MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 12, mon métier à la maréchalerie

Il fallut reprendre le court de notre vie mais je dus faire preuve d’une douce tendresse pour raviver une flamme dans les yeux de Marie Magdeleine.

C’est à la même époque que l’on parla de la perte de la grande armée dans les steppes Russe, ce fut un choc pour tout le monde car on croyait Napoléon invincible, quelques messieurs commencèrent à relever la tête et à parler de l’usurpateur. Moi je veux bien, mais lui ou un autre, pourvu qu’il y ait des chevaux à ferrer et que les marchés soient alimentés peu m’importait. Ma famille proche n’avait pas fourni de chair fraîche à l’ogre de l’île Corse. Bon certes les denrées coloniales avaient disparu et les marchandises augmentaient, mais point de disette ni à fortiori de famine, alors ventre plein consent à tout.

Marie Magdeleine reprit le dessus et elle fut de nouveau pleine, comme la première fois elle rayonnait, moi aussi d’ailleurs, l’idée d’avoir un fils me ravissait, oui il y avait le risque d’avoir une femelle mais au fond de moi je savais qu’un futur maréchal ferrant viendrait à naître.

C’est aussi à cette époque que l’on apprit la maladie de mon frère Antoine, bon ce n’est pas glorieux, mais le malheureux s’en repent tous les jours.

Je vous l’ai déjà compté, il n’était pas toujours facile de trouver une compagne et d’avoir une activité sexuelle. Nous étions donc tenté d’aller voir des filles tarifées. C’est ce que fit mon frère, mais bon cela comportait des risques. A force de fréquentation il remarqua une petite bonniche de la rue Saint Sauveur, elle lui ouvrit son cœur et ses cuisses. Seulement la belle en aimait d’autres, marins, soldats et débardeurs rejoignaient sa couche. Il arriva ce qui devait arriver et elle lui refila le mal français. Cela commença par un sale chancre sur les parties, ce qui nous a bien fait rire à l’atelier, mais ensuite son état s’aggrava et il eut des ganglions partout, avec une grosse fièvre. On le crut perdu et il resta longtemps alité, le médecin usa de solutions mercurielles. Cela passa mais la syphilis était en lui.

Ma femme accoucha le 19 janvier 1814, et je vous l’avais dit ce fut un garçon, l’enfant se présenta normalement et tout alla pour le mieux.

On le nomma Jean Claude en l’honneur du futur parrain. Le lendemain j’allais le déclarer avec mon voisin Jean Caillaux le boulanger et avec Jean Claude Devin, mon ami armurier au 3ème régiment de chasseur. Ce dernier en donnant son prénom accepta d’être aussi le parrain.

Avec bonheur le petit fut accueilli, il était vigoureux et à n’en pas douter il ferait un excellent maréchal ferrant.

Moi c’est d’un cœur léger, que je me rendais à la forge, nous avions du travail sans cesse. Un cheval repartait et un autre arrivait, pensez donc un canasson devait revenir tous les 7 ou 9 semaines, un véritable défilé.

La plus part du temps nous les ferrions devant le bâtiment. Nous attachions la bête à un anneau le long du mur, il fallait aimer les chevaux, pour ma part je leur caressais l’encolure et la croupe en leur racontant des histoires. Ma femme en rigolant disait que je la touchais moins que mes chevaux, elle n’avait pas tort.

Après la prise de contact il fallait déferrer, c’est à dire enlever le vieux fer. Nous utilisions un outil appelé dérivoir, il nous permettait d’enlever les rivets ou pour le moins de les couper, car nous les arrachions avec une pince. Ensuite on arrachait le fer avec une tricoise en faisant levier, le tout sans faire mal au cheval.

Après je nettoyais le sabot avec une reinette, un rogne pied et une pince à parer, on appelle cette opération le parage c’est du grand art, il faut que tout soit parfait, la sole et la ligne blanche doivent être d’aplomb, tous ces détails font que le maréchal est bon ou pas et que les clients reviennent.

Ensuite il faut choisir le fer en fonction du pied du cheval, les fers à cheval sont forgés avec une tige de fer, cela vous fait les bras.

Je commençais par faire une encoche sur les antérieurs dans la partie du sabot que l’on nomme la pince. Je mémorisais la tournure et ensuite sur l’enclume je façonnais le fer. Puis c’est la pose à chaud, si tout était parfait je passais au pied suivant, sinon je refaçonnais mon fer. Les 4 sabots terminés, je devais poser les fers. Il fallait que je choisisse les clous en fonction du pied du cheval ensuite avec mon brochoir je les plantais dans la ligne blanche, ils devaient tous ressortir au même niveau et surtout on ne devait pas blesser le cheval en touchant un endroit sensible. Puis je coupais la pointe des clous et je matais la pointe avec ma mailloche puis avec la râpe je fignolais et enlevais toutes les dernières aspérités.

Après avec le client on se tapait un coup de gnôle, cela revigore car c’est physique. Le soir je vous dis que cela ne traînait pas pour dormir, tous les jours sauf le jour du seigneur. A ce rythme on vieillit vite et mon père commençait sérieusement à faiblir. D’autant que mon frère avait souvent des crises et que lui aussi n’était point en forme.

Une autre personne qui n’était  pas en excellente disposition c’est notre empereur, il parait qu’il vient d’abdiquer et que les cosaques sont dans Paris, la nouvelle court de bouche en bouche, elle vient d’arriver par le télégraphe de Chappe.

Pourtant aux dernières nouvelles il semblait gagner, mais à quoi bon tout le monde est contre nous.

Par contre j’ai pas bien compris le nom de celui qui allait lui prendre sa place. Un Louis, frère de celui qui a été décollé, moi je ne savais pas qu’il avait un frère, c’est apparemment un Bourbon.

Cela ne m’affecta pas beaucoup d’autant plus que j’avais une autre nouvelle me concernant et qui me parlait beaucoup plus, Marie était grosse une nouvelle fois. Elle aurait bien attendu un peu car Jean Paul était à la mamelle et elle avait de l’ouvrage à revendre tant ses doigts étaient agiles avec une aiguille.

Elle jura que je ne la toucherais plus, en attendant comme le mal était fait je pouvais la prendre quand bon me semblait. Bon je fanfaronne, elle se refusa à moi avec son gros ventre et lorsque je lui ai proposé une autre solution j’ ai eu l’impression qu’elle allait réveiller tout l’immeuble et qu’elle allait prévenir Monsieur l’évêque en personne. Je pris mon mal en patience mais mes regards furent attirés par une petite drôlesse qui passait régulièrement pour aller chercher son eau à la fontaine du pilori. Lorsqu’elle revenait le corsage mouillé collant à sa peau elle était belle à damner. Bon pour cette fois je ne succombais pas.

2 réflexions au sujet de « MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 12, mon métier à la maréchalerie »

  1. Je lis toutes ses histoires avec beaucoup d attention et vérifiant presque chaque jour si vous avez publié la suite…merci pour ce travail de mémoire…

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