CONFIDENCE DE VILLAGE, DANS LA COUCHE DE LA DOMESTIQUE, PARTIE 2

Marie a toujours dit oui ou plutôt n’a jamais rien dit, c’est une taiseuse, une solitaire, une rejetée. Cela vient sans doute de son enfance, de la dureté de celle ci. Elle est née à Benon pendant que l’étoile de Napoléon s’éteignait dans les steppes glacées de Russie. Son père François était journalier, corvéable à merci, sans un tas de fumier à lui. La vie était dure se rappelle t’ elle, mais son père bien qu’un peu frustre l’aimait tendrement.

Sa mère s’appelait Jeanne Couillaud, son souvenir s’estompe, elle ne l’a guère connue. Mais curieusement, elle se souvient de sa mort et de l’impressionnante statue immobile qui gisait dans le lit parental, encadrée de chandelles et de vieilles dames qui psalmodiaient des mots incompréhensibles. Elle avait cinq ans, son père fut dévasté par tant de revers, mais se reprit en se remariant très vite.

L’alchimie ne se fit pas et Marie devint, toute petite, le souffre douleur de la mégère. Marie Turcaud, l’accablait des pires besognes mais jamais elle ne bronchait pour ne pas faire de peine à son père. Les punitions étaient terribles, la marâtre avait la main leste. Une baguette de jonc suspendue à une poutre rappelait à la petite que la fessée n’était jamais bien loin. Marie ne disait rien de ses humiliations, de ses blessures intimes. Elle frottait, récurait, vidait les pots de chambre, curait le fumier, puisait l’eau, faisait le bois, nettoyait le cul de ses demi frères. Rien, toujours le silence et un sourire lorsque son père arrivait et où la saloperie se faisait douceur.

Mais il y eut finalement bien pire, elle devint petite femme, il fallait qu’elle parte,une bouche inutile en somme. Un fermier cherchait une servante de ferme, on la loua. Ni mieux ni moins mal qu’ailleurs, un travail d’esclave qui la conforta dans son mutisme. Elle n’avait plus aucune protection et un vacher lui fit franchir un autre degré de son calvaire. Elle n’avait pas treize ans lorsque dans la paille elle fut déflorée. Une autre douleur qui s’ajoutait à une liste bien longue, mais elle ne disait toujours rien. Le valet aux vaches en usa encore et encore, elle était sienne et ce dernier sans aménité la bousculait plusieurs fois par jour.

Mais jolie fleur fait des fruits, et la gamine sans rien connaître d’une vie de femme se mit à porter la vie. On la renvoya chez son père, une volée monumentale l’attendait, la revêche était toujours là vigilante dans sa haine.

La grossesse se termina par une coulée de sang et une infection. La fièvre vint et l’on pensa la perdre. La feignante ne servait à rien dans son vilain grabat et à peine allait t’elle mieux qu’on s’en débarrassa. Sa réputation était entachée, personne ne voulait une Marie couche toi là et elle dut partir de son village de Ferrières d’Aunis. Au village du Gué d’Alleré non loin de là, elle redevint une anonyme. Point vilaine, bien tournée, les hanches larges, la poitrine à l’opulence généreuse et une chevelure de fée, elle ne trouva pas de galant. Une malédiction peut être, étrangère au village, sans dot à part son ventre, elle n’intéressait pas ces vignerons avides d’étendre leurs vignes. Ignorée des combinaisons matrimoniales et notariales, elle resta à observer les autres se marier, à voir les ventres s’arrondir. Parfois elle aidait les parturientes avec un brin de tristesse et d’envie. A trop attendre, les plus beaux fruits se gâtent, le temps était passé, trop vieille, trop pauvre.

Puis un jour par l’intermédiaire du curé la Marie Paris entra dans le foyer de Pierre Chaboury. Il était veuf depuis peu et se retrouvait seul pour élever ses quatre enfants. La dernière était encore au sein et ce fut Marie qui la sevra avec une patience de mère. L’on avait bien cru la perdre, elle régurgitait tout et maigrissait à vue d’œil mais Marie au prix d’une patience infinie la sauva.. Peu à peu la domestique devint la maman de substitution, elle en avait les fonctions mais pas le titre. En plus des enfants elle s’occupait du père, la cuisine, la lessive, le poulailler, les bêtes, et aussi les vendanges. Elle crevait sous les tâches, aucun remerciement. Le soir après avoir terminé son travail elle montait dans sa soupente. Parfois elle pleurait de fatigue et de dépits, Pierre avait une bonne mais pas de femme. Tout le monde croyait le contraire, la Marie Paris elle passait à la casserole, même un jour en confession le curé l’entreprit sur le sujet, elle bredouilla, rougit de confusion, non n’y pensez pas mon père. De fait lui n’y pensait guère, de temps à autre quand des besoins masculins le tenaillaient, il allait renifler les jupons de la veuve Dutaud. Trois petit coups à l’huis de la porte, tire la chevillette et la bobinette cherra, il s’en revenait satisfait et visiblement rassasié. Pour tous elle était donc la chose au Chaboury, les femmes derrière son dos en rigolaient et les hommes se racontaient des histoires salaces sur son compte.

Finalement rien, une bonniche, une vieille fille, une poire tapée, les années s’égrainaient.

Puis bizarrement elle perçut un changement, le regard du maitre n’était plus le même. Il se fit d’abord maquignon, examinait la bête, soupesait. Ensuite validant sans doute la marchandise son regard se fit presque tendre. Elle le surprit à lui sourire, il n’y avait plus qu’à attendre.

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