
Le mariage aurait lieu le lundi 10 février 1766 en l’église de Fouras, le curé accorda la dispense pour deux bans. La famille ne répondit pas, Simon en fut malheureux, il ne voyait plus sa sœur Sara qui déjà véhémente naturellement, voyait maintenant cette liaison malheureuse avec les yeux de son mari qui lui était d’un rigorisme protestant exacerbé.
Abraham que pourtant il côtoyait à l’hôtel de la monnaie, ne voulut nullement se commettre en pareille compagnie.
En ce jour de bénédiction nuptiale, Jeanne était accompagnée de sa mère et de sa sœur Marie qui était venue de Breuil la Réorte avec son mari Henri Bourdajeau.
C’est Thalamy qui les maria en présence de Moreau Chirurgien, de Thomas Boulineau praticien, de Jean Chemin le sacristain et de Burgaud le curé de Saint Laurent de la Pré. Aucune culotte en soie, ni col de dentelle, la plus stricte intimité et un repas un peu triste. Jeanne aurait aimé une noce villageoise, où l’on danse, où l’on s’enivre et s’encanaille. Sa nuit de noces n’avait pas le goût de l’inconnu, elle connaissait maintenant son homme par cœur.
Deux mois jour pour jour après cette union, elle avait espoir de porter de nouveau. Elle était fière, d’être mère d’un enfant qui serait légitime, elle était pétrie de la responsabilité de s’appeler madame Gauvin.
D’ailleurs elle avait maintenant l’allure d’une dame, un papillon qui sort de sa chrysalide, les beaux vêtements dont elle se revêtait, accentuaient sa beauté. Simon pour cela aurait été en enfer, aurait bravé des océans et aurait combattu l’hydre à deux têtes.
En avril Jeanne eut le désespoir de voir sa mère mourir et Simon eut le bonheur de voir disparaître un lien qui lui rappelait que trop l’origine plébéienne de sa femme.
La vieille, malade, toussotant, n’était plus qu’un spectre, on entendait son pas traînant sur les carreaux, elle n’allait plus que de sa chambre à la cuisine. Une vraie désolation, à la vue, à l’odeur et au bon goût, qu’attendait-elle pour partir.
Jeanne appela à l’aide sa sœur Marie et l’installa pendant la maladie de leur mère au Magnou. Ce n’était pas facile, leur mère était revêche, dure au mal et devenue méchante, entendait bien leur faire payer une dette dont elle était la seule à connaître l’origine.
Simon gentiment supporta et l’agonie de la mère et la présence exaspérante de sa belle sœur. Cette dernière n’avait pas subi de polissage et était brute de bois, une vraie paysanne ne parlant qu’un rude langage et rignochant sans cesse avec Jeanne comme lorsqu’elles étaient gamines. Marie ressemblait fort à Jeanne et était aussi bien tournée physiquement et Simon un jour en chagrin de ne pas pouvoir se satisfaire de Jeanne indisposée aurait bien goûté les fruits de sa belle sœur.
La vieille Jeanne Sourisseau fut enfin enterrée dans le cimetière du village, elle n’avait que 63 ans mais tous se dirent que c’était déjà un bel âge et la chape de l’oubli se referma aussitôt sur elle.
Mais si la mort de la mère Sourisseau pouvait éventuellement passer aux pertes et profits tant elle gênait, autant la sœur de Simon fut un drame familial. L’altière Sara, l’irréductible défenseur de l’honneur familial venait d ‘être fauchée dans la force de l’âge par une courte mais cruelle maladie.
Simon et Abraham allèrent soutenir leur beau frère Meschinet mais Jeanne n’eut pas la possibilité ou plutôt l’autorisation de s’y rendre. Elle se demanda simplement en buvant un breuvage qui venait des Amériques si les larmes des riches avaient le même goût salé que celles des pauvres. Elle fit aussi preuve de méchanceté en annonçant à sa sœur que la charogne était crevée. Elle se réjouissait en outre que Sara inhumée, Abraham plus ouvert ferait un pas vers elle.
Cette fois sa grossesse se passa très bien, elle tint son rôle et de femme et de future mère jusqu’au bout, elle se disait que les difficultés qu’elle avait rencontrées, les deux premières fois étaient une punition envoyée par Dieu. Maintenant qu’elle était en règle avec lui il n’y avait plus rien à craindre de ce coté là. Le 18 novembre 1766, le Magnou était en effervescence, Madame était prête, on alla chercher le praticien du village et la servante revint avec François Antoine Minée . Personne ne le connaissait et Jeanne eut un peu de réticence à se dévoiler devant cet étranger même si ce dernier était muni d’un docte diplôme.
Mais elle n’était pas une bête et ne pouvait accoucher seule, elle présenta son fondement aux mains fortes habiles du docteur qui se réjouissait de la bonne position de l’enfant et de l’ouverture satisfaisante du col. Quelques poussées, un brin de hurlement, du sang , des matières et François Paul était là. Fort beau, grassouillet, membré de beaux attributs, il hurla tout de suite.
Moins fatiguée, plus présente, Jeanne prit son enfant sur son ventre, le bonheur était au rendez vous.
Le lendemain le curé baptisa l’enfant, le bel accoucheur fut déclaré parrain et l’humble Marie Laurens fut marraine. Aucune notabilité, aucun parent, le mariage n’avait rien changé Jeanne était une intruse, une insulte à leur majesté et tous espéraient que le ciel aiderait Simon à se débarrasser et de sa femelle et de son mioche.
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 10, LA MORT DU DEUXIÈME ENFANT NÉ DE LA CUISSE GAUCHE
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 9, UNE VICTOIRE AMÈRE
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 8, LA MAITRESSE AU MAITRE