LA MAQUERELLE DE L’HÔTEL DE LA GARE, Épisode 1, LES HÔTELIERS

LA MAQUERELLE DE L’HÔTEL DE LA GARE

Charles après avoir terminé sa journée arrive près de la gare, de la ferme de la belle étoile où il habite, il n’y a guère de chemin à parcourir.

De toute façon la marche pour ce charretier de 23 ans n’est pas un problème bien sérieux.

Le fils du Joseph pour boire un coup et reluquer de la dentelle est prêt à en faire bien plus

Une activité assez dense règne pendant l’arrivée des voyageurs, mais le calme reviendra très vite et laissera le champs libre aux habitués des lieux.

En attendant les voyageurs qui viennent de Montmirail descendent des wagons brinquebalants du  »gueulard  ». Beaucoup de paysans avec un maigre bagage, mais aussi une bourgeoise aux bottines cirées, élégante dans sa robe de couleur qui traîne derrière elle une tonne de bagages et que s’empresse de prendre en charge un jeune commis qui y voit là l’occasion de gagner un peu d’argent.

Une famille de plusieurs enfants s’égaille également sur les voies lorsque le tacot reprend sa course vers la montée de Rebais. Ils se dirigent vers l’hôtel de Philibert où attend une voiture qui les emmène vers La Noue.

Charles qui arrive à ce moment là, les observe et respectueusement salue la dame.

Sur le pas de la porte René Truchon son copain ne semble pas voir la même scène et zyeute différemment la mère de famille. Son regard est celui d’un homme à femmes, d’un jouisseur, l’on voit à ses yeux que les vêtements de cette brave femme qui chemine pour rentrer chez elle sont une entrave au désir et qu’en imagination le bougre l’a dévêtue.

D’ailleurs il accueille Charles d’un  » elle est pas mal la bourgeoise , je lui donnerais bien du réconfort  »

Le Truchon comme tout le monde l’appelle, est un grand type un peu plus grand que la moyenne, les cheveux châtains, des yeux marrons à l’éclat inquiétant.

Sa casquette rivée sur la tête portée comme les apaches des fortifs, il observe en connaisseur le plus petit morceau de  jupon qui passe.

En expert qu’il semble être, il vous soupèse, vous jauge, vous maquignonne et commente le moindre bout de chair blanche féminin qu’une maladroite pourrait laissé montrer.

Tous les soirs, il est là à se goberger les mirettes de ces blanches femmes des villes ou des hâles prononcés des filles des champs. Il n’en perd pas une miette et n’est jamais repu.

Charles lui sert une pogne et s’en va commander un petit blanc au comptoir.

C’est Lucie la patronne qui d’une main experte lui verse le breuvage, elle le salue en habitué qu’il est, et lui demande des nouvelles de son père le vieux Joseph.

La conversation s’engage péniblement le Charles quand il est sobre est un rien taiseux.

Il fait rien, Lucie sait que lorsqu’il sera pris le Perrin déversera un flot de paroles, pareil aux crues du petit Morin et qu’elle saura tout sur la ferme de la Belle étoile et de ses occupants.

La patronne qu’on nomme la veuve se nomme Lucie Debret, elle est née à Sablonnières au hameau de la Chenée en 1863, elle a rencontré son mari le Philibert lorsqu’elle était domestique à Paris. Lui était employé de commerce, et un mariage fut conclu en 1893 à la mairie du 8ème arrondissement.

Elle l’entraîna dans une grande aventure, plus âgée que lui de huit ans ce qui n’était pas une évidence, elle lui apporta son expérience de la vie et le subjugua par des talents qu’une pratique régulière des hommes lui avait apporté.

Elle sut trouver les mots justes pour l’emmener dans son village natal, il ne connaissait pas les rives enchanteresses du petit Morin qui après tout pouvaient rivaliser avec celles de la Seine.

A l’aide d’un petit pécule et d’un fieffé culot ils montèrent une auberge près de la gare. Ils eurent raison car les affaires prospérèrent. Ils se nommèrent marchands de vin, aubergistes, hôteliers. Au rythme des arrivées des trains et des paysans de passage la salle ne désemplissait pas.

Leur amour fut récompensé par l’arrivée de la petite Suzanne en fin d’année 1896. Non pas que Lucie fut une mère bien intentionnée car elle trouvait que cette petite perturbait l’ordonnancement de sa vie de femme et de sa vie professionnelle. Elle prit une nourrice car elle jugea que l’allaitement lui abîmerait sa belle poitrine. D’ailleurs il n’était guère envisageable de sortir ses seins devant la clientèle. Du moins pour nourrir sa gamine.

Philibert était heureux de cette paternité bien qu’il eut préféré un garçon qui eut pu prendre sa suite et même ouvrir un joli établissement à Paris loin des bouseux briards

Mais bon c’est la nature qui commande, d’ailleurs Lucie elle n’en voulait pas mais bon là aussi on ne fait pas ce que l’on veut.

En 1896 ils sont là et bien là, il y a des voyageurs donc des clients.

En 1900 au début de notre vingtième siècle la Lucie est de nouveau grosse, elle peste, à trente sept ans elle a passé l’âge de se faire surprendre, le Philibert est un fieffé maladroit, pas foutu de sauter en marche ni de se retenir.

Elle n’en veut pas de cet enfant mais rien ni fait, aucun breuvage, aucun excès ne lui font passer. Avec un gros ventre elle se sent gauche , empotée , gênée aux entournures

Voyez vous les clients hommes ne la regarde plus comme une femme mais comme une mère, cela l’ennuie. Lucie se prend pour le centre du monde, il est vrai qu’un certains charmes émanent de son corps et de son être. Elle est bien posée, la cambrure de ses reins provoque l’émoi des buveurs et sa haute poitrine par un décolleté saillant en laisse plus d’un pantois.

Tout cela laisse à dire que le Philibert n’est pas d’un calibre suffisant pour contenter une tel dessin d’estampe. Les mauvaises langues dans le village le voient avec une magnifique ramure. C’est peut être aller loin mais la beauté de Lucie ne fait pas fuir la clientèle. Comme disent les jalouses du lavoir, on vient de loin pour lui flairer le derrière.

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