CONFIDENCE DE VILLAGE, DANS LA COUCHE DE LA DOMESTIQUE, PARTIE 3

Pierre est dans sa vigne, il baigne dans le bénédicité, il a enfin franchi le pas et a déjà hâte de rejoindre Marie.

En cette année c’est aussi la satisfaction d’une bonne récolte, le seigneur fait pisser le vin comme jamais, les tonneaux sont pleins. Enfin l’on va pouvoir avec les quelques sous de bénéfice s’acheter un petit superflu. A moins qu’une petite parcelle se présente à la vente et qu’il puisse s’en porter acquéreur.

Son fils est à ses cotés il est surpris car son père est rarement d’aussi bonne humeur, il ne sait pas ce qui le met en joie, mais travailler dans ses conditions est appréciable.

Sur le coup de la méridienne, c’est Marie qui amène le repas, ce n’est pas usuel et les paysans voisins font quelques vocalises en voyant la femme s’avancer chez Chaboury.

Le soir à la maison Pierre n’a de cesse que tout le monde ne soit couché et s’endorme. Mais son aînée comme par hasard semble faire durer la chose. Il est déjà tard quand il monte les degrés de l’échelle. Marie dans le noir est réveillée, elle aussi a attendu toute la journée qu’enfin le soleil descende.

Les deux amants après moult caresses s’endorment, lorsque Pierre se réveille il fait jour et il entend du bruit dans la pièce du bas. S’apprêtant à descendre il s’avise que l’échelle n’est plus là. Il est comme un couillon, comme un enfant dans un verger surpris par sa mère, comme un coupable devant la justice. Il est en chemise, le cul à l’air et doit gueuler pour que sa fille narquoise lui remette de quoi descendre. Il a envie de la gifler mais il comprend son manque d’autorité dans cette posture. Dès lors toute la maison sait que la domestique est devenue l’amante et que la place de maman va être prise. Cela sera une lutte sans merci entre l’intruse que pourtant ils chérissaient jusqu’à lors, et les enfants. Puis Marie Madeleine ébruite la chose et le village est bientôt au courant que la Marie Paris est devenue la chose au Chaboury.

Cela devient une petite affaire comme si il était surprenant qu’un homme seul de trente six ans ne se rapproche d’une femme seule de quarante.

Mais enfin malgré toutes ces années passées elle n’est pas du village et n’a qu’un statut approximatif de domestique. Au vrai elle fait exactement la même chose que toutes les autres femmes. Marie est une domestique, une servante rétribuée et les autres femmes des domestiques conjugales.

Pierre hésite un moment devant les commentaires, effectivement l’on peut considérer Marie comme une intruse. Lui est fier de ce qu’il est, de son sang, même si la modestie de ses origines est patente. Il est vrai que celui qui n’a pas de sang Chaboury dans les veines n’est pas vraiment du Gué d’Alleré.

Les choses toutefois vont plus vite que ce qu’il a prévu, Eustache Gaucher le maire du village vient le trouver. L’engueulade est mémorable, une honte, un scandale, il faut qu’il régularise sa situation. Le concubinage n’est pas un exemple social à faire suivre à ses enfants.

Pierre qui pourtant se fout de l’autorité habituellement est un peu troublé. La nuit suivante ni celle d’après il ne monte dans la chambrette, Marie croit que l’aventure se termine déjà et qu’elle a encore été victime des instinct bestiales d’un mâle en rut. Mais il n’y tient plus et un matin lui annonce qu’il va la marier.

Les choses vont très vite, cela se fera le 25 septembre en cette année 1854, il ne faut pas trainer car bientôt le village va faire les vendanges. Après s’être rendu à Saint Sauveur de Nuaillé chez maître Marchais pour y passer contrat de mariage, Pierre amène sa future à la mairie, huit heure du soir c’est un peu tard mais François Landret le délégué du maire ne peut faire autrement. Marie s’est faite belle, sur sa robe du dimanche elle a passé un magnifique tablier fleuri et un surplis brodé. Sa coiffe aux deux ailes élèvent sa taille et l’on voit qu’elle est plus grande que le Pierre. Lui a revêtu son costume, celui de son premier mariage et des enterrements, seuls ses souliers sont neufs.

Landret donc officie, le maire se réservant pour les gens d’importance. Jean Raud le mari de sa sœur est son premier témoin et François son frère le second. Louis Rainaud le voisin affublé du mot ami fait office de témoin pour Marie ainsi qu’Antoine Forestier qui lui est presque témoin de tout le monde.

La communauté applaudit à cette union, la morale est sauve, le coq ne menacera plus le poulailler d’autrui et le ventre libre de la domestique ne tentera plus le vis de la gente masculine des vignerons.

Marie n’aura pas le bonheur d’enfanter, trop tard sans doute, bien que d’autres femelles au lavoir se trimbalent près de la cinquantaine avec un chiard à la mamelle.

Ses beaux enfants feront mauvaise fortune bon cœur et Marie Madeleine jusqu’à son propre mariage occupera la sous pente à la place de l’intruse. Elle ragera de voir la domestique glousser sous les draps de sa propre mère et se bouchera les oreilles lorsqu’ils ne seront pas discrets dans leurs ébats.

Marie Paris décède le 12 juillet 1871 et Pierre Chaboury le 17 octobre 1877.

CONFIDENCES DE VILLAGE, DANS LA COUCHE DE LA DOMESTIQUE, PARTIE 1

CONFIDENCE DE VILLAGE, DANS LA COUCHE DE LA DOMESTIQUE, PARTIE 2

 

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