DE HÉROS A SALAUD, PARTIE 2, L’ATTAQUE DU 14 JUILLET

 

Toi si j’ai bien compris ils n’ont pas voulu de toi dans l’armée, un héros peut être encombrant, faire de l’ombre en temps de paix.

Alors l’action française t’a tenté, pourquoi pas, être nationaliste et vaguement royaliste n’a rien d’infamant.

Moi j’étais plutôt en phase avec un communisme naissant. Je sais, tu m’aurais casser la figure sans l’ombre d’un doute. Tu en deviens une personnalité importante ou du moins l’on t’utilise comme symbole ou porte drapeau. Puis je crois que devant l’immobilisme de ce courant de pensée tu as viré Croix de feux. Cela devient un peu fascisant bien qu’on en discute encore mais cela reste républicain. J’aurais bien pu moi aussi m’inscrire dans ce mouvement de masse qui regroupe les anciens combattants de la grande guerre, mais je n’aime guère être embrigadé.

Forcément là aussi, il y eut manque d’action le colonel de La Rocque n’a pas voulu renverser la république et l’action contre les communistes ne se voulait pas assez virulente.

Va savoir pourquoi tu les détestais autant, moi je suis un attentiste, même en 1936 je n’ai guère manifesté. Moi j’étais un activiste de comptoir et je me baignais dans les nouvelles du journal  »l’humanité ».

Après repérage et de multiples patrouilles il fut décidé que le coup de main de ce corps franc aurait lieu dans la nuit du 14 juillet, tout un symbole de jolis flonflons en vérité qu’on allait leur offrir aux boches. Pas sûr qu’ils aiment autant notre champagne après.

Le plan était finalement très simple, quatre lignes ennemies, quatre groupes, le premier nettoyait et tenait la première, le second faisait de même avec la deuxième ainsi que le troisième avec la sienne. Quand au quatrième le tien diable de Joseph et par conséquent le mien, il s’emparerait de la quatrième et l’on ferait prisonnier le plus grand nombre d’officiers.

Un feu roulant d’artillerie et de fumigènes nous aiderait dans notre progression.

Voila nous on n’en sut pas plus si ce n’est que nous avions trois cent mètres à découvert avant d’arriver sur les premières lignes.

J’étais mort de trouille comme la plupart, d’autant qu’on nous avisa que l’on ferait cela de jour. Des attaques j’en avais fait de multiples et nettoyer une tranchée, ne me posait plus de problèmes existentiels.

Je pouvais égorger un casque à pointe comme je l’aurais fait avec un cochon, je pouvais empaler un vert de gris avec ma rosalie comme si j’avais enfoncé une fourche dans une botte de paille. J’étais aussi fou de haine que les autres et toi Joseph le pire exemple. Nous avions enduré tant de souffrance que nous étions un peu descendus à l’état de bêtes fauves.

Mais en attendant la bête fauve avait le ventre qui se tordait, on nous avait encaqué comme des sardines dans des abris avec une interdiction formelle de bouger avec comme raison évidente de ne pas trahir notre présence.

Plus le temps s’allongeait plus j’estimais raccourci le temps qui me restait avant de me chier dessus, un vrai calvaire de condamné. Je crois que calé comme j’étais, je me suis endormi, puis que je me suis pissé dessus. Je crevais de faim, j’avais envie de pleurer . Puis je te voyais toi devant, faisant les cent pas, serein, tranquille, dans tes yeux brillait un terrible fanatisme. Oui j’avais peur des boches mais aussi de toi et de tes semblables.

19 h 50 le barrage d’artillerie commença, croyez moi lorsqu’il faut sortir de votre abris et s’élancer votre esprit se vide, vous êtes comme un robot, vous suivez le dos de celui qui avance devant vous, en l’occurrence le tien Joseph. Je n’étais pas là pour réfléchir, un loup qui suit son chef de meute c’est tout. Aucun esprit d’humanité, tue et tue. Le vacarme était assourdissant, les fumigènes qui nous masquaient des allemands me piquaient les yeux.

Dans la vie moi j’ai toujours suivi, toi après les croix de feu, tu t’es engagé avec Deloncle dans ce qu’on appelle la cagoule. J’ai cru comprendre que cette fois il s’agissait d’une action clandestine et armée pour renverser la république. Ce n’est plus de la simple haine du communisme Joseph, c’est une action pour jeter à bas ce que tu as défendu en 1918. Moi cette vie je n’aurais pas osé, comme je n’aurais pas osé sortir d’une tranchée si il n’y avait pas eu des gens comme toi.

Je crois même que tu as fait de la prison, pas très longtemps je crois, un avocat remarquable et qui se fera remarquer plus tard. Xavier Vallat te fera obtenir un non lieu. Bon dieu Joseph toi un trafiquant d’armes, toi tripatouillant avec les fascistes italiens, alors que moi la seule entorse aux lois de la république a été d’omettre de mettre une plaque d’immatriculation sur mon vélo.

J’ai aussi lu que tu t’étais marié et que tu avais eu un fils, j’espère sincèrement qu’ils ne souffriront pas trop maintenant que le feu du peloton t’a soufflé la vie. Moi aussi j’ai réussi à avoir une famille, cela j’en conviens n’est guère un exploit.

Nous étions célibataires lorsque nous nous sommes élancés, moi je connaissais ma bourgeoise mais toi je ne sais, car bon dieu ce que tu étais secret et solitaire.

 

DE HÉROS A SALAUD, PARTIE 1, JOSEPH DU MONT SANS NOM

 

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