LE CHANSONNIER ROUGE, Épisode 2, La jeunesse

Claude a donc grandit entouré de l’amour des siens en enfant unique, il a bénéficié d’une relative aisance matériel. Malgré ses capacités à apprendre il n’ira pas au delà d’une instruction primaire et sera placé en apprentissage chez un tonnelier.

Lui en acceptant son sort avec la résignation d’un bon fils n’en rejette pas pour autant l’amour des lettres, l’amour de la lecture et l’amour de l’écriture qui commencent à naître chez lui. Pour être un bon ouvrier, il en est bien un, mais il tourne à son avantage son esprit contemplatif. Pour lui, rédiger des vers maladroits peut ressembler à la confection d’un tonneau, il y met le même amour et le même entrain. Ce tonnelier atypique attire l’attention d’un négociant en eaux- de vie de Niort Ambroise Collet. L’érudition de Claude et sa belle écriture provoquent un intérêt et bientôt cet apprenti tonnelier apprend d’Ambroise Collet et de son associé Jean Abraham Contancin l’amour du vin et du négoce.

De son père il a appris à sentir le bois, à le toucher et à le reconnaître. Grâce à Ambroise et à Jean les négociants il devient un amoureux du vin et un rude commerçant.

Son père malin de chez les malins continue sa mue et arpent après arpent, maison après maison se constitue un joli capital. Marchand de bois aux mains calleuses d’ancien scieur de long il penche doucement vers l’appellation de propriétaire.

Il y a fort à parier que le fils Claude continuera la marche de Claude le père.

Pleinement heureux parmi les siens goûtant déjà ses premières rimes. Premier vers sûrement maladroits, peut-être dédiés à la beauté du château seigneurial qui garde de ses hauts murs la ville et la rivière.

Malgré les contraintes de l’école et celles imposées par son père, il muse sur les rives du mignon et de la Bretagne. Il a pêché des grenouilles dans les marais fait les quatre cents coups avec son copain René Caillé, lorgné ses premières courbes féminines.

C’est Jean Louis Mirambeau l’instituteur qui apprend à notre futur vigneron et au découvreur que devint René Caillé les rudiments fondamentaux de la culture. Ces deux là ont soif de connaissance, Claude boit les belles lettres et rené de géographie.

Les deux taciturnes qui habitent tous deux dans la grande rue se ressemblent dans leur soif d’apprentissage.

Leur situation n’est pas la même Claude baigne déjà dans une sorte d’aisance matérielle alors que le futur découvreur de Tombouctou s’enlise chez sa grand- mère Lépine dans une fière pauvreté.

Le 3 juillet 1815, Claude se presse vers le relais de poste, il n’est que 6 heures du matin mais la foule se presse pour voir celui qui malencontreusement a chu de son trône. Cela fait déjà un moment qu’ils attendent l’arrivée de la berline jaune tirée par quatre chevaux. Claude a rejoint rené Caillé car le relais où vont être changés les chevaux est proche de la boulangerie de la grand-mère Lépine, tous deux ils regardent effarés le visage de Napoléon habillé en bourgeois. Ils essayent de deviner qui sont les officiers qui l’accompagnent. Ils entendent un officier en retraite qui lui reconnaît le général Savary duc de Rovigo ancien ministre de la police et le grand maréchal Bertrand . On acclame le grand homme déchu qui dans un hennissement de chevaux repart vers Rochefort où l’attend son destin.

Puis un jour René part à l’aventure, laissant Claude éperdu dans son avenir viticole.

Nous sommes maintenant le 15 juin 1819 et son père s’est remarié la veille

Claude regarde les intrus s’installer, Élisabeth sa belle mère a quarante six ans, c’est encore une belle femme et il doit constater que son père a du goût. Elle est petite certes mais sous sa tenue stricte l’on devine des charmes certains. Elle lui sourit en une invite à ce qui pourrait être une envie de vivre en une bonne entente.

Claude se réserve encore de lui rendre ce sourire, passer d’une vie solitaire à une vie familiale ne se fait pas en un instant.

Il y a aussi Catherine, quatorze ans, une grande brindille qui dès les premiers instants aguiche insolemment Claude. Assurément une gamine mais déjà femme. Claude n’y est pas insensible et se met à penser qu’après tout l’arrivée de femmes dans la maison peut être un atout.

Puis il y a la deuxième fille, Marie-Madeleine, une petiote qui au contact de Claude se met à rougir, elle est timide mais pourtant il pressent qu’il va bien s’entendre avec elle et qu’elle sera la petite sœur qu’il n’a jamais eue.

Ce qui lui plaît moins c’est la présence des deux fils d’Élisabeth, il n’a nullement l’intention de les considérer comme ses frères. Sylvain a dix ans et Louis a huit ans; visiblement, les deux vont atterrir dans sa chambre. Lui, qui a toujours été seul bougonne de voir envahir son univers et il s’inquiète pour ses livres et ses feuillets.

Finalement la cohabitation se passe à merveille, il faut dire que Claude fort pris par son travail de tonnelier, et son introduction progressive dans les affaires de son père qui fleurissent n’a guère le temps de se lamenter de la promiscuité familiale.

LE CHANSONNIER ROUGE, Épisode 1, l’enfance

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