LA RUE SAINT SAUVEUR, PARTIE 22, LA PUNITION

De sa fenêtre Élisabeth Charlopeau a tout deviné, en femme elle sait que les deux qu’elle a aperçus  dans la cour ne sont pas des étrangers l’un pour l’autre. Elle présent qu’il y a anguille sous roche. Elle va pouvoir de sa langue acérée avoir un moment de gloire en racontant ce qu’elle a vu.

La première à avoir vent de la rumeur et à en comprendre la portée est la vieille Louise, la rue Saint Sauveur est comme un petit village, l’on sait tout sur tout le monde ou presque. Lorsque le matin sur le parvis de l’église les commères se taisent sur son passage elle a tout de suite compris qu’on parle d’un de ses proches. Elle en est tourmentée pendant tout l’office et ce n’est que sur le point de sortir qu’une des mégères du quartier lui confie ce qui se dit. Non de dieu, une gifle ne l’aurait pas plus saisie. C’est une traînée elle l’a toujours su, son fils n’a rien voulu voir, peut être même que les enfants ne sont pas de lui. Cela expliquerait que pas un ne se ressemble, oui c’est cela aucun n’est un Testard. Elle ne peut garder cela pour elle, il faut qu’elle prévienne son fils, l’infortuné cocu. Oui mais voilà il ne se parle plus depuis des lustres, comment faire.

Elle n’est pas en peine car le Louis sur un chantier un ouvrier lui chante son infortune. Il pose ses outils, les abandonne sur place et court chez lui.

Pour sûr Marie Anne est surprise de le voir arriver comme un fou. Elle est seule et fait sa toilette et n’a que le temps de se couvrir lorsqu’une torgnole lui dévisse la tête. Elle est stupéfaite, son mari ne l’a jamais touchée. Lui est fou de colère aux gifles succèdent les coups de poings, elle est écroulée par terre la lèvre éclatée, la poitrine à l’air. Il lui met des coups de pieds il est comme un fou des grandes maisons, elle tente de se protéger, elle a mal, se tord de douleur. Rien ne l’arrête, elle hurle il va la tuer. L’écume lui sort de la bouche, il hurle, ameute tout le monde, crie son infortune. Les coups  font des ravages maintenant sur les cuisses de Marie Anne, elle tente de garder sa dignité mais lui n’en a cure et tente de lui arracher sa robe et son jupon. Il veut qu’elle souffre par où elle a péché, il veut l’humilier pour voiler sa propre  honte à lui. La rue est maintenant sur le palier, au première loge il y a Élisabeth Charlopeau qui excite Louis à plus de fermeté. Elle veut que son ennemie soit vaincue, salie, qu’elle pleure sa honte. Cela la ramènera à plus d’humilité à moins de fierté. Ce sont Fanny et Louise qui sauvent leur mère. Elles jouent des coudes, montent les escaliers et ferment la porte au nez à la grosse du dessus et à tous les voyeurs. Louis en les voyant se calme tout de suite, son esprit se met doucement au repos,  ce n’est plus qu’un pauvre homme. A la vérité il aurait pu la tuer, un coup de folie, sans qu’il ait eu l’intelligence de demander des explications. Maintenant c’est lui qui a honte, ses filles le regardent bizarrement et sa femme ne comprend pas .

Les deux filles soignent leur mère, le voisinage s’apaise avec peine car il n’a pas eu sa curée. En bas Charlopeau joue sa grande vedette, elle a tout vu, raconte, en rajoute, c’est bien malheureux tout de même une mère de famille et avec un voisin en plus. Maintenant elle surjoue la raclée que Louis a mis à Marie Anne, elle n’a presque rien vu, mais peu importe son auditoire veut des détails croustillants. Alors elle en fournit encore et encore, autour d’elle on s’émoustille, mon dieu quelle affaire.C’est sûr dans la rue on va en parler longtemps, on aura quelqu’un à montrer du doigt, ce n’est tout de même pas très fréquent un adultère qui donne un si beau spectacle, non vraiment c’est à refaire.  Chez Louis c’est la consternation, Marie Anne n’a plus de larme, elle a repris le dessus et se demande bien qui a pu raconter de telles inepties. La vie va reprendre assurément mais l’humiliation subit par ce charivari qui ne porte pas son nom va mettre un moment à cicatriser. Louis maugrée car il pense que jamais plus il ne pourra aller boire son coup à l’auberge sa vie d’homme est fichue,  il en est fautif à coup sûr.

 

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