LE GROGNARD DE TAUGON, PARTIE 22/25 LE RETOUR DANS LES MARAIS

A Guéret où je me trouvais nous apprenions navrés que le Brave des braves avait été arrêté et qu’il allait être jugé, c’était la chasse et la réaction blanche qui allait  être terrible proportionnelle à la chiasse qu’ils avaient  eue.

Beaucoup d’officiers allaient être inquiétés et beaucoup se terrèrent, nous cela allait  encore bien qu’on soit surveillés par les pandores.

Nous apprenions que l’empereur allait  être déporté dans une île lointaine nommé Sainte Hélène, je ne savais pas si il pourrait revenir en tous cas  il n’avait  cette fois plus sa garde avec lui.

Le 11 octobre 1815 mon régiment était dissout, cette fois c’était bien la fin

La fin de l’empire, de ma vie de militaire , de ma vie d’aventure, je ne savais où aller. Alors je me résignais et je me décidais à retourner chez moi à Taugon  la Ronde.

Vêtu avec les oripeaux de ma vie militaire, ma capote déchirée à Waterloo, mon bonnet de police défraîchi et délavé, un porte manteau et ma cartouchière. Je n’avais pu évidemment garder mes armes, nous repartions sans pain, sans argent.

Les kilomètres défilaient le ventre me faisait mal, ma tête bourdonnait de faiblesse, personne n’osait nous nourrir ou nous loger, nous étions les pestiférés de l’empire. Enfin j’arrivais, j’étais à Niort, je disais au revoir aux gars du coin qui avaient fait route avec moi, je retrouvais la sèvre Niortaise, ce n’était qu’un filet d’eau par rapport au Rhin, à la Seine à l’ Ebre.

J’arrivais enfin à la Ronde, personne ne savait qu’un revenant allait faire son apparition. Au loin je l’aperçus, je vis que son regard se dirigeait vers moi. Je ne savais si elle me reconnaissait tant mon apparence avait changé depuis que j’étais parti voilà 6 ans. Ce fut une femme de 65 ans qui se dressa devant moi c’était la femme qui m’avait mis au monde. Depuis mon départ les rides qu’elle avait à peine apparentes s’étaient accentuées, les cheveux qui se cachaient derrière son bonnet me semblaient couleur de neige. Son visage était émacié, fatigué par les ans. Je m’approchais et je vis qu’un sourire se dessina elle ouvrit grand ses bras. Je m’y précipitais comme lorsque j’étais enfant et que mon père m’avait corrigé, je me blottis sur son sein comme quand j’étais malade. Je vis maintenant qu’on m’entourait, des enfants, une trallée d’enfants qui à n’en pas douter étaient du même four. Puis j’aperçus Louise ma belle sœur, la femme de mon frère Jean. Elle n’était plus aussi belle qu’autrefois mais le charme de la maturité pourrait encore aisément opéré sur un homme. Elle aussi m’embrassa, les enfants étaient t étonnés, apeurés que leur mère étreigne un mendiant.

Les voisins arrivèrent, on me toucha, on me questionna, « c’est René qui rentre c’est le soldat. »

La nouvelle eut tôt fait de faire le tour du village. Mon frère Jean arriva avec son grand fils, ils revenaient  tous les deux d’un chantier, ils étaient  couverts de poussière. Mon frère me prit dans ses bras, on but un coup, puis deux, il fallut que je raconte.

Le soir en bout de table on finit par me regarder manger, un vrai goinfre. On me questionna sur Waterloo, j’éludais le sujet tant cela me fendait le cœur. Il y avait Louis , il y avait Étienne, j’étais heureux d’être de retour.

Les jours suivants on me visita encore et encore, le maire Mathieu Hurtaud inquiet pour la tranquillité de son village sonda mes intentions. Comme si chaque soldat qui rentrait au pays allait fonder un foyer insurrectionnel.

Moi je ne désirais pas ressasser le passé, j’avais servi mon empereur , le reste ne m’appartenait  pas.

Pour l’instant il fut décidé que je resterai chez mon frère aîné, ma mère était ravie. D’ailleurs tout le monde l’était , j’apportais malgré tout une pointe d’exotisme et d’aventure. Je remarquais que plus d’une femme me regardait  avec insistance. J’essayais de ne pas exploiter ce filon, du moins pas encore. Même mes belles sœurs me virevoltaient autour. Marie Magdeleine, Jeanne, Louise firent  tournoyer leurs jupons, se frottaient, me cajolaient et minaudaient. M’était d’avis que les choses n’allaient  pas en rester là car je n’étais pas de bois.

Peu à peu ma passivité rassura et l’on ne s’occupa plus vraiment de moi, je devins le gars qui avait voyagé qui savait beaucoup de chose et qui revenait s’établir au pays.

D’ailleurs il était bien question de cela, qu’allais-je faire?  Il y avait du travail partout et mes frères me sollicitaient pour que je les rejoigne dans le travail de la pierre. Je n’avais jamais été attiré par la maçonnerie et par la taille de la pierre. Avant de partir j’étais journalier. Je pensais que dans un premier temps j’allais rejoindre la cohorte des petites mains et qu’ensuite je me trouverais une petite terre. Je m’étais constitué un petit pécule avec mes hautes paies et il aurait été  bien diable que je ne puisse pas m’installer.

Je finissais par me couler de nouveau dans le monde de la paysannerie, j’aimais assez cela, d’autant que notre village tourné vers la terre et l’eau multipliait ses visages, il pouvait être terre lourde et grasse, ou marais, il pouvait  être canaux d’où s’élevaient des brouillards. Il était charrois bloqué par un passeur, il était barque qui glissait vers Marans la riche où Niort la collectrice des richesses du Poitou. Il était  vent, il était eau, il était pauvreté et richesse. Je m’y sentis de nouveau bien, loin du fracas des canons loin du pourrissement des camarades qu’on avait  pu ensevelir.

L’ensemble de mes belles sœurs me tourna autour, mais la plus entreprenante fut sans conteste la Suzanne, femme de mon frère Étienne. D’une froide beauté, elle ne me laissait pas indifférent et un après midi où je traînais vers le hameau de l’angle d’oie où elle demeurait  avec Étienne et ses enfants , nos corps se sont un peu emballés .

Pour éviter ce genre de rapprochement téméraire il fallait maintenant que je me trouve femme au plus vite. Non pas que je me sentais coupable de susciter l’envie , après tout me disais-je,  je ne récolte que les fruits de ma gloire ancienne et de mes pérégrinations soldatesques. Mais je ne voulais pas faire de peine ni faire du tort à qui que ce fut.

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