LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 87, le désespoir d’une mère.

 

1896, la Cossonnière, commune de la Chapelle Achard

Victoire Cloutour, femme Proux

La vie de femme n’était pas un long fleuve tranquille, pendant que les hommes couraient après un vain trésor moi je pansais mes peines de mère. Il y avait quelques mois de cela mon fils Léon succombait d’une fièvre maligne, personne ne put le guérir, l’homme de science fut impuissant et la dernière sorcière des environs également. Tous les jours agenouillée sur un pris dieu bancal de l’église du village je priais, qu’avais je fais pour que dieu me punisse ainsi. Chaque jour je rendais visite à mon petit ange disparu, ma mère trouvait cela idiot, on ne pleure pas pour un enfant on en fait un autre. Je trouvais cela particulièrement dur qu’elle me dise cela, la nature reprend ce qu’elle donne rajoutait elle.

Mon mari Barthélémy ne fut guère attristé par le départ de cet enfant, du moins en apparence, il lui restait des fils et là était l’essentiel. Pour lui ne comptait que ses terres, son rendement, ses vaches et les litres de lait qu’elles produisaient. A le voir on aurait pu penser que son cœur était sec et son âme dure. J’appris un peu plus tard à nuancer mes impressions, car un jour où j’avais modifié mes horaires de passage sur la tombe j’aperçus le Barthélémy qui se recueillait sur la dépouille de Léon. Je me fis toute petite mais de ce jour mon amour pour lui redoubla, il n’était pas l’insensible au cœur de pierre, il savait aussi pleurer.

Ce soir là, à sa grande surprise je jouais à l’amoureuse, lorsque tout fut silencieux dans la maison, que mon père au loin eut commencé son duo de ronflement avec ma mère, que les enfants eurent cessé de se retourner je pris l’initiative.

Moi d’habitude passive je pris donc les choses en main et fit comprendre à mon homme qu’une amante pouvait se cacher derrière la mère de famille soumise au bon vouloir de son seigneur et maître. Je n’avais guère d’expérience mais mon instinct de femme me guida, Barthélémy sortit perdant de notre joute amoureuse, je l’avais vaincu, il rendit grâce de tant de jouissance. Moi qui n’éprouvais guère de plaisir ce soir là fut comme un nouveau départ, j’avais dompté la lionne qui sommeillait en moi et je me promettais de ne plus souffrir qu’il en fut autrement.

Je prenais possession de mon corps, il était temps j’avais trente cinq ans.

La vie suivait donc son cours, Jean Marie qui allait à l’école arrivait en age de travailler à la ferme, nous ne savions que faire de lui. L’instituteur Monsieur Paul Dorey nous fit comprendre que notre fils avait des possibilités et que si il continuait dans cette voix, il pourrait devenir, employé des chemins de fer, employé de banque, commis de commerce ou bien même carrément instituteur. Le curé le père Poiraud nous disait la même chose, votre fils il faut le retirer de l’école publique et le mettre avec monsieur Brillouet l’instituteur congrégationaliste, on pourra en faire un curé.

Le Barthélémy cela le rendait fou, il avait fait des enfants pour perpétuer la race des travailleurs de la terre et plus particulièrement pour avoir de la main d’œuvre gratuite qui lui permettrai de se développer. Car voyez vous chez nous le seul moment ou un paysan pouvait prétendre à passer de grenouille à bœuf était le court lapes de temps ou ses propres enfants adolescents lui procuraient une main d’œuvre gratuite. Alors laisser partir son fils aîné chez les mains blanches ou même pire chez les curetons il y avait un fossé qu’il n’était pas près de franchir.

Par tous les moyens je tentais d’assouplir la position de mon mari, cela aurait  été un honneur que d’avoir un curé dans la famille. Je me serais bien vu également être invitée plus tard chez lui dans son intérieur, où de lourds meubles en bois encaustiqués auraient trôné dans la pièce principale comme chez les messieurs chez qui on faisait le ménage et la lessive. Elle aurait bien vu ses petit enfants jouant au cerceau dans des petits costumes proprets. Mais non par la grâce divine du chef de famille Jean Marie serait un gueux en sabot et la seule cire des meubles serait la fiente des poules qui s’ébattraient dans la traditionnelle maison à pièce unique Vendéenne. Ses petits enfants seraient comme elle même l’avait été, élevée sur le fumier et au cul des vaches.

Avec un tel raisonnement le modernisme n’était pas près d’arriver à la Cossonnière.

Ce que je ne pouvais pas obtenir pour Jean Marie j’espérais pouvoir arracher un consentement pour Alexandre. Je pensais aussi que mes filles Lucienne et Florestine pourraient prétendre à mieux qu’à notre vie de labeur, il y avait aussi des institutrices que je sache.

Je m’illusionnais sûrement car Barthélémy comme les autres hommes pensaient que nous n’étions faites que pour engendrer et nous occuper d’un foyer.

A force d’entêtement je fis quand même prolonger un peu la scolarité de Jean Marie, j’espérais qu’il passe son certificat d’étude primaire. Le maître qui avait malgré la loi beaucoup de mal à faire aller les enfants jusqu’à treize ans nous convoqua une énième fois , cette fois là le maire Louis Rabillé était présent.

A force de persuasion et de pression il fut convenu que le Jean Marie passerait son diplôme, j’avais gagné nous aurions un savant à la ferme.

En sortant Barthélémy tirait une gueule de six pieds de long,

j’espère qu’il mettra les bouchées doubles à la ferme me dit il, sinon je le retirerai. Au fond de moi je savais que le Barthélémy était fier de son fils et fier que des messieurs en costume le supplient de quelque chose. Moi pour ma part sans rien dire je soustrayais une grande partie de l’activité de Jean Marie afin qu’il apprenne ses leçons.

Avec Jean Marie ,entrait un peu à la Cossonnière ce parler français dont on nous rabattait les oreilles. Barthélémy qui avait fait son service le comprenait un peu et arrivait à le baragouiner, mais pour les vieux ce langage ravivait des anciens souvenirs racontés dans les veillées et ils ne voulaient pas en entendre parler.

Mais pas à dire, le siècle finissait doucement et comme le prédisait le maire dans quelques années tous nos enfants parlerons français, moi je pense qu’il s’illusionne et qu’il faudrait un sacré chambardement pour que les mentalités changent enfin .

 

 

 

 

 

 

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