LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 15 , les Cloutour de Grosbreuil

1836, Bourg de Grosbreuil

Pierre Cloutour

J’avais presque 6 ans et comme chaque matin j’accompagnais maman au puits pour la corvée d’eau, les seaux étaient lourds à porter pour mes petits bras mais je l’aidais comme je pouvais.

Elle s’appelait Jeanne, j’aimais ce prénom pourquoi je ne savais ou plutôt si je le savais c’était celui de ma mère. Elle était toute jeune encore mais une maladie la rongeait de l’intérieur depuis plusieurs années.

Cette faiblesse ne lui permettait guère de travailler en dehors de la maison, nous en bénéficions nous les enfants car ainsi elle était toujours avec nous.

Maman était de Sainte Flaive des loups, son père André commandait un petit groupe de paysans pendant l’insurrection, elle en était très fière et en parlait souvent. Il y avait même un fait extraordinaire qu’elle évoquait avec mon père mais c’est en chuchotant et je n’en saisissais absolument rien.

J’ étais né dans cette maison de la grande rue, bien sur elle n’était pas à nous mais à un propriétaire de Fontenay le Comte. Ma compagne de jeux c’était ma sœur Marie, bon c’était une fille mais qu’importe. Elle avait un an de plus que moi et nous faisions les quatre cents coups dans le village.

Mon petit frère n’avait que trois ans et ne quittait guère les jupes de ma mère. C’était petit Jean, il ne m’intéressait guère, comme tous les enfants j’étais plus tourné vers les plus vieux que moi.

Notre maison était bien petite, elle ne comportait qu’une pièce, une cheminée, un évier en pierre, un grand lit ou dormaient mes parents, puis mon lit que je partageais avec, mon frère. Ma sœur dormait sur un galetas dans une petite pièce qui nous servait de débarras, malgré l’exiguïté des lieux j’aurais aimé y pouvoir dormir.

Le sol était en terre battue, alors l’hiver l’eau exsudait des murs, ce n’était pas bon pour maman qui toussait et crachait toujours plus en période hivernale.

Dire que ma mère ne travaillait pas serait quand même un peu exagéré, derrière la maison nous avions un petit lopin de terre. C’était elle qui le cultivait, choux , mogettes, fèves et autres légumes. Tout cela formait le fond de notre alimentation, j’en avais marre des soupes aux choux.

Nous avions aussi un poulailler, qui fournissait des œufs et des poulets. Bien sur, on les mangeait pas, ma mère les vendait au marché pour mettre un peu de lard dans la soupe et nous assurer qu’on ne se baladait pas le cul nu.

Car voyez vous le père il ne s’était pas particulièrement bien débrouillé, enfin ça, c’était ma mère qui le disait quand elle hurlait après lui lors des fréquentes disputes qui animaient notre quotidien.

Papa était journalier, c’était le nom qu’on donnait sur les recensements aux pauvres bougres qui s’échinaient à cultiver les terres des autres pour s’assurer un maigre salaire. Il allait de ferme en ferme et se louait, dès fois pour quelques jours d’autres fois pour plusieurs mois. Il y avait des foires pour cela, un peu comme pour les animaux. Les gros fermiers qui embauchaient ne regardaient pas leurs dents et ne leurs tâtaient pas la croupe, mais ce faisaient  quand même une idée en voyant leur physique.

Pour mon père il n’y avait  pas trop de problème il était gaillard et sa réputation de bon paysan était faite sur l’ensemble du canton.

Petit, mais râblé, avec des mains comme des battoirs il était  réputé pour faucher plus vite que n’importe qui d’autre.

Il était donc toujours embauché, certes il aurait préféré tenir une métairie, mais comme ces dernières souvent s’acquièrent de père en fils et que son propre père n’était que journalier , il n’avait jamais eu l’opportunité.

Tous les matins il partait à l’aube avec sa musette et son litron de vin de Pissote, nous ne le reverrions  que tard le soir. Il était  souvent ivre de fatigue et aussi quelque fois ivre de vin. J’aimais bien quand il était  saoul, il était plus tendre avec nous, nous prenait sur ses genoux et nous chantait  des vieilles chansons vendéennes. Ma mère aimait beaucoup moins car il avait  tendance à être un peu amoureux. Ses mains se faisaient  baladeuses sur les fesses de maman qui visiblement n’appréciait  guère. Les soirs ou il était  un peu gai il y avait  du bruit dans le coin de papa et maman.

Maman poussait  de petits gémissements et le lendemain je lui trouvais un drôle d’air.

Papa s’appelait  Pierre Cloutour il avait  trente trois ans, son père Jacques  était  mort il n’y avait pas très longtemps. Je crois qu’il faisait parti de la troupe du grand père Peaud, mais on ne voulait rien me dire, j’ étais trop jeune.

Dans le village il y avait  le reste de la famille, oncle René et tante Rosalie, ils habitaient presque à coté de chez nous, ils étaient  journaliers tous les deux, ma mère gardait leur petit dernier Aimé.

Dans leur foyer ils avaient  la lourde tâche de garder la grand mère Marie Gateau, la mère de mon père.

Elle n’avait  de gâteau que le nom, c’était  une vieille peste qui jouait  de sa canne comme on respirait. Je l’appelais grand mère cacanne et je m’en méfiais car elle semblait  tout observer et tout savoir.

Pierre le cousin avait  onze ans, il allait déjà au champs avec son père, sa sœur treize ans, ma belle Marie dont j’ étais  secrètement amoureux allait partir comme domestique de ferme. J’ étais triste car je ne la verrais plus que le dimanche pour la messe.

En dehors du village à la Thibaudière il y avait  l’oncle Jean et la tante Marie Jeanne, ils étaient aussi journaliers mais contrairement à mon père, gardaient en fait toujours le même employeur. Ils vivaient d’ailleurs sur l’exploitation, ils avaient  un fils de mon age, cousin Jacques avec qui je jouais  au sortir de l’office le dimanche.

Du coté de ma mère,  sa famille faisait  un peu la grimace de cette mésalliance, l’oncle Jean tenait  la Cailletière alors il se considérait un peu comme ayant réussi. On les voyait aux offices et aux noces, mais on ne pouvait pas dire qu’on se fréquentait de façon régulière. Des autres oncles et tantes ainsi que de mes cousins je n’en connaissais que les noms et point les visages.

Au cours des années je les croiserai , on se saluera, mais jamais nous nous lierons d’amitié avec eux.

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