Par ce texte je vais rendre à César ce qui est à César, en 1789 la vie de nos ancêtres fut légèrement bousculée par un séisme qui était voulu par un grand nombre mais dont l’intensité dépassa toutes les prévisions.
Avant de pénétrer plus avant il convient de préciser que je vais narrer l’histoire obscure des premiers maires de mon village.
Exercice de haute voltige, tant les sources sont maigres pour mon petit bourg tranquille du Gué d’Alleré dans le département de Charente Maritime.
Jusqu’à là un auteur qui a fait un remarquable travail, a attribué l’honneur d’être le premier à un dénommé Augeron, si ce dernier a effectivement occupé cette place il n’a pas eu le privilège de la primauté. Je me devais de réparer cette petite erreur et de parler de celui qui le fut incontestablement.
Le tableau noir de mon histoire est prêt à être couvert.
Nous sommes donc en 1789, le pouvoir royal qui se délite depuis de nombreuses années a décidé d’avoir recours aux états généraux.
Cette assemblée qui est composée de l’ensemble des trois ordres de la société, à savoir le clergé, la noblesse et le tiers état, n’a pas été convoquée depuis 1614.
Lorsque le roi Louis XVI ,dont le pouvoir encore bien établi ne trouve pas de solution à la crise qui l’assaille, fait appel à cette assemblée pour le 15 mai 1789 à Versailles, c’est la stupéfaction.
Dans les provinces, les villageois en assemblée discutent avec vivacité de l’annonce. Au Gué le seigneur du lieu Étienne De Gacsq fait montre d’un pessimiste qui rejaillit sur le curé Dénéchaud. Ces deux là bien qu’ayant des intérêts communs et étant les piliers de cette société se détestent cordialement mais ne souhaitent pas particulièrement un changement. Chez les paysans, en général régit par une immobilité séculaire, beaucoup ne montrent pas un intérêt particulier pour des éventuelles modifications.Tous s’accordant néanmoins pour une meilleure répartition des impôts et la suppression de quelques corvées.
Quoi qu’il en soit nos vaillants laboureurs, vignerons, journaliers et autres doivent élire les députés de leur province pour qu’ils aillent aider le bon roi à sauver le royaume.
A ce niveau du texte, il est bon de préciser que le Gué d’Alleré faisait partie de la province de l’Aunis. Mais ne nous étendons pas sur le sujet car cela n’est pas notre propos.
Donc nos paysans hument une première fois au doux parfum d’une élection à caractère national bien que ce terme à cette époque soit encore un peu inapproprié.
A Versailles les députés bouleversent les institutions au delà du possible, c’est un chambardement total. Les députés se déclarent assemblée nationale constituante, le roi qui désirait de l’aide en a, au delà de ses espérances.
Les provinces éclatent et l’on voit apparaître les départements par un décret du 22 décembre 1789 avec une mise en application le 4 mars 1790.
La France en ce grand découpage crée 83 départements, puis 44000 communes.
L’ancienne paroisse du Gué d’Alleré avec ses annexes Rioux et Mille écus devint alors la commune du Gué d’alleré.
La première élection municipale a lieu en février 1790, la communauté d’habitants élit des conseillers municipaux et un maire.
Notons immédiatement que le maire pouvait porter l’appellation d’agent municipal ce qui pour la recherche est un élément de complication évident.
Le suffrage n’est donc pas universel, loin de là mais plutôt censitaire masculin. Je m’explique pour les plus jeunes ou pour ceux qui auraient oublié. Un suffrage universel est ouvert à tous alors que le suffrage censitaire est un mode de suffrage dans lequel le vote est réservé aux électeurs qui payent un impôt direct dépassant un certain seuil, en 1790 il est de trois jours de travail pour pouvoir voter et de 10 jours de travail pour être éligible.
Il est bien entendu que les femmes considérées comme mineures ne votent pas et que le seuil de la majorité est de 21ans.
Le mandat est de deux ans non renouvelable .
Voila pour les faits, il nous restent maintenant à trouver quel fut le premier magistrat de notre petit village.
Les archives de la mairie étant très pauvres sur le sujet, je me suis concentré sur les registres d’état civil et sur les registres paroissiaux.
Notons déjà que c’est l’assemblée législative qui à sécularisé la tenue de l’état civil en France à la date du 20 septembre 1792. Pour être plus clair ce n’est plus le curé du village qui note dans son registre paroissial, les mariages, les décès et les naissances mais un officier d’état civil ou du moins un greffier chargé de cette tache.
Les registres d’état civil commenceront donc au début de l’année 1793.
Pour la première mandature dans notre village il m’a donc fallu compter sur une annotation quelconque du curé Denechaud.
Cela n’allait pas de soit, mais commençons.
La première apparition d’une mention d’un membre de la municipalité est du 20 septembre 1791, c’est un baptême. L’enfant baptisé ce jour là n’est autre que Jean Nicolas Beaujean fils de Jean et de Marie Thérèse Jouinot et le curé prend bien soin de noter que le père est greffier de la municipalité. Notons également que ce Jean Beaujean doit être doté en plus d’une belle écriture d’un organe vocal mélodieux car il est chantre de la paroisse.
Il faut ensuite attendre le 14 février 1792 avec la mention de l’enterrement du charpentier Louis Grain pour enfin connaître le nom de notre premier maire.
Il n’est pas présent en tant que maire mais il est membre de la famille du défunt.
Son nom est Joseph Rouault.
En poursuivant plus avant dans le registre nous apercevons la pépite qui va nous révéler la quasi totalité du conseil municipal ou du moins les membres actifs.
Le 13 juin 1792, le curé Dénéchaud préside à l’inhumation de Jean Salomon farinier du moulin neuf de Saint Médard retrouvé noyé à Rioux. Comme la mort était suspecte la présence des officiers municipaux était obligatoire.
Lisons plutôt.
Joseph Rouault maire
Jean Hillaireau premier officier Municipal
Bontemps second officier municipal
Jean Chaboury officier municipal
Pierre Petit officier municipal
Pierre Collardeau procureur de la commune
Jean Beaujean greffier de la municipalité
Voila que nous apparaît clairement la composition de notre premier conseil élu sur le Gué d’Alleré en excluant toutefois les élections des fabriciens de paroisse.