LE GROGNARD DE TAUGON, PARTIE 20/25, LA DERNIÈRE VICTOIRE DU DIEU DE LA GUERRE

A 3 heure de relevé, les canons de la garde donnèrent le signal de l’attaque, ce fut bientôt une lutte sans pitié, les kaiserling se battaient bien et nos jeunes recrues mouraient avec panache.

J’avais soif, la chaleur nous avait surpris, augmentée par la fumée et les flammes qui nous environnaient.

Nous avancions enfin, la rage du combat nous avait envahis, mais l’on nous arrêta, des troupes suspectes étaient sur nos arrières , il fallut vérifier. Finalement ce n’était que Drouet d’Erlon et son 1er corps d’armée.

Il était maintenant 7 heures, Napoléon rassuré prit la tête de la garde, les canons roulèrent et grondèrent, ce n’était qu’un fracas terrible, le feu, l’âcreté de la fumée, les hommes qui tombaient. A 7 heures 30 le ciel s’ouvrit en une immense cataracte, le tonnerre du ciel accompagna comme pour une noce, le violon de la terreur. Maintenant nous marchions franchement, comme une phalange de la mort, rien ne résista, pas de prisonnier, l’on tuait et l’on était ivres de mort. Il y avait des cadavres partout, le cimetière était tout retourné et les spectres pourris, les squelettes aux dent jaunis rigolaient au milieu de nos uniformes sanguinolents couchés en une dernière danse au milieu d’eux.

Nous avions la victoire, la musique du 1er grenadier nous joua  » la victoire est à nous  », on bivouaqua au nord de Ligny, nous étions au milieu du champs de bataille, mais qu’importe.

Il nous fallut faire la soupe, on gueula après l’intendance, encore un soir ou l’on allait manger que du pain. Je trempais le mien dans un reste de pinard et je m’endormis  comme un bébé dans ses langes. Mon sommeil fut toutefois troublé, je vis les morts qui m’observaient à quelques mètres de moi, je les entendais m’appeler.

Au réveil la chaleur et l’humidité de l’orage avait accéléré la putréfaction, une fade odeur comme un voile de brouillard s’abattit sur les troupes qui émergeaient du sommeil.

Mais malgré la victoire de la veille l’ambiance n’était pas au beau fixe, les Prussiens avaient décampé, un peu sonnés mais encore entiers. Le maréchal Grouchy était  chargé de les poursuivre, nous on allait s’occuper des anglais. Mais visiblement d’après nos officiers le poisson mal appâté par le rougeaud avait décampé du carrefour des quatre bras. Il serait vers Mont Saint Jean. Peu m’importait enfin je mangeais, ma liquette qui était trempée sécha un peu, je ressemblais à un bohémien crasseux, ma barbe était déjà drue mais nous n’avions pas le temps visiblement de nous rendre plus beaux.

On se dirigea là bas quand même, il repleuvait , et nous piétinions en attendant les ordres toute la journée dans un champs. Putain de pluie, putain de guerre si j’en réchappais je me promettais de rentrer chez moi.

Il était 5 heure du soir, le tondu abusait, que se passait il ?

On bougea enfin, la cavalerie n’avait pas rattrapé les anglais et l’on passa la rivière Dyle à Genappe, je n’avais plus un poil de sec, ma capote pesait une tonne, c’était le bordel, le pont était encombré, mais l’artillerie avait  priorité ainsi que les convois. On gueula pour nous soulager, si l’on avait  vu le Napoléon on  lui aurait dit le reste.

Puis on se rassembla, c’était un peu la débandade, aller interdire à plusieurs milliers de soldats qui crevaient de faim et de froid de rester là à maudire l’adversité. L’on partit tous en maraude, je pénétrais dans une maison avec ceux de ma compagnie, je bousculais la paysanne qui fit mine de me barrer le passage, on retourna tout pour trouver à manger. Nous brisions leurs meubles pour nous réchauffer , nous sécher. Un reste d’humanité nous fit respecter la virginité de la gamine qui nous servit en tremblant et l’honorabilité de la maîtresse de maison au cul redondant. Beaucoup de femmes n’auront pas cette chance dans cette nuit funeste et détesteront les français à tout jamais .

La discipline en ce matin du 18 juin allait à vau l’eau même dans la garde, la faim, la fatigue et cette pluie qui tombait sans arrêt eut raison de tous. Personne n’en voulait à l’empereur, mais tous les autres officiers étaient honnis.

A 9 heures du matin on s’élança en direction de Charleroi et l’on finit par s’installer sur les hauteurs de Rosomme juste à coté de l’empereur.

Nous allions attaquer aujourd’hui les anglais . Ils avaient leurs lignes juste en face, au mont Saint Jean et sur trois points avancés, le château d’Hougoumont et son parc, la ferme de Papelotte à l’est et la ferme de la haie Sainte au centre.

Quand aux prussiens, personne ne savait réellement où ils se trouvaient, mais apparemment ils étaient trop loin pour nous inquiéter.

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