CEUX DE LA RUE DE L’ESCALE, PARTIE 7, LES IMPRIMEURS

 

Madame Vincens a épousé son mari à la Rochelle en 1813, elle se souvient avec émotion de ce moment là, il était beau ce fils de banquier parisien, avait de la fortune, de l’ambition et de l’entregent pour réussir dans la vie. Elle,elle est la fille du baron Émmery, qui était officier de la légion d’honneur et inspecteur aux revues de la 12ème division militaire.

Elle sait maintenant qu’elle est condamnée à mourir rapidement, elle le sent et chaque jour qui passe est pour elle une victoire. Sa maladie l’affaiblit chaque jour un peu plus, il lui tarde de rejoindre l’amour de sa vie dans le grand carré familial du cimetière de saint Éloi.

Mais avant de partir elle doit aussi régler ses affaires et notamment châtier son domestique André Baumers qui se croit tout permis. Elle va en parler à son frère qui doit lui rendre visite, celui-ci avec son autorité d’ancien maire de La Rochelle saura bien faire rendre gorge à ce mauvais serviteur.

Chaque jour c’est le même remue ménage devant l’imprimerie de Gustave Mareschal, les liasses de journaux qui sortent des presses doivent partir à la distribution.

C’est un personnage ce Gustave, né en 1802 d’un père imprimeur issu de la ville de Saintes. Il a marié la fille d’un négociant qui en dot lui a amené quelques liquidités permettant ainsi de développer son affaire.

Celle-ci est prospère, il est l’imprimeur de la préfecture, mais édite aussi des ouvrages d’éruditions, comme des poèmes, des partitions d’opéra et aussi des livres. Sa femme Claire l’assiste avec aisance ce qui fait un peu jaser les foyers conservateurs de la rue. Ces derniers fustigent la liberté du couple du numéro 20 de la rue de l’escale et déplore qu’une femme ait une activité professionnelle.

Mais la grande affaire de Gustave est sûrement la gestion du journal dont il est le rédacteur. Il est très fier de ce journal nommé la Charente Inférieure, c’est un journal politique où on trouve une chronique locale et départementale, une chronique étrangère, une chronique générale et bien sûr les annonces judiciaires, des avis divers et des bulletins commerciaux.

Cela met une animation dans la rue et un tumulte incessant, on rentre, on sort de l’imprimerie et des bureaux, les typographes ont des discutions vives et on les entend, lorsqu’on passe devant le numéro 20.

Le bonheur du couple pourrait être parfait si la santé de leur fille ne leur apportait pas un souci constant.

Alice a 14 ans mais sa fragilité en fait encore une petite fille, impubère alors que d’autres dans la rue sont déjà femmes, elle joue avec ses poupées alors que d’autres sur le port jouent déjà avec des hommes.

Malgré les soins et les précautions prises, la fillette tousse et respire avec difficulté. Claire sa mère en regardant cette silhouette éthérée a les larmes qui lui viennent.

Le couple se plonge alors dans le travail et c’est Élisa la petite bonne qui veille alors sur elle. Entre la petite et sa jeune servante s’est nouée une amitié qui ressemble à s’y méprendre à de l’amour fraternel.

Madame Mareschal se repose entièrement sur sa domestique pour les choses matérielles, elle peut ainsi assister avec efficacité son mari. Par contre elle se charge de l’éducation de sa fille. Tous les jours elle lui donne des cours qui vont bien au delà de ce qu’une jeune fille de son temps doit savoir. Elle lui apprend les classiques, mais ne dédaigne pas de l’ouvrir aux nouveautés, Dumas, Hugo, Musset. Elle lui fait donner des cours de mathématique par un professeur ainsi qu’un peu de science. Bien sûr un maître de piano vient plusieurs fois par semaine. Elle a déjà une sensibilité dans le doigté qui lui permet de ravir les invités de ses parents. Sa plume qui est d’une calligraphie parfaite chante sur les cahiers que sa mère met à sa disposition. Elle y couche ses impressions et ses pensées. C’est une sorte de cahier secret mais que sa mère en cachette a déjà lu.

Cela l’a effrayée au plus haut point car la noirceur des lignes tracées sous entend un mal être dû en grande partie à sa fragile santé. Elle n’a évidement pas pu lui en parler sans trahir la lecture interdite mais elle a tenté de sortir sa fille de sa torpeur.

La mère et la fille effectue donc plusieurs fois par semaine une promenade entre femmes, ils vont voir l’océan, regardent les gens passer et se moquent de leur allure et de leur accoutrement. Parfois Claire voit sa fille rougir lorsqu’un garçon les dévisage à distance. Elle s’en amuse, c’est une réaction normale. Claire a d’ailleurs éclairé sa fille sur les sujets de la nature. Rien ne lui a été caché malgré son jeune age, Gustave ne sait pas cela, c’est un secret entre elle. Claire pense qu’une femme devrait pouvoir choisir son mari en pleine conscience et en pleine connaissance. Elle fera en sorte quand le moment sera venu, que son imprimeur de mari ne lui impose pas un imprimeur, un typographe ou bien même un client. Cela devra être une histoire d’amour comme celle qu’elle aurait aimé vivre elle même.

Bien sûr elle a eu de la chance, son homme n’est point despotique, ni vilain, ni buveur, ni tyrannique dans les rapports intimes, mais il n’en demeure pas moins vrai qu’elle n’a au début, ressenti que dépit voir répugnance. Puis avec le temps l’amour est venu et maintenant ils sont indissociables.

Gustave Mareschal est né à Saintes le 27 octobre 1802 et décédé au 20 de la rue de l’Escale le 4 avril 1874, imprimeur de la préfecture, conseiller municipal de la Rochelle.

Il s’est marié à Marie Louise Claire Bernard le 14 octobre 1834 à La Rochelle née le  24 aout 1809 à La Rochelle d’un père négociant, décédée à La Rochelle le 5 septembre  1888 au 20 rue de l’Escale, a repris l’imprimerie à la mort de son mari.

Ils ont une fille, Marguerite Louise Alice Mareschal  née le 1er mai  1837 au  20 rue de l’Escale à La Rochelle et décédée le 13 mai 1852 au même endroit.

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