
Louis est effondré, Marie Anne blessée, les filles mènent une conciliation, il faut que les parents se parlent. C’est elle, maintenant que son homme est calmé, qui prend les devants. Elle lui raconte tout, son ancienne relation avec Méhaignery, leur retrouvaille en bas dans la rue. Rien, il ne s’est rien passé, rien à en dire, elle est comme un mur de fidélité qui se dresse. On l’a calomniée, on les jalouse. Le brave homme ne demande qu’à la croire, il s’excuse, pleure à grosses larmes. Le mal est fait pourtant, il est aux yeux de tous qu’un cocu et elle une traînée. Peut importe la vérité, qui d’ailleurs est toute autre. Certes elle n’a rien fait mais en a ressenti l’envie. Les deux chacun avec leur propre douleur vont tenter de faire fi.
Louis retourne a son travail et Marie Anne aidée de ses filles tentent de se rendre présentable en se demandant de qui elle tire toutes ses avanies.
Chez Jean Victor la lutte est tout autre, sans qu’il se doute de quoi que ce soit il trouve sa femme Victoire les yeux rougis. Il l’interroge mais elle se drape d’un silence profond. Il questionne Victorine qui ne sait rien non plus.
Il commence à s’énerver et questionne sa belle mère qui telle une statue antique fixe un cadre accroché au mur.
- je ne sais rien mon gendre mais vous, vous devez bien.
- Je dois bien quoi
- vous êtes une honte pour la famille, laissez moi.
La vieille Suzanne, couverte d’une indignité non feinte, se lève et gagne sa chambre.
Jean Victor ne comprend pas, la bonne Véronique qui le nez à l’office ne bronche, saura bien.
- Véronique dites moi ce qui se passe ici
- Je ne sais pas monsieur
- Et si je vous renvoie, la mémoire s’améliorera telle
- Bah c’est un peu délicat, c’est rapport à ce qui se dit
- Il se dit quoi non de dieu
- Que que monsieur à une liaison avec la femme Testard
- Quoi, une liaison mais foutaise je lui ai dit juste bonjour.
Jean Victor rejoint sa femme et tente de lui donner une explication. Victoire est blessée et ne comprend pas pourquoi son mari a des velléités d’aller voir ailleurs. Depuis qu’ils sont mariés voilà maintenant seize ans elle s’applique aux devoirs conjugaux avec application, sans jamais refuser ni contrarier son seigneur et maître. Ils se sont jurés fidélité devant monsieur le maire et aussi devant Dieu. Il n’y a pas à revenir dessus et ce jusqu’à ce que la mort ne les sépare. Dorénavant puisque Victor en a une autre qu’il aille la voir, cela la reposera de ce qui lui est finalement une corvée.
L’explication de Jean Victor est à peine convaincante, il jure au grand dieu mais en femme Victoire sent quelque chose de plus profond qu’une simple passade. Après tout un homme est un homme et elle comprendrait que pour la satisfaction de la chair il puisse s’émanciper de la couche familiale, mais si elle acceptait de partager le corps de son mari jamais elle n’accepterait qu’il partage son cœur.
En attendant monsieur fera résipiscence en se tournant du coté opposé du saint des saints.
En bourgeoise qu’elle devient peu à peu Victoire avalera sa couleuvre d’infidélité. Elle sait au fond d’elle même que Victor ne résistera pas longtemps au bruissement de ses jupons et au doux parfum de son corps.
Elle lui fera bien payer sa liaison avec l’autre catin.
Jean Victor le soir même commence sa peine, sera t ‘elle longue ou courte il ne le sait pas. En innocent il est quand même surpris de la proportion que prennent les choses. Dans la rue il doit bien s’en passer des choses, les secrets d’alcôve doivent être légion, les non-dits, les brouilles entre couples, les disputes, les amours forcés, alors pourquoi remettons en doute sa sincérité.
Les jours passent Victoire résiste, elle sent que son mari s’agace, que sa bataille de Waterloo n’est pas loin. La chair humaine est faible et un soir il tente une douce approche, une simple main posée sur sa cuisse. Elle en tressaille, se laisserait-elle faire ? Une lutte interne commence, il n’est certainement pas assez puni, mais le fait qu’il quémande une caresse comme un chien qui remue la queue lui procure un sentiment de jouissance. Il ne tient qu’à elle de transformer cette dernière en quelque chose de plus physique. Jamais elle n’a ressenti cela, elle a le sentiment de dominer son mari. Toutes les barrières sautent enfin elle se donne à son homme ou plutôt l’enveloppe. Elle est devenue une Messaline, ose tout. Son mari n’est qu’un intervenant, un jouet, nue comme au premier jour, les cheveux fous, le corps en transe, elle crie sa vengeance à elle. La putain de Testard ne pourra jamais faire mieux, rien ne sera maintenant pareil.
Le corroyeur est là pantelant, épuisé. Il la voit se lever et se diriger à la lueur de la chandelle près de la table de toilette. Il est éberlué de la voir maintenant se laver, il a honte pour elle, comment peut elle exposer ainsi ce geste sale qu’on doit garder pour soit. Jamais elle ne s’est commise à une telle incongruité.
Il se détourne et pense aussitôt à Marie Anne, elle croit avoir gagnée mais finalement à perdu l’estime de son mari.
LA RUE SAINT SAUVEUR, PARTIE 22, LA PUNITION
LA RUE SAINT SAUVEUR, PARTIE 21, LA VILAINE RUMEUR DE COCUFIAGE