les ancêtres communs.

Lorsqu’on remonte toutes ces branches l’on arrive à un point de convergence qu’on appelle l’Eve mitochondriale.

* les mutations de l’ADN mt interviennent à des rythmes approximatifs et en comptant les mutations séparant les lignées actuelles l’on arrive à environ 200 000 ans.

** L’arbre phylogénétique est comme un arbre généalogique mais l’on suit les gènes, les populations ou les espèces à la place de sa famille.

*** les mutations sont des changements dans les séquences de l’ADN. Elles sont des marqueurs pour identifier les lignées. Précisons que ces mutations n’engendrent rien de physique sur l’être humain, qu’elles ne sont que des modifications de lettres dans un code.

Laisser un commentaire