LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 90, la fin du siècle.

 

1900, La Cossonnière, commune de La Chapelle Achard

Jean Marie Proust fils de Barthélémy et de Victoire Cloutour

Nous y sommes enfin dans ce vingtième siècle, l’avenir s’offre à moi, je suis un homme et employé en tant que tel. Je ne vais plus à l’école depuis un moment j’ai obtenu mon certificat d’étude primaire, j’étais fier bien sur mais surtout soulagé d’arrêter d’user mes fonds de culottes.

Quand les résultats ont été proclamés ma mère en a pleuré, j’étais le premier à avoir un diplôme dans la famille et de toutes façons à savoir lire et écrire. Je devenais presque un savant, vous pensez , Clovis, Charlemagne, le bon Saint louis, Bayard, le roi soleil, la révolution puis le retour des bons rois, le calcul mental, les surfaces, je maîtrisais les divisions et les multiplication. En bref je vous le dis j’étais le savant. Bien sur j’eus droit à un beau diplôme que ma mère fit encadrer chez le menuisier et qui trôna au dessus de la cheminée. J’avais beau avoir le certif, je me retrouvais comme les autres et comme mes parents, les pieds dans la merde à m’échiner sur une terre qui était très souvent récalcitrante.

Mais contrairement à pépé Pierre et même à mon père je voyais loin et surtout je me voyais possesseur des terres que je cultiverais.

Nous avions maintenant une faucheuse mécanique cela nous économisait de la sueur, en discutant j’appris qu’il existait des batteuses actionnées par des chevaux. J’en parlais joyeux à mon père, qui tempera tout de suite mes ardeurs en me disant qu’il n’aurait jamais les moyens d’acheter un tel engin. J’imagine qu’il avait raison on continuera à battre sur l’aire de la métairie avec nos fléaux. Il n’empêche que je mettais cela dans un coin de ma tête, on verrait quand je serai patron.

Maintenant que je maîtrisais la lecture et le français on achetait le journal et le soir je faisais la lecture. Imaginez l’attention que tous me portaient, cela me flattait mais aussi m’emmerdait un peu car je n’étais jamais tranquille.

Ma mère à force de feuilleter toutes ces pages où fourmillaient de nombreuses réclames, se voyait acquérir tous ces objets.

Là aussi mon père calmait ses ardeurs,  » mais quoi que tu ferais de toutes ces acries , ma pauvre fille » .

Il n’empêche tous ces médicaments , ces potions, ces crèmes, ces beaux vêtements la subjuguaient, mais ce qui l’envoûtait le plus était une espèce de corset que les femmes de la ville portaient pour se rendre mince. Il faut dire que maman avec l’age grossissait un peu et que mon père la taquinait fort sur son embonpoint et ses seins qui tombaient un peu. Le père n’était pas toujours délicat mais cela faisait rire le grand père et l’oncle Auguste.

Parlons filles maintenant, moi ça me démangeait un peu et gauchement je faisais la cour aux filles de mon age, tout était bon , fêtes villageoises, noces, messes, processions. J’étais pas particulièrement timide mais à part quelques sourires je n’obtenais pas grand chose, les filles de mon age maraichinait un peu mais avec des gars plus âgés que moi.

Mon père et mon grand père s’intéressaient à la politique, en ce moment le président se nommait Émile Loubet, celui qui avait remplacé le président qui était mort dans les bras d’une catin, Félix Faure qu’il se nommait je crois.

Il se disait « Il voulait être César, il ne fut que Pompée » Moi cette phrase je ne la comprenais guère et mes vieux encore moins mais bon on en rigola quand même.

Par contre ce président il gouvernait pas, c’était un peu comme un roi, enfin les derniers. On avait un président du conseil qui lui faisait le boulot et qui s’appelait Waldeck Rousseau.

Il faut dire que l’un ou l’autre nous cela nous importait guère, Paris était loin mais la lecture de la presse nous ouvrait quand même au monde.

Mais revenons à la Cossonnière, mon oncle Pierre Auguste Cloutour avait fini par se marier et quitter la maison, il s’était marié à une fille Gaudin de Saint Julien des Landes. Mon grand père aurait bien gardé son fils, car au fond de lui même je suis sur qu’il aurait préféré que ce soit ce dernier que ses deux gendres, même si il les considérait un peu comme ses propres fils.

Mais le choix se fit et Auguste s’installa à la Poissolière à Saint Julien des Landes chez sa belle mère, Eugénie Pateau.

Le monde était vraiment petit car c’est dans cette maison qu’était né mon père.J’avais un frère et deux sœurs, maman ne semblait plus devoir tomber enceinte ce qui apparemment la comblait d’aise. Mon père lui s’en fichait un peu ce n’est pas lui qui les portait. De toute façon ma mère ne s’était vraiment jamais remise de la mort de mon frère Léon et elle portait toujours un deuil qui serait je crois éternel. Elle était sombre dans ses vêtements mais aussi dans sa tête et mon père s’évadait assez souvent au cabaret de la mère Groussin. Il y buvait un coup et parlait à l’infini des courbes de la patronne. Je crois qu’il en pinçait un peu pour elle.

Puis il y a mon grand père, un phénomène, qui malgré ses soixante et onze ans s’était mis en tête de lutiner une jeune domestique du village. Elle lui avait souri et il avait cru que c’était une avance.

Il poussa même son entreprise en coinçant la drôlesse dans un paillé, il avait encore de la force et visiblement de la vigueur, car la jeune pucelle qui n’avait guère l’habitude en fut effrayée au possible et garda le rouge aux joues un moment en contant ses mésaventures.

Cela fit le tour du village, en fit rire quelques uns, une partie de la population considéra que c’était un vieux cochon et une autre partie considéra que la demoiselle avait du vraiment l’inciter.

Ma grand mère qui connaissait son vieux sur le bout des ongles lui passa une engueulade en le traitant de tous les noms, ma sœur et ma tante en rajoutèrent encore. Heureusement pépé avait le soutien inconditionnel de mon père et de mon oncle.

Les femmes de la maison toutes d’accord pour dire que les hommes ne pensaient qu’à cela. Bien sur qu’on pensait aux femmes et secrètement je soutenais mon grand père.

Autant vous dire et cela c’est mon père qui le disait en rigolant  » le vieux il est pas près de trousser la vieille  ». D’ailleurs l’ancêtre disait d’elle quand il était en colère c’est à dire souvent, « elle a le cul aussi serré qu’une vieille poule. »

 

 

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