CEUX DE LA RUE DE L’ESCALE, PARTIE 16, L’AGONIE DE MADAME LA SOUS PRÉFÈTE

 

Baumers reçoit l’ordre du médecin, il regimbe un peu mais s’incline devant cette autorité. Il serait bien resté un peu pour voir ou pour chercher encore.

Il se lance dans la nuit, et prend la direction du port où demeure le frère de Madame, il ne sait si il va le trouver à son domicile ou si celui-ci sera à sa campagne de Nieul.

Se faire ouvrir la maison d’un bourgeois la nuit est guère chose aisée sans alerter le quartier ni une patrouille de militaires ou de gardes nationaux. Il doit tambouriner un moment pour voir apparaître Monsieur en personne. André a prévu son discours pour un domestique et l’apparition de l’ancien maire de La Rochelle en chemise et bonnet de nuit le surprend un peu.

Il lui explique et l’informe de venir au plus vite. Edouard Emmery lui ordonne d’aller prévenir Jean Emmanuel Weiss leur oncle. Du 8 de la rue de la Bourserie, au 4 de la rue Réaumur il faut repartir dans l’autre sens. Baumers maintenant  totalement dégrisé s’en va sonner chez l’ancien président de la chambre de commerce. Là bas il faut se recommencer, curieusement ce vieux célibataire n’est pas couché. Encore habillé avec élégance, le vieux coquet surpris à rêvasser un vieux madère à la main lui a ouvert immédiatement.

André pense aller se coucher mais péremptoire, le vieux l’envoie quérir un autre oncle, Philippe Candice Fort, mari de la tante de Madame. Il n’a pas loin à aller car le 29 de la rue Porte Neuve n’est qu’à quelques pas.

Enfin il rentre et s’imagine se couler dans l’intimité de Geneviève. C’est une illusion, la maison grouille maintenant de la famille et les deux bonnes sont à la dispositions de tous. La nuit s’annonce longue. Édouard est là assis près de sa sœur, ils ont toujours été complices et il lui tient la main. Clémence sa femme guindée dans sa supériorité s’évente énergiquement incommodée par l’odeur. Elle s’ennuie déjà, pourquoi sa belle sœur commet t’ elle l’indécence de partir la nuit.

Louise Weiss et son mari Philippe Fort viennent d’arriver, Madame Vincens ne se rend plus compte de leur présence, ils prennent place autour du lit mais nullement ne se taisent et entament une discussion avec Édouard.

Puis arrive Jean Emmanuel, il n’est pas dans son état normal, sûrement un peu d’abus d’alcool. Une ivresse en solitaire interrompue par l’agonie de sa nièce, c’est intempestif et dénué de bonne manière, mourir c’est un art.

Les servantes se coupent en quatre, l’un a faim, l’autre à soif. Clémence veut aller aux commodités, comme ci cela était le moment. Geneviève lui tiendra la chandelle, pisser dans l’obscurité avec toutes ses dentelles tient de l’exploit.

Le médecin bien entendu est resté, il n’y a rien à faire alors il parle de sa carrière. D’autres membres de la famille sont apparus, décidément Madame attire plus moribonde que vivante, pour un peu on tiendrait salon.

Puis la nuit traîne, Madame n’en finit plus, Geneviève s’endort à l’office sur une chaise, Marie attend en retrait alors que Baumers lui tourne autour en lui chantant des cochonneries. Il fait presque jour quand enfin le docteur constate le décès, elle est partie presque tranquille, le pasteur n’a pu lui tirer un seul mot, une seule prière, alors lui avec sa bible l’a accompagnée.

 

Au matin la rue se réveille comme à son habitude, mais les habitants perçoivent des mouvements inhabituels au numéro 24, des gens en sortent et en rentrent. L’on pressent un drame, est-ce que Baumers a fait des siennes, un meurtre, une violence.

Mais non, ce dernier sort et claironne enfin la nouvelle, Madame Vincens veuve Emmery est morte. Il devient la vedette, on l’interroge, Mareschal le directeur de l’imprimerie est vivement intéressé, il va devoir faire un correctif à ses épreuves. Zoé la grosse se dandine sur le trottoir en négligé son frère la renvoie sèchement à plus de décence, les typographes gloussent dans les manches de leur longue blouse.

Toute la rue est bientôt au courant, Babin lui qui a vu tant de morts pérore sans savoir, il demande à être introduit chez son amie.

Mais la famille fait barrage, car la morte n’est plus guère visible, contraction des muscles, relâchement des chairs, il va falloir rendre Madame un peu présentable avant que le défilé ne commence.

Son frère doit prendre les dispositions nécessaires, il y a beaucoup de formalitéS à accomplir.

Hormis Marie personne ne pleure, elle l’aimait bien sa maîtresse depuis le temps où elle était à son service, une sorte d’intimité s’était formée entre elles. Geneviève éteinte, dépeignée, sale ne se rend pas compte que sa vie va changer, pour l’instant elle râle car on lui a commandé un déjeuner.

Il y a une morte dans la maison et l’on pense tout de même à manger, elle espère qu’on ne va pas lui demander de faire la toilette mortuaire.

 

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