
Zoé Mareschal en la personne de madame Vincens a perdu une amie, elle n’en a d’ailleurs pas d’autre et c’est ce qui l’exacerbe le plus souvent. Certes elle a ses sœurs mais ces dernières sont un peu une partie d’elle. Lorsqu’elle leur parle, elle a souvent l’impression de se parler à elle même.
Alors aujourd’hui? qui après tout n’est qu’un jour comme un autre, elle n’a pas envie de répondre à sa sœur Delphine.
Zoé, échouée comme un cétacé au phare des baleines, effectue ses travaux d’aiguilles et se moque de l’orientation que sa sœur voudrait donner à la conversation.
Delphine s’agace que ce soit Adélie qui lui réponde et violemment jette son livre sur l’histoire du consulat et de l’empire d’Adolphe Thiers. Cette dernière ne dit que des sornettes et n’a aucune opinion sur rien. Alors à quoi bon prendre la parole sur le coup d’état du prince président en date du 2 décembre 1851, si c’est pour ne rien dire d’intéressant.
Comme d’habitude Adélie subie, baisse la tête et reprend son ouvrage de broderie. Sa sœur lui dit, tu n’es bonne qu’à cela.
Lidie adossée à la cheminée se regarde dans la glace ouvragée du trumeau, sans se retourner, elle voit ses trois sœurs, Zoé est avachie sans réaction, Adélie boude et Delphine maugrée.
Elle décide soudain de faire face à sa sœur, elles vivent ensemble, ont le même mode de vie ,savent tout l’une sur l’autre mais n’ont pas forcément les mêmes opinions. Les sœurs Mareschal ne font pas de politique, aucune femme n’en fait mais en discute néanmoins avec assiduité. Il faut dire qu’elles sont plus libres que la plupart des femmes, pas de mari, plus de père, alors dans leur salon à l’abri des oreilles, de leur frère imprimeur, elles se refont le monde.
Delphine en pince pour le prince président et se réjouit de la dissolution de l’assemblée nationale, du rétablissement du suffrage universel masculin et de la convocation du peuple français à des élections. Le but est bien sur que le prince puisse conserver le pouvoir au delà des quatre ans de son mandat et qu’il contourne l’interdiction de pouvoir se représenter.
Adélie sans qu’on sache réellement pourquoi est républicaine, cela tourne à l’engueulade au crêpage de chignon. Lidie doit intervenir avant qu’on en vienne aux mains, c’est déjà arrivé et il avait fallu que le grand frère intervienne. Ces vieilles filles acariâtres n’ont pas grand chose à faire que de se disputer. Le ton monte encore, Adélie veut parler mais une méchante parole de Delphine la cloue sur sa chaise. Elle se lève et quitte le salon en pleurant, Zoé pour contrarier ses sœurs pencherait plutôt vers le comte de Chambord, le seul roi légitime. Delphine se déchaîne, devient méchante, les insultes fusent, les récriminations viennent. On termine la dispute par les sempiternelles jérémiades, Zoé dit qu’elle a gâché sa vie de femme en restant avec ses sœurs, Delphine lui fait remarquer qu’avec son physique aucun homme n’avait voulu d’elle, Lidie plus jeune déclare avec emphase qu’elle acceptera le premier homme qui voudra d’elle. Adélie de la pièce d’à coté lui crie que cela ne risque pas d’arriver.
Elle sont toutes fâchées mais cela ne dure pas car Joséphine, la domestique employée par leur frère pour leur complaire, déroule le tapis de la réconciliation à savoir une collation avec du chocolat et de la brioche. Les quatre sœurs ne sont pas d’accord sur l’avenir de Napoléon mais se réjouissent ensemble du même breuvage. Entente momentanée car bientôt une autre dispute arrive, tout dans ce microcosme familial est d’ailleurs sujet à disputes.
Le soir elles se retrouvent à la table de leur frère et belle sœur, Claire est en beauté comme à chaque fois que le couple reçoit des invités.
Ce soir c’est l’un des témoins de leur mariage et ami de longue date qui sonne à la porte. Zoé fait comme chez elle et plus rapidement que la domestique va ouvrir à celui pour qui elle a un faible.
Malheureusement son bonheur va être de courte durée car Léopold Delayant est accompagné de son épouse Corinne Godelier. Lui est bibliothécaire de la ville de La Rochelle, c’est un érudit, un philosophe et sa conversation est précieuse. Zoé aurait aimé s’unir avec ce camarade de son frère. Mais c’est cette cruche de Corine qui après avoir écarté les cuisses l’avait acculé au mariage grosse de ses œuvres et si énorme que le jour du mariage on eut dit une vache sur le point de vêler.
Elle serait donc comme à chaque fois charmante avec son prétendu prétendant d’autrefois et odieuse avec celle qui lui avait volé sa position.
Son frère Gustave sait tout cela mais il lui est difficile de refuser à sa sœur de jouir de sa table lors des réceptions.
Ce soir là on parle bien évidement de Napoléon et de son demi frère Morny.
Claire un peu pompette se lâche en portant la discussion sur cette étrange famille, parler de cela émoustillent les sœurs et fait rougir la femme du bibliothécaire.
Claire soutient que Napoléon III n’est pas le fils de Louis, Gustave déclare encore plus gravement que Louis n’est peut être pas le fils de Charles Bonaparte. Léopold en rigolant déclame maman sûr, papa peut être. Adélie passionnée d’histoire mais prude comme une nonne ne sait pas que le duc de Morny, auteur associé avec le prince du coup d’état, est le fils d’Hortense de Beauharnais donc demi frère du président.
Elle ouvre encore plus les yeux lorsque Delayant lui explique que le père du duc n’est autre que Flahaut amant de la duchesse de saint Leu et que ce dernier n’est autre qu’un fils du prince de Benevent l’inégalable Talleyrand.
L’histoire a de ces raccourcis, le frère de Louis Napoléon serait donc le petit fils de Talleyrand. Petit fils qui aide son frère à reconstruire l’empire que son grand père a contribué à détruire. C’est à ni rien comprendre et après cela la discussion sur les potins de la ville, s’enlise un peu en des banalité ennuyeuse. Après que Mareschal et Delayant se soient écarter dans le bureau de l’imprimeur pour un déguster un Cognac les femmes se retrouvent seules et Zoé va pouvoir jouer les pestes en demandant l’age du fils de Corine pour pouvoir évoquer son mariage et la belle noce qui s’en était suivie. Lidie pas au courant évoqua qu’heureusement dans leur milieu les femmes sont respectueuses et ne font jamais Pâques avant les rameaux. Zoé pouffe de rire et Corine Delayant rougit comme un coquelicot.
Zoé comme à chaque fois qu’elle voit Léopold Delayant, a la nuit des envies de femme, il n’y a rien à faire c’est irrationnel, cela la met dans une froide colère, se retourne toute la nuit, mouille son linge et le matin à une mine de papier mâché. Ce qu’elle a ressenti elle sait ce que c’est, elle n’est point sotte mais jamais au grand jamais elle ne franchira le seuil de la décence en se satisfaisant elle même.
Le lendemain Delphine qui devine les tourments de sa sœur lui lâche » vous avez encore manqué d’homme cette nuit ma sœur ».
Zoé mortifiée ne répond rien, troubles de femmes sans homme, troubles de vieilles filles, troubles de pucelles.