PAR LE REGARD D’UNE FEMME, ÉPISODE 6, LES YEUX DE L’ÉPOUSÉE

La fête battait son plein, les plus jeunes au son du violon dansaient depuis des heures, le plancher de bois que nous avions mis dans la grange vibrait et accompagnait de son bruit sombre les résonances aiguës de l’instrument du père Gustave. Les filles échevelées, en sueur, la poitrine tressautant guettaient du coin de l’œil leur galant d’un jour, leur cavalier, leur initiateur, leur futur libérateur de l’enclave paternelle. Les garçons avinés, excités, serrant au plus près les demoiselles trépidantes avisaient plus loin la calme campagne et le charme indéniable qu’ils auraient à y entraîner une belle.

Tout concourait à ce qu’une d’entre elle, ingénue imprudente se laisse voler par un charmeur qui sur la douce mousse d’une clairière la sensibiliserait au caractère charnel d’une relation homme, femme.

Ma sœur veuve depuis quelque mois ne lâchait pas la corde de l’attirance au profit de plus jeunes. Elle avait de multiples atouts pour gangrener un villageois idiot en manque de femme. Elle était libre de son âme et de son arrière train, et de plus possédait en héritage les terres de son défunt époux. Dotée de plus d’un charme certain elle éclipsait de sa beauté de trentenaire les vierges de vingt ans maladroites et surveillées par les duègnes de leur entourage.

Mon mari assit en bout de table un verre de vin de la Roulière à la main, ne semblait par particulièrement s’intéresser à sa noce et à ma personne. En puissant mâle il ne s’occupait pas de la logistique se contentant de me pincer les fesses lorsque je passais chargée d’un ravitaillement pour la tablée des non danseurs.

Cette marque de tendresse occasionnait à chaque fois des bon rires gras et des commentaires salaces de la part de la gent masculine. Comme à l’accoutumée je rougissais comme une gamine et occasionnait encore des surenchères.

La soirée était bien avancée il conviendrait que mon mari se décide à m’enlever et de m’emmener en une cache connue seulement de lui afin de nous éviter le désagrément de voir débarquer la noce tôt le matin. Lui déjà un peu aviné rigolait comme à la foire de Marans autour d’une matelote d’anguilles, inconscient ou trop conscient de la responsabilité qu’il avait à me rendre femme, il laissait le temps filer. Je me posais la question en observant son air rubicond et jovial, si sa soit disant expérience de l’amour n’était pas qu’une simple rodomontade. Monsieur avait pratiqué pendant son service et pendant la période où il était palefrenier à la grande métairie noble du clos. Je ne demandais qu’à croire et à voir, mais selon ma sœur les hommes n’étaient que vils menteurs à ce sujet. Elle m’avait assurée que le mien ne serait qu’un pataud, qu’un courtaud, qu’un maladroit, qu’un pressé et en un mot un puceau dont les exploits au lit n’étaient que contes et légendes de veillées.

Enfin je le vis se lever et tituber en me cherchant du regard, le signal était enfin donné, la table le comprit et nous accompagna discrètement par un tintamarre qui pour un instant arrêta net les danseurs. Ma sœur au loin me lança une œillade et une belle grimace dont je ne soupçonnais pas la signification.

Mon époux m’emmena dans une antre secrète, enfin presque et je découvris la chambre sacrificielle. Je ne pouvais maintenant reculer, cette première nuit était dans le contrat de mariage et dans les claires allusions du bon curé. Je me devais à mon mari et comme un droit acquis par l’union devant la loi et devant dieu mon mari pouvait et devait s’unir en moi en une danse amoureuse. Moi si j’avais bien compris se qu’on me demandait je devais être consentante, soumise, expérimentée mais point trop, aimer le moment mais point trop et surtout n’être que celle d’un seul. Voila voilà, la chandelle n’éclairait guère mais je vis que mon expérimenté hésitait à faire montre d’initiative. Je compris que nous y serions encore pour les vendanges et gentiment je lui offris un baiser. Haleine acre d’alcool, odeur de sueur rien ne concourait à mon accomplissement. Donnant enfin le la, mon mari se déshabilla pendant que je faisais de même. Évidemment il fut le plus prompt ayant moins de tissus à enlever. Je fus partagée entre le rire et les larmes, en voyant l’apparition divine de ce qui logiquement devait me procurer jouissance. En matière de virilité masculine je n’avais vu que les petits oiseaux des garçonnets avec qui je jouais au papa et à la maman et celui de père lorsqu’il s’abandonnait à quelques ivresses hilarantes. Cela me paraissait à la fois très gros et ridiculement petit, gros pour mon conin et petit par rapport à ceux impressionnant des races équines.

Le maladroit ne me caressa guère tout pressé qu’il était à accomplir son devoir, moi disons j’étais beaucoup moins prête que lui et son emballement devint son affolement.

Donner son intimité, ouvrir son moi lorsqu’on est pas encore intime, qu’on se découvre à peine est d’une dureté sans nom. Il me fit mal, ne fut point galant dans ma gêne de défloraison et surtout prit un air de supériorité s’imaginant sans doute que son action avait été décisive dans ma découverte amoureuse.

Lorsqu’il voulut recommencer je mis en action le souvenir magique de mes premières caresses amoureuses avec mon galant d’autrefois. Cela m’aida et me fut plus agréable et lui moins rapide.

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