
Notre empereur et par conséquent nous même, nous nous retrouvions avec une insurrection sur les bras. Je ne vais pas vous le raconter en détail, mais cela ne se passa pas comme prévu, le peuple fanatisé par les soutanes noires devint féroce, tout fut massacre et misère. Plus de belles envolées comme Austerlitz mais des escarmouches, de la famine et des atrocités.
Bien sûr Napoléon fut encore magnifique, il s’occupa des Anglais qui évidemment aidaient les Espagnols comme ils avaient aidé les portugais. Il gagnait lorsque un tremblement, un raz de marée arriva, les Autrichiens traîtres et traîtres toujours mobilisaient afin de profiter de la faiblesse de Napoléon occupé ailleurs.
Nous n’ en savions pas plus si ce n’est que certains conscrits des classes anciennes étaient appelés, car celui que ma mère commençait à appeler l’ogre manquait d’hommes.
Un matin que je me trouvais avoir pris rang parmi les faucheurs, déjà couvert de poussière, suffocant sous l’effort , rythmé par le grand valet nous vîmes arriver le maire Mathieu Hurtaud.
Toute la ligne des moissonneurs s’arrêta, l’un en profita pour aiguiser sa faux, un autre pour s’abreuver. Moi je fus pris d’une inquiétude indéfinissable. De fait le maire qui ne me voyait pas me manda et m’ayant enfin trouvé me remit une missive.
Je n’avais pas lu depuis un moment mais les leçons de ma jeunesse me permirent de reconnaître un ordre de marche. J’étais destiné à la garde impériale, et je devais me rendre au dépôt de La Rochelle au plus vite .
On m’entoura, les discussions allèrent bon train, le fils Ferron à la garde impériale, il devait y avoir une erreur. Mais non il n’y en avait pas, 2ème régiment de tirailleurs chasseurs de la jeune garde.
D’un coup et pour le peu d’heures où je restais à la Ronde avant de partir, je devins une sorte d’idole, une petite gloire.
Je n’avais même pas revêtu le moindre uniforme que déjà les femmes se pâmaient. Le prestige de l’uniforme semblait être intact et celui de la garde encore plus.
Mes belles sœurs en bredouillèrent, si j’avais été moins couillon je crois que j’aurais pu leur abandonner mon pucelage avant de prendre paquetage. Bon je n’osais pas et je fis mes adieux à la maisonnée. Des amis et des voisins vinrent me dire au revoir, beaucoup sur mon chemin posaient leurs outils pour me saluer.
Seule ma mère versa une larmichette, mes frères sur un chantier, un peu jaloux, n’étaient point là. Mais je savais que mon frère ainé fier se redressait comme un paon en citant les faits d’armes de la garde depuis sa création. Je ne le savais pas aussi féru de la chose, mais c’était bien se vanter car moi je n’avais encore rien fait.
Mais avant de poursuivre je dois m’arrêter sur un fait. Pourquoi moi qui n’était rien, je me retrouvais dans la garde impériale? Napoléon parmi ses innombrables qualités avait le génie de l’organisation, rien ne lui échappait, fusse un détail minime. Ayant besoin de toujours plus d’hommes il imagina donc de créer une jeune garde en utilisant les vieux briscards de sa garde.
Notre empereur qui décidait de tout, tentait de conserver quand même une apparence de régime non tyrannique en demandant à son sénat des troupes. Toujours obéissant et tremblant les sénateurs par sénatus consulte, offraient à Napoléon la force vive de la France. La méthode était efficace plus besoin du tribunat ou du corps législatif normalement compétants pour lever des troupes.
Moi celui qui me fit lever, était celui du 25 avril 1809, l’empereur demanda 10 000 hommes des conscriptions, 1806 à 1809 pour la garde impériale.
Voila tout, un débutant encadré par des vieux soldats, je possédais simplement une haute taille.
Pour les hauts faits nous ferions plus tard.