LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 39, mon installation au Girouard

1854, la bucholière, commune du Girouard

Victoire Epaud

Moi je n’avais vécu qu’à la Mancelière et je crois que à part Venansault je ne connaissais aucune autre commune, ce fut donc avec intérêt que j’appris que nous allions déménager pour le Girouard.

En vérité ce ne fut que pour prendre une miséreuse métairie nommée la Bucholière, elle appartenait à la famille Epaud de l’île d’Olonne, mon père disait qu’elle était cousine avec nous mais il se trompait sûrement ce patronyme était porté par un grand nombre de Vendéens. Comment une famille de propriétaire pouvait elle être apparentée avec des traînes misère comme nous.

Enfin bref les terres qui en dépendaient, n’étaient pas bien grosses et mon père devrait se louer un peu en complément ,quand à nous autres, moi, Marie, Clarisse et Auguste nous allions devoir trimer comme des esclaves, une journée chez nous, une journée ici et une autre là, vraiment je préférais la Mancelière. Ce qui était assez marrant c’est que nous partagions la Bucholière avec la famille Tesson, nous étions par ma mère leurs cousins. Moi l’intérêt de cette famille je le portais surtout vers Charles il avait vingt ans, ma sœur Marie elle , sur Pierre un peu plus vieux. Aussitôt installés nous avons un peu fréquenté ensemble. Charles embrassait bien et Marie qui se vantait disait que Pierre ma foi il était bien membré. Autant vous dire que les parents lorsqu’ils apprirent que nous nous rapprochions de cette famille, ils ne prirent pas les choses à la légère. Pas de consanguin chez les Epaud, mon Dieu où mes parents avaient ils appris ce vilain mot. Vous voulez nous faire des débiles se lamentait ma mère, moi qui n’avait nullement l’intention de me marier avec mon voisin et avec qui je n’avais pas l’intention de lever jupon je trouvais disproportionné une telle réaction. Nos liens en commun remontaient quand même à mon arrière grand père.

Ces adultes étaient impayables, nous nous voulions simplement folâtrer un peu, entre deux labeurs.

Parfois je pensais que je serais mieux ailleurs, mais justement ailleurs je n’y avais jamais été, mon destin était de rencontrer un paysan qui aurait pour ambition de prendre à charge une métairie et de me faire des enfants qui feront comme nous autres. C’était bien la peine de se faire massacrer pendant la révolution pour ni voir aucun changement. Les terres n’appartenaient toujours pas à ceux qui les cultivaient, nobles des campagnes, bourgeois propriétaires, tous nantis dans leurs gentilhommières cavalcadant sur de beaux chevaux et allant à la maison dans leur belle voiture conduite par leur cocher. Nous, nous arrivions irrémédiablement crottés que ce soit à la messe, au marché ou à la moindre fête.

Je révolutionne dans ma tête, mais dans les actes j’abîme ma jeunesse en des travaux que même des galériens refuseraient.

Parlons maintenant mon nouveau village, le Girouard,

Nous sommes six cent quarante habitant répartis en hameaux et fermes. Nous avons un moulin à la grande Benatrie et un autre à Puy Gaudin. Le maire se nomme Papon il est comme de juste propriétaire, en Vendée qui possède la terre possède le pouvoir politique. Nous avons aussi un instituteur monsieur Guilbaud, c’est un beau parti il est tout jeune et célibataire, mais je crois qu’une pue la sueur comme moi ne l’intéresserait pas. Nous avons deux forgerons et un charron. Pour l’esprit nous sommes servis par Stanislas Morneau un bon curé magnanime et enclin à nous accorder le pardon de Dieu pour nos prétendus péchés . On le voit ici tout le monde travaille pour notre sainte terre. Pour sur nous vivions en autarcie, notre viande venait de notre goret, nos volailles, nous faisions notre beurre, notre pain était cuit en nos fours. Au sujet de cela les colporteurs qui passaient nous vendre leur quincaillerie nous disaient que dans les villes et les gros villages le pain était cuit maintenant par des boulangers, où va t’ on je me le demande. Nous les femmes nous étions chargées du potager, haricots, choux, fèves, pommes de terre.

De temps à autre nous retournions faire une visite à Venansault, on partait le matin de bonne heure et nous allions à l’office dans notre ancienne église, nous y retrouvions Louise et son mari le Jacques Longin, Léontine et son Pierre Boisliveau . On mangeait tous ensemble comme autrefois , une sacrée tablée.

Léontine habitait à la Guitière et Louise était encore à la Mancelière, vous voyez un peu de nostalgie nous habitait.

Bon ce n’est pas tout cela moi j’avais maintenant dix huit ans et ma sœur Marie vingt six, nous n’étions pas sur le même pied d’égalité pour chercher un mari, elle s’en cherchait un activement tout en restant dans la plus prudente expectative, elle qui plus jeune avait été la plus délurée du village était devenue comme une vieille fille, murée dans son silence. Elle en voulait toujours à mon père de l’humiliation qu’il lui avait faite subir et je crois que de toute sa vie jamais elle ne lui pardonnera.

Au cours d’une procession ma sœur remarqua un jeune domestique répondant au nom de Pierre, j’étais présente aussi et il sourit en notre direction, à laquelle des deux ce sourire était il adressé.

L’ensemble du village, du moins les croyants se tenaient groupés autour de la croix hosannière du cimetière, le père Morneau psalmodiait une prière pour les morts. Marie et moi nous n’avions que de l’attention pour notre beau paysan.

Ce n’était pas le jour ni le lieu, et de toutes façons ce n’était pas les femmes qui devaient faire le premier pas.

Notre valet de la Chancelière avait compris le message et dès le dimanche suivant il tenta sa chance.

Mais curieusement il ne semblait pas avoir de préférence entre nous, nous étions assez semblables, et l’on ne pouvait se tromper sur nos liens de parenté. Notre taille était similaire, nos cheveux noirs étaient nattés, elle avait une taille peut être plus ample, mais je trouvais que ma poitrine était plus belle. Il nous courtisa toute les deux et nous laissa rêveuses. Au retour nous nous sommes disputées ce qui nous arrivait rarement.

Nous convînmes que nous laisserions le beau Pierre Cloutour choisir, la semaine fut longue, nos nuit agitées, je le voyais en rêve me serrer dans ses bras.

Marie elle se voyait bien le marier, nous étions bien des idiotes, le dimanche suivant le traître tournait autour d’une fille du bourg qui ma foi semblait bien apprécier.

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