
Le soir il revient mais il a bu, il est saoul, elle craint le pire. Il veut manger. Les deux s’assoient, il ne parle pas, muet comme un gendarme. Il n’a pas été voir l’enfant, mais celui ci se rappelle à leur bon souvenir. Il dit, il est encore là celui là. Où veux tu qu’il soit pense t’ elle.
Alfred veut le corps d’Albertine, elle ne peut pas, elle a trop mal, son corps n’est pas remis, il s’énerve. Les coups au bord de ses poings il l’a menace. Les pleurs du bébé sauvent Albertine. Demain je ne veux plus qu’il soit à la maison, c’est dit, c’est définitif.
La nuit est terrible, longue, le jour tarde à chasser l’obscurité. Elle se lève plusieurs fois mécaniquement, le bébé est toujours là, comme pointant du doigt son forfait, son mensonge. A qui peut- il bien ressembler, au Bossant ou bien à d’autres.
Alfred part au travail, c’est les fenaisons, il y a beaucoup de travail. Elle aussi devrait retourner à la ferme avant que son maître ne la remplace. Mais elle est bloquée par ce sert à rien, ce poison, ce voleur de vie, elle enrage, tourne dans la maison comme un lion en cage.
Elle s’approche du berceau voit cette tête ronde, elle frappe, frappe et frappe encore. Crèvera t’ il cet enfant du diable, les coups pleuvent , elle s’épuise et s’effondre dans un coin de la pièce. Il n’y a plus de bruit, aucun cri, aucun pleurnichement, pas même un râle. Elle ne veut pas aller voir. Elle sort et marche sans but, sans se rendre même compte qu’elle va à la ferme. Houdry sans un mot lui désigne le travail à effectuer. La journée se passe, elle s’abrutit au labeur, ne voit personne, n’écoute personne. Sa pensée va à celui qu’elle a abandonné là bas au bourg, elle ne veut pas y retourner, elle a peur.
Mais le soir alors que la cohorte des ouvriers agricoles chemine d’un pas décidée vers le repos, elle s’y joint et rentre.
Alfred n’est toujours pas là sans doute au bistrot, elle regarde dans le berceau. La face tuméfiée le regarde bizarrement, il n’est pas mort. Elle panique que faire .son mari va encore lui reprocher sa présence et cela va recommencer encore et encore. Est-elle maladroite, ne tape t’ elle pas assez fort, serait-il plus facile de donner la vie que de la reprendre.
Alfred rentre, il gueule, regarde à peine le lit au gît la masse inerte du bébé, mais s’inquiète d’entendre un faible gémissement.
Le lendemain, la vie à la peau dure, Albertine est encore couchée qu’enfin lui a vu. Son visage exprime l’horreur, l’indignation mais quoi faire. Il tire violemment Albertine de sa couche, c’est une folle qu’il voit là, les cheveux défaits, la chemise sale, son teint pale de rousse l’a fait ressembler à un fantôme. Elle voit qu’il a vu, de nouveau il l’insulte, lui dit qu’il faut finir l’affaire. Elle comprend à demi-mots, attrape son grand mouchoir et le passe autour de son enfant, elle serre, mais elle est maladroite, il faut de la technique de la rigueur de la force et de la volonté pour étrangler le fruit de son corps le sang de son sang.
Il est là son homme , il gueule, l’encourage, elle serre, elle serre. Il l’insulte, la traite de bonne à rien. Ce n’est pas vrai, elle attrape le petit. Tue, tue, elle le fracasse sur le carrelage, un bruit mat et sourd, elle recommence, même bruit mais qui semble résonner loin loin comme une volée de cloches.
Cette fois il est mort, elle a tué le diable, ce n’est pas une bonne à rien , elle a réussi. Elle en rigole, elle en pleure, oui Alfred c’est fait, la vie va reprendre comme avant. On va de nouveau s’aimer dans les champs , dans les blés mûrs, sur la mousse fraîche. Elle a compris, elle sera fidèle, ils prendront une terre à ferme et fonderont une famille. Des petits Gautier roux comme des Bossant.
Alfred est anéanti, il se rend compte lui de l’énormité de la chose, qu’a t’ elle fait, mon Dieu.
Le bébé est là, mou comme une poupée de chiffon, comme un pantin désarticulé, comme un ourson de crin dont on aurait enlevé les membres.
Le mal est fait, déclarer l’accident, il faut aller voir le maire Ernest Maigue.