
A Paris c’est le mécontentement car le peuple veut continuer la lutte, mais aussi le soulagement car les vivres vont pouvoir de nouveau circuler.
La situation s’améliore doucement, les allemands ont maintenant un empire et les français n’ont plus le leur. Leur petite fête de célébration a eu lieu à Versailles c’est vraiment un symbole mais comme se dit Auguste, tant qu’ils n’ont pas proclamé leur empire à l’hôtel de ville de Paris cela me va. Au bout du compte l’armistice va être étendue à toute la France puis ce sera la paix. La plaisanterie a coûté à la France 139 000 morts, la perte de l’Alsace et de la Moselle et une indemnité faramineuse.
Ce n’est pas parce qu’il y a la paix que les discutions ne continuent pas dans les troquets, Auguste la casquette vissée sur la tête y passe le plus clair de son temps. Il rentre souvent ivre et la bourse plate. Agathe lui pardonne car elle dit que c’est pour la cause mais elle aimerait aussi qu’il soit plus souvent avec elle. Un soir elle lui fait gentiment remarquer, alors il se fâche et ressort. Elle l’attend une partie de la nuit. Lorsqu’il revient encore plus ivre, il implore son pardon, pleure comme un enfant. Elle lui sourit, le rassure et le borde dans son lit échappant à ses grosses mains qui veulent l’entraîner dans une bacchanale amoureuse. Agathe ne veut pas faire l’amour à un soûlaud.
Agathe de nouveau est prise par son travail, mais elle s’est fait une nouvelle amie nommée Louise Michel, elles se sont rencontrées lors de la journée du 22 janvier. Elle ne jure que par elle depuis qu’elle l’a vu faire le coup de feu dans son uniforme de garde nationale. Cette institutrice, poétesse, républicaine et Blanquiste de surcroît est une féministe engagée proche du grand Victor Hugo. Agathe la perçoit comme une sorte de déesse fascinante, une de celle qui pourrait changer la vie des femmes. Auguste lui est plus circonspect voir un brin moqueur devant cette femme qui porte un pantalon d’uniforme en disant que très certainement elle en était. Agathe malgré une éducation de blanchisseuse ne comprend pas l’allusion.
Mais la grande affaire qui préoccupe tout le monde après toutefois le ravitaillement ce sont les élections des députés. Les discussions sont sans fin mais dans le milieu que fréquente Auguste et Agathe tous sont républicains. Mais les nuances sont grandes entre tous ainsi qu’entre Auguste et Agathe. Ils se disputent sans cesse, lui serait plutôt anarchiste. Les vives discutions se continuent sur l’oreiller, ils se chamaillent, puis font l’amour, puis reprennent leur querelle.
Si Paris est de tendance républicaine, il n’en est pas de même en province, l’absence de toute campagne électorale a fait que la masse des électeurs a suivi les hobereaux de campagne. Sur 675 élus il y a 400 monarchistes, les ouvriers parisiens sont atterrés, les leaders de clubs ont beau expliquer que ces monarchistes ne sont pas forcement pour un retour d’un roi mais plutôt pour un retour à la paix, un retour au temps d’avant. C’est aussi une victoire pour » Foutriquet », Adophe Thiers est élu dans 22 départements, c’est un partisan de la paix à tout prix, il est nommé chef de l’exécutif.
Maintenant que la guerre est finie, les tourtereaux peuvent évoquer leur mariage. Auguste qui possède le corps et le cœur d’Agathe se doit de la posséder civilement. Un soir il se rend au 11 de la rue Beausire, salue Agathe mère et Agathe fille puis sans préambule fait une demande officielle à la mère, il est embarrassé, bredouille, rougit comme un enfant de cœur. Agathe maman accepte évidement de donner sa fille à Auguste. C’est un ouvrier courageux qui saura rendre heureuse sa blanchisseuse de fille, les deux femmes gardent le soupirant à dîner. Le repas est frugal mais quand on aime les mets les plus simples, ils deviennent mets de rois.
La semaine suivante Auguste emmène Agathe chez son frère Pierre, cela se fait.
Alphonsine la belle sœur d’Auguste a mis les petit plats dans les grands. Nul ne sait comment mais elle s’est procurée une volaille. L’odeur s’en est répandu dans tout le modeste appartement et met en émoi tous les sens. Les trois aînés de Pierre piaillent d’impatience, comme la pièce de vie est minuscule ils sont envoyés à jouer dans les escaliers de l’immeuble. Agathe n’est guère dépaysée car elle a déjà rencontré Pierre et connaît un peu Alphonsine car elles sont toutes deux cousines. Les deux frères plaisantent d’avoir tous les deux des Mazin dans leur lit. Les deux femmes ont d’ailleurs un brin de ressemblance, bien qu’ Alphonsine soit plus pulpeuse, plus grasse. Agathe que les privations du siège ont fait fondre n’est plus que planche à pain sans relief. Auguste bizarrement aime cette silhouette presque androgyne, mais est toute fois un peu gêné lorsque sa belle sœur dégrafe son corsage pour donner le sein à la petite Juliette. La comparaison est rapide, l’opulence de vastes mamelles d’un coté et les petites pêches de vigne d’Agathe de l’autre.
Le repas est excellent et ils sont rejoints par l’oncle Guillaume, lui ramène une confiture de vieux garçon où les cerises de Montmorency donnent un goût si particulier à l’eau de vie. Les hommes en abusent alors que les deux femmes en humectent simplement leurs lèvres. Le pacte familial est ainsi scellé il faut maintenant convenir d’une date.