
Lorsque Simon jugea qu’elle était prête, il l’emmena caracoler sur les terres de Fouras. Ils partirent en direction de la pointe de l’Aiguille, le temps était chaud pour la saison , une espèce de retour du printemps perdue en hiver. Seul un vent marin pouvait faire penser que la saison n’était plus celle des escapades et des chevauchées en amoureux. Ils longèrent l’océan au niveau du Cadoret puis traversèrent le bois vert, la tête en cheveux en vraie amazone, Jeanne goûtait la douce sensation de liberté générée par une richesse inconnue d’elle. Elle croisait les femmes de marins qui s’en allaient miséreuses en guenilles. Elles allaient mendier leur nourriture à l’océan afin de pouvoir compléter les maigres revenus de leur mari pécheur. Nombreuses étaient veuves ou éplorées d’avoir perdu un fils. Elles les regardèrent passer, presque indifférentes. Des notables, elles en voyaient passer, vivaient dans le même village mais ne les côtoyaient pas. Jeanne un moment fut tentée de s’arrêter de leur crier que tout était possible et que la vie était belle. Mais une vieille sans âge, courbée par la misère, à la peau tannée comme un vieux marin lui cria un sonore putain. L’insulte se perdit dans la brise marine, Simon n’avait rien entendu mais Jeanne resta meurtrie, comment faire comprendre à ces pauvres dépenaillés qu’elle vivait une histoire d’amour.
Ils approchèrent du fort qui défendait de ses feux l’entrée de la Charente et le vaste arsenal créé par Colbert dans un des plis du Fleuve. Ils mirent pieds à terre et se tenant par la main ils marchèrent sur le sable de la plage. Au loin les soldats semblaient les observer mais simple point sur l’horizon , ils n’étaient sans doute qu’un dérivatif à la monotonie du garde. Les pieds dans l’eau, s’enfonçant dans le sable, ils se jouaient de la vue de cette langue de terre qui rejoignait l’île d’Aix, maintenant route ou chemin noyé mais autrefois liaison.
Seuls dans l’immensité ils s’assirent sur les rochers et se noyèrent dans le paysage, au loin les falaises d’Yves se dressaient en rempart à l’invasion des vagues. Puis plus loin encore l’on distinguait les quelques maisons de pêcheurs des boucholeurs. Le temps pour eux s’était arrêté, les pêcheuses à pied étaient rentrées maintenant que la marée montait, les dernières voiles se pressaient de rentrée dans l’anse de la Coue. L’isolement, la beauté du lieu, le bruit des vagues, l’odeur enivrante de l’océan firent que les deux faisant fi de toutes prudences et de toutes pudeurs joignirent leur corps en une frénésie d’amour.
Ils rentrèrent à la nuit tombante, ivre de la joie animale que donne l’union d’une femme et d’un homme qui s’aiment. La maisonnée se gaussa de l’escapade mais deux mois plus tard, Jeanne annonçait à Simon qu’elle n’avait plus ses menstrues et que sûrement elle portait.
Il n’eut pas la même réaction que pour le premier, il sembla en colère car encore une fois il devrait affronter la gronde de sa famille.
D’ailleurs la véhémente Sara débarqua un matin, se faisant introduire par la petite servante elle tomba sur les deux amants encore au lit. Elle qui avait encore un peu d’espoir que son frère renonce à sa fille de joie, les trouva dans le lit familial, dans le lit où petite elle allait retrouver sa mère. Son ire fut terrible, elle prononça des mots que normalement elle ne devrait pas connaître et qui n’étaient pas appris au couvent mais plutôt hurler sur les sabords des navires de la royale.
Simon respectueux de l’amour fraternel temporisa mais finalement il lâcha que Jeanne était encore enceinte. N’en pouvant entendre davantage, elle tourna jupon et quitta furibonde le Magnou.
Les jours suivant Simon devint sombre et ayant beaucoup réfléchi il décida que Jeanne pour sauver la morale devait retourner dans sa petite chambre.
Au domaine ce fut la joie absolue enfin la traînée était remise à sa place et bientôt, tous le disaient, elle serait jetée dehors.
La jeune servante qui guignait la place dans le lit de monsieur se montra insolente et refusait tout commandement.
Jeanne pleura beaucoup se voyait au pavé ou de retour chez sa mère . Elle se revoyait en haillons, aussi pauvre que lorsqu’elle était arrivée.
Mais après quelques jours d’abstinence Simon se présenta chez Jeanne, la lutte fut terrible, Jeanne se refusa. A demi nue, la peau outrée de colère, un sein sorti de sa chemise, les insultes sur les lèvres, elle fit face. Lui que la résistance de Jeanne mettait en colère mais qui le faisait trembler de désir redevint un enfant qui quémandait la première fois, elle le vainquit, elle lui prit la main et l’emmena dans la grande chambre où elle s’était vue évincée. Là elle se donna toute, offrit tout ce qu’une femme pouvait donner, Simon resta subjugué, rongé par l’instant présent.
Tout redevint comme avant ou presque, la jeune servante qui n’avait rien vu venir fut corrigée par Jeanne. Elle fit les frais de sa rancœur, la violence de la correction fut extrême. Les gifles tombèrent comme des grêlons d’orage, Jeanne si elle avait eu assez de force l’aurait bien fessé au milieu de la cour devant le personnel réuni.
La pauvrette se retrouva finalement les joues meurtries, humiliée avec son baluchon devant la grille armoriée.
C’était un pas de plus vers la victoire totale, mais le compte n’y était pas. Tant que les connaissances de Simon et sa famille la refuseraient, elle ne serait pas maître des événements. Sa méconnaissance du milieu où Simon évoluait lui faisait croire qu’un jour elle serait la véritable épouse de maître Gauvin. Mais elle en était très loin, Sara avait épousé son Meschinet de Richemond à La Rochelle sans que bien sûr elle soit invitée et elle avait beau pleurer jamais elle ne mettait les pieds au château du Treuil Bussac.
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 8, LA MAITRESSE AU MAITRE
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 7 , LE BATARD DE SIMON
UN AMOUR FOURASIN, PARTIE 6, LE VENTRE ROND DE JEANNE