UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME, Semaine 14, le réveil des hommes

Pour l’instant mon mari n’était que le domestique de la métairie, un valet certes privilégié car il avait l’honneur de coucher avec la fille du patron mais tout de même la différence était notable.

Père avait signé un bail avec le châtelain et c’était bien lui le patron.

Mon frère allait bientôt se marier et il aurait sûrement des enfants, apparemment c’était lui le successeur désigné de mon père et il faudrait que nous décampions moi et ma famille dès le lendemain des noces. C’était injuste et cruel car Stanislas travaillait aussi dur que mon frère et avait certainement plus d’intelligence en lui.

Mais voyez ce n’était pas un Herbert et sa majesté de la Gaborinière entendait transmettre les terres qu’il ne possédait pas à son fils aîné. C’était bien parier sur un avenir incertain car le propriétaire qui n’entendait pas que ses métayages se transmettent de génération en génération changeait souvent de famille pour ses baux.

Nous savions donc que nous allions nous retrouver à battre la campagne. Stanislas remuait ciel et terre et faisait jouer ses connaissances pour obtenir une terre quelque part.

Seulement voilà, sans fils, ni frère, ni parent, personne ne lui confierait une terre qu’il ne pourrait travailler seul.

Tout au plus, lui donnerait-on une ridicule borderie qui doucement nous ferait mourir de faim et d’épuisement.

Alors que faire, comme les autres me direz vous, se tuer au labeur comme journalier sur les terres des autres, il n’y avait sans doute rien de honteux mais le balancier du temps ne devait pas revenir en arrière. Je m’étais fait une raison d’être la métayère de la Gaborinière mais je ne concevais pas de devenir la journalière d’Avrillé. La seule solution envisageable était de faire écarter mon frère, mais nous ne savions comment faire et de plus l’aimant beaucoup il m’était désagréable de lui nuire.

Après Pâques tout changeait, les fêtes religieuses étaient terminées, le carême également, nous basculions maintenant vers les beaux jours. Ceux si rallongeaient et comme mon sommeil et surtout mon emploi du temps étaient liés à la lueur du jour j’avais l’impression de moins dormir.

Pourquoi avais-je donné cette habitude aux hommes de la maison de me réveiller la première et de secouer ensuite ces fainéants.

Je réveillais en premier Stanislas, immanquablement il fallait qu’il me montre le résultat de cette poussée de fièvre masculine matinale. Je m’en tirais à bon compte lorsque je faisais semblant de m’extasier. Si j’omettais ce rituel il me tirait à lui et j’avais ensuite beaucoup plus de mal à me défaire de sa poigne pesante et empressée.

Ensuite je secouais le père puis sortais de la maison pour monter au grenier réveiller mes gredins de frères. Pour accéder à leur chambre il fallait escalader une échelle branlante. Nous n’avions aucun accès intérieur à cette pièce qui servait de chambre, de débarras et parfois de grenier à grain.

Les garçons s’y trouvaient à leur aise, loin de la promiscuité de notre pièce unique. J’aimais pénétrer dans cette antre, il y régnait une odeur toute particulière, poussière, paille, grains, vieux cuirs, cela se transformait en se mélangeant en une saveur un peu spéciale. A cette atmosphère odorante se rajoutait celle spéciale de mes frères. Un mélange de sueur, de sexe, de pets, de crasse formait la combinaison odoriférante de ces jeunes mâles. J’aimais les surprendre en leur intimité et parfois je volais d’eux quelques images cocasses. Antoine toujours nu sur sa paillasse ne cachait rien de sa force d’homme naissant. Je me délectais de ces moments un peu bizarres ou une sœur est prise de troubles incestueux devant l’anatomie de son frère endormi. Augustin lui bizarrement ne laissait rien paraître de son corps, seule sa tête de poupon émergeait du drap de lin. Lui aussi je le regardais un moment avant de lui déposer un baiser sur son front encore chaud. Immuablement se détendant comme un ressort il m’attrapait et me faisait rouler sur sa couche. Nous simulions alors une bagarre ou immanquablement j’avais le dessus. Nous rigolions de bon cœur et chaque fois l’autre à coté, sans doute jaloux maugréait dans sa couche. Jamais je n’avais joué avec lui et maintenant moins que jamais. Augustin était mon petit frère, Antoine était un homme avec tous ses vis et défauts. D’autre part si mes yeux étaient attirés par la beauté de son corps, j’étais rebutée par le moindre effleurement de sa peau et je me voyais mal à lutter contre cette image de virile masculinité

Ensuite cette première mission accomplie je poursuivais mes taches. Bien sûr je ne réveillais pas les valets. Nous avions un accort tacite entre nous autres et le personnel. Chacun sa place et les vaches étaient bien gardées. Mais évidemment j’aurais bien aimé aller surprendre en sa couche le petit Aimé.

Moi qui n’étais pas savante j’avais du mal à expliquer toutes mes répulsions et mes envies. Tous mes sentiments se trouvaient mêlés, je vénérais un gamin qui après tout ne me demandait rien, j’observais le corps nu de mon frère que je n’aimais pas et j’en éprouvais une sorte de jouissance dégoûtante et honteuse.

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