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Si Auguste a failli succomber au corps d’Angèle, Agathe a eu aussi son frémissement d’infidélité.
Un après midi elle a emmené un panier de linge a un client, elle savait que les chemises appartenaient à un officier de la garde nationale . Après qu’il lui eut dit de rentrer Agathe poussa la porte de la chambre qu’il louait. Un homme nu jusqu’à la ceinture les bottes aux pieds fumant une longue pipe, allongé sur son lit lui offrit le plus beau des sourires. Les yeux d’Agathe se portèrent immédiatement sur la poitrine velue de l’officier et sur la naissance d’un sillon noir cheminant sur son ventre musclé. La sensation érotique qu’elle en éprouva la retourna complètement, une révolution se fit dans son corps. Elle dut se battre, se résonner pour ne pas se jeter sur le corps de cet homme presque offert. Elle oublia Auguste, son torse glabre et son ventre bedonnant . Il ne bougea pas, elle posa le linge sur une chaise et il lui fit signe de prendre les quelques sous sur sa table en paiement du service. Ce fut tout, ce fut rien,une simple envie fugace d’une expérience. Maintenant qu’elle caracole de réunions politiques en réunions de quartiers avec son amoureux elle a honte de ce qu’elle a ressenti. Elle sait que si il avait esquissé le moindre mouvement elle lui aurait cédé. Cela la rend honteuse et presque gênée vis à vis de son beau peintre.
Auguste ne participa pas aux événement du 18 mars 1871,il apprit les faits comme beaucoup de monde alors qu’il peignait un appartement pas loin de la rue Beausire. C’est Agathe qui telle une folle de Bicêtre entra et annonça que les versaillais avaient tenté de prendre les canons sur la butte Montmartre. Les choses avaient mal tourné, l’émeute s était levée, le peuple avait grondé. Auguste arrêta son travail, il partit comme un fou en direction de la butte, ils furent nombreux dans ce cas.
Il paraît que des généraux ont été exécutés. Paris se lève, Paris gronde mais un homme seul avance derrière un corbillard, Auguste le connaît comme tout le monde, c’est Victor Hugo. Son fils Charles est mort, il l’accompagne au Père-Lachaise, les ouvriers retirent leur casquette, les bourgeois leur chapeau, la garde nationale lui rend les honneurs. Lui, tête baissée avance silencieux parmi les barricades qui soudain se forment, indifférent aux mouvement de troupe, indifférent au gouvernement qui se sauve peureusement, indifférent aux soldats réguliers qui quittent la capitale, indifférent aux fonctionnaires qui abandonnent leurs postes. Auguste lui et comme beaucoup d’autres ne sait pas quoi faire en ce beau jour de soleil printanier.
Le comité central qui ne désire pas assumer des responsabilités gouvernementales décide d’organiser des élections municipales. Plusieurs fois reportées, elles ont lieu finalement le 26 mars.
Auguste va voter à la mairie du 3ème arrondissement, Agathe l’accompagne sans bien sûr pouvoir voter elle même. C’est un grand jour, les 92 conseillers exerceront le pouvoir conjointement avec le comité central de la garde Nationale. Aucune conciliation n’a pu être mise en place entre les versaillais et les parisiens insurgés. Les quartiers bourgeois de l’ouest sont désertés par les possédants, la lutte entre l’assemblée monarchique, la bourgeoisie et le peuple va être terrible et sans concession.
Auguste a donné sa voix à Jean Louis Pindy un anarchiste membre de l’international des travailleurs, Agathe fait un peu la moue car si elle avait pu voter elle aurait choisi Antoine Demay. C’est une question de personne mais lorsque Pindy sort dans la rue elle se précipite sur lui pour lui donner le baiser de la victoire.
Le soir, au cours du dîner, la mère d’Agathe a une tête d’enterrement elle juge que cela va mal finir et que sa fille ferait mieux de s’occuper du linge à laver, plutôt que de courir après les beaux parleurs qui se sauveront dès que les soldats de Versailles attaqueront. Pour elle de la vieille école, une femme doit rester à la maison à soigner son homme. Certes elle n’est encore pas mariée mais c’est tout comme.
Le 28 mars tous sont sur la place de l’hôtel de ville, pour la remise des pouvoirs par le comité aux nouveaux conseillers. C’est la liesse, Auguste a un peu bu, il chante, danse avec ses camarades peintres. La fête est belle, il fait beau, il veut prolonger cet instant de joie et entraîne Agathe manger un morceau dans une gargote à deux sous, derrière la maison commune. A peine assise Agathe aperçoit son officier, de nouveau elle est sous le charme, il est beau porte bien dans son uniforme. Il la reconnaît et s’avance vers elle, elle se sent devenir chiffon, elle devient rouge comme le drapeau qui flotte sur l’hôtel de ville. Elle voit qu’Auguste se rend compte de son trouble, pourvu que la situation ne s’envenime pas. Son homme ne fait guère le poids physiquement mais aussi socialement, la supériorité de l’officier au torse velu ne fait guère débat. Comme un gentleman il lui baise la main, pour elle qui lui donnerait bien le reste de son corps c’est peu mais pour Auguste c’est comme si il lui bisait une partie intime. Les deux coqs s’observent, mais une troupe dépenaillée de gardes entre en braillant et l’officier abandonne le duel des regards et va boire avec ses hommes.
La journée est gâchée et le soir sous la soupente les non-dits transforment le clos d’amour en hôtel du cul tourné.
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