
Alors la mort dans l’âme d’un amour inassouvi ils se quittent, lui monte comme un automate les marches grinçantes de son refuge et elle rejoint sa mère qui cette fois lui administre une paire de gifles pour l’inquiétude occasionnée.
Les deux amoureux puisse qu’ils le sont, voient leur amour naître avec la troisième république. Ce sont principalement des députés parisiens qui composent le nouveau gouvernement , le général Trochu en prend la tête, Léon Gambetta est à l’intérieur, Jules Favre aux affaires étrangères, Adolphe Crémieux à la justice, Jules Simon à l’instruction publique et le général Le Flo à la guerre.
La suite ne fut que rencontres entre le peintre et la blanchisseuse, Agathe contrairement à notre Rochelais est vraiment une parisienne, née en 1847 à Paris son père était ébéniste et également parisien d’origine. Sa mère était blanchisseuse et de bonne heure a entraîné sa fille dans cette profession. Veuve depuis un an, Agathe surveille sa fille comme le lait sur le feu, elle se méfie de tous ces ouvriers, échauffés par les comités et la boisson. Les gardes nationaux et les soldats en goguette sont également un sujet d’inquiétude pour elle.
Mais si elle tente de contrôler sa fille, elle ne peut rien contre l’amour qui naît entre les deux êtres.
Les rendez-vous se multiplient, rencontres organisées où fortuites, ils ne peuvent plus se passer l’un de l’autre.
Auguste dans sa chambre que rien n’égaye, n’a de cesse de la quitter le matin, son petit lit de fer au matelas de son défoncé, sa couverture rouge jamais remontée et ses draps froissés par des nuits blanches lui semblent désuets et misérables.
Il a honte de sa table bancale, où sont posés une cuvette et un broc et du petit miroir ébréché dont il se sert que pour se raser et qu’il a acheté à une brocanteuse de rue. Tout en son ensemble médiocre pue l’ ouvrier célibataire, tout est fait pour y passer, mais pas pour y rester, Auguste se demande comment il fera quand il devra mener sa belle dans un tel lieu. L’été dans ce taudis seulement aéré par un vasistas crasseux est une terrible épreuve, l’hiver, l’humidité, les fuites et l’absence de chauffage rendent l’endroit pire que la petite Roquette. Comment séduire dans de telles conditions, comment être fier de soi, comment se sentir prêt à offrir sa vie à une femme. Chaque jour au risque de la croiser, il doit prendre soin de lui, sa propreté douteuse d’ouvrier lui fait un peu honte et chaque jour comme ceux de son immeuble il se rend à l’unique point d’eau de la cour. Chaque jour aussi comme tous les habitants il doit vider son vase de nuit, on y fait de rudes rencontres à la pompe et aux gogues. Chacun doit revêtir son manteau de fierté pour pouvoir croiser celle que l’on désire avec son goguenot à la main, chacun doit se couvrir de sa capeline d’humilité pour ne pas pouffer de rire en voyant la grosse du sixième remettre son jupon en se tortillant du cul, de voir la dévergondé du huitième faire exprès de ne pas fermer sa porte convenablement. C’est l’endroit où l’on sait tout, on l’on devine tout,et Auguste un matin est transpercé par la sagacité d’une bonne vieille qui lui dit » monsieur Auguste c’est y que vous fréquentez que vous changez votre eau si souvent ».
Auguste s’il il n’avait pas été subjugué par les yeux d’Agathe se serait bien laissé prendre dans les rets de la bonne du premier, une provinciale dodue, fraîche accueillante avec des fesses redondantes où il serait bon de se couler. Maintenant qu’il la voyait tous les jours, il lui trouvait aussi un charme particulier. Avec son bon sens rochelais, Auguste pensait que le fait d’être amoureux d’Agathe le rendait amoureux des autres femmes également, mais il savait aussi sans trop bien savoir pourquoi d’ailleurs qu’il ne devait pas courir après plusieurs fumelles à la fois.
Le soir c’est au bistrot que les choses se passent, on a beau être en république, les prussiens arrivent, ils veulent Paris, et commencent d’ailleurs son investissement. Auguste se verrait bien garde nationale, mais n’a pas de quoi se payer un équipement et d’ailleurs pour la défense on aura bien besoin de bras. De toutes façons, les soldats ne manquent pas, les canons non plus, Paris est une forteresse imprenable.
Le 17 septembre 1870 les parisiens sont assiégés, commencent alors une suite de combats et de bombardement. Tout le monde est optimiste, les soldats résolus encore et les gardes nationaux plein d’un allant merveilleux , malgré leur manque de discipline, de connaissance militaire et d’une condition physique très moyenne pour beaucoup.
Auguste craint que dans un élan de réconfort son Agathe se jette dans les bras d’un lignard, il craint la concurrence viril de l’uniforme lui qui n’est qu’un peintre en bâtiment. Un jour qu’il est avec ses camarades à lire le journal le »réveil » de Charles Delescluze, Auguste voit passer Agathe, ils se sourient et avec son panier elle entre dans l’estaminet. Devant une limonade il déroule le fil d’une éventuelle vie, elle est charmante, voir coquine, tant son chemisier humide des lessives épouse ses formes. Cette heureuse humidité en suggère plus qu’une nudité complète, Auguste pendant qu’il discute pourtant sérieusement est fasciné par la ferme poitrine et mue par la respiration haletante de l’amoureuse qui sommeille .
Cependant les résultats guerriers ne sont guère encourageant, les parisiens ont l’impression que le gouvernement ne met pas un enthousiasme très fort dans la lutte contre les prussiens. Agathe qui écoute avec avidité les orateurs de comptoir est prête à courir à l’Hôtel de ville, elle est moins timorée qu’Auguste.
Il en a d’ailleurs un peu honte, il se replie sur lui même et n’ose rien avec Agathe.
LE COMMUNARD DE LA ROCHELLE, LE PREMIER MOUVEMENT
LE COMMUNARD DE LA ROCHELLE, PARTIE 2, UN ROCHELAIS A PARIS
LE COMMUNARD DE LA ROCHELLE, PARTIE 3, LA CHUTE DE L’EMPIRE